‹ Des Pyrexies AbortivesChapitre 14 sur 57 · LP · texte numérisé non relu

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extrêmement longue, se place un autre ordre de faits dans lesquels la maladie incomplète est atténuée, ébauchée dans sa durée, dans sa gravité et dans ses symptômes. Ces faits constituent les formes abortives de la fièvre jaune.

. Je n'ai pas à retracer ici lasymptomatologie ordinaire et classique de la maladie, Je renvoie au Traité classique de M. Jaccoud et à la Pathologie exotique de Nielly. Je me contente de rappeler qu’on décrit deux périodes à cette maladie : une première, ou période fébrile; une seconde de vomissements et d’ictère ou d’affaissement.

Dans certains cas on peut voir tout se borner à la premitré période, la seconde étant remplacée par une convalescence qui, rapidement, mène le malade à la guérison, c'est la forme légère, ébauchée de certains auteurs, la forme abortive de la fièvre jaune. Les malades qui en sont atteints sont, selon l'expression usitée par les médecins, qui ont eu occasion de voir des épidémies de typhus amaril, des demi-malades.

On peut résumer le tableau symptomatique de cette forme clinique en disant qu’elle est constituée par la première période de la maladie, par la période de généralisation, comme l'appelle Jaccoud : cette preuière période peut être très accusée, faire craindre une attaque grave de l'affection; dans d’autres cas au contraire tout peut se limiter à une sorte d’indisposition.

C’est surtout dans ces derniers cas qu’on a parlé de demi-malades. Mélier (1) dans sa communication à l’Académie de médecine sur l’épidémie de Saint-Nazaire, y insiste tout particulièrement.

« Je ne comprendrais pas, dit-il, je l'avoue, que la réalité en püt « être mise en doute. Tout le monde en a vu, tous les auteurs les « citent; M. Louis en particulier m'a dit avoir vu plusieurs fois des « Cas qui quoique parfaitement réels avaient permis aux malades de « rester debout et même de ne pas garder la chambre. Au fond il n'est « pas plus extraordinaire de rencontrer de pareils cas dans la fièvre « jaune que dans les maladies quelconques. En définitive ce sont des « cas légers et j'aurais trouvé plus simple de les appeler de ce nom.

« Toute la question est de savoir s'ils constituent bien réellement « la fièvre jaune. Pour moi, l’affirmative n’est pas douteuse. Ils sont « des cas de fièvre jaune, comme des cas de variole légère ou discrète

(1) MÉLIER. — Mémoires de l'Acadéinie de médecine, 1864, & KX VI, p. 84.

En GA

« sont des varioles ; comme ceux de scarlatine réduite au mal de gorge « spécial sont des scarlatines, etc. »

Nous verrons plus loin l'importance très grande que présentent ces cas, au point de vue de l’acclimatement et de l’immunité par rapport à la fièvre jaune.

Voilà donc une première forme de fièvre jaune éminemment fruste et abortive, quelquefois limitée à des accidents si légers qu’ils peuvent être absolument méconnus quant à leur nature, et qu’en effet certains auteurs ne les considèrent pas comme des cas de fièvre jaune.

À côté de celle-ci peut prendre rang la fièvre jaune que nous avons déjà signalée. Elle se trouve décrite, citée dans tous les auteurs et souvent appuyée d'observations.

D'après ces observations on voit bien la nature de la fièvre jaune abortive; dans quelles occasions l’observe-t-on le plus souvent? En premier lieu, la question de race a une grande importance. On à longuement insisté sur ce point que les nègres présentent une immunité complète ou à peu près à la maladie. S'il est vrai qu'ils peuvent dans certains cas être pris comme les Européens, on à pu néanmoins établir cette loi générale que « moins foncée est la couleur de Ia peau, moins grande est la prédisposition morbide. Les nègres en sont complètement exempts; lorsqu'ils tombent parfois malades c’est sous une forme légère (Griesinger)(1). » Cette immunité se perd par le séjour dans un climat froid, mais néanmoins leurs maladies sont toujours rares et plus légères que celles des Européens. Les Indiens rouges cuivrés sont peu ou pas atteints. Les créoles, tout en étant moins réfractaires que les nègres, le sont cependant plus que les blancs.

Etudions maintenant la question de constitution morbide. On observe sur ce point des faits intéressants avant et pendant les épidémies de fièvre jaune.

Avant l'apparition des cas complets de typhus amaril, on voit régner ce que Ballot appelle la constitution inflammatoire ou bilieuse, pendant laquelle les maladies régnantes semblent prendre une tournure spéciale et pendant laquelle on voit survenir des fièvres inflammatoires, cruptives, des fièvres bilieuses, pouvant aller jusqu’à la fièvre jaune sporadique. À cette période surviennent ces affections assimilées par certains médecins, Nielly par exemple, à la fièvre jaune atténuée. Elle

(1) GRIESINGER. — Des maladies infectieuses.

offre, avec les périodes précédant les épidémies de dothiénentérie où j'on observe tant d’embarras gastriques, une analogie des plus frappantes. Voici, d’ailleurs, ce que dit Ballot (1) de cette constitution inflammatoire :

« La constitution inflammatoire apparaît ordinairement en avril et « se prolonge jusqu’en novembre. Pendant l’hivernage, il n’est pas rare « de la voir revêtir la forme bilieuse. Certaines années, elle commence « dès le moisde février et va jusqu’en décembre. Elle est annoncée par « le passage du soleil au tropique et par la persistance des vents allant « de l’est à l’ouest en passant par le sud. Alors se développent de « fortes chaleurs, des sécheresses, des orages, etc.

