‹ Des Pyrexies AbortivesChapitre 47 sur 57 · D. — PNEUMONIE ABORTIVE · texte numérisé non relu

D. — PNEUMONIE ABORTIVE

La pneumonie franche aiguë, fibrineuse, la pneumonie croupale, considérée dans ses formes régulières et normales, représente le type le mieux caractérisé des maladies cycliques, à évolution bien déterminée, L'invasion en est brusque, violente, à grand tapage : un frisson intense, unique d'ordinaire, une forte céphalalgie, un point de côté péri-mammaire, souvent un vomissement, tels sont les symptômes cardinaux qui ouvrent la scène morbide. Alors commence une période d'état dont je n’ai pas à retracer ici la symptomatologie et dont la durée sera variable, mais dans des limites assez restreintes. Enfin, un jour, tout s'arrête, la fièvre ct les phénomènes généraux disparaissent comme ils étaient venus, c’est-à-dire brusquement, et le malade entre de plain-pied dans la convalescence, au milieu de certains phénomènes critiques bien connus qui semblent. juger la maladie.

Tout le monde admet que ce ne sont pas tant les signes physiques indiquant l’évolution des lésions pulmonaires, qui rendent compte de la marche et de la durée de la maladie, mais bien plutôt la fièvre, dont on suivait jadis l’évolution par l’étude du pouls, et dont aujourd’hui on juge mathématiquement l'allure par les constatations thermométriques. Une fois, en effet, les phénomènes généraux éteints ainsi que l’hyperthermie, les signes physiques persistent souvent encore un

certain temps, plusieurs jours, voire même plusieurs semaines, sans modifier d’une facon bien notable l’état général du sujet qui n’est plus un malade, mais bien un convalescent plus ou moins retardataire. Puisqu’elle est réglée par la durée de sa fièvre, la pneumonie est donc bien décidément une maladie générale, une pyrexie, dont le type cyclique estun des mieux déterminés et peut-être des plus caractéristiques, à quelques exceptions près: les lésions matérielles les plus marquées, celles du parenchyme pulmonaire, ne sont que la détermination locale la plus

constante de la maladie, la fièvre en est l'élément essentiel. La fièvre

pneumonique, conception ancienne à laquelle l’école de Montpellier était restée fidèlement attachée, idée doctrinale toujours soutenue par Cayol, Hirtz, Marrotte, Parrot, Lagout, Fernet, et par M. Bernheim, reprise par les pathologistes allemands contemporains, a retrouvé dans les recherches microbiologiques en mêmetemps qu'un regain de faveur une série d'arguments nouveaux. En résumé, la plupart des auteurs contemporains ont abandonné la doctrine organicienne, vraiment trop étroite, de l’inflammation primitive, du phlegmon du poumon, et décrivent ouvertement la pneumonie parmi les maladies générales (1).

Or, comme le fait judicieusement observer M. Bernheim, si la pneumonie est une maladie assimilable aux pyrexies, aux maladies infectieuses, il est logique d’accepter pour elle, de même que pour toutes les fièvres, une forme abortive, une fébricule pneumonique. Que faut-il donc entendre par pneumonie abortive ? Suivant la définition donnée par nous au commencement de ce travail, la forme abortive de la pneumonie devra être celle qui, sans causes apparentes, s'arrête brusquement, qui tourne court avant le terme habituel de la maladie. Ce terme de la maladie, moment où la défervescence s'établit, si l’on s’en rapporte à la statistique de Jürgensen, se trouverait compris entre le cinquième et le sixième jour dans les deux tiers des cas. Toutefois, la défervescence peut se faire beaucoup plus tard, jusqu’au seizième jour par exemple, ou même plus tôt, c’est-à-dire avant le cinquième

(1) Voyez à cet égard, entre autres publications

Bervaem.— De la Pneumonie abortive ou fébricule pneumonique. (Mémoires de la Société de médecine de Nancy, 1878, p. 39.

H. Barr. — La pneumonie est-elle une maladie infectieuse? (Revue des Sciences médicales, 15 octobre 1834.)

Corxir. — Leçons professées à la Faculté en 1883-84, p.111.

