‹ Des quinquinas [electronic resource]Chapitre 3 sur 41 · HISTOIRE BOTANIQUE DES QUINQUINAS · texte numérisé non relu

HISTOIRE BOTANIQUE DES QUINQUINAS

Caractères du genre Cinchona. — Le genre Cinckona fut établi par Linné sur les caractères donnés par La Condamine au quinquina de Loxa , qui prit dès-lors le nom de Cinchona offwinalis. De bonne heure, l'auteur du Systema natum donna à ce genre des limites trop étendues en plaçant à côté de l'espèce caractéristique un type relativement éloigné, le Cinchona caribœa, aujourd'hui Exostemma caribœam. Les botanistes qui vinrent après lui n'imitèrent que trop son exemple, et ce ne furent pas seulement les plantes voisines de la région cinchonifère, celles du Brésil, des Antilles, ou même de l'Amérique septentrionale, qu'ils firent entrer dans ce groupe; l'ancien Monde eut aussi ses quinquinas : trois types bien distincts de l'Inde et de Bourbon prirent ce nom, devenu célèbre.

De Candolle , après quelques autres botanistes , s'efforça de mettre un peu d'ordre dans cette confusion , et de fixer la formule définitive du genre. Dans son Mémoire sur les écorces officinales frises pour des quinquinas* , il donna pour caractères distinctifs de ce groupe ceux que nous admettons encore aujourd'hui, à savoir : Rubiacées à deux loges polyspermes et à graines ailées,

1 In Bibliothèque universelle de Genève, sciences et arts, tom. XLI, pag. U4. Genève, 1829.

ayant: lolesétamines cachées dans le tube de la corolle; 2° les carpelles déhiscents de bas en haut par dédoublement de la cloison; .3° les graines dressées et imbriquées les unes sur les autres ; 4° le limbe du calice denté seulement jusqu'au tiers ou à la moitié de sa longueur, et persistant au sommet de la capsule.

L'auteur du Prodromus n'appliqua pas toujours exactement dans la pratique la règle qu'il avait posée. Il admit dans les vrais Cinchona plusieurs espèces dont la capsule s'ouvre de haut en bas. Ce furent ces formes qu'Endlicher groupa plus régulièrement et dont il fit son sous-genre Cascarilla. Cette section fut bientôt élevée par Klotzsch à la hauteur d'un véritable genre, nommé par lui Ladenbergia1 . M. Weddelll'a adopté, avec quelques restrictions , sous le nom de Cascarilla , que nous emploierons avec la plupart des botanistes français, bien qu'il y ait quelque inconvénient à appliquer ainsi aux faux quinquinas une dénomination réservée par la langue usuelle aux véritables écorces officinales.

Ainsi défini , le genre Cinchona comprend des arbres d'une taille élevée ou de simples arbrisseaux. Leurs feuilles opposées, comme dans toutes les Rubiacées, sont toujours entières, mais très-variables dans leurs dimensions , leur forme et leur pubescence. Elles ont entre elles des stipules bien marquées , généralement libres et se détachant de bonne heure des rameaux. Les fleurs sont disposées en cymes parfois corymbiformes , mais qui prennent le plus souvent l'aspect de particules. Elles

1 Klotzsch, in Hayne's Arzneig. XIV, ad not., ad. t. 15.

sont blanches, roses ou pourprées et d'une odeur agréable. Elles présentent, de l'extérieur à l'intérieur: un calice turbiné, soudé avec l'ovaire, à limbe 5-dentô ; une corolle hypocratériforme, à tube cylindrique ou anguleux, à lobes lancéolés , garnis sur leur bord de poils laineux blanchâtres; cinq élamines incluses ou presque exsertes , à anthères linéaires plus ou moins longues que le filet ; un ovaire infère, à deux loges, contenant de nombreux ovules anatropes , attachés à des placentas linéaires , axiles; un style simple et un stigmate bifide. Le fruit est une capsule ovoïde, oblongue ou linéaire-lancéolée, couronnée par le limbe du calice et s'ouvrant de bas en haut en deux valves, pour laisser échapper des graines nombreuses , bordées d'une aile irrégulièrement denticulée.

Les organes reproducteurs d'une même espèce de Cinchona présentent, dans leur longueur relative, des variations sur lesquelles M. Weddell a attiré l'attention, et qu'il est, en effet, très-important de noter. On pourrait sans cela se laisser aller à une illusion assez naturelle et distinguer comme deux types distincts deux formes d'une seule et même variété. Tantôt les stigmates apparaissent à la gorge de la corolle, et alors les étamines sont très-courtes et cachées profondément dans le tube. Tantôt ce sont, au contraire, les étamines qui montrent au dehors l'extrémité supérieure de leurs anthères, tandis que les stigmates, portés sur un style extrêmement réduit, atteignent à peine la moitié de la hauteur de la corolle. Ces différences ne sont pas, du reste, les seules ; il en est de plus appréciables à l'œil , et que savent aper-

cevoir les cascarilleros ; bien qu'ils ne songent certainement pas à regarder aux détails de la fleur, ils distinguent les arbres d'une même espèce en mâles et femelles. Il semble , en effet, que le développement des étamines coïncide avec une vigueur plus grande de l'individu, avec une coloration plus marquée des feuilles, une épaisseur plus considérable de l'écorce. On sait, du reste, que cette prépondérance d'un verticille sur l'autre n'est point particulière aux Cinchona, Le genre Danaïs a dû son nom à cette espèce d'étouffement de l'un des sexes par l'autre; les Lnculia, les Rogiera, etc., dans lesRubiacées ; les Primevères, les Lins, les Jasmins, offrent tous des particularités analogues.

