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de M. Pasteur, qu’il énonce du reste sous toutes réserves : « Se pour- « rait-il que ce qui constitue le virus rabique soit formé de deux sub- « stances distinctes, et qu’à côté de celle qui est vivante, capable de « pulluler dans le système nerveux, il y en ait une autre, non vivante, « ayant la faculté, quand elle est en proportion convenable, d'arrêter « le développement de la première? »
Je craindrais de m’éloigner de mon sujet, si j'insistais plus longtemps sur cette curieuse question, là modification d’un virus par son séjour dans un ou plusieurs organismes plus où moins éloignés de celui de l'espèce animale devenue, par la suite de temps, terre de prédilection de la maladie. Car, il faut bien le remarquer, la rage n’est pas spéciale au chien et à l’homme, mais c’est l'espèce canine qui lui sert le mieux de terrain de culture. |
Les Vaccns. — J'arrive maintenant à dire quelques mots de la question des vaccins, eu égard à ses rapports avec les formes atténuces, abortives des maladies infectieuses. J’ai déjà, chemin faisant, touché plusieurs fois à ce sujet qu’il serait difficile d’épuiser et qui d’ailleurs n'offre que des points de contact éloignés avec l’étude qui m'est imposée. Il va sans dire que si un vaccin quelconque inoculé à un animal vivant lui confère l’immunité contre telle maladie sans produire aucun phénomène réactionnel, l'organisme restant intact, on ne peut pas prétendre que la maladie infectieuse avorte sur lui: elle ne paraît même pas. Toutefois, il est bon de noter ceci : les vaccins, considérés d’une manière générale, sont absolument différents au point de vue de leur action. On nesauraiten effet comparer la vaccine jennérienne, pyrexie infectieuse abortive par excellence, pratiquée avecsuccès comme prophylactique d’une maladie qui lui est étrangère, la variole, à la variolisation expérimentale qui est une variole atténuée le plus souvent. Les vaccins du choléra des poules, du charbon bactéridien et du charbon symptomatique, le vaccin de la péripneumonie sont, comme la variolisation, des maladies identiques à celles dont elles doivent préserver, mais elles sont atténuées ou abortives : elles confèrent, eu égard aux formes mortelles des maladies contre lesquelles on les emploie, une sorte d’immunité comparable à celle de la vaccine jennérienne par rapport à la variole.
Dans un premier groupe de vaccins proprement dits rentrerait donc, jusqu’à plus ample informé, la vaccine jennérienne; dans le
Or de
second groupe se rangeraient tous les virus atténués rendant les inoculés réfractaires aux maladies d'où ces virus-vaccins dérivent. Enfin il serait bon de placer dans un groupe à part, les inoculations non plus prophylactiques mais bien thérapeutiques, les faits de rage inoculée à des individus mordus par un animal rabique. Cette médication conférerait l’immunité à l’homme accidentellement inoculé de la rage canine et traité par le virus de la rage du lapin pris dans la moelle exposée à l'air sec pendant un temps donné.
Comme on le comprend par ce court aperçu, la question des vaccins est aussi complexe que possible. Pour l’homme, on n’a guère employé jusqu’à ce jour que la vaccination préventive : vaccine jennérienne et variolisation. Toutefois, il y a bientôt trois ans, M. Stickler, étudiant une affection considérée par certains vétérinaires comme la scarlatine du cheval, inocula d’autres animaux (lapins et chiens) avec le mucus nasal provenant de chevaux scarlatineux. Après quelques jours de malaise ces animaux qui avaient présenté une éruption scarlatiniforme, étaient devenus réfractaires à l’inoculation du sang pris à des hommes en pleine éruption de scarlatine. Encouragé par ces résultats bien discutables, M. Stickler pratiqua la même série d’expériences sur douze hommes, enfants ou adultes, auxquels il aurait ainsi conféré l’immunité scarlatineuse, comme il le démontrait ultérieurement par des inoculations sous-cutanées de sang scarlatineux. (The medical Record, mars 1883.)
