‹ Des pulvérisations antiseptiques prolongées dans le traitement de quelques affections chirurgicalesChapitre 6 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quel est le but des pulvérisations phéniquées

prolongées ou continues, et pourquoi nous les employons de préférence, dans certains cas, aux autres pansements. Voilà ce que nous voulons chercher à démontrer avant d'indiquer les cas auxquels elles sont particulièrement applicables.

Tous les chirurgiens, aussi bien à la campagne que dans les grands centres, reconnaissent que dans beaucoup d’affections chirurgicales du membre supérieur, les bains phéniqués prolongés ou même continus donnent les plus heureux résultats, à tel point que ce mode de traitement a été mis en pratique pour les mêmes affections du membre inférieur, malgré les nombreuses difficultés que présente son application dans la plupart des cas. Plusieurs observations en ont été publiées: M. le professeur Verneuil rapporte, dans les Archives générales de médecine (1), un cas d’amputation sus-malléolaire traité de cette façon. Au moyen d’un appareil de suspension, le moignon venait plonger dans un vase rempli d’eau additionnée de 1/12 de liqueur de Labarraque. La guérison se fit sans accident, mais elle fut assez longue à obtenir (3 semaines).

(1) Archives générales de médecine, t. II, 4879.

On comprend facilement toutes les difficultés de cette méthode. [1 faut un appareil de suspension, difficile à établir à la campagne; ou le malade laisse simplement pendre sa jambe hors de son lit, et alors au moindre mouvement le membre: vient frapper les parois du vase, s’il ne garde pas l’immobilité la plus complète. D'un autre côté la jambe restant pendante, la circulation veineuse se trouve sénée et les inconvénients sont dans ce cas plus grands que les avantages.

Si à la rigueur on peut appliquer au membre inférieur le bain antiseptique, il devient tout à fait inapplicable aux autres régions (tête, tronc). Il n'est done pas étonnant, étant donné toutes ces difficultés, que l’on ait cherché un mode de pansement réunissant les avantages du bain, et n’en ayant pas les inconvénients.

Nous croyons, avec M. le professeur Verneuil, que le but est absolument rempli par les pulvérisations prolongées ou continues. Le spray, comme le liquide du bain mouille continuellement les parties malades, pénètre dans toutes les anfractuosités, et par son action continue déterge et nettoie la plaie mieux que les lavages les plus soigneux souvent répétés. Il est facile à employer, n’exige pas tout l’atürail du pansement tel que le veut Lister et offre autant que ce dernier les avantages de la méthode antiseptique. |

« Je promets, écrit M. Lucas-Championnière (),

(1) Chirurgie antiseptique. Paris, 1880,

à ceux qui la suivront, avec les moyeus que je n’efforce de leur donner :

La disparition des accidents des plaies dans les plus mauvais milieux ; |

Une régularité dans la réparation inconnue jusqu'ici;

Une chirurgie sans suppuration ;

La réunion primitive des plaies, habitueile et sans danger ;

Une rapidité telle dans la guérison qu’elle n'avait pu être prévue;

La possibilité et la sécurité d'opérations réputées dangereuses et presque coupables. »

C'est au nom de l’antisepsie listérienne, que M. Lucas-Championnière faisait ces promesses: Tous ces avantages nous les obtenons à un degré au moins égal, si ce n’est supérieur, avec les pulvérisations continues puisque nous les avons vues réussir où le pansement de Lister avait échoué.

M. le professeur Verneuil rapporte (1) deux observations d’opérés soignés soit parle pansement de Lister, soit par celui de Guérin, chezlesquels ces modes de traitement avaient complètement échoué.

La première de ces opérations était une amputation de la jambe pour une arthrite du pied chez un honime de 30-ans, pâle et chétif; la seconde nne résection anaplastique du genou chez une femme âgée, de très médiocre constitution.

Le pansement de Lister avait échoué chez le pre-

(1) Archives générales de médecine, 1883, t. I.

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mier, comme celui de Guérin dans le second cas. Au bout de quelques jours, lessymptômes généraux et locaux devenaient très'inquiétants: tuméfaction des parties malades, douleur, chaleur, mauvais aspect dela plaie, fièvre intense, etc. Onenlevait alors les premiers pansements que l’on remplaçait par la pulvérisation continue, et au bout de trois jours tout était dans l’état le plus satisfaisant. Les symptômes locaux s'étaient amendés, la plaie avait bel aspect, la tuméfaction avait disparu, les douleurs avaient complètement cessé. Les symptômes g'énéraux avaient également disparu: plus de fièvre, la température était redescendue à 372, et l’état général était des plus satisfaisants.

Ces avantages, nous les avons continuellement obtenus, et non seulement l’absence de douleur a toujours été complète, mais les malades réclament eux-mêmes la pulvérisation qui leur procure beaucoup de bien-être, le temps qu’ils y sant soumis.

Quant à l'absence de fièvre, elle est également constante, sauf quelquefois une légère augmentation de température le lendemain du traumatisme ou de l'opération. Mais elle revient toujours à la normale dans un temps très limité. Bien plus, nous avons vu M. le professeur Verneuil être amené a découvrir certaines complieations par la persistance de l'état fébrile.

Il n’est pas à dire pour cela que nous condamnions les autres pansements, et que nous voulions, dans tous les cas, appliquer la pulvérisation anti-

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septique. Nous reconnaissons tous les avantages des pansements de Lister, de Guérin, etc., et nous ne proposons pas de les remplacer par celui dont nous parlons. Mais c’est seulement dans les cas ou ces pansements auraient échoué, où bien quand ils ne sont pas facilement applicables, que nous proposons de les remplacer par les pulvérisations continues ou prolongées.

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