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du reste, n’indiquent pas assez chez quels malades et dans quelles conditions ont apparu les formes abortives.
Po TOPEILLONE
On tend aujourd’hui à décrire les oreillons avec les pyrexies infectieuses. Quelques auteurs récents y voyaient pourtant une maladie locale. De ce nombre étaient : Grisolle (1), Béhier (2), Niemeyer (3). Ce dernier décrit les oreillons avec les parotidites sous le nom de parotidites spontanées, bien qu’il leur reconnaisse un caractère épidémique et qu’il les attribue à des influences telluriques ou atmosphériques inconnues.
M. Jaccoud (4) plaçait aussi les oreillons 4 côté des parotidites et signalait ce fait qu'à l'étranger, on ne connaît que deux formes de parotidites, c’est-à-dire primitive et secondaire. Il faut ajouter que M. Jaccoud est revenu de Son opinion première : observant dans son service à la Pitié, en janvier 1884, un malade qui présenta de l’endocardite passagère avec hyperthermie, il admit alors, dans une de ses leçons cliniques, que « la maladie ourlienne n’est certainement pas une simple inflam- « mation locale des parotides et des sous-maxillaires ; c’est une « maladie fluxionnaire diffusible qui, dans les cas complets, pré- « sente sans conteste les caractères d’une maladie générale à déter- « minations locales plus ou moins nombreuses... La maladie our- « lienne est une maladie infectieuse... Il ne ressort pas d’ailleurs « des observations (de Capitan, Charrin et Netter) que ces microbes « aient une forme définie spéciale et constante; j'incline fortement à « croire qu'il n’y a à qu'un fait contingent ou collatéral, ainsi que je « lai expliqué à propos de la pneumonie et de l’endocardite (5). »
En revanche, la plupart des auteurs les rapprochent des fièvres érup-
1) Grisorze, — Trailé de Pathologie interne, % édit, t. 1, p. 626. 2) Bénier. — Leçon sur les oreillons, journ. École de médecine, 1874.
4) Jaccoun. — Pathologie interne, T° édit., 1883, t. 11, p. 662.
(3) NiëmeyEr. — Pathologie interne, t. I, p. 477, 1865,
(3) Jaccoup. — Sur un cas doreillons. Clinique médicale, 1883-84, p. 512.
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tives. Parmi ceux-ci nous citerons: Pratolongo (1), Rilliet et Barthez (2), Trousseau (3), Guéneau de Mussy (4), Léon Colin (3), Laveran (6), qui définit ainsi les oreillons: « Maladie aiguë générale contagieuse et « spécifique analogue aux fièvres éruptives; caractérisée par des loca- « lisations sur le système glandulaire et en particulier sur les glandes « salivaires, les testicules et les mamelles. »
Cette définition se rapproche de celle que nous lisons dans l’article « Oreillons » du Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques de M. Jaccoud, t. XXV, p. 93. M. d'Heilly, auteur de cet excellent article, définit ainsi la maladie qui nous occupe : « Maladie générale « fébrile, spécifique, épidémique et contagieuse, caractérisée clinique- « ment par des phénomènes locaux de fluxions simultanées ou succes- « sives vers les parotides, les testicules chez l’homme, la glande mam- « maire, celles de Bartholin, et plus rarement l'ovaire chez la femme. « Des phénomènes généraux graves peuvent troubler l’évolution de la « maladie. » Il s'agit donc bien d’une maladie infectieuse.
D'ailleurs on a constaté nombre de fois la coïncidence avec les épidémies d’oreillons d’autres maladies épidémiques. Une dernière preuve est venue s'ajouter aux autres, celle de la spécificité de la maladie reconnue par la présence de micrococcus.
Ceux-ci ont été trouvés dans le sang (et peut-être dans la salive) de dix-neuf malades par MM. Capitan et Charrin (Société de biologie, 28 mai, 3 décembre 1881).