Harropeau. — La doctrine de la fièvre pneumonique. (Revue des Sc'ences médicales, 15 octobre 1878.)

Laxpouzy.— De lanature dela Pneumonie, leçon clinique. (Semaine médicale, 1882, n°45.)

ES

jour. Au surplus, le tableau suivant dressé par Jürgensen (1) est des plus significatifs : sur 721 casempruntés à Jürgensen , Lebert, Griesinger, Naunyn, Thomas, Wunderlich, Ziemssen, on vit la défervescence se produire 91 fois avant le cinquième jour :

Au bout de 2 jours.,....... 4 fois

Avant le 5"° jour... — D JOUTS ee ere 37 fois — ROUTE Eee 50 fois

91 fois

soit 91 fois sur 721, ce qui correspond à très peu de chose près au huitième de la totalité des cas. Par conséquent toute pneumonie qui se terminera spontanément par la guérison avant le cinquième jour doit être considérée comme abortive (Bernheim). Cette notion ne date guère de plus de vingt ans, époque à laquelleon aborda franchement l'étude de la thermométrie clinique.

L'expression de pneumonie abortive fut proposée pour la première fois par M. Charcot (2) à la Société médicale des Hôpitaux, en 1865, à l’occasion de la statistique produite par lui concernant la pneumonie des vieillards, particulièrement intense à la Salpêtrière cette année-là. Rappelons la phrase qui contient cette heureuse expression et sa raison d’être : « La dénomination d’abortive donnée par moi « à une certaine forme de pneumonie des vieillards, dit M. Charcot, « s'applique à ces affections thoraciques qui, se développant à l’époque « où les pneumonies deviennent communes, se manifestent d’abord avec « tous les caractères propres à la phlegmasie pulmonaire: point de « côté, frisson, signes stéthoscopiques, etc., puis cessent brusquement « au deuvième et au troisième jour. » M. Gallard, dans lamêmeséance, déclarait avoir observé quelques cas analogues. Sans doute Grisolle (3) avait déjà noté, à l’occasion des crises jugeant la pneumonie, un fait sur 38 cas dans lequel la crise s'était produite au quatrième jour de a maladie. De même Thomas, de Leipzig (4) ne craignait pas d’affirmer que la crise de la pneumonie se prononce le plus souvent

1) JüÜRGENSEN. — Croupæse Pneumonie, in Zemssen's Handbuch der Pathologie und / ? Therap., V Band. I.

(2) Crrarcor. — Bulletin de la Société médicale des Hôpitaux de Paris, 1865, p. 90 (3) Grisozze. — Traité de la Pneumonie, p. 315, 2° édit., 1864.

(4) Tomas. — Ucber die Temperaturverhältnisse bei croupôser Pneumonie. (4rch. der ITeilkunde, 1864.)

entre le troisième.et le.cinquième jour,et qu’elle se produit aussi bien dans les jours pairs que dans les impairs. D'ailleurs, en cherchant à.ce pointde vue dans les auteurs, à une époque où la thermométrie clinique n'avait pas encore apporté les données positives qui complètent si heureusement la symptomatologie des fièvres, on trouve des indications qui prouvent bien que les preumonies écourtées avaient été vues. On peut lire dans Marrotte (1), par exemple, trois cas de pneumonie terminée, l'une (pneumonie double) du troisième au quatrième jour, la seconde (citée seulement) guérie aussi au quatrième jour, enfin la troisième également jugée au quatrième jour. Cette dernière, fort intéressante, mériterait, si je ne craignais d’être trop long, d’être citée en entier. Je me contente d'en transcrire le titre :

Osservarron IV. — Synoque pneumonique, terminée le quatrième jour; poussée d'herpès le deuxième jour; puis, le quatrième jour, nouvelle éruption d’herpès (lèvre supérieure et langue); urines sédimenteuses, sucurs et abaissement du pouls

pendant les trois jours suivants.

