‹ Des Pyrexies AbortivesChapitre 16 sur 57 · NN I PI CET D TGS · texte numérisé non relu

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(4) MÉLiER. — Mémoires de P'Acadéinie de médecine, 1863, L. XX VI, p. 85.

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Fièvre typhoïde abortive.

Ce que nous avons dit au commencement de cette deuxième partie sur les modifications qui ont été apportées à nos procédés scientifiques par les perfectionnements introduits dans nos moyens de recherche est encore plus vrai quand on l’applique à l'étude de la fièvre typhoïde.

Avec l'apparition du thermomètre en clinique, l’évolution de la maladie qui nous occupe n’est plus ni observée, ni appréciée, comme on le faisait encore il y a à peine un siècle. Les crises et les jours critiques, qui jouaient aux yeux des observateurs un si grand rôle, ont perdu quelque peu de leur importance dans les maladies fébriles en général et plus spécialement peut-être dans la dothiénentérie. Les phénomènes critiques qui jugeaient la maladie excitent encore notre intérêt ; règlent même notre pronostic, mais sont dépossédés de la valeur pathogénique qu’on leur accordait autrefois. Et pourtant nous n’avons fait que changer notre mode d'interprétation des crises. Mais au fond, le résultat est le même et la recherche méthodique des signes, ainsi que l'observation approfondie de la marche de la maladie, devraient n'avoir trouvé dans la thermométrie clinique qu’un procédé d'analyse plus positif, plus absolu que les procédés anciens.

aR HISTORIQUE

Si les réflexions qui précèdent sont vraies, appliquées aux maladies générales fébriles, elles s'adressent mieux encore, comme nous le verrons, à l'étude de la fièvre typhoïde et en particulier à l'étude de sa forme abortive. Aussi est-ce seulement avec Lebert, avec Griesinger et ses élèves Wegelin et Schmid que commence l'étude de la fièvre typhoïde abortive. Griesinger (1) avait décrit la fébricule typhoïde

(U) GrissiNGer. — Infections-Krankheïiten, Wirchow’s Handbuch der spec. Pathologie und Therapie. Erlangen, 1857.

avant que Lebert n'isolit la forme abortive de la dothiénentérie. D'ailleurs la thèse de Wegelin, qui précède de trois ans le mémoire de Lebert, établirait s'il y avait lieu la priorité incontestable de Griesinger. Il me paraît plus simple de confondre dans le même groupe ces différents auteurs et de leur accorder à chacun la part qui leur revient.

Quoi qu’il en soit de ces questions de priorité, il semble acquis aujourd’hui que Lebert (1) créa le type de fièvre typhoïde abortive. Ses recherches étaient basées sur cent soixante-dix observations recueillies en quatre ans à Zurich. Il insista sur le début brusque de la maladie, par un frisson, sans prodromes. Il décrivit la disparition rapide des phénomènes dans le courant de la seconde semaine, montra la chute rapide de la température, les sueurs fréquentes; enfin il expliqua cette forme de la maladie par l’action atténuée du miasme typhique. Malgré les objections nombreuses qui ne devaient pas tarder à lui être faites, en particulier par Griesinger et Wunderlich (2), la conception de Lebert était née viable, et depuis lors un grand nombre d'auteurs, dont nous signalerons les plus importants, s’occupèrent de la question. Nous verrons bientôt en effet que les opinions furent longtemps partagées, les uns en acceptant les cas abortifs de la fièvre typhoïde, les autres en rejetant du cadre de la dothiénentérie tous ces faits de pyrexie légère avortée, qu'ils considéraient comme des exemples de fièvre éphémère prolongée, de fièvre gastrique, de fièvre rémittente gastrique, de synoque, etc.

On le voit, il en a été de cette question de la fièvre typhoïde avortée comme de toute notion nouvelle en pathologie : ce n’est pas d'emblée, sans hésitations antérieures, que la conception s’est installée. L'esprit médical dans cette question intéressante à passé comme toujours, par des transitions dont on peut trouver les traces dans les auteurs qui ont précédé Lebert, dont les voies étaient déjà tout au moins préparées; ceci soit dit, non pour amoindrir la valeur de son remarquable mémoire, mais pour rappeler comment se produit, à de rares exceptions près, la marche ascensionnelle et progressive des idées en médecine.

(1) Leserr.— Beiträige zur genaueren Kenntniss der verschiedenen Formen des Typhus. Ueber Abortivtyphus. Prager Vierteljahrschrift. Bd. 56. 1857. $. 4.

