‹ Des Pyrexies AbortivesChapitre 25 sur 57 · AR TE · texte numérisé non relu

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plus courte que dans les cas ordinaires. Parkes semble même admettre que l’incubation ne durerait, dans ces conditions, que deux ou trois jours, au lieu de dix, douze et quatorze jours, chiffres habituellement admis pour l’incubation ordinaire.

Peut-être donc, avec un nombre suffisant de documents bien recueillis, pourrait-on rattacher à ce mode d'infection rapide un certain nombre de typhoïdes abortives. D'ailleurs le nombre de jours accordés à l’incubation de la fièvre typhoïde est des plus variables. C’est ainsi que Griesinger signale un cas dans lequel l’incubation a duré un jour.

Ce serait sans doute le lieu d'aborder ici une question particulièrement intéressante : Je veux parler de l'influence des causes accidentelles. On sait le rôle important concédé par. M. Potain à toutes les causes accidentelles et notamment aux traumatismes dans la détermination de la dothiénentérie. M. Lépine (communication orale) admet également l’action pathogénique des causes accidentelles, principalement du froid, ou mieux de limpression du froid. Ila vu, entre autres observations remarquables à cet égard, le cas suivant : Un individu bien portant va, le samedi, au théâtre. En sortant, il éprouve un léger frisson et le lendemain matin (dimanche) est atteint des symptômes de pneumonie : (points de côté, crachats abricot, fièvre intense...). Le lundi il entre dans le service du professeur Lépine, où l’on constate les signes précédents et les signes physiques d’une pneumonie unilatérale, caractérisée par des râles crépitants et un souffle tubaire doux. Le mardi (troisième jour de la maladie), les signes physiques s’atténuent; le mercredi, ils tendent à s’effacer ; mais à la fin du premier septénaire, surviennent des taches rosées et les signes abdominaux d’une dothiénentérie. Dans ce cas, il s'agissait d’une pneumo-typhoïde; et l’on sait, nous le dirons d’ailleurs plus loin, que les pneumo-typhoïdes sont une des formes cliniques de la dothiénentérie qui revêtent fréquemment le type abortif.

On n’a pas souvent l’occasion d'observer des malades atteints de fièvre typhoïde et dont l’incubation paraît avoir été des plus rapides. Voici, à cet égard, une observation bien nette que j'ai recueillie dans le service de M. le professeur Vulpian dont j'étais l’interne. Elle montre un début de fièvre typhoïde brusque, sans grands prodromes, puisque la veille encore du jour où la fièvre commença, le malade était parfaitement bien portant. La maladie avorta le quatorzième jour.

Osservarion (résumée). Fièvre typhoïde abortive. Début brusque sans prodromes

appréciables, à la suite d’un bain froid. Convalescence au quatorzième jour.—1l s'agit d'un homme de trente ans, habitant Paris depuis quinze ans, ayant toujours joui d'une bonne santé.

I entre à l’hôpital le 22 juillet, malade depuis six jours seulement.

Le 16 juillet, dans l'après-midi, étant allé aux bains froids, il se jeta à l’eau tout en sueur, Tout d'abord il ne ressentit rien, mais dans la nuit il fut pris d'un

+ frisson violent qui dura trois heures, bientôt une forte céphalalgie s’établissait qui ne devait plus cesser. Le lendemain matin, il éprouva de vives douleurs dans l'abdomen; des coliques fréquentes apparurent en même temps que des sueurs très abondantes. L'appétit disparut.

La nuit suivante, un nouveau frisson, aussi violent que le premier, se produisit et fut suivi, vers le matin, de sueurs extrêmement abondantes.

Ces mêmes phénomènes, identiquement coordonnés, se reproduisirent les autres nuits qui précédèrent son entrée à l'hôpital; la veille il eut un vomissement.

Le jour de son admission, le malade présente le facies caractéristique d'une fièvre typhoïde; la stupeur est même assez marquée et fait craindre une forme adynamique. Le malade paraît extrêmement abattu, le regard est sans expression, les paupières sont à demi-closes; la parole est très lente, la tête immobile. La céphalalgie est intense et empêche le sommeil.

En outre, il existe du vertige, des bourdonnements d'oreille. La langue est blanchâtre, un peu sèche à son extrémité; les bords sont rouges. Soif vive, pas de nausées ni de vomissements, mais constipation depuis le début de la maladie. Le ventre est ballonné et très douloureux à la pression, surtout au niveau des deux fosses iliaques; les coliques persistent très vives. La fièvre est forte, température 890,9 le soir de l'entrée; 39,6 le lendemain ; le pouls est lent 72.