Enfin, il est bon de rappeler qu'Andral (2) décrivait déjà des pleuropneumonies arrêtées au premier degré, c’est-à-dire à la période d'engouement. Toutefois, parmi les huit observations terminées par guérison qu’il rapporte dans cet article, il n’en est pas une seule qui se soit jugée avant le cinquième jour. Il est vrai que plus loin (p. 516), à propos des terminaisons de la pneumonie, Andral rapporte que sur 112 cas, 3 seulement ont duré quatre jours.

C'est à partir de Ja thèse inaugurale du D°G. Bergeron (3), thèse faite sous les inspirations du professeur Charcot, un an après la communication dont nous avons parlé ci-dessus, et avec les documents puisés à l'école de la Salpêtrière, que le nom de preumonie abortive passe définitivement dans le langage de la science et qu’on le voit figurer dans les ouvrages traitant de la pneumonie.

L'auteur précité rapporte deux observations intéressantes (observations VI et X). Je crois bien faire en résumant brièvement la

(1)Marrorre. — Fièvre synoque péripneumonique. (Archives générales de Médecine, 1855, t. 11.) |

(2) Axpraz, — Clinique médicale, t. III; Maladies de poitrine, t. 1°, p. 255. Paris, 1840,

(3) G. Ber&eron. — Recherches sur la Pneumonie des vieillards (Pneumonie lobaire aiguë). Thèse. Paris, 1866,

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seconde qui montre exactement la physionomie clinique de la pneumonie abortive des vieillards :

OBsERvATION X, p. 69 (Preumonie abortive). — Kemme de soixante-quatorze ane, (qui mourra d'ailleurs vingt mois plus tard d’une pneumonie droite), a été prise dans la nuit du 4 juillet d'un frisson.

Le 6, point de côté sous le sein gauche. Visage vultueux, langue blanche ; urines rouges. Au sommet du poumon gauche, en arrière, et en un point très limité, souffle et râles crépitants. Le pouls est de 96 et la température de 39 degrés.

Le 7 (troisième jour), herpès. La face est un peu pâle. On entend le souffle ct des râles crépitants de retour dans la fosse sus-épineuse.

Le 8 (quatrième jour), la malade est guérie. La température : 87 degrés.

Bientôt, c’est à l’autre extrémité de la vie, chez les enfants, que MM. Damaschino (1), Roger (2), Parrot (3), étudient les différentes formes de la pneumonie : au point de vue de la température et de la durée de la maladie, c’est le seul point qui nous occupe en ce moment; nous trouvons dans ces auteurs des documents précieux que nous utiliserons, chemin faisant.

Le mémoire de M. Bernheim sur la pneumonie abortive, paru en 1878, devait établir d’une manière définitive la légitimité de cette forme clinique de la maladie qui nous occupe. Wunderlich (4) avait décrit déjà la fébricule pneumonique, mais il embrasse sous ce terme des états bien différents, depuis la pneumonie apyrétique dans ses formes les pluslégères, jusques et y compris les deux types de fièvre épncmère pneumonique dont il donne la description suivante que je cite textuellement :

€ Dans l’une de ces formes (fièvre éphémère acméiforme) il se pré- « sente brusquement une élévation thermique plus ou moins considé- « rable allant même jusqu'au-dessus de 41 degrés ; puis survient aus- « sitôt une défervescence rapide, de sorte que, dès le deuxième et troi- « sième jour, la température est redevenue normale.

« Dans une seconde série de cas (fièvre Cphémère prolongée), l'élé- « vation est lente et graduelle et faiblement rémittente. La tempéra-

(1) Dawascino. — Des différentes formes de læ pneumonie chez les enfants. Thèse. Paris, 1867,

(2) Roger. — Recherches cliniques sur les maladies de l'enfance, t. I, p. 356. Paris,

(3) Panror. — De la Fièvre herpétique (Gazette hebdomadaire. Paris, 1871.)

