EE} EE
ment selon ses forces, et si même la plante a montré de grandes exigences, elle à été jusqu’à s’appauvrir pour la faire prospérer, bien sûre de retrouver un jour ou l'autre tous les éléments de croissance qu’elle a mis à sa disposition.
Dans le terrain animal les choses se passent tout autrement. L’organisme est vivant et possède à un haut degré l'instinct de la conservation. Aussitôt qu’il éprouve le contact du microbe, il reconnaît la présence d’un être malfaisant et réagit. On à donc là en présence deux ennemis, l’un pour l'attaque et l’autre pour la défense. Le microbe fait tous ses efforts pour s'implanter, se développer, se multiplier à l'infini, dût-il aller jusqu’à la destruction biologique de l'organisme ; celui-ci de son côté résiste autant qu’il est en son pouvoir et cherche par une réaction aussi énergique que possible à chasser et rejeter au dehors, sous une forme quelconque, le virus dont il est imprégné.
Dans cette lutte, si le virus l’emporte, c’est la mort de l'individu, mais il arrive heureusement maintes fois que l’organisme peut prendre le dessus et c’est la guérison qui a lieu. Dans ce dernier cas il peut rester des traces visibles du passage de la maladie comme dans la variole, la peste, etc.; souvent il n’y en a bientôt plus trace. Parfois cependant, trop fréquemment encore, les sujets jadis atteints éprouvent jusqu’à la fin de leur vie des troubles physiologiques bien voisins d’un état pathologique réel.
Pour l'organisme humain, on ne saurait trop insister sur cette notion qui domine largement la scène morbide : le conflit créé par la résistance des éléments cellulaires aux parasites, que ces germes infectieux soient spontanément pathogènes ou bien qu'ils aient acquis un pouvoir morbifique dans le milieu intérieur où ils végétaient, naguère indifférents. La lutte qui s'établit constitue, à proprement parler, la maladie, et l’homme ne sortira victorieux du combat que le jour où les virus organisés auront été totalement éliminés, détruits ou transformés, et où les produits pathologiques enfantés par eux (entre autres les alcaloïdes toxiques ou non) auront été chassés par les émonctoires. La guérison ne sera effectuée qu'après l’élimination d’une foule de déchets organiques et minéraux plus ou moins incomplètement comburés qui s'étaient accumulés dans le milieu intérieur, pendant la maladie : ils ageravaient la situation par leur seule action de présence et par la menace d'accidents toxiques secondaires.
Lorsque le combat est très vite terminé, quand l'organisme, après
des sacrifices souvent considérables, en tout cas largement faits, rentre dans le repos de la convalescence beaucoup plus tôt que d'habitude, ayant jugulé avec ses seules ressources réactionnelles la pyrexie qui l’attaquait, on dit que la maladie générale & avorté, image et comparaison erronées, si l’on tient compte de la signification exacte du terme (1).
Ainsi, dans les maladies infectieuses, l’ensemencement de l’organisme par les germes morbigènes pourra ne pas réussir, soit parce que le terrain humain, à ce moment précis, ne présente pas les conditions favorables à la culture du germe infectieux, soit parce que la graine, de qualité inférieure, pour ainsi dire, et se trouvant dans des conditions de vitalité insuffisante, s’est modifiée pour des raisons multiples, œrâce à des influences qui ont affaibli sa puissance toxique.
Ces germes atténués qui ont déterminé quelques accidents morbides, même avec leur évolution incomplète, peuvent avoir rendu service au patient : dans ce cas, ils deviennent pour lui une sorte de vaccin, et la pyrexie avortée . au rang de maladie prophylactique.
L'exemple suivant, que je choisis à dessein, établit mieux que je ne pourrais le faire, la réalité des faits énoncés plus haut :
Dans la séance du 2 novembre 1885, M. Pourquier lisait à l'Académie des sciences un mémoire extrêmement remarquable sur une modification de la vaccination de la clavelée. Jusqu'à ses travaux, la clavelée s'inoculait directement d'un mouton à l’autre sans précautions préalables, et lesrésultats étaient quelquefois déplorables, amenant une mortalité qui s’est élevée jusqu’ à 60 0/0 du troupeau. M. Pourquier s'efforça d'obtenir un virus atlénué qui devait donner une maladie moins grave mais procurant cependant au sujet la même immunité. La clavelisation préservant pendant un temps variable, deux, tr ois ans et quelquefois toute la vie, les sujets doivent donc être revaecinés. Remarquant dans cette revaccination la diminution des pustules comme largeur, comme acuité et comme durée, M. Pourquier se servit de ces pustules pour vacciner les sujets encore à préserver. C'est donc en utilisant les manifestations d'une maladie abortive que l'auteur cité à essayé de faire naître une »aladie abortive préservatrice, vaccinale, et il a pleinement réussi. La mortalité des troupeaux a diminué dans des proportions considérables à la suite des clavelisations faites avec les précautions recommandées par M. Pourquier.
Ceci bien établi, nous allons voir combien grande est la complexité du problème que nous nous sommes posé concernant l’éfiologie et la
(1) LairiRé. — Abortif. « Êty mologie : abortivus, de aboriri, de ab, indiquant priv ation, et oriri, naître, ce qui empêche de venir à bien, onu ce qui n'est pas venu à bien. » Dictionnaire de la langue francaise, t. 1%, p. 17.
er) QE
pathogénie de la forme abortive des pyrexies. Tout d’abordse présente la question des7aces humaines, tout comme la même question des races se pose en pathologie comparée. Il y a longtemps, par exemple, que lon connaît l'immunité des nègres pour la fièvre jaune, immunité qui va décroissante du nègre au peau-rouge, de celui-ci au créole pour devenir presque nulle chez le blanc non acclimaté. Toutefois, rien que pour ce point qui à paru si longtemps définitivement tranché, l'expérience et les observations de certains auteurs semblent devoir modifier l'opinion jadis accréditée. Il faudrait faire intervenir à côté de l’immunité de race la question de l’acclimatement et de lPhérédité; d'autre part, la fièvre bilieuse inflammatoire des pays chauds serait pour nombre d'auteurs (Bérenger-Feraud, Burot, etc.) une véritable fièvre jaune abortive, conférant l’immunité par une sorte de vaccination légère et spontanée.
On sait combien grave est la variole chez les nègres et chez les Hindous. Ce serait peut-être ici le lieu de rappeler l'opinion soutenue par Broca, qui expliquait l’atténuation relative de la variole chez les races occidentales par l'influence des attaques successives de variole frappant les familles blanches de générations en générations. Faut-il voir dans cette atténuation du virus varioleux un premier degré d’immunité obtenue et par les vaccinations successives et par l'adaptation progressive, héréditaire de l'organisme à ce virus, enfin peut-être aussi par la sénilité croissante du germe de la variole dans nos climats tempérés ?
La même interprétation théorique ne pourrait-elle pas être proposée pour expliquer l’atténuation de la virulence du choléra indien depuis sa premiére apparition en Europe? Est-ce le virus qui s’atténue ? Sont-ce les races européennes qui s’acclimatent, se vaccinant insensiblement à chaque nouvelle recrudescence du fléau? Qu'il me suffise de rappeler les discussions récentes à l'Académie de médecine et les nombreux mémoires publiés depuis peu sur le choléra, d’où il semble résulter, en somme, que l’Europe est imprégnée du virus cholérigène. On commence à parler de constitution médicale cholérique, au début de laquelle on observerait ces nombreux cas de diarrhée suspecte, d’embarras gastrique cholériforme, véritables formes abortives d'une maladie générale que nous avons tous vues à Paris, il y a dix-huit mois, avant l’éclosion de l’épidémie.