Deux ou trois taches rosées très caractéristiques sur l'abdomen et le thorax. Rate peu volumineuse; respiration un peu rude.

Le malade affirme que la veille du jour où il prit son bain froid, il était parfaitement portant.

Deux jours après son entrée, le 24 juillet, la température atteint pour la première fois 400,3 le soir. Les taches rosées sont devenues beaucoup plus abondantes L’abdomen reste très douloureux.

Le 27 juillet la défervescence commence : la température qui les jours précédents n'était pas descendue au-dessous de 39 degrés, reste ce matin à 380,8. Le%Selletombera à 580 matin, 380,8 soir: la période des oscillations descendantes commence done le onzième jour de la maladie. Le quatorzième jour la température ne dépassera plus 010:

Dès le quinzième jour (31 juillet), la température tombe à 360,9 ct pendant sept jours consécutifs, l'apyrexie persiste ainsi, oscillant de 360,4 à 37 degrés. En même temps le pouls, qui s'était élevé au-dessus de 96 dès le lendemain de l'entrée, tombe, lui aussi et oscille autour de 68.

Pendant la convalescence, le malade conserva une légère céphalalgie et une notable sensibilité de l'abdomen. Quand il partit pour Vincennes, le 22 août, trentescpt jours après le début de sa maladie, sa convalescence était déjà fort avancée. Il n'eut pas de rechute : un seul jour, le trente-troisième de sa maladie, la température était remontée à 38 degrés pendant une journée sans qu'on pût savoir la raison de ect accès de fièvre éphémère (fièvre de convalescence ?).

On est donc en droit d'admettre, l'observation précédente en fait foi,

que l’ineubation de la fièvre typhoïde abortive peut se faire très rapidement ou tout au moins d’une façon tellement insidieuse qu’elle ne donne lieu dans quelques circonstances à aucun trouble de la santé.

Passons au début de la maladie. Comment commence-t-elle? Cette pyrexie abortive commence-t-elle d’une manière spéciale? Offre-t-elle des prodromes? Son début est-il au contraire brusque, violent ou tout au moins inattendu? Pour Griesinger, Homolle, le début se ferait ordinairement sans prodromes, ou précédé seulement de céphalalgie pendant un ou deux jours.

Dans un certain nombre des observations de forme abortive réunies dans le Middlesex hosp. Reports de 1883, nous relevons quelques frissons, un léger malaise général, de la courbature notés avant le début de la fièvre.

Weil (de Heidelberg) n’a constaté de prodromes que quatre fois sur ses trente-deux observations. Ces prodromes, toujours légers, consistaient en sensation de malaise, céphalalgie, faiblesse générale, douleurs mélalgiques, inappétence; ils ne duraient que quelques jours ou même une semaine. En somme la période prodromique paraît insignifiante et se réduit à quelques légers troubles prémonitoires.

Les observations que je possède mentionnent peu l'existence des prodromes. D’ordinaire, les malades que nous recevons dans nos hôpitaux sont atteints depuis plusieurs jours, et leurs souvenirs concernant les troubles avant-coureurs de la maladie qui les a frappés sont aussi vagues que mal circonstanciés. On n'obtient d’eux le plus souvent qu'avec peine la notification du jour où ils ont vraiment commencé à se sentir touchés. C’est de ce jour-là, qu’on doit, à l'exemple du professeur Bouchard pour qui c’est une loi, faire commencer le début de la maladie. MM. Bernheim et Lebon ont donc raison de confondre volontairement la période prodromique avec le début de la fièvre typhoïde. De cette façon la numération des jours de la maladie est plus correcte, et Si elle prolonge au total, la durée effective de la maladie confirmée, elle offre cet avantage inestimable d’être exacte et précise. Le jour où le malade atteint de typhoïde s’est mis au lit n’est pas toujours, il s’en faut, le jouroù il a commencé sa fièvre, tandis que le jour où il s’est senti malade, peut être admis comme début de la dothiénentérie.

Ceci dit pour expliquer les calculs un peu différents suivant les observateurs et les légères erreurs qui peuvent s'être glissées dans nos chiffres statistiques, à cause de la provenance variée des observations

que nous avons à notre disposition, nous pouvons aborder l’histoire du début de la fièvre typhoïde.