(4) Wuoxperzicn. — De lu Température dans les maladies. Trad. Labadie-Lagrave, p. 518. Paris, 1872,

tre

« ture n’atteint son point culminant, qui est plus bas que dans la pre. mière forme (à peine 40 degrés), que le troisième jour de la maladie. Aussitôt après, la température tend à l’abaissement et descend à peu & près de la même façon qu’elle était montée. »

Cela veut-il dire que la température ne redevient normale qu’au bout de trois jours? Dans ce cas, la fièvre éphémère pneumonique prolongée ne serait pas une pneumonie abortive, puisqu'elle durerait Six

jours.

En réalité, Wunderlich confond dans ses fébricules pneumoniques un grand nombre d'états différents et qui ne sont nullement comparables. La meilleure preuve en est que : quelques lignes plus bas, il prétend que les processus locaux insignifiants, cause de ces fébricules pneumoniques, deviennent parfois dangereux à la suite de circonstances accessoires. En outre, il fait rentrer la pneumonie embolique dans la fièvre éphémère acméenne, et les foyers de broncho-pneumonie secondaire aux bronchites, À la tuberculose, ete., dans l’éphémère prolongée. Toutes ces pneumonies bâtardes et ces broncho-pneumonies secondaires ne font pas partie de la pneumonie proprement dite, la seule qui nous intéresse, la seule à laquelle appartienne le type clinique que nous étudions, la pneumonie abortive.

Voyons comment se présente en clinique cette variété de pneumonie ; cherchons dans sa symptomatologie les signes spéciaux qui pourraient la caractériser. Rappelons d’abord que pneumonie abortive n’est pas synonyme de pneumonie bénigne, légère ou apyrétique; la forme qu’on a encore appelée, par un abus singulier de la langue française, pneumonie ambulante ou ambulatoire, ne rentre pas davantage dans la même description. M. Bernheim, dans son mémoire que je regrette de ne pouvoir citer en entier, rapporte l’histoire d’un Anglais, sec et phlezmatique, arrivant de Strasbourg à Nancy avec une pneumonie : un léger point de côté droit, une fièvre légère et une température qui ne dépassait pas 38°,5; il offrait en outre tous les signes physiques les plus nets. Ce malade qui se plaignait peu « continua à rester levé et à « manger d'énormes quantités de gruau et du roastbeef arrosé de « champagne. Le cinquième jour, ajoute M. Bernheim, je le rencontrai « dans la rue promenant sa pneumonie. La défervescence et les râles « de retour ne se manifestèrent que le septième jour. » Evidemment il s'agissait là d’une pneumonie bénigne qui avait duré son temps régulier, et non pas d’une pneumonie abortive.

Cela bien établi et toute confusion étant impossible, étudions la Symptomatologie. On peut admettre, avec M. Lépine (1), que le début brusque de la maladie et ne différant en aucune façon de celui de Ja pneumonie commune, est le plus ordinaire, La forme lente (fièvre éphémère pneumonique prolongée de Wunderlich), paraît être au contraire d’une extrême rareté. Elle peut donc s’annoncer par un début solennel, comme une pneumonie de grande allure. On peut noter, comme dans l'observation II de M. Bernheim, la suppression brusque des règles au moment du frisson initial. Le début qui peut être tantôt subit, peut aussi d’autres fois avoir été préparé, pour ainsi dire, par quelques phénomènes prodromiques. C’est ainsi que Marrotte signale, dans sa description de la synoque péripneumonique, l’état qui lui paraît caractéristique de la synoque et au milieu duquel éclate la péripneumonie : céphalalgie, troubles digestifs, délire, ictère, bronchite, etc.; c’est également ainsi que dans la première observation de M. Bernheim, le médecin qui en fait le sujet, âgé de soixanté-deux ans, était affecté depuis huit jours de bronchite avec toux pénible et sans expectoration. Trois jours avant le début de la pneumonie « un peu de fièvre rémit- « tente s'était ajoutée à cette bronchite ». Le malade raquait à ses occupations et n'avait ni oppression ni malaise notable quand il fut atteint brusquement dans la nuit, à une heure du matin, par une pneumonie : « violente douleur pongitive au côté gauche du thorax avec « chaleur, sentiment de congestion vers la tête, turgescence de la face, « difficulté extrême de respirer au point de se croire menacé d’as- « phyxie. » Le tableau est complet. Si j'insiste autant sur ces prodromes signalés avec tant de soins et de détails, c’est qu'ils auront leur place toute marquée dans un instant lorsque j'aurai à discuter la nature de la maladie abortive.

