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FIG. 17, Ces cas abortifs de la scarlatine sont souvent d’un diagnostic difficile.

non seulement par la précipitation des phénomènes caractéristiques que l’on peut ne pas observer, mais encore parce que certaines maladies infectieuses mal détermines à caractère exanthématique peuvent les simuler.

L'observation suivante recueillie dans le service du docteur Duguet par mon ami le docteur Lejard'est remarquable à cet égard. Je la résume brièvement : Ê

Osservarion. Æxanthème et énanthème scarlatiniformes avec purpura, albuminurie, sueurs, bronchite légère. Maladie infectieuse duz à un traumatisme léger du pouce droit (lymphangite avec phlyclènes). Guérison. — Un homme de trente-huit ans, employé de commerce, d'une bonne santé antérieure, éprouva trois jours avant son centrée à l'hôpital un frisson violent, vers six heures du soir. Céphalalgie intense; frissons nouveaux dans la nuit accompagnés de sueurs. Nausées, perte d’appétit, soif intense. Cet état persiste en s'aggravant, la céphalalgie devint extrême, des douleurs de courbature se répandirent dans les mollets et les cuisses.

Il entre à l'hôpital le quatrième jour de la maladie; depuis le matin les jambes et les pieds sont couverts de taches purpuriques. Il existe au pouce droit une phlyctène sanguinolente, on aperçoit des traînées rougcâtres de lymphangite se portant du pouce jusqu’à l'aisselle où les ganglions sont douloureux. Le malade se rappelle qu'il s'était légèrement blessé quelques jours auparavant en débouchant une bouteille.

Il existe sur la peau du ventre un érythème scarlatiniforme. La gorge est un peu rouge, rougeur purpurique du voile du palais; la langue est dépouillée, rouge aussi. Il y a en outre, une blépharite légère. Quelques râles sibilants disséminés dans la poitrine. La rate ct le foie sont normaux. Douleurs légères dans la région lombaire. L'urine contient une petite quantité d’albumine.

Deux jours après son entrée, le purpura était de plus en plus étendu, surtout à la face interne des membres inférieurs. De plus, toute la surface du corps est le siège d’un exanthème scarlatiniforme qui ne respecte pas la face.

On discute l'hypothèse d'un purpura infectieux, d'une variole ; on rejette la searlatine et la rougeole. Le docteur Brocq, suppléant M. Duguet, penche pour le purpura infectieux,

Le septième jour de la maladie, une atténuation considérable se produit, la céphalalgie disparaît, l’exanthème s'éteint, le purpura pâlit. La lymphangite demanda quelques jours encore avant de s'éteindre, et l’albuminurie avait disparu le dixième jour. (Voir la fig. page précédente.)

La convalescence se fit régulière.

Cette observation intéressante se passe de commentaires. M. le professeur Bouchard, qui vit le malade, n’hésita pas à en faire une pyrexie infectieuse avec exanthème. Elle tourna court au dixième jour ; elle fut donc abortive au sens exact du mot. Il y avait une porte d'entrée par laquelle pénétrèrent certains germes infectieux qui trouvèrent un sujet alcoolique, propre à la culture. Il était facile de différencier cette

fausse scarlatine de la vraie scarlatine ; mais en est-il toujours de

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même ? Je n'aurais pour répondre qu’à citer la scarlatine des femmes en couche, qui n’est pas toujours une vraie scarlatine et se rattache plus souvent qu’on ne croit à cette maladie infectieuse et complexe qu’on appelle le puerpérisme infectieux.

SUENTE MILIAIRE. — De toutes les fièvres éruptives, celle que nous connaissons peut-être le moins bien dans notre contrée c’est la suette miliaire. Elle aussi peut revêtir la forme abortive. Les quelques notes qui suivent vont le prouver.

La maladie des Picards peut être abortive de trois facons :assez distinctes en clinique; elle peut : 1° être bénigne, 2 évoluer sans SUeUTs, 3° sans éruption. Tous les auteurs qui ont observé les épidémies signalent des cas bénins et des cas graves reliés entre eux par des intermédiaires. Ces cas bénins ont souvent été si légers que suivant l'expression de Nolé, c'étaient des suettes en miniature.