Ce début, nous ne le constatons pas fréquemment, à l'hôpital du moins, moins encore peut-être dans ces formes abortives de la fièvre typhoïde qui restent légères du commencement à la fin. Le typhus levissimus échappe bien souvent non seulement au médecin mais au malade luimême; et, comme le disent fort judicieusement les auteurs et en particulier le professeur G. Sée, c’est là une des raisons de ses dangers. Qui n’a observé ces cas de perforation intestinale chez des individus atteints, à leur insu, d’une fièvre typhoïde si légère qu’ils continuaient à vaquer à leur vie active? Cette forme perforante de la fièvré typhoïde, comme l'appelle M. G. Sée, ne constitue pas, à vrai dire, une fièvre typhoïde aboïrtive, bien qu’elle tourne court, subitement, dans un grand nombre de circonstances, et se termine par la mort rapide. Si la maladie avorte, à dire vrai, c’est accidentellement, par suite d’une complication redoutable, le plus souvent mortelle, et il est bien impossible de dire quelle en aurait été la durée dans le cas où la plaque de Pever ulcérée ne se serait pas rompue.

Cet incident clos, revenons au début de la typhoïde abortive. Quand on peut la saisir sur le fait, comment procède la fièvre dans son invasion? Sur ce point les auteurs, nous l'avons déjà vu, sont loin d’être d'accord. Les uns, je ne fais que le rappeler, Jürgensen, Liebermeister, Weil et la presque totalité des auteurs allemands admettent que le début est beaucoup plus brusque que dans les formes ordinaires. Jürgensen, par exemple, signale un début soudain soixante-quatorze fois sur quatre-vingt-sept cas. De même Liebermeister accepte qu’un frisson très intense indique le plus souvent le début de la forme abortive. M. Bernheïm (Clinique inédicale) admet dans ses premiers travaux un début brusque, sans prodromes, un frisson violent par exemple et une ascension rapide de la température qui arrive vite à 40 degrés. Pour Weil, le début est presque toujours brusque.

On comprend quelles seraient la valeur diagnostique et l'importance pronostique de ce mode de début, si l’unanimité des auteurs le considérait comme constant. Malheureusement cette opinion est loin d’être admise par tous. MM. Bernheim et Lebon (1) reviennent sur cette

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(1) Lænox, loc. cit., sur 26 cas abortifs, a observé douze fois le début brusque et quatorze fois le début lent.

opinion trop exclusive des auteurs allemands. Dès 1872 d’ailleurs, Thaon (1), dans une étude remarquable sur la fièvre typhoïde chez les enfants, signale qu'il n’a jamais observé de frisson, et que dans les vingt observations de fébricule abortive qu’il a recueillies, huit fois seulement le début fut brusque.

Sur nos quatre-vingts observations, le début brusque n'est signalé que cinq fois. Nous étudierons d’ailleurs plus loin, à propos de la marche de la température, les différents caractères de la courbe thermométrique; contentons-nous, pour le moment, de rapporter un cas dans lequel le début même de la fièvre typhoïde abortive a été constaté à l'hôpital. Nous devons à notre ami le docteur Lejard, cette intéressante observation, recueillie par lui dans le service du docteur Cadet de Gassicourt.

Voici le fait, résumé brièvement:

Fièvre typhoïde abortive (enfant de 13 ans)

Temp 11 2 o & $ 6 7 8 S 10 Hr121)13 k ) GS L2 #0° 39° ; R T 38° 37° \ as° js 35° FIG. 1.

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(1) Traox. — Mouvement médical, 1872, ancienne série, n°° 18, 19, 24.

OgBseRvarTiON. Fièvre typhoïde abortive, début progressif, durée doure jours. — T1 s'agit d’un enfant de treize ans et demi, amené le 6 octobre 1882 à l'hôpital. Sa mère est entrée le même jour à l'hôpital Lariboisière, pour y être traitée d’une fièvre typhoïde.

D'après les renseignements fournis par ses parents, cet enfant serait convalescent d'une fièvre typhoïde qui aurait débuté il y a six semaines.

Aujourd’hui l'enfant va mieux, sa convalescence a été régulière. Température axillaire 36 degrés.

Dès le lendemain soir, la température axillaire montait à 38 degrés et atteignait 39 degrés le quatrième jour.