Deux essais d’inoculation par MM. Pasteur et Roux ne rss pas (Védrènes, Mémoires de médecine militaire, p. 167, 1882). Ces microcoques ont été depuis retrouvés par MM. Bouchard a la salive et l'urine d’un malade (Thèse de Karth, Paris, 1883), Netter (dans le sang d’un malade de M. Jaccoud (Gazette cles ol 1 mai 1884), Boinet chez quinze malades (Lyon médical, 1% mars 1889), enfin par Ollivier dans la salive, le sang et l’urine de deux enfants (Revue des maladies de l'enfance, juillet 1885). Par conséquent les oreillons constituent bien une maladie infectieuse, microbienne, et comme telle Ia
(1) Praroroxco. — Lettre à Borsieri, 1782.
(2) Rouxer et Banrnez. — Praité des Maladies des Enfants, t. II. p. 614. (3) Trousseau. — Clinique, 3° édit., t. I, p. 194.
(4) Goëxrau ne Mussr. — Gazette hebdomadaire, 1868, p. 631.
(3) Léon Cox. — Union médicale, 1876.
LaverAx. — Dictionnaire encyclopédique 1831, art, Oreillons, p. 360.
maladie doit être étudiée au point de vue de la question de ses formes abortives.
L'éntensité des oreillons est fort variable suivant l'épidémie et suivant l’âge des personnes atteintes. L’orchite manque à peu près constamment chez les enfants: chez l'adulte, le chiffre de sa fréquence est très variable : dans un relevé de vingt-cinq épidémies fait par Védrènes, le chiffre des orchites varia de 50 0/0 à 2 0/0. Mais outre l’orchite, qui n’est qu’une détermination ourlienne et non une compliplication, on à décrit aux oreillons un grand nombre de complications que M. Laveran énumère dans son excellent article et dont M. Longuet a, depuis lors, repris l'étude dans une série de publications (Union médicale, juillet août 1885). Ces complications, si elles étaient plus souvent constatées, aggraveraient singuliérement le pronostic qui est favorable dans la grande majorité des cas.
Existe-t-il dans cette affection, déjà si bénigne, des formes abortives?
Disons d’abord que pour établir nettement leur existence, on ne peut pas l‘gitimement se fonder sur la température. « Il y a absence totale de fièvre, dit M. Sorel (Revue de médecine, 1878, p. 26) parlant des oreillons sans orchite, et même souvent abaissement léger de la température normale. Le sommeil est conservé, l'appétit persiste, quoique un peu diminué, la soif reste normale, la céphalalgie a été l'exception dans nos cas. » Cette affirmation de l’apyrexie des oreillons, fondée d'ailleurs sur un trop petit nombre de cas, contredite par certains observateurs, semble admise par d’autres, tels que M. Laveran ct par M. Fournié qui dit dans une note inédite sur la fièvre ourlienne : « La fièvre est rare, très rare dans l’orcillon simple, elle est de règle dans les formes infectieuses aiguës, ete. » S'il en était toujours ainsi, cela prouverait le peu de retentissement que paraissent avoir sur l'organisme les oreillons au moins pour un certain nombre de cas.
Ce retentissement est au contraire très grand lorsque l’orchite se produit : elle est, dans la très grande majorité des cas, annoncée ou suivie par des chiffres thermiques élevés 39 degrés, 39,5, 40 degrés et même 41 degrés; mais cette fièvre tombe presque aussitôt et descend au-dessous de la normale ; le pouls est ou accéléré ou parfois ralenti (60 et 70 pulsations avec 39 degrés et 40°,8; Laveran), et cela en dehors de toute complication méningitique.
A cette règle il y a, comme toujours, quelques exceptions; c’est-àdire qu’on a noté un certain nombre d’orchites sans fièvre.
L'oreillon apyrétique ou sans grande fièvre est donc, en général, bénin et sans complications; mais est-ce là J’oreillon abortif? Les auteurs classiques admettent l’existence de cas véritablement abortifs.