Malouin (Æpidémie de Paris 1147), distingue deux espèces de suette dont une bénigne qui guérit en cinq ou six jours; Desmars (Boulognesur-Mer, 1756); Debrest (Gannat et Cusset, 1759); Planchon (Tournai, 1110); Rayer, Moreau, Ménière (Oise, 1821, 1852), etc., établissent la même division. Parrot (Mémoires de l'Académie de inédecine, t. X, Epidémie de 1841), dans la Dordogne, tout en faisant remarquer que pour le praticien la suette est toujours une maladie perfide et insidieuse qui défend de promettre jamais la guérison, reconnaît qu’il faut distinguer une suette bénigne. « Il y a eu des cas si légers qu'ils cédaient « à de faibles moyens. Souvent même, il faut l'avouer, ils se sont ter- « minés sans traitement, quelquefois le quatrième jour de la maladie, « quelquefois même le troisième. Bien plus, chez certains individus « elle a été si inoffensive que les malades ne se sont pas alités, si inof- « fensive qu’elle a eu beau les faire suer et leur donner des boutons, «ils n’ont pas cessé de se lever, dé marcher, de manger et de se livrer « à leurs occupations. » Et plus loin il ajoute : « Suette bénigne. — « Nous avons déjà dit que beaucoup de personnes après avoir sué pen- « dant plusieurs nuits eurent une éruption vésiculaire exactement « semblable à celle des individus qui étaient gravement atteints; nous « avons ajouté que ces- symptômes étaient les seuls qui se pussent « observer. Les malades ne se plaignaient ni de lassitude, ni de dimi- « nution dans l’appétit, ni de frisson, ni de fièvre; il n’y avait pas, en « un mot, chez eux de phénomène assez général pour les avertir qu'ils

« subissaient l'influence épidémique qu’ils ne ressentaient que par « l'abondance de la transpiration et par les boutons qui venaient après « elle. Du reste, ils n'étaient dérangés ni dans leur régime, ni dans « leurs habitudes, ni dans leurs travaux même les plus pénibles.

« Quelques-uns avaient de plus que les sueurs et l’éruption, un sen- « timent de fatigue qui les obligeait à s’aliter. Ils n'avaient pas de fièvre, « mais une grande faiblesse, un mal de tête et des sueurs qui leur fai- « saient comprendre que la maladie épidémique les avait atteints. Chez « certains d’entre eux l’éruption manquait; ils ne restaient couchés « que trois ou quatre jours. »

Plus récemment tous nos classiques signalent les mêmes faits presque dans les mêmes termes.

Grisolle dit « qu’il a rencontré à Poitiers des cas d’une bénignité « extrême alors que d’autres sont d’une gravité excessive. Il a vu des « individus qui, pris sans cause d’une sueur abondante, présentaient « ensuite une éruption miliaire discrète bornée à quelques points du « corps et cela sans fièvre, sans céphalalgie ni constriction épigastrique « de sorte qu’en frois ou quatre jours ces malades étaient guéris, « quelques-uns même n’ont pas été obligés d'interrompre leurs occu- « pations. De pareils cas sont rares. »

Jaccoud dans son traité de pathologie interne signala le même fait : « Dans toutes les épidémies on voit de cas d’une extrême bénignité, « sans malaise notable, sans fièvre ; l'individu est pris de sueurs abon- « dantes dont la cause lui échappe. Après un ou deux jours il a l’érup- « tion spéciale de miliaire ; en cinq ou six jours tout est fini, il n’a pas « eu besoin de s’aliter ; parfois même il n’a pas interrompu ses occu- « pations. »

Il'y a donc des suettes abortives dans leur durée et dans l’intensité des symptômes qui sont à la maladie ordinaire ce que le « typhus levissimus » est à la fièvre typhoïde. On observe dans ces cas-là tous les phénomènes habituels de l'épidémie, mais chacun est restreint, diminué, ne frappe pas l'observateur, et demande à être recherché.

DEUXIÈME CATÉGORIE. — A côté de ces suettes des plus bénignes, dans une seconde catégorie, on en voit d’autres signalées surtout par Foucart, qui sont abortives en ce sens qu'un des symptômes les plus importants, les sueurs, ont fait totalement défaut. Pujol (cité par Fou-

cart) a vu plusieurs malades ne presque pas suer, quoiqu’on les ait tenus scrupuleusement dans leur lit et qu’ils eussent d’ailleurs tous les autres symptômes de la maladie épidémique. Foucart (Epidémies de la Scnme, de l'Aisne et de l'Oise 1849), insiste sur ce point et s'étonne de ne pas le trouver mentionné dans les autres auteurs. C’est qu'il y a des suettes sans sueurs. Elles sont à la suette ce que sont à la rougeole les « morbilli sine morbillis ». Il en a observé 7 ou 8 cas au milieu et surtout à la fin de l'épidémie, et les malades avaient tous l'embarras gastrique, l’oppression, la suffocation, la chaleur de la peau, les battements épigastriques, la barre sous-sternale absolument comme ceux qui présentent les sueurs les plus abondantes.