Les races jeunes, encore vierges de tout contage, contractent les
maladies infectieuses avec une intensité parfois inimaginable. Qui n’a présente à la mémoire la triste épopée de cette tribu d'Esquimaux transplantée à Paris il v a quelques années et foudroyée en quelques jours par les formes les plus infectieuses de la variole? Ce qui est vrai pour la variole et pour la syphilis, l’est à plus forte raison pour la tuberculose, cette maladie infectieuse dont l'allure parfois suraiguë la rapproche singulièrement des pyrexies proprement dites : on sait la réceptivité extrême des Patagons pour la tuberculose lorsqu'elle leur fut importée.
La question si complexe de l’immunité morbide que nous ne pouvons aborder ici, se retrouve à chaque pas dans la pathologie humaine. Il y a longtemps, par exemple, que la remarque a été faite et confirmée par une foule d'observateurs que chez les Arabes les plaies ne suppurent pas ou presque pas. En pathologie comparée, tous les expérimentateurs ont noté la très minime suppuration des plaies du chien et du cheval, et par contre la grande facilité qu'ont à suppurer les plaies chez le lapin et le bœuf. En d’autres termes, la culture des différentes espèces de microbes progènes est, suivant les races animales ou à peu près inproductive ou très florissante ; le mouton d'Algérie, ainsi que l’a démontré Chauveau, est réfractaire au charbon, cette maladie infectieuse qui frappe si cruellement les moutons d'Europe.
Il est une maladie infectieuse, microbienne, le typhus des volailles ou choléra des poules dont l’étude déjà esquissée par Moritz (Alsace), Joannès et Mégnin, Semmer de Dorpat, Perroncito (de Turin) et par M. Toussaint (de Toulouse), a été définitivement élucidée d’une manière si remarquable par M. Pasteur. Or, on sait que le lapin peut succomber au choléra des poules, tandis qu’un de ses voisins de basse-cour, Île cobaye est presque impunément inoculé, et qu’il porte sans accident pour lui-même dans l’abcès qui se développe au niveau du point d’inoculation une colonie de microbes pathogènes capables de donner à la poule une des formes les plus virulentes du choléra. Par conséquent la même maladie infectieuse, infailliblement mortelle quand elle se développe sur telle espèce animale, peut être sans gravité sur telle autre.
Prenons un autre exemple, le charbon symptomatique : bien differenciée par Arloing, Cornevin et Thomas du sang de rate ou charbon bactéridien de Davaine, cette maladie sévit surtout sur les agneaux et les jeunes bovidées âgées de six mois à quatre ans. Ces auteurs ont montré que l'âne, le cheval et le rat blanc résistent d'ordinaire à
ni fire
l'inoculation du virus, et que le rat d’égout, le chat, le chien, le porc sont réfractaires à la maladie. Les exemples précédents prouvent donc bien qu’en présence d’une maladie infectieuse déterminée, certaines espèces animales, souvent très rapprochées, sont les unes gravement frappées, les autres régulièrement réfractaires.
On pourrait citer encore la frherculose qui produit les terribles ravages que l’on sait sur l'espèce humaine et qui, sévissant également sur un certain nombre d'espèces animales domestiques, les bovidés (Koch, Klebs, Bollinger, Bang). les gallinacés (Koch, Ribbert, Cornil et Mégnin, Babès, Nocard), respecte habituellement le cobaye, le cheval, et est pour ainsi dire inconnue chez le chien, ce commensal habituel de l’homme.
Cette immunité absolue ou relative de certaines espèces est un élément important dans la pathogénie générale des maladies infectieuses. Elle expliquera peut-être un jour, dans la nosologie humaine, ces cas réfractaires, signalés déjà depuis longtemps pour la syphilis ou la blennorrhagie par exemple. Deux étudiants en médecine pratiquant l’autopsie d'une femme morte de puerpérisme infectieux se font aux mains des érosions superficielles : l’un d'eux suecembe en quelques jours à une maladie infectieuse suraiguë, Pautre en est quitte pour une légère adéno-lymphangite du membre supérieur. Dira-t-on que ce dernier s’est blessé moins profondément que le premier ? Prétendrat-on qu'il s’est inoculé une moindre quantité de virus ?
Quelle interprétation donner encore aux faits suivants que je choisis entre tant d’autres non moins significatifs : Koch, dans son célèbre mémoire sur l'étiologie de la tuberculose, pratiquant des inoculations avec des cultures pures de bacilles tuberculeux, rapporte, dans sa quatrième expérience (1), le résultat d’inoculations semblables faites dans des conditions identiques :
DEN RANTae Jah OC Helene tuberculisés.
MMALMOLLCALUTE EE PP EEE CT tuberculisée.
GAS blanc TO A réfractaires.
SSouris DlANChCS fULENT. une seule tuberculisée. ANSourIs des CHAMPS TUTCNL. 0. tubereulisées.
Ole ONBMUTeN te en RAS ER Er ee réfractaires.
6 poules furent...,.................... trois tubereulisées.
4 pigeons furent.........,............. réfractaires. DMOMCAUSIUTONEE EE Re CCE CEE réfractaires, ete.
(1) I s'agissait d'une neuvième culture de tubereules provenant d'un poumon de singe.
Voilà quatre souris des champs infectéés, quatre souris blanches réfractaires sur cinq, et six rats blancs réfractaires.
N’est-il pas logique d'accepter que l’expérimentateur avait eu affaire à certains individus réfractaires, les uns en vertu de leur espèce, les autres non par leur espèce mais par leur résistance individuelle, ce qu'on appelle leur #déosyncrasie ?
Il faut conclure de même lorsqu'on voit Koch, à l’aide de cinq gouttes de sang putréfié injectées à une souris de maison obtenir une septicémie expérimentale, spécifique, réinoculable en série presque indéfinie aux souris de maison, tandis que les rats et les souris des champs y demeurent absolument réfractaires.
Rappelons par comparaison, la réceptivité si grande de certaines espèces pour telle ou telle maladie infectieuse. Je ne veux pas rééditer pour les lapins la célèbre épithète qui leur fut décochée par un maître à propos de l’excessive facilité qu’ils ont à contracter la tuberculose, réceptivité expérimentale qui, bien employée, devient au contraire un moyen éminemment favorable aux recherches délicates (inoculation de quelques gouttes d'un liquide suspect dans la chambre antérieure de l’œil). Mais je puis, en toute justice rappeler que chez l’homme tous les médecins ont observé, des familles malheureusement prédisposées à contracter certaines maladies, la pneumonie, par exemple, ou la fièvre typhoïde. Qui ne pourrait citer des familles où un nombre souvent considérable de personnes ont, pendant plusieurs générations successives, succombé à la pneumonie? Que de maisons dans lesquelles tout membre frappé par la fièvre typhoïde est presque irrévocablement voué à la mort! Et je ne parle pas seulement de ces familles récemment arrivées dans la ville où le tribut aux maladies endémiques, la dîme de l’acclimatement, est trop souvent cruellement payé pendant les quelques mois ou années qui suivent l'installation ; je fais encore allusion aux autochtones, trop souvent victimes de la pyrexie endémique par excellence à Paris, la dothiénenterie. Par contre, tous les médecins pourraient citer des familles privilégiées, à ce point de vue, dont aucun membre n’a contracté ni la fièvre typhoïde, ni la diphthérie, sans qu’on puisse exactement dire quelle est la raison hygiénique, sociale, ou peut-être vaccinale qui les rend ainsi réfractaires aux maladies endémiques ou épidémiques propres au climat et à la région qu'elles habitent.
Ici encore la pathologie comparée fournit quelques données curieuses,
dont l'application à l’espèce humaine est bien discutable, mais mériterait sans doute d’être tentée. Dans les campagnes on sait, et tous les vétérinaires l'ont vu, que les troupeaux de moutons atteints du charbon bactéridien ne sont pas toujours et quand même totalement détruits ; un certain nombre d'individus résistent, soit qu’ils contractent pour une raison ou pour une autre, une forme atténuée, abortive de la maladie, soit même qu’ils n’offrent à aucun moment le moindre phénomène rappelant le tableau du sang de rate. Ce serait peut-être le cas de parler des vaccinations inconscientes et des vaccinations insensibles effectuées par suite de l’acclimatement dans un milieu contagionné; mais nous reviendrons plus tard sur ce sujet. Qu'il nous suffise de répéter que la question de la réceptivité morbide est aussi multiple que délicate, et que divers éléments du problème vont successivement se présenter au cours de cette étude.