« Pendant cette constitution, les fièvres intermittentes ordinaires « tendent à devenir rémittentes, pseudo-continues, rebelles à la qui- « nine, et à revêtir des caractères plus ou moins pernicieux; puis, sur- « gissent des fièvres inflammatoires, éruptives, bilieuses, pouvant aller « jusqu’à la fièvre jaune sporadique. »

Pendant les épidémies de-fièvre jaune, on peut voir des individus atteints d'une autre affection offrir pour ainsi dire des fragments de l'affection épidémique. « Quelques-uns sont atteints d’ictère, d’autres meurent rapidement d’hématémèse, etc. (2).

Le sexe ne semble pas avoir d'influence sur la forme du typhus amaril ; quant à l’âge, il n'en est plus de même. Les enfants surtout, pendant les épidémies, sont souvent atteints, au moins dans certaines contrées, d’une affection dénommée fièvre bilieuse inflammatoire.

Cette maladie comprend deux formes, la forme légère et la forme zrave, et chacune des formes deux degrés d'intensité (3).

Pour la majorité des médecins de l’armée et de la marine qui ont ctudié avec attention d’une part la fièvre jaune, la fièvre bilieuse inflammatoire d'autre part, cette dernière ne serait qu'un degré abortif de la première; et cette forme tout abortive qu’elle est pourrait entrainer la mort. Cette opinion a pour elle Rufz de Lavison (4), Lota (5), Bérenger-Féraud (6), ete, |

1) BALLOT. — Dé la fièvre jaune à la Martinique, sous le rapporé sanitaire, p. 6, 1881. 2) GRIESINGER — Zoc. cil., p. 103.

3) NTELLY. — Zléments de pathologie exotique, 1881. Paris. (4) RUFZ DE LAVISON.— Chronologie des imaludies de la ville de Suint-Pierre (Archives de inédecine navale, 1869, % semestre, p. 119 et suivantes.) — Conple rendu du Traité de la lièvre dite Lilieuse infamiatoire. (Archives de inédecine navale, 1878, 2 semestre)

(5) LOTA. — De l'immunité @es créoles à l'égard de la fièvre jaune. (Archives de inédecine navale, 1870, 2% semestre.) (6) ACER — De la fièvre dite Vilieuse inflammatoire des Antilles. Paris, Dela- 1aye, 1878.

« On l'a dénommée, dit ce dernier, à tort fièvre bilieuse inflamma- «toire commune, fièvre d’insolation, fièvre typhoïde des créoles, On a « mieux compris sa nature quand on l’a désignée sous les noms de «fièvre d’acclimatement (à la fièvre jaune), de synoque amarile, de « fébricule ictérode, de Jièvre jaune abortive où bénigne. »

Nielly aussi considère l'identité de ces fièvres avec le typhus amaril comme très probable, et s'appuie sur le passage suivant de Bérenger- Féraud :

«< La fièvre dite bilieuse inflammatoire se montre, soit à l'état de cas «isolé, sporadique, soit par poussées épidémiques. Elle est transmissible. «Elle est aux petites Antilles ce que la fièvre jaune est aux grandes «Antilles : des grands foyers miasmatiques s'échappe le vrai et sévère <typhus amaril; des petits foyers ne peut s'échapper, en temps ordi- « naire, que la fièvre inflammatoire (Bérenger-Féraud). » Il conclut qu’elle confond ses causes avec celles de la fièvre jaune.

Donc, trois formes, en quelque sorte, de fièvre jaune abortive :

1° Fièvre jaune, légère, ébauchée, demi-maladie, affection constituée par la fièvre jaune, dépourvue de deux périodes et à pronostic bénin.

Disons, à propos de cette forme, que la fièvre jaune est loin d’être constamment mortelle et que l’on ne devra pas considérer comme fièvre jaune abortive, tous les cas de typhus amaril guéris, les cas sporadiques, les cas prolongés. C’est ainsi que l’on ne peut ranger dans ce groupeles observations, par exemple, que l’on trouve rapportées dans la thèse de Siphnaios (1), où existe une observation dont l’auteur lui-même est le sujet : l'affection se termine par la guérison après onze jours de maladie ; et une autre où le malade revient à la santé après vingt-trois jours de maladie avec hématémèse, melœna, etc. ;

2° Symptômes détachés de fièvre jaune, attaquant soit des individus sains, plus spécialement les nègres, quelquefois des individus en puissance d’une autre maladie ;

3° La fièvre bilicuse inflammatoire, attaquant les créoles, des gens pour ainsi dire à demi acclimatés, et surtout les créoles enfants.

Enfin, ajoutons à ces faits les cas des gens ayant subi des inoculations.

D'après le Siglo medico (2) du 13 décembre, le docteur Meyrignac

(1) SIPHNAIOS. — De lu fièvre jaune sporadique. Paris, 1852. (2) The London Medical Record, juanuary 1%, 1886, n° 127, new series, p, 36.

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