Le drame morbide vient donc de commencer; la température peut s'élever aussi haut que dans la pneumonie ordinaire et le pouls suit l'ascension thermométrique. La courbe suivante, dressée avec les indications de la première observation de M. Bernheim, montre bien ce phénomène : on voit la température axillaire atteignant son acmé le soir du premier jour, monter jusqu’à 40°,2, et redescendre dès le lendemain

(11 Lépine. — Pneumonie, (Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XXVIIL.)

matin à 39 degrés pour, le surlendemain matin, revenir définitivement à la normale, et cela au commencement du troisième jour. Le pouls à suivi une marche rigoureusement parallèle. (V. fig. 19.)

Pasumonie abortive (Bernhera)

Pouls fmg té aëd 3

Wunderlich ne rapporte que deux courbes de pneumonie éphémère dans lesquelles la température soit revenue à la normale avant le cinquième jour (1); toutes ses autres courbes mettent au moins cinq jours pour atteindre l’apyrexie. Or dans les deux courbes susdites, la température redevient normale une fois dès le cominencement du premier jour (fig. 52), l’autre fois à la fin du deuxième jour (fig. 53). Les cas de pneumonie abortive ne durant pas plus de quarante-huit heures, acceptés comme tels par nombre d'auteurs allemands (Thomas de Leipzig, Frédérics, Weil, etc.), sont bien rares; il faut cependant les admettre. Quant à ceux qui, comme dans l'observation de la figure 52 de Wunderlich, ne dépassent pas un jour, je pense qu’ils doivent laisser inévitablement un doute dans l'esprit. D'ailleurs le nombre en est

4) Woxperuion, — PI, VI, fig. 52 et 55.

singulièrement restreint. Il va sans dire que je ne m'occupe pas ici des pneumonies avortant par une médication interne ou locale (comme les injections intra-parenchymateuses) (1); elles ne rentrent pas dans mon sujet, pas plus que les preumonies traumatiques souvent abortives.

L'étude des signes physiques de la pneumonie abortive, mérite de fixer l'attention. L'expectoration y est souvent peu abondante. D'après M. Lépine on observerait des crachats visqueux, blancs ou tout au plus safranés, mais jamais rouillés. Les signes fournis par la percussion du thorax, seraient également pour cet auteur, caractérisés par de lasubmatité seulement, sans exägération des vibrations thoraciques. Ce qui revient à dire que le thorax présente les signes physiques attribués par Woillez à la congestion aiguë du poumon. N’ayant pas eu À ma disposition un assez grand nombre d'observations de pneumonie abortive, il m'est impossible de dire si cette règle est absolue et si les exceptions sont rares. Je puis en tout cas en citer une comme en témoigne l'observation suivante que je dois à l’obligeance de mon ami le docteur Richardière. Dans ce cas, les signes physiques furent des plus accentués puisqu'on observa une matité presque complète avec vibrations thoraciques exagérées, et des crachats jaune d’ocre. J'aurai à insister sur cette observation à propos de l’albuminurie :

OBservaATION I (inédite). Zaryngo-bronshite légère. Pneumonie intercurrente de quatre jours de durée. (Pneumontie abortive). Albuminurie. — Le nommé P... (Antoine), âgé de vingt et un ans, boulanger, entre le 30 janvier 1882, salle St-Thomas à l'Hôtel- Dieu, service de M. Empis. C’est un individu vigoureux qui n’a jamais été malade. La maladie actuelle a débuté il y a quinze jours par une bronchite légère.

Le 27 janvier, P... ressentit tout à coup un point de côté à gauche dela poitrine; la fièvre et la dyspnée apparurent aussitôt ct il fut obligé de prendre le lit.