J'aborde un sujet qui, de prime abord, pourrait paraître bien éloigné de la question de l'avortement d’une pyrexie : c’est le rôle que peut jouer, à ce point de vue, la {empérature du terrain organique ensemencé. En médecine comparée, depuis Pasteur, la température du sujet inoculé d’une maladie infectieuse est un élément des plus importants. Nous allons voir qu'il en est peut-être de même pour le corps humain. La poule, dont la température normale oscille entre 41 et 42 degrés, est réfractaire au charbon bactéridien, tandis que le moineau dont la température est aussi élevée est très accessible au même virus (Koch). Pasteur inocule une poule avec une culture pure de bactéridies charbonneuses. Puis, afin de prouver d’une facon indiscutable que la température élevée du sang de l’oiseau empêche, à elle seule, la pullulation du microbe, il maintient l’animal les pattes dans l’eau froide, fait ainsi descendre sa température aux environs de 38 degrés, et la bête meurt du charbon. Le microbe aérobie, dans ce terrain de culture suffisamment refroidi, s'est développi avec une rapidité telle que la mort survient en quelques heures. D'ailleurs, pour compléter l'expérience, si l’on réchauffe assez tôt l'animal en observation, on peut l'empêcher de succomber à la maladie charbonneuse. Une preuve inverse aurait 6té fournie par le docteur Gibier (de Savigny) qui serait arrivé à donner à des grenouilles et à des poissons, normalement réfractaires, le charbon bactéridien en les faisant vivre, après une éducation suffisante, dans une eau à 8 degrés.
ao
pur
Mais il est encore d’autres exemples démontrant l'influence de la température du terrain organique sur le développement et, ce qui nous intéresse plus directement, sur l’atténuation des maladies virulentes. Au cours de leurs recherches admirablement conduites sur le charbon symptomatique, Arloing, Cornevin et Thomas inoculèrent le virus à des grenouilles. En quelques heures les microbes se disséminent dans la totalité de l'organisme. Cependant l'animal, réfractaire à la maladie, continue à se bien porter sans que les microbes soient détruits. « Mais, disent ces auteurs, que l’on use d’un artifice : que l’on place la grenouille inoculée dans une étuve à 22 degrés; les microbes reprennent leur activité et la tuent de la quinzième à la trentième heure. » Voici qui est plus remarquable encore, s’il est possible. Les mêmes auteurs, toujours à propos du charbon bactérien, utilisant la notion classique suivant laquelle jamais les tumeurs emphysémato-gangréneuses spontanées ne se développent chez les bovidés à l'extrémité inférieure des membres ni à la queue, inoculèrent le virus sur la queue de l’animal, à différentes hauteurs. Ils démontrèrent que l’inoculation de doses mêmes considérables faite au voisinage du toupillon ne produit qu’un peu d’engorgement des tissus, donne une fièvre plus où moins vive et des phénomènes généraux pendant deux jours, après lesquels l’ämaimunité est acquise à là génisse en expérience. La cause de pareils résultats si remarquables, et qu’on obtient d’ailleurs aussi avec la péripneumonie des bêtes à cornes, autre maladie infectieuse, est double : d’une part, le tissu conjonctif, terre de prédilection pour le développement de la bactérie anaérobie pathogène est, dans la région de la queue, trop dense, trop peu développé pour permettre la culture rapide et la pullulation suffisante du germe infectieux ; d'autre part la température de la région est trop basse pour favoriser le même processus de végétation.
Transportons ces indications précieuses dans le domaine de la patho-
logie humaine. Ne serait-il pas possible d'accepter, en principe, que la
température du corps de l’homme peut jouer un certain rôle dans l’atténuation où même dans l'avortement de certaines maladies pyrétiques ? Pour ce qui est de La fièvre typhoïde où de la preumonie, par exemple, si rarement graves, etsi souvent abortives chez l'enfant, est-il illogique de se demander si dans quelques cas, la pyrexie n’est pas rapidement atténuée par suite d’une réaction fébrile intense, comme on l’observe habituellement chez les jeunes sujets, au début de toute autre
maladie ?
PS
ar contre, l’abaissement de la température périphérique d'un membre ou d’un segment de membre n’était-il pas journellement recherché en chirurgie; récemment encore avant la découverte des méthodes antiseptique, lorsqu'on se trouvait en présence de fractures comminutives graves et de plaies contuses par broiement des membres? Les pansements à l’eau froide s’opposaient souv ent avec succès au développement de la septicémie et de l infection purulente, pyrexies infectieuses qu'on arrivera bientôt, j'espère, à ne plus connaître en chirurgie. Je ne voudrais pas soulever ici une discussion déplacée, mais je ne puis m'empêcher de rappeler en passant que Île tétanos traumatique a été, à tort ou à raison, rangé par quelques auteurs contemporains parmi les maladies infectieuses communes À l’homme et à certains ani-
maux : qu’on ne l’oublie pas, cette menace d'accidents tétaniques que les traumatismes trafnaient à leur suite n’était-elle pas souv ent évitée par les irrigations continues sur les plaies des extrémités dont on abaissait ainsi la température ?
D'ailleurs je puis, sans sortir de la pathologie médicale proprement dite, faire remarquer que dans le traitement de la diphthérie par la glace intus et extra, c'est peut-être par l'hypothermie locale que les succès obtenus par cette médication discutable peuvent s'expliquer. On pourrait semblablement supposer que le traitement de la péritonite aiguë puerpérale par l'application de glace en permanence sur l'abdomen, s'adresse peut-être autant aux éléments microbiens générateurs du pus qu'aux hyperémies inflammatoires progressant dans les anfractuosités de la séreuse.
Je passe sur cette question encore si peu étudiée chez l’homme en dehors de la thérapeutique proprement dite, et j'arrive à un sujet bien digne de fixer l'attention pour ce qui a trait à notre étude circonscrite aux formes abortives des pyrexies. Je veux parler des portes d'entrée de la maladie. 11 va sans dire que je laisse volontairement de côté le problème ardu de l’origine microbienne ou du développement autochtone des pyrexies (les autotyphisations du professeur Peter) : je n'ai pas à résoudre cette question délicate dont l'étude est à peine ébauchée.
Les portes d'entrée peuvent être : la peau ou mieux le tissu cellulaire, les votes digestives, l'appareil respiratoire, les vaisseaux sanguins. Dans leurs expériences sur le charbon symptomatique, Arloing, Cornevin et Thomas ont démontré : 1° que l’inoculation du virus dans le
tissu cellulaire, à dose infinitésimale produit tantôt des phénomènes nuls, tantôt une maladie légère, fébrile, véritable forme abortive du charbon bactérien qui confère à l'animal l’immunité vaccinale.
2° Que le virus déposé directement dans l’intérieur du système veineux ne donne lieu le plus souvent qu’à une maladie avortée, sans tumeur gazeuse. Pendant trois jours environ il existe de la fièvre caractérisée par des frissons, de la tristesse, de l’inappétence et de l’hyperthermie ; après quoi veaux, moutons, chèvres sont vaccinés etsûrement réfractaires aux inoculations virulentes.
3° Que l’inoculation du virus charbonneux dans les voies respiratoires (le tissu cellulaire étant rigoureusement respecté), produit une fièvre abortive, sans lésions apparentes, à la suite de laquelle l'animal est vacciné.
On n’a pas pu obtenir les mêmes effets en introduisant le virus par les voies digestives.
Tous ces résultats sont gros de conséquences. Voilà une maladie virulente, contagieuse par excellence, que l’on peut rendre abortive par le choix de la quantité du virus et surtout du terrain d’inoculation. Et cette forme abortive d’une pyrexie redoutable suffit pour vacciner complètement (pendant le laps de temps habituel) l'animal mis en expérience. N’est-il pas rationnel d'admettre que, spontanément, certaines maladies infectieuses se transmettent à telle espèce animale, et en particulier à l’homme, dans des conditions d’inoculation inconsciente mais favorable au point de créer une forme abortive de la maladie générique? Atténuée, la maladie est souvent si légère qu’elle passe inaperçue.