Le docteur Langlet, qui observait dans le même pays, lui écrit : « L’épidémie touche à sa fin. Les cas nouveaux qui apparaissent se présentent sans sueurs, ni éruption. Dans nos pays, #4 n'y «a donc plus que la suette sans sueurs et la milière sans éruption. »

TROISIÈME carÉGoRre. — Les formes abortives où manque l’éruption ont été signalées par beaucoup d'auteurs. Borsieri admet l’existence de la miliaire sans éruption : il a vu pendant une épidémie des sujets avoir tous les symptômes de la suette, sauf l’éruption. De Peyrelongue en cite une observation : « Langue molle, blanche, aplatie; le pouls d’une faiblesse et d’une lenteur remarquables; en un mot, la plupart des symptômes propres à la suette gastrique, à l’éruption près. » Foucart et Guéneau de Mussy sont plus réservés. « Tous les auteurs, « dit Gruéneau de Mussy, ont cité des cas où l’éruption manquait, aussi « je n’ai aucune répugnance à admettre la possibilité d'un fait ana- « logue; mais l’erreur est facile, d’abord parce que jamais les malades « n’ont été soumis à un examen assez rigoureux pour que ce fait fût « mis hors de doute, et ensuite parce que lorsqu'une épidémie sévit, on « est porté à lui rattacher tous les cas de maladie qui surviennent pen- « dant sa durée. »

Nous voyons donc en résumé que la suette miliaire que nous venons d'étudier, c’est-à-dire la suette des Picards, peut se présenter sous trois formes abortives : 1° bénignité. extrême de tous les symptômes et terminaison rapide ; 2 suette sans sueurs; 3° suctte sans éruption. Mais avant de terminer, nous ne pouvons passer sous silence la suette des Anglais. Cette affection qui, au quinzième et seizième siècles, a fait tant de victimes en Angleterre, est-elle ou n'est-elle pas identique à la

suette des Picards? Sans trancher ici cette question qui est un peu en dehors de notre sujet, disons que Foucart, J. Guérin, Reydellet, Littré, Colin, ete., voient dans la suette des Anglais une forme de suette miliaire, mais une forme grave abortive. Que penser en effet d’une affection qui éclate soudainement, caractérisée par une sueur profuse, fétide, avec sensation de brûlure à l’épigastre, soif intense, céphalalgie, agitation générale et collapsus, etc., et qui se termine en vingt-quatre heures ? Le malade meurt ou entre en convalescence. Si lon reconnait à cette description la suette, il faut bien admettre que malgré son inter sité, c'est une forme abortive, et l’analogie du reste se continue pendant la convalescence qui est toujours longue.

Les formes abortives, en effet, ne mettent pas à l'abri d’une convalescence longue et pénible; tous les auteurs insistent sur ce point que, même dans les cas légers, la convalescence a été difficile. Pineau (Epidénie d'Oléron) va plus loin : « Des malades, dit-il, qui avaient ét légèrement atteints, sont demeurés trois et quatre semaines avant de « pouvoir reprendre leurs occupations. Tel se croyait fort, qu’une « journée de travail remettait sur son lit pour plus d’une semaine, et, « chose curieuse, souvent, j'ai même presque envie de dire le plus sou- « vent, les plus gravement atteints et les plus longuement malades se « sont rétablis les premiers. »

Le pronostic lui-même, généralement très bénin, doit toujours être réservé. Les suettes abortives ne sont pas exemptes de complications. Parrot cite une observation où un malade très légèrement touché fut enlevé le troisième jour par des complications cérébrales. Pineau a vu un jeune homme peu gravement malade mourir d’une hémorrhagie intestinale et nasale. Parrot voit dans les cas bénins, comme dans les cas graves, une maladie perfide, une maladie qui vous défend de promettre jamais la guérison, même en présence des symptômes les moins alarmants. Des cas de la plus rassurante simplicité à leur début se terminèrent tout à coup par la mort.

C’est surtout à la fin des épidémies que l’on a observé les formes abortives de la suette, et les cas n’en sont pas très nombreux. A quelle. cause faut-il les rattacher ? Est-ce à l'épuisement du poison septique ? Est-ce à la résistance de l'individu ? Est-ce à une inoculation antérieure ? Nos connaissances sur le mode de propagation de la suette ne sont pas assez sûres pour trancher cette question. Les observations,

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