(2) Wonpercicn. — Prüfung der Calomelwirkung beim enterischen Typhus. Arch, f. physiol. Heilkunde, Neue F'olge. Bd, 1. 1857. $S. 578.

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Il est bien certain que Sydenham, Cullen, Borsieri et les pyrétologistes du commencement de ce siècle, n’eurent que des notions bien vagues sur les formes abortives des fièvres infectieuses et particulièrement de la fièvre typhoïde; en forcant un peu les textes, on arriverait peut-être à identifier les synoques imputrides, les fièvres rémittentes gastriques, les éphémères prolongées à ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de typhus levissimus, typhus abortivus, etc.; ce serait se donner bien du mal pour ne pas démontrer grand’chose. Sydenham (1), par exemple, signale bien une nouvelle sorte de fièvre parue à Londres en 1685 et qui lui semble, à beaucoup de points de vue, se rattacher au groupe des flèvres continues bénignes de la fin des épidémies. Cette maladie était souvent plus courte chez les enfants que chez les adultes, N'est-ce pas là une fièvre abortive? Toutefois les notions insuffisamment établies concernant la nature même de ces fièvres continues, nous permettent de passer outre sans rien affirmer, et d'arriver, sans plus nous attarder, au commencement de ce siècle.

Chomel (2) ne connaissait pas encore scientifiquement les formes courtes ou légères de la fièvre typhoïde. Toutefois dans une statistique où il donne le jour de la convalescence de Ia fièvre typhoïde, il note dix-neuf cas dans lesquels la maladie s'arrêta du huitième au seizième jour.

Bouillaud (3) observa des cas avec convalescence aux septième, huitième, onzième, treizième et quinzième jours. Mais il voyait là des arguments victorieux en faveur de la jugulation de la maladie par les émissions sanguines, |

Pour Louis (4), la durée minima de la fièvre typhoïde est de quatorze jours.

Forget (5) fixe au septième jour la plus courte durée de l’entérite folliculeuse ; c'était admettre la fièvre typhoïde abortive.

Rilliet et Barthez (6) décrivant la fièvre typhoïde chez l'enfant,

(1) Syxpenuau. — Médecine pratique. Lettre sur une nouvelle sorte de fièvre qui parut en 1685 (Traduction de JAurr). Paris 1774, p. 516 et suivantes.

(2) Cuouer. — Leçons de clinique médicale. Paris 1834. La convalescence survint dans ces cas : 1 fois le huitième jour, 1 fois le neuvième, 4 fois lo douzième, 3 fois du douzième au quatorzièm?, 10 fois du quinzième au seizième jour.

(3) BouicrauD. — Clinique médicale de la Charité, t. Y. Paris 1837.

(4) Louis. — Æzcherches anatomiques, pathologiques et thérapeutiques sur la maladie connue sous le nom de fièvre typhoïde. Paris 1841.

(3) Forarr, — De l'entérite folliculeuse. 1841,

(6) Ririer Er Barrurz, — Traité des maladies des enfants, t. II. 1861.

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accordent aux formes légères un laps de temps qui peut ne pas dépasser quinze jours. En outre, frappés de ces malaises prolongés qu’on rencontre souvent chez les enfants, aussi bien d’ailleurs que chez les adultes, en temps d’épidémie, ces auteurs se demandent, à propos de la dothiénentérie, si l’on ne pourrait pas rapprocher des fièvres tyvphoïdes anomales « les cas assez nombreux où l’on voit des enfants « subir l'influence de l'épidémie sans cependant offrir tous les symp- « tômes de la dothiénentérie, et rester ainsi pendant huit à dix jours « dans un état mixte entre la santé et la maladie? »

En France, jusqu’à il y a vingt-cinq ans, on le voit par les citations qui précèdent, la notion de fièvre typhoïde légère et de courte durée dominait exclusivement. La conception de l'avortement possible, on devrait pouvoir dire de l’abortivité, n’était pas encore mise en lumière. Certains auteurs n’acceptaient même pas que la durée de la fièvre typhoïde pût être inférieure à deux septénaires. Valleix n’admettait pas les cas de fièvre typhoïde qui n’atteignaient pas quatorze jours. Monneret pensait que les variétés de la fièvre typhoïde ne sauraient être indiquées. Hardy et Béhier (1) disent, en parlant de certaines fièvres typhoïdes qui pourraient être guéries du douzième au quatorzième jour : « Ce sont là des chiffres donnés par Grisolle dans sa Pathologie. Mais « on peut se demander s’il s’est bien agi, dans ces cas, d’une véritable « fièvre typhoïde qui aurait avorté avant l’ulcération des plaques de « Peyer. Quant aux faits de guérison avant le dixième jour, il est « permis de rejeter complètement l’idée de fièvre typhoïde. Pour ce « qui est de nous, il nous paraît qu’on ne doit accepter la guérison « complète de la maladie avant le vingtième jour. »