Il est bon de noter que ces formes d’une maladie spécifique rendues abortives par le choix du terrain d’inoculation ne sont pas les seules connues. Mon collègue Charrin, dans ses belles recherches sur la maladie pyocyanique, qu'il développe par la culture du micrococcus pyocyaneus, est arrivé à des résultats expérimentaux tout à fait comparables aux précédents. Voici, résumée, la note qu’il m'a remise concernant un point encore inédit de son travail sur la maladie pyo-
cyanique :
Lorsqu'on inoeule, par voie éntra-veineuse des lapins avec un demi-centimètre cube de culture du microcoecus pyocyaneus, on détermine chez ces animaux l’apparition d'une maladie fébrile, d'une pyrexie à type à peu près constant. Voiei les principaux symptômes qui caractérisent cette affection : après une incubation de deux
à cinq jours, albuminurie qui va progressant et devient souvent intense, diarrhée survenant vers la période moyenne et à la fin; légère élévation de température, inappétence ; poils non soyeux, assez fréquemment des parésies, ou même de la paraplégie, rétention d'urine; broncho-pneumonie. Amaigrissement progressif jusqu'à la mort. L'urine placée dans des bouillons de culture y fait apparaître presque toujours la pyocyanine.
La durée de la maladie est de quatre à six jours (forme aiguë) ou plus souvent de douze à vingt jours (forme chronique). La terminaison est la mort, sauf de très rares eXCCptions.
Si l’on inoeule une même quantité de la culture sous la peau du flanc, et d'autre part si l’on pratique l'injection intra-veineuse comme précédemment sur des lapins préalablement inoculés dans le tissu cellulaire, on détermine une affection qui, sauf de très rares exceptions se termine par la guérison. Les symptômes sont alors : après le même laps de temps d'incubation, albuminurie légère ou moyenne, souvent transitoire; la diarrhée fait toujours défaut; l'élévation thermique est peu sensible, l'inappétence passagère ; le poil peut devenir terne pendant quelques jours seulement; on ne voit ni paralysie, ni rétention d'urine, ni broncho-pneumonie.…. L'urine placée dans des bouillons donne rarement naissance à la pyocyanine.
Ainsi voilà deux maladies fébriles, deux pyrexies, toutes les deux créées par une cause semblable, par une même quantité de virus pénétrant par la même voie d'introduction, agissant sur des animaux de même espècé, avec cette seule différence que les uns sont vaecinés (injection sous-cutanée antérieure) et que les autres ne le sont pas. Les symptômes de la maladie des animaux du premier groupe (vaccinés) sont les mêmes, mais atténués, que ceux du second groupe. Ce qui différencie la maladie des animaux non vaccinés, c'est qu'elle est mortelle et qu'aux symptômes communs plus accusés se surajoutent des symptômes propres (diarrhée, paralysies, broncho-pneumonie), encore ces symptômes propres ne sont-ils pas absolument constants. :
N'est-on pas en droit de conclure, en raison des rapports nombreux de ces deux symptomatologies, en raison de l'identité des causes agissant sur des animaux de même poids et de même espèce, que la seconde pyrexie n’est autre que la première qui avorte à cause de la modification du terrain et de l’immunité créée par la vaecination ?
Les modifications subies par l'organisme tout entier, après ces inoculations qu'on pourrait appeler prophylactiques, si légères en apparence qu'elles ne donnent lieu à aucun trouble appréciable, sont toutefois assez profondes et assez durables pour mettre l'individu dans l’état d’immunité parfaite à l'égard de la forme la plus virulente de la maladie infectieuse. Nous aurons bientôt l’occasion de parler des virus atténués et des vaccinations virulentes, mais n’y a-t-il pas dans les expériences précédentes une vaccination des plus remarquables ? la voie d'introduction du virus et le procédé d'atténuation spontanée de la maladie par les propres forces de l'organisme constituent une sécurité pour le sujet et lui confèrent une immunité vaccinale.
Un autre exemple, également inédit, d’un virus devenant
| ‘accin par Suite de son introduction dans un appareil déterminé m'est
fourni par mon savant ami M. Nocard, professeur à l’école d’Alfort. Je communication de la facon suivante :
résume $a
La péripreumonie contagieuse est caractérisée au point de vue anatomique par une infiltration considérable du tissu conjonetif interalvéolaire et des sacs lymphatiques périlobulaires. Les cloisons conjonctives du poumon peuvent acquérir jusqu'à dix fois leur épaisseur normale. La quantité de sérosité exsudée est telle qu'un seul lobe hépatisé peut, en une seule nuit, laisser écouler d'un litre de liquide ambré, transparent, très albumineux.
Ce liquide est extrêmement virulent; inoculé à la lancette ou à la seringue de Pravaz en quantité aussi minime qu'on le suppose, il provoque rapidement, dans le tissu conjonctif sous-cutané, un engorgement énorme, en surface comme en épaisseur, qui entraîne rapidement la mort de l'animal. Cet engorgement est dû à l’exsudation dans les aréoles conjonctives d’une sérosité en tout analogue à celle du poumon et virulente comine elle.
de sa trame plus
Partout où le tissu cellulaire sous-cutané est abondant et la température locale assez élevée, cet effet désastreux de l’inoculation se reproduit et la mort en est la conséquence ordinaire. Au contraire, à l'extrémité de la queue, le tissu cellulaire est dense, les tissus sont inextensibles, la température locale est relativement très basse. Aussi l’inoculation de la sérosité virulente pratiquée en cette région ne s'accompagne ordinairement que d’une exsudation très limitée, qui reste localisée, entraîne parfois la gangrène du toupillon, mais à la suite de laquelle l'expérience démontre que l'animal possède l’immunité.
Depuis plus de trente ans que l’inoculation de la péripneumonie est pratiquée sur une très large échelle, on n'a pas observé une seule fois que cette inoculation ait provoqué les lésions pulmonaires qui caractérisent la forme naturelle de la maladie. L'animal peut succomber aux progrès continus de l’exsudation interstitielle. J'ai vu souvent de jeunes animaux, inoculés à dessein à l’encolure ou en arrière de l'épaule, mourir avee une infiltration énorme du médiastin antérieur : jamais le tissu du poumon ne présente la moindre trace de cette infiltration conjonctive si abondante à son voisinage immédiat.
Un autre fait encore plus difficile à comprendre est le suivant : si l’on inocule avec la sérosité virulente un veau de lait, même dans une région défendue, jamais on ne voit survenir ces engorgements si caractéristiques chez les adultes. La règle est de voir se produire, à la suite de ces inoculations, des lésions inflammatoires généralisées à toutes les gaînes synoviales, articulaires ou tendineuses, parfois aussi à certaines séreuses splanchniques, parfois enfin à l’endocarde des orifices ventriculaires ou artériels. :
Enfin, si l’on injecte la sérosité virulente dans la trachée d'animaux adultes (procédé d’inoculation qui, dans la clavelée, provoque constamment, avec une éruption généralisée, les lésions pulmonaires spécifiques de la maladie), en prenant toutes les précautions nécessaires pour éviter le contact du liquide avec le tissu conjonctif lésé par le passage du trocart capillaire, on ne provoque aucune lésion appréciable du poumon. La température générale ne subit aucune élévation, et cependant l'animal a acquis l'immunité contre la péripneumonie, ainsi qu'en
le
témoigne : 10 l'inoculation ultérieure dé la sérosité dont la virulence est éprouvée; 20 ou le séjour prolongé des animaux dans un milieu infecté. (Expériences encore inédites faites en collaboration avec M. Mollereau.)