Le lendemain il expectorait des crachats d'abord sanglants, bientôt foncés en couleur et qu'il compare lui-même à la couleur des abricots.

Le 30 janvier, troisième jour de la maladie, le malade est examiné pour la première fois, le soir : la fièvre est vive 400,5.

La percussion, normale à droite, donne à gauche une matité presque complète dans la moitié inférieure de la poitrine en arrière et remontant jusque dans la région axillaire. Dans toute cette zone de matité, les vibrations vocales sont exagérées.

L’auscultation dénote : dans toute la hauteur du poumon droit et au sommet gauche, une exagération des bruits respiratoires. Dans la moitié inférieure du poumon

: (1) Lépine, — Sur le traitement local de la pneumonie fibrineuse par les injections intraparenchymateuses. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 10 août 1889, p. 446. — Pneumonie grave; injection intra-parenchymateuse d’une solution d'iodure de sodium; défervescence précoce, in Revue de Médecine, 1835, p. 1097. Scuwanz. — Deutsche Med. Wochenschrift, 1881.

gauche, en arrière, et dans presque toute l'étendue de la région axillaire, il existe un souffle tubaire intense, mélangé de râles crépitants fins, au niveau de la partie

supérieure de la zone d'hépatisation.

Pneumonie abortive(Richardère)

= o DEMATANISIISUE

ES

ET

Le malade a rendu quatre ou cinq crachats fibrineux de couleur jaune ocreuse.

Ces signes démontraient l'existence d’une pneumonie fibrineuse. En outre, le malade était atteint de laryngite intense depuis une quinzaine de jours. Sa voix éteinte est presque imperceptible; la pression au niveau du larynx est douloureuse.

Les urines sont fortement albumineuses ; elles contiennent des globules rouges.

31 janvier matin, l'état n’a pas changé. Le malade n’a pas expectoré, depuis la veille au soir, de nouveaux crachats colorés; son crachoir ne contient que quelques crachats muqueux. Température 390,8.

Les urines, plus rouges encore que la veille, renferment une grande quantité de globules sanguins.

On a prescrit : ventouses scarifiées sur la poitrine; potion à l'eau-de-vie et teinture de digitale.

Le soir: la défervescence s'est produite dans la journée. Température 870,4. Sueurs profuses; dyspnée bien moindre. Le souffle tubaire persiste, mais mêlé à de nombreux râles sous-crépitants à grosses bulles. Toutefois les urines sont encore absolument sanguinolentes.

L'état général s'améliora de jour en jour.

Les urines cependant demeurèrent encore albumineuses; l'hématurie ecssa défi-

nitivement le 2 février, Mais pendant toute la durée du mois de février l’albuminurie persista,

Dans la pneumonie abortive les signes obtenus par l’auscultation sont : des rêes crépitants ou sous-crépitants plus ou moins fins, et un souffle doux, ayant son maximum à la racine des bronches, ce qui prouve qu'il est symptomatique d’une congestion pulmonaire et non d’une hépatisation (Lépine).On vient de voir, parl’observation précédente que le souffle de la pneumonie abortive peut offrir le caractère du souffle tubaire, réputé pathognomonique de la pneumonie.

Un signe qui accompagne si fréquemment (1) la pneumonie fibrineuse qu’on à voulu lui faire jouer un rôle important dans la pathogénie de cette maladie, l’herpès, ne fait pas non plus défaut dans la pneumonie lorsqu'elle revêt la forme abortive.

Mon regretté maître le professeur Parrot avait remarqué que chez l'enfant l’éruption herpétique, loin d’être critique et tardive, apparaît maintes fois avant les signes stéthoscopiques caractéristiques. Il dit même qu'il lui arriva plus d’une fois en présence d’une fièvre herpétique, d'attendre le développement du souffle tubaire pour pouvoir formuler son diagnostic de pneumonie. T’observation X de son mémoire sur la fièvre herpétique est des plus instructives à cet égard. Il s’agit bien évidemment d’une pneumonie abortive chez un enfant de cinq ans, dans laquelle la défervescence se produisit au quatrième jour. Une plaque d’herpès apparut à la lèvre supérieure le deuxième jour, tandis que le souffle tubaire ne s’entendit que le lendemain au niveau de l’angle de l’omoplate gauche. Une légère recrudescence fébrile eut lieu au commencement du cinquième jour, mais elle ne devait pas durer plus de vingt-quatre heures.