Sans prononcer le mot, M. d'Heilly remarque que : « dans bon « nombre de cas, surtout chez l'adulte, la maladie peut n’éveiller pres- « que aucune réaction; il y a, chez les enfants, des cas à peine « esquissés : après un peu de malaise avec fièvre, apparaît un léger « gonflement d’une glande sous-maxillaire, et au bout de trois ou « quatre jours tout est terminé. »
Cette opinion se rapproche de celle de M. Cadet de Gassicourt, qui soignait une petite fille « dont les oreillons étaient si peu marqués, la santé si parfaite en apparence, que la maladie serait passée inaperçue, peut-être, si l'attention n’avait été éveillée par l’état de son frère atteint lui-même d’oreillons volumineux qu’il avait communiqués à sa sœur (1) ».
M. Laveran décrit, parmi les formes anomales des oreillons, des formes abortives. Il rappelle l'observation de Rilliet que l’on retrouve citée partout : « Quelquefois la maladie a avorté, dit ce dernier; ainsi, au plus fort de l'épidémie de Genève et dans des familles dont plusieurs membres étaient affectés d’oreillons, il arrivait qu'un ou deux enfants étaient pris de fièvre, de malaise, d'un très léger gonflement de la glande sous-maxillaire sans aucune déformation du visage; au bout de trois à quatre jours, tout était dissipé (2) ».
Ces cas, qui seraient en même temps que des cas abortifs, des faits de localisation anomale du gonflement, n’ont guère été constatés nettement depuis lors.
M. Gailhard (3) signale un cas d’oreillon larvé présenté par M. Duroziez à la Société de médecine de Paris en 1870 (4). Voici le fait :
« Dans une maison où quatre personnes avaient été atteintes d'orcillons presque
« en même temps, un jeune homme est pris de sueurs profuses dans la nuit du « 5 décembre. Il se refroidit en ee moment et est tellement troublé que, sorti de sa
(1) CADET DE GASSICOURT. — Maladies de l'enfance, À. I, p. 353-354. (2) RILLIET. — Mémoire Sur une épidéinie d'oreillons à Genève. (Guxetle médicale, 12 jan-
vier 1850.
(3) GAILHARD. — Zéude sui L4 inaladie appelée oreillons. Thèse de Montpellior 1877. (4) DUROZIER (1.), — Gasetle des hôpitaux, 1870, p. 871,
« chambre, il a beaucoup de peine à se retrouver. Je le vois le G;il a des nausées. « Le T, il se plaint d'une douleur de cou et d’un peu de mal de gorge. Le 8, il accuse « un peu de douleur à la région sous-maxillaire droite et une violente céphalaloie. « Beaucoup de nausées, faiblesse et lipothymies. Pouls, 60. Rien dans la poitrine. « Pas de tuméfaction parotidienne, Un peu de rougeur de l'isthme du gosicr. Le 22, « le malade va tout à fait bien. Ce dernier fait est-il un cas d’oreillons ? Le doute « 085 permis, commandé; cependant comment expliquer tous les accidents décrits « par une angine qui se traduit par un peu de rougeur ? tandis que nous trouvons « ici tous les prodromes des oreillons : nausées, névralgie ecrvicale, céphalalgie, « faiblesse, grandes lipothymies. Le délire même qui a signalé le début appartient « à cette maladie singulière. Ce cas même est un des plus intéressants de la collee- « tion en raison de son état larvé. »
M. Duroziez restant lui-même dans le doute au sujet de ce cas, ilme paraît sage d’imiter sa prudente hésitation au sujet du diagnostic. Il est à remarquer d’ailleurs que si l'affection a été « larvée », elle n’a pas été raccourcie dans sa durée, puisqu'elle à évolué en dix-sept jours.
Il est loin d’être rare en effet de voir l’affection terminée en moins de dix jours. Rilliet donne comme durée moyenne huit à dix jours, et l’on trouve des cas plus courts encore.