Les exemples qui précèdent démontreraient, s'il était nécessaire, l'intérêt qu'offre l'étude des voies d'introduction de la maladie infectieuse. Mais à côté de cette notion importante, combien d’autres questions subsidiaires qui gravitent tout à l’entour et sollicitent les investications? Je craindrais de m’éloigner de mon sujet en reprenant, par exemple, le problème du rapport des traumatismes avec le développement des maladies infectieuses, et cependant, même au strict point de vue des pyrexies abortives, n’a-t-on pas pu avancer que la fièvre uréthrale consécutive au simple cathétérisme du canal n’était autre chose qu'une forme abortive de la septicémie urineuse? Ne pourrait-on pas faire rentrer dans le même ordre d'idées l'expérience que rapportait récemment M. Bouchard dans une des dernières séances de la Société clinique de Paris? Injection sous-cutanée d’une certaine quantité d’eau sucrée ou d'urine normale contenant les microbes habituels, vulgaires et indifférents; distension considérable du tissu cellulaire favorisant, si elle ne la détermine pas, l’éclosion d’une maladie infectieuse; en somme la question soulevée des microbes indifférents rendus pathogènes dans certaines conditions traumatiques déterminées.
Chez l’homme, la question des portes d'entrée de la maladie est plus complexe encore, les voies d'introduction étant moins apparentes. En outre, la dose du poison est absolument inconnue. Ajoutons encore à tous ces désiderata la certitude où l’on est aujourd’hui, depuis les travaux de M. Bouchard et de ses élèves, de l’incessante formation de réactions chimiques successivement imposées aux virus dans l’intimité de l’organisme. Rappelons enfin les produits de la sécrétion des microbes pathogènes, produits qui, comme la pyocyanine, peuvent ne pas être toxiques pour les tissus où ils stagnent en attendant leur élimination par les éemonctoires.
On le voit par ce qui précède, plus on pénètre dans le détail de toutes ces questions encore à l'étude et plus les difficultés semblent s'accumuler, plus l'esprit aperçoit reculées les limites du champ possible des notions pathologiques.
Arrivons maintenant au rôle de l’âge dans la détermination abortive
des maladies infectieuses. S'il est vrai que l’homme, dans sa jeunesse, résiste énergiquement à certaines pyrexies, la fièvre typhoïde par exemple dont il atténue d'ordinaire la symptomatologie au point de la rendre parfois méconnaissable, l'inverse s’observe dans la pathologie vétérinaire, entre autres dans la maladie des chiens. Cette affection dont la nature varioleuse, soupconnée jadis par Viborg, a été expérimentalement démontrée par Trasbot, frappe avec la plus grande rigueur les jeunes chiens dont la mortalité est, de son fait, si fréquente, tandis que les chiens adultes vaccinés, par le tribut payé dans leur enfance, y sont régulièrement réfractaires.
Arloing, Cornevin et Thomas ont confirmé, par leurs expériences sur le charbon symptomatique, la notion courante de l’immunité des jeunes veaux encore à la mamelle ou sevrés depuis peu. Cette immunité s'étend du jour de la naissance jusqu’au cinquième mois. Nocard, comme nous l'avons vu plus haut, a démontré la même immunité pour la péripneumonie du gros bétail, avec cette différence toutefois que l’inoculation de la péripneumonie faite chez les veaux de lait leur donnerait régulièrement une sorte de rhumatisme articulaire aigu généralisé, infectieux, compliqué parfois de lésions pleurales, péricardiques ou endocardiques, ces dernières pouvant être généralisées aux quatre orifices du cœur. Pour Arloing et ses collaborateurs, deux raisons peuvent expliquer l’immunité des jeunes animaux nouveau-nés : en premier lieu, l’alimentation spéciale à laquelle ils sont encore soumis (ce qui fait d’eux, en quelque sorte, des carnivores pendant qu’ils sont à la mamelle et même au moment du sevrage, époque à laquelle ils se nourrissent aux dépens de leur propre substance); en second lieu, J'immunité leur peut avoir été conférée par suite d’un «legs héréditaire, transmis par une mère jouissant elle-même de l’immunité ». Nous touchons ici à un sujet, La vaccination congénitale, qui mérite quelques remarques que nous lui consacrons plus loin, à propos de l'influence de la grossesse sur l’atténuation des maladies infectieuses transmises au fœtus.
A un âge plus avancé, quand les bovidés ont atteint leur quatrième année ils ne contractent plus le charbon symptomatique. Mais, comme l'ont encore bien prouvé Arloing et ses collaborateurs, cette immunité n'appartient qu'aux animaux adultes élevés dans les localités où règne endémiquement le charbon bactérien. En Algérie, par exemple, où les animaux séjournent trop peu de temps chez les éleveurs, passant des
plateaux au littoral maritime, le charbon fait de nombreuses victimes à tous les âges. La vérité est que, chez nous, les bœufs adultes, réfractaires, qui vivent dans un milieu infecté, ont été insensiblement vaccinés, s’inoculant lentement des doses du virus qui leur assureront plus tard l’immunité.
Ne trouvons-nous pas le même phénomène dans ces formes lentes et légères du typhus des armées que Jacquot (1) à décrites sous le terme de typhisation à petite dose? quand il dit que « bon nombre de médecins sont arrivés, par cette typhisation à petite dose, à une sorte d’assuétude, de tolérance, de saturation typhique insensible... » Ne suit-on pas là le développement d’une maladie infectieuse expérimentale, inoculée spontanément dans un milieu épidémique? La seule différence apparente est dans les faits où ce typhus à petite dose se terminait par une attaque de typhus formidable qui enlevait rapidement le médecin, la sœur ou l’aumônier : la dose introduite par les voies perméables de l'organisme avait été trop forte, à un moment donné, et la vaccination spontanée brusquement arrêtée.
L'imprégnation progressive, à petites doses, de l'organisme vivant placé chaque jour dans un milieu contagieux, épidémique, constitue une vérité nosologique déjà universellement acceptée avant qu'on connût la biologie des microbes et les faits de pathologie comparée auxquels nous avons fait allusion plus haut. Cette question Si curieuse de l’acclimatement dans un foyer infecté se pose, depuis des siècles, dès le jour où des maladies contagieuses furent accumulées dans un espace circonscrit et plus ou moins hermétiquement fermé. Le personnel des hôpitaux est, proportionnellement, moins décimé par les pyrexies infectieuses que telle autre classe de la population des villes. La diphthérie, par exemple, dont la contagiosité est peut-être la plus élevée, la diphthérie, qui aime les jeunes, frappe rarement, quoique trop souvent encore, les élèves en médecine. N'a-t-on pas le droit de croire, ici également, à l’acclimatement progressif? 11 serait instructif de rechercher si, pendant les mois qu’ils passent dans les services infectés, les étudiants et surtout les internes des hôpitaux qui y séjournent de longues heures, matin et soir, n'offrent pas quelques signes légers, rapidement éteints, de l'infection, traces d’une vaccination inconsciente et peut-être prophylactique.
(1) Férax Jacquor, — Du typhus de l’armée d'Orient. Paris 1858.
Les mêmes réflexions pourraient être appliquées à l’étude d’autres maladies infectieuses, la fièvre typhoïde par exemple, C’est bien pour cette pyrexie que la question de l’acclimatement mériterait d’être sérieusement étudiée au point de vue de la fréquence ou de la rareté de ses formes abortives. Sans doute, on objectera à l’opinion, bien admissible cependant, de l’influence favorable exercée par le milieu nosocomial sur les jeunes générations d'élèves en médecine qui se renouvellent chaque année dans nos services hospitaliers de Paris, les cas déplorables et relativement fréquents de jeunes gens succombant aux formes les plus graves de la fièvre typhoïde contractée peut-être à l'hôpital. Mais, d’une part, la contagiosité de la fièvre typhoïde ne se manifeste pas d'ordinaire d’une façon aussi évidente, et, de l’autre, la plupart de ces victimes, dont les noms sont sur toutes les lèvres, étaient des étrangers à la ville de Paris, des individus transplantés de la province, en pleine période d’acclimatement depuis un nombre d’années souvent restreint : ce n'étaient que bien rarement des autochtones, c’est-à-dire des habitants déjà imprégnés depuis longtemps par la dose quotidienne de miasmes dévolue à chaque habitant de Paris. Aussi, pour quelques observations de victimes du devoir professionnel succombant à l’action délétère du milieu nosocomial, combien d’autres qui résistent aux mêmes influences, sans en souffrir ou en se libérant au prix d’une fébricule typhoïde abortive, ou d’une fièvre rémittente gastrique, d’une rougeole ou d’une scarlatine atténuée, ou enfin d’une angine herpétique suspecte, autant de pyrexies légères, souvent bâtardes, qui ont peut-être joué le rôle de vaccinations en conférant l'immunité, réserve faite, bien entendu, pour la diphthérie.