L’herpès n’est pas spécial à la pneumonie abortive de l'enfance, L’adulte peut également en être atteint. L'observation suivante que je

(1) Parror. — Fièvre herpétique, Loc. cit.

LaGour. — Comptes rendus de la Société des Sciences médicales de Gannat, 1865. Observations et considérations relatives à l'herpès labialis. (Mémoire de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1873, p. 91.)

Ferxer. — Wrance médicale et Bulletins de la Société clinique de Paris, 1878. — De la pneumonie franche aiguë, de son évolution et de sa crise. Archives générales de médecine, juillet et août 1881. — Pneumonie franche aiguë accompagnée d’herpès aigus multiples. (France médicale, 16 mars 1882.)

GErMAIN $SÉE. — Des différents modes de traitement de la pneumonie. (Union médicale, avril 1873.)

SpA

dois à l’obligeance de mon maître et ami le docteur Landouzy, constitue un type de pneumonie développée chez un jeune homme de dixhuit ans (1) et avortant au milieu du troisième jour :

OsservarioN II. Fièvre pneumonique abortive droite. Herpès labialis (trois poussées successives). Albuminurie transitoire. (Résumée). — Valot, dix-huit ans, garçon de magasin, employé au rayon des meubles, célibataire, vigoureux, de bonne santé habituelle, tomba brusquement malade dans la soirée du 18 octobre 1882. Il est pris d'un violent frisson entre huit et neuf heures du soir. La nuit se passe au milieu d'un grand malaise général accompagné de céphalalgie et de fièvre.

Cet état persiste le len demain [19 octobre), la fièvre est intense puis survient une toux douloureuse et un point sous-mammaire droit apparaît.

Le malade entre le 20 octobre à la Charité, dans le service de M. le professeur Hardy, suppléé par le docteur Landouzy. On note à la visite du soir une fièvre vive. T'emp. Reet. 400,2, on trouve au niveau de la région mammaire droite de la matité ; à l’'auscultation on note, dans la même région, des bouffées de rêles crépitants et de la bronchophonte. 3

Pneumonieabortive (Landouzvy)

Le 21 cetobre, troisième jour de la maladie, le malade a expectoré quelques cra-

RER RER enr e en emee

(1) Cette observation a été citée par M. Landouzy dans sa leçon sur la « nature de la Pneumonie » dans la Semaine médicale du 9 novembro 1882.

OS re

chats couleur d'abricot; les râles crépitants persistent dans la région mammaire et la respiration y est devenue un peu soufflante. En outre, l'examen de l'urine décele la présence d’une faible quantité d'albumine. Enfin une plaque d’herpès s'est développée au niveau de la lèvre supérieure, du côté gauche. La température rectale est le matin 38°,6

Le soir, elle ne dépassera pas 37,8. La défervescence commence au troisième jour de la maladie.

Le 22, le malade est dans un excellent état. La température rectale ne dépasse pas 37 degrés. Les râles crépitants de la région mammaire sont plus gros. Une seconde plaque d’herpès s'est formée au niveau de la lèvre inférieure du côté droit.

Enfin le 23, cinquième jour de la maladie, l'albuminurie a définitivement disparu. Il n'y a plus d'expectoration. Une troisième plaque de vésicules herpétiques s’est formée au niveau de la commissure labiale droite.

Le traitement a consisté uniquement en ventouses sèches appliquées sur le point douloureux.