Dans l'épidémie, par exemple, qui a sévi en 1881 sur la garnison de Toulouse et qui fit l’objet de la thèse de Guasco (1), il y eut 39 cas simples contre 14 avec complications, et parmi les premiers on en trouve 1 qui n’a pas dépassé six jours, et 3 qui n’en durèrent que cinq. Ces derniers sont du type décrit par M. Sorel, apyrétiques, quelquesuns même hypothermiques. En voici deux exemples :
Orercrox pougce (obs. IV). — C..., vingt-quatre ans, 83e de ligne, s’aperçut hior matin, à son réveil, de l'existence d'une tuméfaction douloureuse des régions parotidiennes. La journée se passa sans malaise d'aucune sorte; il fit son service habituel; le soir seulement, en se mettant au lit, il eut un frisson suivi d’une sensation de brisement dans les membres. Ce matin, 12 février, on l'envoie à l'hôpital, La tuméfaction est surtout marquée à droite; elle est à peine douloureuse à la pression. Les mouvements du maxillaire, depuis ce matin seulement, sont limités et douloureux. Pas d’engorgement ganglionnaire; pas de traces d'inflammation de la gorge ; rien aux testicules. Température 360,8. Etat général excellent,
Le lendemain, mêmes symptômes ; la tuméfaetion commence à diminuer,
Le 14, la tuméfaction a presque disparu à droite; à gauche elle persiste,
Le 16, la guérison est complète.
Oreizcon GAUCHE (obs, V).— L..., vingt et un ans, 83e de ligne, entre le 12 février à l'hôpital.
(1) GUASCO. — Thèse de Paris 1883.
Hier matin, au réveil, il a ressenti une légère douleur à la région parotidienne gauche ; les mouvements de la mastication étaient un peu douloureux. Actuellement le gonflement, peu considérable d'ailleurs, n'existe qu’à gauche. Douleur peu intense, mouvements faciles. La région parotidienne droite a son aspect normal. Rien à la gorge, l'appétit est bon, les fonctions digestives sont régulières. Température 37 degrés. Rien aux testicules.
Le lendemain 13, la tuméfaction est un peu plus considérable; mais à partir du 14 elle va en diminuant. Le 16 elle a tout à fait disparu.
Il serait facile de multiplier ces exemples.
Nous ne parlons pas ici des cas dans lesquels les oreillons eux-mêmes ont été peu de chose en proportion des complications, ou même ont manqué tout à fait, ou, encore, ont été consécutifs à l’orchite : toutes variétés qui ont été signalées nombre de fois mais qui ne rentrent pas dans les cas abortifs.
Dans une note manuscrite qu’il a bien voulu nous envoyer, le docteur Fournié revient sur la fréquence indiscutable des formes atténuées ou abortives des oreillons. « Mais il me paraît difficile, dit-il, de « bien préciser leurs caractères cliniques; car cette étude très terne « est peu faite pour tenter l'attention des observateurs. Je crois néan- « moins que la fluxion légère d’une ou des deux parotides doit être « l'expression la plus commune des cas dits abortifs. Viendraient en- « suite, la fluxion légère des glandes sous-maxillaires et, en dernier « lieu, avec une fréquence bien moins grande, les localisations testi- « culaires représentées par des douleurs funiculaires, épididymaires « et testiculaires, sans orchite proprement dite. (Ces douleurs s’ob- « servent encore assez souvent dans le décours de certaines épidémies, « comme j'ai eu l’occasion de le noter à Saint-Germain et à Fontaine- « bleau.)