Arrivons à la question d’hérédité. Quelle influence peut avoir une pyrexie maternelle au point de vue des pyrexies ultérieures qui attaqueront l'enfant? La maladie de la mère confère-t-elle une immunité absolue ou relative au produit de la conception? En d’autres termes, l'enfant est-il vacciné et parfaitement réfractaire à la même maladie, ou bien ne bénéficiera-t-il que partiellement de la maladie maternelle dont il aura plus ou moins ressenti les atteintes £n utero? Dans ce second cas, il aurait droit, plus que quiconque, aux formes abortives de la
même maladie.
Sydenham avait déjà signalé la possibilité pour lenfant, né d’une
ns ee
mère ayant eu la variole pendant sa grossesse, d'échapper à la variole grave et de ne faire qu'une maladie légère et bénigne.
Voyons ce que disent les expériences pratiquées au point de vue de la transmission des virus de la mère au fœtus. Le charbon bactéridien, comme l'ont prouvé les recherches de Brauell, Davaine, Bollinger, Straus et Chamberland, Chambrelent, ne traverse pas la barrière placentaire et par conséquent ne confère pas l’immunité au produit de la conception.
Il en est tout autrement pour d’autres virus. Ainsi, le choléra des poules qui inoculé à un lapin femelle le tue, traverse le placenta et va atteindre le fœtus, comme l'ont prouvé les expériences de MM. Straus et Chamberland, et celles du docteur Chambrelent. Pour le charbon symptomatique : Arloing, Cornevin et Thomas, Straus et Chamberland, ont retrouvé dans le liquide amniotique et dans le fœtus les bactéries mobiles caractéristiques. Conséquence pratique d’un grand intérêt : les génisses vaccinées du charbon bactérien, mettent au jour des veaux réfractaires à la maladie pour une durée de dix-huit mois environ.
En pathologie humaine, on sait que la syphilis maternelle est transmise au fœtus ; toutefois on ne connaît peut-être pas encore assez positivement l’immunité que pourrait accorder à l'enfant la syphilis déjà ancienne de ses ascendants.
Quand la variole maternelle n’a pas déterminé l'accouchement prématuré si fréquent, surtout au début de la grossesse, deux cas se présentent : l'enfant vient au monde variolisé, ce qui est très rare (1), ou bien il n'offre aucune trace de la pyrexie éruptive. Dans cette dernière hypothèse, l'enfant de la femme varioleuse est-il réfractaire à la maladie éruptive, comme l’est à la maladie emphysémato-gangréneuse le jeune veau né d’une génisse vaccinée contre le charbon bactérien ? Une belle observation due à mon collègue le docteur Desnos (Société médicale des hôpitaux, 1871), semble plaider en ce sens : trois vaccinations jennériennes infructueuses furent tentées sur l'enfant nouveau-né d'une femme atteinte de variole grave à la fin de sa grossesse. Le docteur Chambrelent en rapporte un cas identique. Toutefois en oppo-
(1) Cas de Curschmann, de M. Charcot (1551, Société de biologie), de M. Bailly (1853 ibid.), de Teissier, de Fumée de Montpellier, de Depaul (Académie de médecine, 1880), de Devilliers, de Blot, ete... Voyez Toussaint Barthélémy (Variole, thèse de Paris, 1880).
sition à ces observations, on rencontre des faits dans lesquelsles enfants de femmes varioleuses n'étaient aucunement réfractaires À la vaccine.
Ceci m’amène à parler de la vaccination intra-utérine ou vaccination congénitale. Nous avons vu qu’en pathologie comparée, l’immunité vaccinale était acquise aux veaux nés de génisses inoculées avec le virus du charbon bactérien. De même pour la variolisation des brebis. Rikett et Roloffs ayant inoculé sept cents brebis arrivées à la fin de la gestation, trouvèrent tous les petits réfractaires à la vaccine de sheeppox ; l’expérience inverse confirma la première en montrant le succès d'une inoculation de la Iymphe vaccinale à trente-six agneaux dont les mères n'avaient pas été variolisées.
Les recherches de Burkhardt (Revue d'hygiène et de police sanitaires, 1880) et de Chambrelent donnent à penser que souvent la vaccine jennérienne échoue sur les enfants nouveau-nés de femmes ayant été revaccinées avec succès vers la fin de la grossesse.
Il y aurait encore un point curieux à élucider : ce serait de savoir si le vaccin maternel ayant conféré l’immunité au nouvel être, cette immunité pourrait s'étendre à une autre pyrexie. Nous verrons, dans un instant, certains vaccins jouant par rapport à d’autres maladies infectieuses qui sont d’une autre nature un rôle antagoniste, prophylactique au vrai sens du mot. En serait-il de même chez l'enfant ayant bénéficié de la vaccination congénitale ? question qu’il m’est impossible d'aborder faute de documents suffisants.
Pour ne rester que sur le terrain de la variole, il serait d’un haut intérêt de connaître l'avenir de ces enfants vaccinés pour ainsi dire pendant leur vie intra-utérine ? combien de temps sont-ils réfractaires - à la vaccine ? et quand la vaccine prend sur eux quels caractères offret-elle ?
Plus nous avançons dans cette étude de pathogénie et d’étiologie, plus les problèmes s'accumulent, plus les questions se pressent, plus on trouve en un mot de lacunes et d’obscurités. Quand cette étude, insuffisante et incomplète, ne servirait qu’à solliciter les recherches, il n’y aurait pas à regretter de l’avoir tentée.
Laissant de côté pour un moment toutes les questions d’étiologie sénérale que nous placerons à la fin de cette première partie, nous
allons consacrer quelques pages à l'étude rapide du rôle des microbes dans la pathogénie des formes abortives des pyrexies.
Trois points surtout doivent fixer notre attention : 1° la question de l'antagonisine de certains microbes pathogènes à l'égard d’autres micro-organismes; 2 celle de l'atténuation des virus et, par suite, des maladies infectieuses ; 3° enfin l'importance des vaccins au point de vue de la prophylaxie des maladies d’origine bactérienne.
MICROBES ANTAGONISTES. — Si, comme le prétendent encore aujourd'hui la plupart des expérimentateurs, la vaccine jennérienne, le horse-pox, est une maladie spécifique, absolument distincte de la variole dans laquelle elle ne se fond jamais, quelque variée que soit la série des vaccinations ou des variolisations successives, un des plus curieux phénomènes de la bactériologie se trouve par cela même résolu ; il compte à son actif des millions de faits. La vaccine protège contre la ariole ; or, si la vaccine n’est pas une variole modifiée, défigurée par son iong passage à travers les organismes des quadrupèdes vacciniferes, son action peut s'expliquer par l’une des deux hypothèses suivantes proposées par les auteurs : l'épuisement ou l'antidote, l'une et l'autre également passives d’objections graves, selon la judicieuse remarque du docteur Vinay (1). Dans la première opinion ce serait par la consommation et la destruction de telles ou telles substances nécessaires à leur nutrition queles micro-organismes pathogènes rendent l'économie réfractaire à la culture de nouveaux éléments virulents. IL n’y aurait plus d’ensemencement possible. M. Pasteur compare cet état fonctionnel à ce qui se produit lors des cultures pures #x vitro, quand le liquide de culture a été épuisé par la végétation microbienne.