Cette observation fort remarquable fut commentée par M. Landouzy dans une leçon clinique du 24 octobre 1882 qu’il consacra à la fièvre pneumonique, et l’avortement de la pneumonie fut invoqué par lui commeun des nombreux arguments montrant qu'il s’agit d’une fièvre et non d’une maladie locale. On y voit l’herpès se développer en trois poussées successives. Il en fut de même d’ailleurs pour une des remarquables observations dues à Marrotte (1), où l’on vit le deuxième jour d'unesynoque pneumonique une poussée d’herpès labial supérieur droit (côté opposé à la pneumonie); puis le quatrième jour une nouvelle éruption d’herpès envahissant la lèvre supérieure tout entière. La maladie se termina le quatrième jour.

Jusqu’à présent, nous ne trouvons pas de signes physiques différentiels bien tranchés propres à la pneumonie abortive; on peut dire, il est vrai, qu’elle présente une symptomatologie locale souvent atténuée, Toutefois, il n’est pas jusqu’au bruit de Skoda qu’on ne puisse y rencontrer, témoin la deuxième observation de M. Bernheim. La femme qui en fait le sujet, âgé? de quarante-trois ans, examinée le troisième jour de la maladie, en pleine défervescence, offrait une sonorité tympanique (skodique) sous la clavicule droite (côté de la pneumonie) jusqu’au mamelon.

Enfin l’albuminurie, ce signe concomitant si fréquent dans la pneumonie fibrineuse, à pu être observée. (Voir observations I et Il.)

(1) Magrorre. — Loc. cît., p.14, obs. IV, J1 s’agit d’une belle observation de pneumonie abortive.

HOBD—

La similitude se poursuit jusque dans les phénomènes critiques qui peuvent se produire, dans la forme abortive de la pneumonie, avec la même intensité et la même durée que dans la forme commune se jugeant du cinquième au neuvième ou au douzième jour. C’est ainsi que dans l'observation IT de M. Bernheim, le jour de la déférvescence critique, la convalescente eut deux légères epistaxis. De plus, pendant les quarantehuit heures qui suivirent, la température demeura au-dessous de 37 degrés :

Ont a { matin... 36,4 pouls... 84 Quatrième jour... ) . +

RS ET PU (uso 4% 36,8 — 2 84 Cinquième jour...... matin... 56,6 — ,4s.. 80

et l’hypothermie persista pendant encore cinq jours. Si l’on tenait compte, dans ce cas, des assertions de Charvot (1), la convalescence aurait duré au moins sept jours, alors que la maladie n’aurait pas dépassé trois jours, disproportion considérable qui me semble être un argument sérieux en faveur de la doctrine de la fièvre pneumonique.

La chute de la température, ainsi qu'on le voit par les tracés que je rapporte dans ce chapitre, se fait brusquement, comme dans le plus grand nombre des observations de pneumonie commune. En douze ou vingt-quatre heures, la température a repris la normale, souvent même elle devient hypothermique.

Parfois cependant la défervescence, au lieu de se faire brusquement, s'opère par lysis, comme on le voit quelquefois dans la pneumonie fibrineuse. L'observation VI de la thèse de G. Bergeron en est un exemple des plus remarquables. (Loc. cit., p. 59.)

Si l’assertion de M. Lépine qui dit: « La défervescence ne s’accom- « pagne pas d’une crise aussi accentuée qu’on la voit dans la pneumonie « commune », est vraie d’une manière générale, elle n’est donc pas absolue. C’est ainsi que pour ne citer que l’état du pouls, on a noté plus d’une fois un abaissement prolongé du pouls dans les jours qui suivirent la défervescence. L'observation IV du mémoire de Marrotte est typique à cet égard: le 18, quatrième jour de la maladie, premier

(1) Crarvor. — Température, pouls, urines dans la crise et dans la convalescence de quelques pyrexies (pneumonie, fièvre typhoïde, rhumatisme articulaire). Thèse, Paris 1872, p. 37. Pour cet.auteur la convalescence n’est terminée que le jour où la température hypothermique a atteint définitivement la normale. Il croit que la période de convalescence doit varier avec l'intensité de l'affection, l'état des forces du malade et la médication employée. L'observation sus-indiquée me paraît en désaccord avec cette opinion.

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