Trousseau, dans ses cliniques, tendait à ranger parmi les formes légères de la fièvre typhoïde, les maladies décrites sous le nom de fièvre muqueuse, de synoque, etc. Les auteurs du Compendiuin de médecine parlaient déjà de la fièvre typhoïde qui s'arrête du huitième au quatorzième jour.

Le mémoire de Lebert souleva la question de la forme abortive de la fièvre typhoïde. Malheureusement cet auteur rangeait parmi les cas abortifs des observations de maladies ayant présenté vingt-un et vingttrois jours de durée. Il confondait done sous la même dénomination des fièvres typhoïdes vraiment abortives et des fièvres typhoïdes légères.

(1) Haroy er Bémier. — Pathologie interne, t. IV, p. 92. 1880.

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C'est à Griesinger (1) le premier, et à ses élèves Wegelin (2) et Schmid (3) après lui, qu'on doit d’avoir établi définitivement la distinction bien nette entre les formes atténuées et les formes abortives de la pyrexie, Griesinger donnait aux formes abortives de la fièvre typhoïde le nom de typhus levissinus que nous ne conserverons pas pour les raisons énoncées plus haut: la fièvre typhoïde abortive pouvant être sérieuse et même grave au début. Le terme de levissimus est donc impropre lorsqu'il s’agit de fièvres avortées. Citons Griesinger : « Pour la première fois j'ai décrit d’une facon dogmatique les formes « les plus légères: je les ai observées en étudiant les variations si « intéressantes de température et j'ai prouvé leur dépendance de la « fièvre typhoïde (4). » IL venait de dire qu’il y à de véritables fièvres tvphoïdes « d’une durée de cing jours et à côté de ces fièvres si incom- « plètes, de si courte durée qu'on pourrait les nommer éphémères, «il ya les formes moyennes d'une durée de sept, dix, quatorze « jours, etc., jusqu'aux formes les plus classiques. » Pour cet auteur, le développement incomplet du processus est caractérisé par la marche abrégée de l’évolution. Il apprécie la durée de la maladie d’après la durée de la fièvre. Enfin il comprend également dans le typhus levissimus les cas de cinq, sept, quatorze jours et ceux qui se prolongent jusqu’au seizième jour. Nous croyons devoir noter quelques détails cliniques intéressants pour montrer dans cet exposé historique les idées un peu différentes, parfois même presque contradictoires, que les auteurs ont sur la question qui nous occupe. C’est ainsi que Griesinger estime que les symptômes sont absolument analogues à ceux des formes communes; en voici les principaux traits: invasion rapide, frisson, température élevée, céphalalgie, vertige, insomnie, tuméfaction de la rate; diarrhée ou constipation, quelquefois albuminurie. En outre, les taches rosées existeraient même dans les cas les plus courts, elles apparaîtraient alors vers le sixième jour, plus tôt que d'ordinaire. Dans les cas de courte durée, la fièvre tombe assez brusquement, jusqu’à l’apyrexie complète, vers le sixième ou septième jour, et la convalescence s'établit au milieu de sueurs abondantes. Pour les cas qui durent plus

(1) GRiIESINGER. — Traité des maladies infectieuses. Traduction Lemattre, Paris 1868. (2) WæeGerin. — Dissertatio, Zurich 1854.

(3) Scnmin, — Üeber typhus levissimus, Zurich 1862.

(4) Ce travail a été reproduit dans la dissertation de Schmid (Zurich 1862), qui démontre

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qu'à Kiehl la forme abortive de la fièvre typhoïde est plus fréquente que la forme légère.

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longtemps, la fièvre diminue vers le neuvième jour, mais elle persiste encore le soir jusqu'au quatorzième ou seizième jour en offrant de grandes oscillations. La convalescence est ordinairement très courte, elle peut être troublée parfois par une rechute.