La théorie de l’antidote fournit une explication toute différente, qui trouverait sans doute un précieux appui dans les nouvelles recherches du professeur Gautier sur les leucomaïnes (2). D’après cette théorie, appliquée par M. Chauveau au vaccin du charbon bactéridien, les microbes pathogènes donneraient naissance dans l'intimité de l'organisme à des substances chimiques qui deviennent un poison pour eux. Que ces substances résultent d’une véritable excrétion bactérienne, ou
(1) Vinix! — Incubation de la variole. (Revue de médecine, octobre, novembre et décembre 1884.) (2) À, Gavrrer, — Bulletin de l'Académie de médecine, janvier et février 1886.
Res.
qu’elles proviennent de transmutations et de dédoublements chimiques effectués dans le milieu intérieur par suite de l’action de présence des microbes, peu importe puisque le résultat serait, dans un cas comme dans l’autre, la formation de produits véritablement antiseptiques, agents hostiles au développement de nouvelles colonies microbiennes. - On retrouve ces deux théories à propos de tous les vaccins récemment isolés par les recherches bactériologiques. Pour ce qui est de la raccine jennérienne dans ses rapports avec la variole, l'expérience de près d’un sièle a démontré que l’inoculation vaccinale faite à temps empêche le développement de la variole. La loi établie par Herpin est toujours vraie : l'influence vaccinale subie par la variole est proportionnelle au nombre de jours écoulés depuis la vaccination. Avant le cinquième jour, la variole se développe sans modification appréciable ; du cinquième au huitième jour exclusivement, l'influence vaccinale apparaît déjà légère, enfin à partir du huitième jour qui suit la vaccination, la variole est profondément modifiée; elle devient abortive, en ce sens que l’éruption ne suppure pas; nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet. Qu'il nous suffise d’énoncer que la vaccine peut, comme toute maladie infectieuse, être latente, fruste, ne se traduisant que par quelques phénomènes généraux et par l’immunité vaccinale aussi bien que variolique, accordée au sujet. C’est ce que sont arrivés à obtenir les expérimentateurs en inoculant aux animaux le virus dans le tissu cellulaire sous-cutané. Chez l'enfant on a vu des cas pareils alors qu’il s'agissait d’inoculation sous-épidermique. Tous les auteurs se plaisent à rappeler le cas de vaccine latente observé par Tréluyer (de Nantes), cas relaté par Bousquet dans son Traité de la Vaccine : soixante enfants sont vaccinés, aucun d’eux n’a d’éruption vaccinale; tous ont de la fièvre vers le huitième jour, et tous sont rendus réfractaires au vaccin et à la variolisation même. La pustulation vaccinale n’est donc, en somme, qu’un des résultats apparents de la pyrexie expérimentale obtenue chez l’homme et les animaux vaccinifères; c'est une preuve incontestable de la réussite de l’opération, mais son absence n’est pas synonyme d’insuccès. N’en est-il pas de même d’ailleurs pour les vaccins bactériens qui peuvent ne révéler leur éclosion par aucun symptôme? Toutefois, de même que toute autre pyrexie, la vaccine peut être abortive, en ce sens que la durée de l’immunité vaccinale n'étant pas rigoureusement déterminée, et semblant variable pour certains individus et peut-être aussi pour certains vaccins diversement
cultivés, une revaccination peut être tentée trop tôt et ne donner lieu qu’à une vaccine bâtarde, fausse vaccine, vaccinelle, vaccine avortée dont nous n'avons pas à tracer ici le tableau. D'autre part, le pouvoir virulent du vaccin peut être affaibli, s’il est de mauvaise provenance, et la vaccine s’esquisser à peine. Ces vaccinations incomplètes ne protègent pas contre la variole, contrairement à linoculation de certaines maladies virulentes atténuées qui, comme nous l'avons vu précédemment, mettent l'organisme dans l’immunité la plus complète. Il y à même là, pour le dire en passant, un argument valable en faveur de l'origine différente des deux virus, le vaccinal et le varioleux. Il est donc bien probable que vaccine et variole sont deux maladies distinctes, peut-être d’une même famille originelle, mais d’une parenté si éloignée, si ancienne en tout cas, qu'actuellement la confusion n’est plus possible. Le horse-pox a sans doute subi, dans son long séjour sur l’espèce chevaline, des cultures successives si nombreuses qu'il a pris droit de naturalisation et de spécificité dans la famille des maladies infectieuses communes à l’homme et aux animaux. Si la vaccine, ainsi comprise, était une variole dégénérée, il faut avouer qu’elle constitutuerait la pyrexie abortive par excellence, la maladie atténuée idéale qui, légère et toujours bénigne, confère l’immunité.
Qu'on ne croie pas que la vaccine soit le seul exemple de maladie virulente antagoniste d’une autre pyrexie infectieuse. Dans la médecine comparée, on connaît d’autres faits analogues. C’est ainsi que la poule vaccinée du choléra avec succès devient, comme l’a montré M. Pasteur, absolument réfractaire au charbon.
De même aussi Semmer (de Dorpat), inoculant des lapins avec du sang septique contenant des bactéridies infectieuses, mais chauffé à 55 degrés (selon la méthode de Toussaint pour l’atténuation des virus), constate qu'après l'injection du liquide septique dans le tissu cellulaire, l'animal ne succombe pas, et qu’en outre il est devenu réfractaire au charbon et à d’autres liquides infectieux provenant d'animaux morts de gangrène ou de typhus. Voilà donc encore un bel exemple de maladie bactérienne vaccinifiée et conférant au patient une immunité multiple.
Chez l’homme, en dehors de la vaccine jennérienne, la recherche de maladies infectieuses antagonistes d’autres maladies virulentes n’est pas encore très avancée, on s’est bien plutôt occupé de noter la succession ou la coïncidence chez le même sujet de plusieurs pyrexies
Co
où maladies infectieuses, que de savoir si telle fièvre, loin de prédisposer le patient à telle autre fièvre, ne le met pas à l'abri d’une série d'autres maladies générales. On sait par exemple que tout individu accessible à la vaccine, lorsqu'il est atteint d'une maladie aiguë, peut être vacciné avec succès, quelle que soit d’ailleurs la pyrexie dont il est atteint, dothiénentérie, pneumonie, rhumatisme aigu, tuberculose miliaire aiguë, fièvre éruptive; et l’on ne doit même pas en exclure la variole, puisque la vaccine peut prendre pendant lincubation de la variole. On remarquera donc que l’antagonisme avéré de la vaccine, eu égard à la variole, ne comporte pas la réciprocité. Les expériences de Woodville, Leroux, Bousquet, Rayer, Hérard, Tardieu, Trousseau, d'Espine et de tant d’autres, l'ont définitivement établi. Quant aux autres pyrexies, elles peuvent se développer simultanément sur le même malade ; je ne sache pas qu’on ait démontré l’antagonisme absolu de deux fièvres. Sans doute, pour prendre un exemple, la variole est rare chez les convalescents de fièvre typhoïde, le docteur Barthélemy n'en signale que trois cas dans son travail sur la variole. L’érysipèle qui est bien un type de maladie infectieuse, n'aime pas la variole : il ne se développe guère qu’au déclin de cette maladie, quand la suppuration est terminée où pendant la dessication (Cavaré). D'une facon générale on peut dire, avec le docteur Bez, qui à étudié tout spécialement les pyrexies multiples développées sur le même malade, que le plus souvent deux ou plusieurs pyrexies simultanées présentent une évolution indépendante. C’est ainsi que la scarlatine ou la rougeole survenant dans le cours de la variole, retardent peut-être la suppuration, mais en tout cas ne font pas avorter la maladie. Toutefois Taupin, il y à bientôt un demi-siècle (1), signalait déjà l'influence favorable de la fièvre typhoïde sur la marche des fièvres éruptives. La même action favorable et par conséquent peut-être antagoniste de la dothiénentérie serait vraie pour la variole et pour la scarlatine (Bez).