« Peut-être conviendrait-il d’ajouter à ces formes une forme pha- « ryngienne où amygdalienne, caractérisée par la fluxion des amvg- « dales et l’érythème du fond de la gorge, localisations mises en relief « par le docteur Jourdan (1) à propos de l'épidémie de Dax. »
M. Fabre (de Commentry) qui a eu en 1875-76 connaissance de plus de 700 cas d’oreillons et qui a bien voulu nous faire part de son expérience à ce sujet, nous dit avoir observé plusieurs faits analogues à ceux sigalés par Rilliet. « Mais il hésiterait, nous dit-il, à accepter la dénomination d’abortifs pour les cas d’oreillons apyrétiques et légers ; il préférerait le terme de « formes ébauchées ».
(1) JOURDAN. — Recueil de mémoires de médecine inilitaire, 1878,p. 599. — Zpiqémie de Daw
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C’est dans la même catégorie qu’il faudrait faire rentrer, croyonsnous, les faits que M. le docteur Laveran a bien voulu nous signaler (comm. orale). « Très fréquemment, nous a-t-il dit, quand une épidémie
évit sur un régiment, nombre de soldats ont des oreillons si légers que non seulement quelques-uns d’entre eux sont simplement malades à la chambrée, mais que d’autres ne se font même pas porter comme malades et continuent leur service. Aussi, quelques médecins-majors ont-ils pris le parti d'examiner au moment d’une épidémie tous les hommes du régiment, afin de faire soigner même les moins atteints, et de les préserver ainsi d’orchites pouvant survenir plus tard, si la première manifestation de la maladie avait passé inaperçue. »
Il nous reste une dernière question à résoudre : une première atteinte d’oreillons, légère « abortive », « ébauchée », préserve-t-elle d’une atteinte ultérieure, en un mot, confère-t-elle l’émmunité ?
J. Gailhard affirme le fait sans en donner des preuves précises.
Laveran apprécie la question de la facon suivante :
« Ces formes atténuées et à peine reconnaissables des oreillons con- « fèrent l’immunité cemme les formes régulières; on s'explique ainsi « pourquoi certaines personnes ne contractent pas les oreillons dans un « milieu épidémique, bien qu’elles disent n’en avoir jamais été affectées ; « ces personnes ont eu très probablement les oreillons, mais sous une « de ces formes abortives qui frappent peu l’attention (1). »
M. Paul Fabre n'ose pas se prononcer à ce sujet, et M. Fournié reste dans le doute sur l’immunité acquise.
C’est en partant de ce principe de la non récidive, que M. Laveran pense qu’il est avantageux pour les enfants, surtout pour les garçons, d'avoir les oreillons de bonne heure, à condition : 1° qu’ils soient jusque-là forts et bien portants ; 2° que ce ne soit pas dans un hôpital où ils risquent de contracter d’autres affections plus graves. Toutefois, à ce propos, il est bon de ne pas oublier que la non récidive des oreillons n’est pas absolue.
M. Servier (2) en a publié un cas (avec orchite et atrophie consécutive) chez un soldat.
M. Fournié (3), sur 24 cas d’oreillons observés en 1876 au camp de
(1) LAVERAN. — Dictionnaire encyclopédique, 2° série, t. XVII, p. 343. (2) SERVIER. — Æecueil de mémoires de médecine militaire, 1878, D. 582, (3) FOURNIÉ. — Recueil de mémoires de médecine militaire, 1881, L XXXVIT, p. 509.
Saint-Cermain-en-Laye, en aurait rencontré D cas; ce qui serait une proportion unique jusque-là, comme le fait observer M. Nimier.
M. Marty (1) en a observé également un exemple.
M. Nimier (2) (De la récidive dans les oreillons) passant en revue les cas précédents, y ajoute trois faits de sa pratique personnelle dont un très intéressant : ce fut une quatrième atteinte d’oreillons chez un soldat. Les phénomènes généraux furent assez marqués ; le thermomètre monta à 390,5; la maladie dura huit jours sans orchite.
M. Fabre qui a observé, comme nous l'avons dit, un si grand nombre d'oreillons, en a vu quelques-uns qui étaient des récidives.