Les Cinchona forment un genre très-naturel, dont les diverses formes passent souvent de l'une à l'autre par des transitions insensibles. Il en résulte, pour la distinction et le groupement des espèces, des difficultés qu'il n'est guère possible de surmonter par l'examen des échantillons toujours incomplets d'un herbier. Les auteurs qui ont eu le privilège de voir les Cinchona vivants, et qui ont pu les étudier sous tous leurs aspects, sont loin de s'accorder eux-mêmes sur ce piont délicat. Pavon, d'après les étiquettes d'herbier écritesde sa main, et dans sa«.Ntteva Quinologia», multiplie tellement les espèces, que Klotzsch lui-même, qu'on n'accusera certainement pas d'exagérer la synthèse, se croit obligé d'en regarder plusieurs comme de simples variétés. M. Weddell, dans son Histoire naturelle des Quinquinas , les réduit , au contraire, à un très-petit nombre. Devant des autorités aussi compétentes et avec des matériaux incomplets, nous

n'osons prendre un parti définitif ; nous avouons cependant que toutes nos sympathies sont pour la méthode de M. Weddell. Sauf certains cas, où nous pousserions l'analyse plus loin que ce judicieux observateur, nous admettrons volontiers les coupes spécifiques qu'il a établies; mais pour ne rien négliger et ne rien perdre des nombreux renseignements de la Nouvelle Quinologie dePavon, nous passerons en revue tous les éléments qu'elle renferme, en les faisant entrer de la manière qui nous paraîtra la plus logique dans les cadres systématiques de M. Weddell.

Distribution géographique des quinquinas. — Les vrais quinquinas occupent, dans l'Amérique méridionale, une zone bien déterminée, dont nous allons indiquer les limites.

Si l'on jette les yeux sur une carte des régions tropicales de l'Amérique, on s'aperçoit tout d'abord que la Cordillère des Andes y forme deux chaînes qui, au Sud, sont presque parallèles : l'une est la Cordillère maritime ou Cordiliera de la costa; l'autre plus élevée est la Cordillère orientale ou seconde Cordillère. Après s'être rapprochés dans la république de l'Equateur, les deux cordons s'éloignent en divergeant dans la Nouvelle-Grenade et laissent place entre eux à une troisième chaîne, la Cordillère centrale : eux-mêmes prennent les noms de Cordillère orientale et Cordillère occidentale, en rapport avec leurs positions relatives.

C'est sur ces longues chaînes que s'étend la zone des quinquinas, sous la forme d'une vaste courbe à concavité tournée vers le Brésil, et qui semble servir de point de départ aux nombreux affluents du fleuve des Ama-

zones. L'extrémité méridionale de la zone correspond au 19e degré de latitude australe, la pointe septenrionale au 40° degré de latitude nord. La célèbre localité de Loxa occupe à peu près le milieu de la courbe, en même temps que son point le plus rapproché du littoral.

Cette longue bande est quatre fois interrompue à des distances inégales. Le premier tronçon, qui est aussi le plus considérable, occupe le revers oriental delà seconde Cordillère sur une partie de la Bolivie et toute la longueur du Pérou. Elle renferme les localités à quinquinas Calisaya, celles qui fournissent les écorces dites de Cuzco, enfin les forêts de Huanuco , où se récoltent les quinquinas gris de Lima.

La seconde portion s'appuie d'abord sur la chaîne maritime, pour regagner bientôt les flancs orientaux de la seconde Cordillère : elle appartient presque tout entière à la République de l'Equateur, et fournit particulièrement les écorces de Loxa.

Les deux dernières bandes dépassent de très-peu les limites de la Nouvelle-Grenade : l'une d'elles occupe les deux versants de la Cordillère centrale : Popayan etPilayo en sont les localités bien connues. L'autre s'étend au nord de Santa-Fe, le long de la vallée du Cauca, sur la pente 0. de la Cordillère orientale , coupe cette dernière chaîne à la hauteur de Pamplona, sous le 7e degré de latitude, pour se perdre peu à peu dans la direction de Caracas, dans le Venezuela.

La zone des quinquinas n'est. pas moins bien limitée dans le sens vertical qu'en longueur et en largeur. Les espèces de ce genre ne peuvent vivre à toutes les altitudes.

Ni les chaleurs tropicales de la plaine, ni le froid excessif des régions supérieures ne sauraient leur convenir ; c'est à une élévation moyenne générale de 1600 à 2400 mètres qu'elles se plaisent d'ordinaire. Le niveau varie naturellement suivant l'éloignement de l'équateur, et aussi suivant les espèces. - Aux extrémités de la zone, certains quinquinas peuvent descendre à 1200 mètres, tandis que M. de Humboldt en a vu s'élever jusqu'à 2980, et Caldas jusqu'à 3270 mètres. L'aspect des Cinchonas paraît varier suivant les hauteurs. Supérieurement, ils s'étendent au-dessus des forêts jusqu'à la région des Gentianes , et y prennent la forme d'arbustes et d'arbrisseaux ; dans la partie moyenne, ils sont associés à la végétation luxuriante des forêts tropicales , et atteignent la taille des arbres les plus élevés. Ils disparaissent au contact des premières plantes de la région basse.

§ ni.

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