Resterait encore à rechercher l’action antagoniste possible des maladies chroniques réputées infectieuses, comme la tuberculose, sur le développement des pyrexies. Si l’érysipèle qui apparaît chez des tuberculeux cachectiques est souvent bénin, très circonscrit, abortif au vrai sens du terme, ne peut-on pas expliquer ce fait par la faiblesse extrême d’un organisme profondément altéré? Toutefois, il me paraît intéres-
(1) Paurix. — Journal des Connaissances médicales, 1839.
sant de noter ici une remarque faite depuis longtemps par M. le professeur Bernheim. Il n’a jamais vu la fièvre typhoïde se développer chez des malades atteints de tuberculose en évolution (communication orale). Mais la réciprocité n'existe pas et les faits bien avérés de tuberculose miliaire aiguë éclatant dans la convalescence de la fièvre typhoïde ne doivent pas être opposés à la remarque précédente. En somme, les quelques indications qui viennent d’être données méritaient bien de fixer l'attention un instant.
L'atténuation des virus constitue un des chapitres les plus intéressants de Ja bactériologie. L'atténuation expérimentale ouvre des horizons nouveaux à la pathologie et permet de rechercher les traces de l'atténuation spontanée des maladies infectieuses. Aujourd’hui qu’il est bien démontré que le choléra des poules, pour ne prendre qu'un exemple, s’atténue progressivement quand la culture pure du microbe reste exposée à l'action de l'oxygène, il est logique de penser qu’il en est sans doute de même pour les microbes des maladies épidémiques. Logiquement, toute épidémie qui s'éteint, donnant naissance à des formes légères ou abortives de la maladie qui deviennent de plus en plus nombreuses, est une maladie virulente qui s’atténue et qui cependant, pour certains cas du moins (fièvre typhoïde, variole, etc.), confère incontestablement à ses victimes, quoique peu touchées, limmu-
nité vaccinale.
Il n’y a pas que l'oxygène pour atténuer les virus. Les belles recherches de M. Toussaint, puis de MM. Roux et Chamberland, de M. Pasteur et de M. Chauveau, sur l’atténuation du virus charbonneux, ont démontré que l’action de la chaleur appliquée aux cultures pures de la bactéridie de Davaine constitue également un excellent procédé d’atténuation expérimentale. Or, détail d’une importance capitale, ces microbes atténués sont susceptibles de faire souche, et leurs descendances sont également atténuées. Voilà donc pour une maladie donnée, un vaccin spécifique, qui produira, expérimentalement ilest vrai pour le cas actuel, une maladie charbonneuse abortive, exactement comme le microbe anaérobie du charbon symptomatique chauffé à 100 degrés ou même à 85 degrés produira une maladie légère qui aura pour résultat de rendre l'animal réfractaire à la contagion. Un exemple pris dans le monde des fermentations proprement dites, mais bien explicite, est le suivant : Fitz traite le Bacillus butyricus, agent de la fermentation
be AIS hamethenatant dur 6
butyrique, par la chaleur élevée (90 degrés pendant cinq heures, ou 80 degrés pendant sept heures). Au bout de ce temps, les bacilles, qui n’ont pas perdu la faculté de se reproduire, sont devenus incapables de donner lieu à la fermentation butyrique.
Les mêmes réflexions, un peu théoriques peut-être, mais bien défendables, viennent à l'esprit en face de ces résultats expérimentaux si curieux. Qui pourra saisir et démontrer les modifications successives et les transformations subies par les germes morbigènes des maladies infectieuses de l’homme à travers le temps et à travers l'espace? L'oxygène de l'air a-t-il, dans certaines conditions que nous ne pouvons déterminer faute d'éléments suffisants, le pouvoir d’atténuer la vitalité de telle ou telle pyrexie, qui traduit alors sa faiblesse en ne donnant naissance qu’à une forme abortive?
En outre, dans cette question si neuve encore des virus atténués, il est d’autres points dont l'importance grandit chaque jour davantage. Je ne m'étendrai pas sur l’atténuation du pouvoir virulent d’une espèce microbienne par la dessication à l'air (Koch), par l’action antiseptique de certaines substances (traitement de la bactéridie charbonneuse par l’acide phénique, de la bactérie du charbon symptomatique par le nitrate d'argent ou par le sublimé, etc.), mais je me permettrai de rappeler un autre mode d'atténuation qui se produit spontanément dans le règne animal : je veux parler de la transformation progressive d’une maladie virulente et de son affaiblissement vaccinal, par suite de son passage d’une espèce animale à une autre espèce. Le microbe du rouget du pore, désrit par Klein le premier (érysipèle malin, fièvre entérique, pneumo-entérite, choléra des porcs), peut se transformer en vaccin à condition de passer pendant un certain temps dans un organisme autre que celui du porc. C’est ainsi que Pasteur et Thuilier (1) découvrirent l’atténuation de ce virus en le cultivant dans le sang du lapin. Les microcoques ainsi préparés sont devenus plus gros, ont pris la forme de huit, et inoculés à un porc sain, lui donnèrent un rouget abortif qui conféra l’immunité. Par contre, et ceci montre combien de difficultés entourent la question de ce procédé d'atténuation, les mêmes micro-organismes du rouget inoculés à des pigeons en série acquirent progressivement une virulence de plus en plus grande; de
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1883; t. XOVIT.
telle sorte que le virus du rouget deviendrait vaccin en passant par Île lapin, et virus extrêmement actif en se cultivant dans le pigeon.Il est juste de remarquer que Klein est arrivé À des résultats négatifs dans ses essais de culture sur le pigeon. En tout cas, on est en droit d'espérer s‘rieusement que le transport d'une maladie virulente d'une espèce animale à une autre pourra sans doute éclairer un jour la pathogénie des maladies atténuées.
On sait que la variolisation des bovidés inoculés avec Ja variole humaine donne régulièrement aux animaux une maladie éruptive légère, que de nombreux auteurs, depuis Thiélé (1836) et Ceely (1340) jusqu'au regretté Depaul se sont efforcés d'identifier à la vaccine. On sait que cette vaccine-variole transportée sur l’homme donne la variole, et si la grande expérience de Thiélé peut servir d'argument en faveur de la bénignité de cette variolisation, les faits graves rapportés. par M. Chauveau au nom de li commission lyonnaise retardent l'espérance qu'on pourrait concevoir de créer une variole atténuée par son passage à travers l'espèce bovine, et de la rendre réguliérement abortive.
Dans cet ordre d'idées, le champ à parcourir est vaste et la route est toute tracée depuis les recherches de M. Pasteur sur le vaccin de la rage (1884). Avant de connaître lélément organisé, germe de cette maladie infectieuse, M. Pasteur à découvert le procédé d'atténuation propre à faire de la substance cérébrale rabique du chien un moyen de vaccin pour le chien. Pour cela il suffit de cultiver d’abord dans le cerveau d'un lapin le virus provenant d’un cerveau de chien enragé, puis de passer du lapin au singe où le virus s'atténue et devient vaccin ; Car les chiens inoculés avec le virus provenant de cette double culture deviennent réfractaires à la rage. Ainsi, c’est par le passage à travers deux organismes étrangers que le virus rabique pourra devenir vaccin.
On résout donc expérimentalement ce qui était un mythe en pathologie humaine, la rage avortée. Les communications récentes de M. Pasteur à l’Académie des sciences permettront sans doute bientôt de décrire la rage abortive de l’homme. L’inoculation à l’homme, après morsure par un chien enragé, du virus provenant de moelles épinières de lapins rabiqües le mettrait, fait en apparence paradoxal, à l'abri de la rage. Or, rien n’est paradoxal en pathologie expérimentale, et les faits les plus étranges une fois bien établis sont indiscutables, quitte pour la théorie à en fournir ultérieurement l'explication. Citons celle
KR ENENE US Lg BA Ÿ PE ti ME TER
Msi 14