En résumé, on peut dire que la maladie ourlienne, si fréquemment bénigne et légère, apyrétique plus souvent qu'on ne croyait naguère encore, offre dans ses recrudescences épidémiques des formes tellement atténuées qu’on peut les considérer comme abortives.
OC. — GRIPPE ABORTIVE, Dre La Grippe ABORTIVE. — La forme abortive de la grippe n’a été,
que nous sachions, jusqu'ici le sujet d’aueun travail d'ensemble, les auteurs insistant surtout sur les formes graves. Dans les nombreux ouvrages qui traitent de l'influenza, les seuls renseignements qu'on puisse rencontrer sur la forme abortive se trouvent dans la relation de certaines épidémies, et de cas où la grippe a cessé brusquement ou s’est considérablement amendée sous l'influence de phénomènes critiques divers. Sans confondre la forme bénigne qu'ont revêtue certaines épidémies, avec la forme abortive, on trouve que la durée de la grippe est variable, et c’est dans la relation de quelques-unes de ces épidémies bénignes que nous avons pu découvrir de rares indications se rappor-
(1) MARTY. — Archives géncrales de médecine, juillet 1885. (2) NIMIER. — Archives générales de médecine, juillet 1885. Consulter en outre:
GRANIER. — Des oreilions.(Lyon médical, 1879.)
PICOT et D'ESPINE. — HMuladies de l'enfance.
PINET. — Thèse de Paris 1878.
CALMETTE. — Oreillons el fièvres éruplives. (Archives générales de médecine, octobre 1883.
MOURSOU. — Archives de inédecine navale, 1879.
tant à notre sujet. Bececaria (1), Ward (2), Gilibert (3) ont publié des observations de grippe de très courte durée.
Saillant (4) dit à cet égard, en parlant de l'épidémie de 1762 : « Chez « certains sujets, la maladie est bénigne et se termine en cinq ou six « jours après un coryza plus ou moins fort, sans autre moyen qu'un « régime diaphorétique, tandis que chez d’autres la respiration est très « difficile et s'accompagne d’une douleur gravative de poitrine; l’en- « rouement est extrême, la toux quinteuse, etc. »
Il ajoute plus loin, et ceci est plus typique : « Les jeunes gens sont « rarement les victimes de cette maladie. La vigueur de l’âge, la chaleur « du sang triomphe bientôt chez eux des assauts de la maladie, un sai- « gnement de nez copieux les délivre souvent avant le quatrième ou le « cinquième jour.
« Dans un âge plus avancé, la poitrine se dégage quelquefois des « dépôts Iymphatiques qui &y sont formés, une sueur abondante détend «les membranes le deuxième ou le troisième, le quatrième ou le sep- « tième jour au plus tard.
« Dans l'épidémie, en 1780, dit le même auteur, les malades ont « éprouvé un échauffement qui, retenu dans un juste degré, accélérait «la coction. Ils ont sué très facilement, et cette crise naturelle abré- « geaît le cours de la maladie. » |
Ces phénomènes critiques, épistaxis où sueurs, qui « jugent » la maladie se retrouvent dans certaines observations de Peacock (5), à propos de l'épidémie de 1847 observée à Londres :
« Les cas de fièvre catarrhale simple sont habituellement trop légers « pour avoir besoin de soins. Si bien que, quoique le nombre de per- « sonnes qui se présentèrent au Royal F. Hospital, depuis'le 22 no- « vembre jusqu’au 6 décembre 1847, fut au nombre de plusieurs cen- « taines, 20 malades furent seulement admis dans les salles pendant « les quatre mois que dura lépidémie, et ces cas furent tous d'une « gravité extrême et chez des personnes pauvres.
« Moyenne du traitement : neuf jours; 2 furent gardés quatre jours, « 3 cinq jours, 3 six jours. »
1) Acta nat. curios, L. IT, obs. 48, 1730.
) An account of the epid. catarrh. mhich prevailea at. 1831. ) Actes de la Société de santé de Lyon, 1799.
) Tableau des épidémies catarrhales, 1715.