Quelle que soit la valeur de ces expériences qui demanderaient à être confirmées ou infirmées, il n’en reste pas moins acquis en pathologie comparée :
1° Que les vaccinations peuvent être prophylactiques ou thérapeutiques ;
2° Que la vaccination peut se faire volontairement ou accidentellement, et que parmi ces dernières, les vaccinations inconscientes, insensibles ou même latentes ne sont pas rares; on les retrouve d’ailleurs également dans la pathologie humaine (typhus levis, typhisation à doses répétées, formes abortives des maladies infectieuses chez les personnes acclimatées dans un centre d'infection, etc.) ;
3° Que le mode d'action de tous ces vaccins et de ces vaccinations, tout en tenant compte de la quantité du virus inoculé, de sa qualité, des voies d'introduction, ne peut s'expliquer que par l'épuisement du terrain inoculé ou par la théorie de l’antidote, produit du microbe
lui-même dans le milieu intérieur, peut-être même par les deux thécries à la fois ;
4 Enfin que la durée courte en général de l’immunité ainsi produite, est suffisante pour les espèces animales qui entrent dans l’alimentation.
Pour l’homme, chez lequel un trop grand nombre de maladies infectieuses peuvent récidiver une et même plusieurs fois, la question des vaccins se complique encore de celle des dangers de vaccinations impures. Est-il besoin de rappeler les trop nombreux faits de variolisation ou de syphilisation pratiquée à l’aide de vaccin paraissant légitime ? Aussi, que de recherches sont encore nécessaires, que d'épreuves expérimentales à tenter sur les animaux, avant que la médecine humaine entre hardiment sur le terrain des vaccinations préventives! mais combien aussi sont louables les tentatives, combien justifiés les efforts, même infructueux, quand on songe que le but à atteindre est à la fois la prophylaxie effective et la jugulation des maladies infectieuses!
Les indications résumées brièvement dans les pages qui précèdent vont nous servir à déblayer quelque peu le terrain de l’éfiologie générale des fièvres abortives. Pourquoi done une pyrexie avorte-t-elle avant le terme moyen de durée qui lui est assigné par la pathologie ?
En première ligne se présente la question de l'influence épidémique. Il est certain que telle épidémie est légère, telle autre très meurtrière sans qu’en général on puisse logiquement en indiquer les raisens. Un travail de statistique bien fait à cet égard pourrait fournir, pour la fièvre typhoïde par exemple, des renseignements très instructifs, le temps m'a manqué pour l’entreprendre. La plupart des auteurs admettent volontiers que les fins d’épidémie ou de recrudescence endémique sont souvent remarquables par le grand nombre de cas légers, atténués, ou abortifs de la maladie dominante.
Pour ne pas quitter la maladie, considérée en elle-même, il serait peut-être intéressant de rechercher si les formes spéciales affectées par la pyrexie n’ont pas une réelle influence sur le plus ou moins grand nombre de types avortés qu’elle esquisse à un moment donné. La classe des pyrexies s’accompagnant nécessairement de lésions aiguës inflam-
matoires localisées et prédominantes, les fébri-phlegmasies en un mot, semble être privilégiée à ce point de vue. Ces maladies, par cela même qu'elles circonserivent souvent lears déterminations morbides, tournent court avec plus de facilité peut-être que les autres pyrexies proprement dites. Enfin, il se peut aussi que la quantité du poison qui s’introduit spontanément dans l'organisme joue un certain rôle; qu’on se rappelle en effet combien en pathologie expérimentale sont importantes les doses inoculées. Supposons, c'est ainsi que cela doit se passer en clinique, que la contamination de telle maladie infectieuse se soit produite en un instant très court ; supposons encore (car nous ne pouvons juger ces questions qu'à l’aide d’hypothèses), que la dose de virus introduite soit très faible, nous aurons une des conditions expérimentalement requises en pathologie comparée pour faire une maladie vaccinale qui puisse mettre à l’abri d’une pyrexie ordinairement mortelle. Ajoutons-y une énergique résistance vitale, une santé antérieure parfaite, autant de conditions en général favorables (mais aussi quelquefois nuisibles) à la - forme légère ou abortive de la maladie. A toutes ces conceptions théoriques qui viennent d’être énumérées, il faudrait sans doute ajouter J’importante notion d’un virus atténué par une culture inappréciable antérieure, modification que nous sommes en droit de soupconner en pathologie humaine, et dont nous avons des preuves dans le vaccin jennérien atténué, affaibli, qui peut dans certains cas donner une maladie abortive ou fausse vaccine.
