INDES ORIENTALES
A côté de ces centres d'exploitation qui s'épuisent à fournir l'Europe de quinquinas, nous pouvons heureusement signaler un certain nombre des points où, grâce à la prévoyance de gouvernements éclairés, se sont éta-
blies ces espèces précieuses, etoù elles ont toutes chances de se multiplier toujours davantage. La Hollande, d'une part, l'Angleterre, de l'autre, ont la gloire de cette grande entreprise, qui vaut bien la peine que nous lui consacrions quelques pages.
Le gouvernement hollandais a le premier mis la mnin à l'œuvre. En 1852, le ministre des Colonies proposa lui-même la culture des quinquinas dans l'île de Java, et sa proposition fut approuvée. M. Charles Hasskarl, directeur du Jardin de Buitenzorg, à Java, fut chargé de cette mission difficile. Il partit presque aussitôt pour Lima, traversa les deux Cordillères, et arriva dans la province de Jauja ; mais ce fut surtout vers le district de Carabaya qu'il poussa ses investigations. H fit dans cette province une provision déjeunes plants de Calisaya, et après les avoir soigneusement empaquetés, de façon à les garantir à la fois des froids excessifs des hautes régions et de la chaleur tropicale de la plaine, il retourna vers la côte, chargé de ce riche butin. Une frégate l'attendait au port d'Islay, sur laquelle étaient préparées des caisses à la Ward. Grâce a ces précautions, les quinquinas arrivèrent à Batavia en décembre 4854, sans avoir trop souffert de leur trajet. Une forêt de Liquidambar Altingiana avait été détruite pour leur faire place, et c'est sur ce nouveau sol, à cent milles environ de Batavia, qu'ils furent d'abord transplantés. On s'aperçut bientôt que cette position ne leur convenaitguère. Le niveau était trop peu élevé, et par suite les chaleurs trop fortes pour les quinquinas. Un champignon (espèce de R/iizomorp/m) se développaitentrel'écorceet le bois et menaçait de corn-
promettre tous les plants; un ennemi d'un autre genre un insecte du genre Dermestes ou un Dostrischus attaquait profondément le bois, de telle sorte que toute la récolte du docteur Hasskàrl aurait été bientôt perdue si l'on n'avait changé les conditions d'existence des jeunes arbres, en les transportant dans un endroit plus frais et plus élevé.
Deux espèces, de valeur très-inégale, formaient le fond de cette récolte : le C. Calisaya, et une espèce nouvelle décrite par M. Howard sous le nom ôePahudiana, pauvre en principes actifs. C'est cette dernière qui s'est le mieux trouvée des conditions climatériques de Java. En 1859 elle rie comptait pas moins de 98,838 pieds jeunes ou déjà en pleine terre de C. Pahudiana , et seulement 3,201 Calisaya; à ces deux espèces principales, il fallait joindre alors