N'oublions pas enfin les idées générales de Griesinger sur la fièvre typhoïde abortive : il considère la maladie comme une série successive d'intoxications, Les formes atténuées, dont il est un des défenseurs les plus ardents, sont « niées encore aujourd’hui, dit-il, parce qu’on n’est « pas encore habitué à se persuader que toutes les maladies infectieuses « ont leurs formes les plus légères ». Aussi les sépare-t-on artificiellement des cas confirmés « et on les appelle catairhe aigu de l'estomac, « fièvre gastrique où rhumatismale ». Au point de vue de l’épidémicité, Griesinger ajoute que ces cas ne sont pas vraiment sporadiques, que presque toujours ils sont « un élément d’une épidémie, quelquefois « même d’une épidémie domiciliaire, et qu'ils montrent ainsi de la « manière la plus évidente leur communauté de développement avec « la fièvre typhoïde ordinaire ».

Liebermeister (1) distingue catégoriquement la fièvre typhoïde bénigne ou légère (typhus levis, tvphus levissimus) de la forme abortive (abortiv typhus). Pour lui, c’est la durée courte qui fait le caractère distinctif, le début du typhus abortif pouvant être léger ou grave.

Dans ses leçons cliniques sur la thermon#trie dans la fièvre typhoïde (2) et dans son traité de pathologie, M. Jaccoud accepte les descriptions de Lebert et de Griesinger, et insiste sur les caractères pathognomoniques de la période du début de ces formes abortives où l'on observe les oscillations ascendantes caractéristiques de la fièvre typhoïde.

Baümler (3) et Jürgensen (4) confirment les descriptions de Lebert et de Griesinger. Baümler insiste sur l'invasion rapide de la maladie,

(1) Taeserwæisrer. — Ueber die Ursachen der Volkskrankheiten. Akad. Antrittsrede, Bâle 1365.

— Infoctionskrankheiten und Typhus abdominalis, in Ziemssen’s Handb. der spec. Pathol. und Therap., Leipzig 1876.

— Vorlesungen über spec. Pathol. und Therap., Bd. I. Infectionskrankheïiten, 1885, Abdominal Typhus, p.126.

(2) Jaccoun. — Thermométrie dans la fièvre typhoïde. Clinique de la Charité, p. 596, Paris 1867.

(3) Baïümzer. — Klinische Beobachtungen über Abdominaltyphus in England. Die leichtesten Formen der typhôüsen Infection. Deutsch Arch.f. Klin. Med. Bd. III, 1867, s. 387.

(4) Jüraexsex. — Ueber die leicht Form, des Abdominaltyph. Samm Klinisch. Vorträge, Nr. 61.

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sur la prostration très hâtive qui va même jusqu’à offrir au troisième jour un tableau menaçant, le tout pouvant au bout de peu de jours arriver à une défervescence très rapide. Parmi les cas cités par Baümler il en est un qui ne dépassa pas cinq jours. Jürgensen a observé également des cas qui se terminaient entre le quatrième, le sixième et le septième jour.

En 1870 la Société médicale des hôpitaux de Paris s’occupa de l’existence des formes abortives de la fièvre typhoïde, qui régnait à Paris. Le docteur Guyot appelait l’attention sur un fait que laplupart des médecins des hôpitaux, comme le disait le docteur Besnier (1), rapporteur de la commission des maladies régnantes, pouvait avoir observé : « Certains « malades présentent un ensemble de symptômes, y compris de noï- « breuses taches rosées, pouvant faire supposer qu’ils sont atteints de fièvre typhoïde, tandis que, après quelques jours de traitement, on peut leur donner de la nourriture, et que bientôt la guérison est complète. » Six ans plus tard, MM. Guyot, Besnier, Bucquoy, Rendu, Lereboullet et Laveran reprenaient cette question etmontraient que ces formes abortives s’observent dans les épidémies dont la mortalité est très faible (2).

Laveran (3) s'efforce de démontrer qu’un certain nombre de maladies fébriles de courte durée rappelant les fièvres inflammatoires essentielles, les synoques simples, tes synoques imputrides, doivent rentrer dans le cadre des fièvres typhoïdes avortées. I1 donne à l’appui de son assertion vingt-cinq cas, dans lesquels le minimum de durée fut de six jours et le maximum de dix-sept jours. Suivent onze observations sur lesquelles nous aurons à revenir.

Pour Murchison (4), la plupart des fièvres « connues sous le nom de « fièvre simple continue ou de fébricule sont des attaques de fièvre « typhoïde avortée qui se terminent entre le dixième et le vingtième « jour ». Sur deux cents observations, dans sept cas seulement la durée

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