Toutefois c’est, je le crois du moins, surtout au terrain organique, à l’homme lui-même qu’il faut, dans l’état actuel de nos connaissances, demander la raison déterminante de la jugulation de la maladie infectieuse qui l’a envahi. ei le champ a toujours été largement ouvert aux hypothèses.
Je ne rééditerai pas tout ce qui a pu être dit sur le rôle bienfaisant de lacclimatement, sur l'influence de lhérédité, sur l’antagonisme d’une maladie antérieure, j'y ai déjà suffisamment insisté dans les pages précédentes pour n’y plus revenir. Je n’aborderai pas davantage les questions de race, d'âge, de sexe qui n’ont le plus souvent qu’une influence toute aléatoire sur l’atténuation de la maladie. Je voudrais cependant dire quelques mots relatifs à l’idée d'opportunité et de réceptivité morbides. Un homme en pleine santé est frappé brusquement par une maladie quelconque; il réagit : s’il ne trouve pas dans son économie les ressources nécessaires pour lutter victorieusement, la
maladie suivra son cours régulier jusqu’à terminaison, qu’elle soit heureuse ou fatale ; mais si son organisme possède une force vitale suffisante, il peut se produire une réaction assez énergique pour que les éléments morbides soient repoussés violemment, alors la maladie s’arrêtant dans son évolution avorte pour ainsi dire, c’est la forme abortive. Le COrps humain, grâce à sa résistance physiologique a éliminé, par un grand effort prématuré et décisif, tous les éléments morbides épars en lui ainsi que tous les déchets de la vie pathologique qu’il commençait à subir. En réalité, une pareille explication pathogénique n’est pas suffisante. “
Que dire de lidée de réceptivité morbide incomplète qu'on a pu proposer mais qu’on ne saurait défendre? Prétendre qu’un individu contracte une forme abortive de la fièvre typhoïde parce qu'il est dans un état de réceptivité morbide moins grande qu’un autre malade atteint d’une forme grave, c’est se payer de mots; nous croyons préférable, de chercher à expliquer l’idée ancienne à l’aide de conceptions pathologiques plus positives. C’est évidemment dans les mutations et les dédoublements successifs de la matière organisée qu’il faut chercher les modifications physico-chimiques, d’ordre biologique, qui tantôt favorisent largement et tantôt restreignent l’éclosion des germes morbigènes, qu’ils soient agents vecteurs introduits ou éléments indifférents déjà préexistants et véhiculés dans le milieu intérieur, en subissant les hasards de la circulation. Une comparaison bien souvent citée, quoique relativement exacte, est la suivante: le liquide de Raulin servant à la culture pure de l’aspergillus Niger, constitue un milieu éminemment apte à favoriser le développement d’un organisme qui va décomposer le liquide et végéter à ses dépens. Est-ce bien Ià de la réceptivité morbide? Mais qu’on retranche de ce liquide spécial (1) une minime quantité de ses éléments constitutifs, qu’on enlève par exemple
(1) Voici la composition du liquide de Raulin :
EN ER A AE DE En À EE 5 PX UE L LOSC 1 1,500 SUCRCAC DORE Sn TE CE 70 ACITOTAIQUe er Cr rente rer 4 Nitrate d'ammoniaque. : nes sut «es ds 4 Phosphate d'ammoniaque................ 0,6 Carbonate de potasse/UMAMELE, ANR I 0,6 Carbonate dermagnésie” ere ee 0,4 SAT AMMONAMEN mer eee re 0,25 Sulfatedenincnd tu one ani. 0,07 SURALONUE PTE ane ne eee es quee 0,07
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