(5) Of the influenra or epideme catarrh fever, 1847.
« Dans le corps de la police, l’exemption de service durait trois jours. « Dans 11 cas seulement, sur 100 cas d'épidémie, la période de la maladie « dura une semaine. La durée ordinaire dans les cas les plus bénins « de cette forme d'influenza est de trois à cinq jours, de sept à dix « dans la forme ordinaire. »
On peut ne voir ici qu’une forme bénigne de la grippe, mais ce qui suit est bien plus caractéristique et peut être rapproché des observations de Saillant.
« Chez les enfants à Christ's Hospital, la maladie fut encore plus « bénigne que dans les cas qui viennent d’être décrits. Il y eut là une « forme presque constante :
« L'attaque commençait par une sensation de froid allant souvent « jusqu’au frisson; ensuite, venaient les symptômes ordinaires de la « fièvre, chaleur à la peau, etc. Dans plusieurs cas, le début s’annonca « par des nausées et des vomissements, dans d’autres par de la diar- « rhée et des troubles gastrodyniques. Puis bientôt après, toux « rauque, aboyante, douleurs frontales atroces, peau chaude et sèche, « pouls rapide; le froisième jour, la maladie s'amendait et dispa- « Faissait après une forte transpiration.
« Il y eut des complications assez fréquentes du côté du larynx, « mais en dehors de ces complications, les enfants ne restèrent jamais « plus de 4 à 5 jours à l'hôpital. » Cette description se passe de commentaires.
Nous pourrons citer ici une observation assez concluante de grippe abortive que nous devons à l’obligeance de M. Wurtz, interne des hôpitaux :
GRIPPE ABORTIVE. — (OBsERvATION) : Albert B..., âgé de trente et un ans, architecte, d'une constitution robuste, sans antécédents héréditaires ou personnels particuliers, est pris le 30 octobre 1885, de malaise général avec céphalalgie frontale vive, qui l’oblige à s’aliter.
Le 31 octobre, ces phénomènes s’amendent, les douleurs de tête diminuent, et le malade mange avec appétit.
Le 1° novembre, phénomènes généraux graves, subdélirium. Céphalalgie gravative, sueurs profuses. En même temps, hypéresthésie de toute la peau du tronc, et douleurs intolérables dans les reins, irradiant jusque vers les aînes et dans les testicules. Température 390,9 le soir.
Le 2 novembre, persistance des douleurs qui s'exaspèrent au moindre mouvement et à la pression. La cuisse gauche et le genou gauche sont, comme les reins, le siège de douleurs extrêmement vives, qui arrachent des cris au malade sitôt qu'il
fait le moindre mouvement. Rhonchus à la base des deux poumons. Pas d’albumine, Matin température 370,9; soir, 390,7,
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Le 3 novembre, persistance des douleurs. Mêmes signes à l'auscultation. La professeur Damaschino, appelé en consultation, porte le diagnostic de grippe. Matin température 380,2; le soir, 390,5. Les sucurs profuses continuent. Le soir, vers gix heures, épistaxis, d'abondance médiocre. Le lendemain matin, 370,2. La température ne s'élève le soir qu'à 37,4 et oscille les jours suivants entre 37 degrés et 370,5. Les douleurs cessent complètement le troisième jour, les rhonchus persistent seuls et le malade se rétablit au bout d'une dizaine de jours sans autres symptômes que ceux d'une bronchite légère. Néanmoins l’affaiblissement et la prostration, qui ont été extrêmes dès les trois premiers jours, n'ont cessé que vers le dixième jour de la maladie.