Cette rechute probable de fièvre typhoïde devait être légère et de courte durée, car le douzième jour la convalescence commencait et se déroulait cette fois sans, entrave.

Qu'il se soit agi, dans le fait précédent, d’une rechute de fièvre typhoïde ou d’une première poussée, le cas n’en est pas moins remarquable, parce qu’on à pu saisir le début même de la pyrexie abortive,

Pour ce qui est des autres phénomènes qui ont caractérisé dans nos observations l’invasion de la maladie, ils sont des plus variables. Nous trouvons signalés surtout la céphalalgie et le frisson, soit violent et unique, soit répété. Nous sommes loin de la proportion signalée par Weil (1) au sujet du frisson qui, pour cet auteur, n'aurait manqué que six fois sur ses trente-deux cas. Laveran, par contre, n’avait jamais rencontré le frisson violent, mais il avait souvent observé des frissons légers et répétés. Chez vingt enfants, Thaon n’observa pas une seule fois ce symptôme.

Dans nos observations nous trouvons signalées plus d’une fois la courbature, les douleurs musculaires, des phénomènes gastro-intestinaux, particulièrement les vomissements et la diarrhée, Enfin, dans quelques cas rares (deux de nos observations en font foi chez l'enfant), les vertiges, les étourdissements assez intenses pour faire tomber le malade à terre, indiquaient bien le début d’une maladie inquiétante.

En somme, au point de vue de l'appareil symptomatique, le début de la forme abortive semble bien, abstraction faite des caractères de l’évolution thermique, n’offrir aucune particularité importante.

PÉRIODE D'ÉTAT. — La fièvre a pris possession du malade; elle s’est

(4) Weir ajoute que huit fois le frisson fut violent, et que plusieurs fois les frissons reparurent un certain nombre de jours à la même heure, suivis de sueurs vespérales, quoique les malades ne fussent certainement pas atteints de malaria.

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élevée, comme nous l’indiquerons bientôt, en un temps variable à son acmé ; la maladie est arrivée à la période d'état. Cherchons à la caractériser cliniquement et pour cela dissocions les phénomènes morbides : étudions tout d’abord les signes physiques, nous verrons ensuite les phénomènes généraux, ce qui nous donnera l’occasion d'étudier spécialement la marche de la température.

Les signes locaux ne nous arrêteront pas longtemps. Car, en réalité, ils ne diffèrent pas ici notablement des symptômes de la forme commune. Dans la forme abortive de la fièvre typhoïde, en effet, c’est la même inappétence, la même anorexie; c’est aussi la langue saburrale, tremblante, rouge, quoique un peu moins, souvent sèche et fendillée ou fuligineuse. C’est encore la même sensibilité iliaque, les mêmes gargouillements, le même ballonnement du ventre. Ici aussi la diarrhée, les vomissements sont notés plus ou moins souvent. Toutefois la constipation, si fréquente dans certaines formes de la fièvre typhoïde commune, serait peut-être ici plus habituelle. Quant à la tuméfaction de la rate et à l’albuminurie (symptôme à peu près constant d’après Griesinger dans le cas où la fièvre est vive), ce sont deux phénomènes communs à la forme ordinaire et à la forme abortive. Je ne parle pas des taches bleues qui, naguère encore, étaient considérées comme un signe à peu près pathognomonique de la synoque. Si on les rencontre dans les formes abortives de la fièvre typhoïde, formes si fréquemment confondues jadis avec la synoque et avec la rémittente gastrique, leur valeur diagnostique s’est singulièrement modifiée comme on le sait. Les recherches de M. Moursou, de M. Duguet et de son élève Mallet ont démontré victorieusement l’origine, pour ainsi dire constamment parasitaire de la tache bleue, causée par les pediculi.

La valeur de tous les signes énumérés plus haut a été diversement interprétée par les auteurs, au point de vue qui nous occupe. M. Laveran, par exemple, estime que ces signes, inconstants et variables, n’ont rien de particulier. Pour la plupart des auteurs allemands, au contraire, deux signes auraient une grande valeur, par leur constance et leur précocité : la tuméfaction de La rate et l'éruption rosée lenticulaire, la roséole typhoïdique. Ces deux signes apparaîtraient constamment du deuxième au cinquième jour de la maladie.

Les taches rosées nous occuperont d’abord. L'accord n’est point fait sur cette question, tant s’en faut. Griesinger admet la constance de l'éruption rosée, qui serait en même temps hâtive, puisqu'elle se ferait

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