Il m’a paru intéressant de relater brièvement l'observation suivante dans laquelle j'ai pu saisir, thermomètre en main, la défervescence critique d’une grippe abortive :
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Il s'agit d’un jeune homme âgé de 16 ans, interne dans un lycée de Paris dans lequel sévit, comme dans tous les autres, l'épidémie de grippe qui régne depuis quelques semaines. Le 13 février, en se levant, ce jeune homme avait été pris de céphalalgie violente qui empira jusqu’à 4 heures du soir, moment où l'on prend sa température (40 degrés). En même temps que ce mal de tête, il se plaint de frissons, de courbature, de faiblesse dans les jambes, La face est grippée, la langue blanche,
1° nez onchifrené; le malade tousse et chaque quinte lui déchire la poitrine; il se plaint de la gorge ct l'on trouve le pharynx rouge. Rien aux poumons. Les urines sont normales.
Le lendemain (14 février), deuxième jour de la maladie, Les symptômes de la voille persistent et nous portons le diagnostic grippe qui aurait été confirmé, s'il eut fallu, par plusieurs des camarades du malade, couchant dans le même dortoir et qui venaient à leur tour, les uns atteints de grippe commune, les autres se plaignant seulement de douleurs de gorge et présentant une sunple angine érythémateuse, forme larvée de la grippe, bien certaine, car ces angines s'accompagnaicnt d'une même courbature, d’un même brisement des membres, d'un même facies caractéristique.
Le 15 février, troisième jour de la maladie, l'état général s’est subitement modifié; le malade à faim, sa langue est rosée, la température vient de descendre en 36 heures de 40 degrés à 360,2, C'est bien une défervescence critique que le pouls indique aussi, car il bat 64 le matin, et 56 le soir avec 300,8.
Le lendemain 16 février, température ‘360,1, p. 54, l'état général est excellent; le malade encore courbatu demande à se lever. Sa convalescence fut courte ct régulière.
J'insiste avec intention sur ces formes écourtées de la grippe dont j'observe en ce moment de très nombreux exemples. Le cas précédent m'a paru l’un des plus typiques. Ces grippes abortives le sont souvent, même au point de vue de leur symptomatologie. Ce sont des grippes atténuées, des grippes larvées. Un grand nombre des jeunes gens dont je parle plus haut, n’éprouvent guère qu’une céphalalgie plus ou moins vive mais de courte durée, une grande lassitude, un léger coryza, une angine si légère que souvent la muqueuse dont ils souffrent paraît à peine plus rosée que normalement et ne s'accompagne que d’une très faible adénopathie sous-maxillaire. Néanmoins, il s’agit bien d’une pyrexie, d’une maladie infectieuse, puisque la température monte souvent d’un bond à 3%,5, 40 degrés, les urines sont parfois légèrement albumineuses. Certains malades qui semblent préparer un état fébrile inquiétant, sinon grave, tournent-court tout à coup au bout du deuxième ou troisième jour, et entrent de plain-pied dans la convalescence. Toutefois il m’a paru que les rechutes n'étaient pas très rares dans ces grippes abortives.
Le diagnostic de ces grippes abortives à forme angineuse dont j'ai parlé plus haut serait bien difficile, n’était la connaissance de l'épidémie actuelle, d'autant plus que dans quelques cas j'ai vu la même symptomatologie, dans le même milieu grippal, se juger par une poussée d’ansine herpétique. Cette fièvre herpétique qui m'a semblé fréquente, dans le milieu circonscrit où j'observe, coïncide manifestement
avec la poussée grippale actuelle. Cette remarque, j'ai pu la faire également à l'hôpital où j'ai vu, dans mon service, arriver coup sur coup un nombre respectable de grippes généralement bénignes, en même temps que plusieurs cas de fièvre herpétique avec ou sans angine, mais bien caractérisés.
Ces coïncidences pathologiques sont fréquentes et montrent les difficultés qu'il y à à séparer, en nosologie, les différentes pyrexies catarrhales, la grippe, la fièvre herpétique, les embarras gastriques, les synoques et peut-être même aussi les formes légères et abortives de la diphthérie. Autant de maladies dissemblables dans leurs types extrêmes mais singulièrement rapprochées quand elles se manifestent sous les apparences de leurs formes abortives.