‹ Des races humainesChapitre 6 sur 7 · QUATRIÈME SOUS-GENRE. RACE ROUGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SOUS-GENRE. RACE ROUGE

Espèce colombique de M . B or y de Saint- Vincent.

Probablement sortie des monts Aleghanys et des Apalaches, cette race peupla, vers le nord, le vaste bassin du fleuve Saint-Laurent , jusque par le 4be degré ou un peu plus. Passant des Florides^ et d’iles en îles ^ dans le midi, elle occupa les rives orientales des régions mexicaines, les Antilles, et ce qu’on nomme la Terre-Ferme avec les Guianes, depuis le le territoire de Gumana jusque sous la ligne , toujours parallèlement aux côtes d’où les repoussent de jour en jour les Européens. Les Canadiens, les nombreuses peuplades qui s’effacent peu à peu dans l’admirable état social de l’Amérique septentrionale, les naturels du Jucatan et du Honduras , les Caraïbes, lesGalibis lui appartiennent. [B ory de St. -Vincent.)

D’où ces peuples sont-ils venus? Quand sont-ils venus dans les lieux où les Européens les rencontrèrent. Voilà des questions qui ont été l’objet de

DES HACES HUMAINES.

discussions interminables et sur la solution desquelles on n’est pas plus avancé aujourd’hui que lors de la découverte du Nouveau-Monde.

Cette race rouge, aujourd’hui très peu nombreuse et qui s’enfonce de plus en plus dans les profondeurs du nouveau continent pour se soustraire aux violences et à l’extermination que depuis quatre cents ans les Européens lui fontsubir, se compose d'hommes de tempérament phlegmatique et bilieux , grands , bien faits , agiles, forts. Leur tête est bien conformée , leur figure est agréablement ovale, mais le front est singulièrement aplati. Cet aplatissement du front a fait croire à des auteurs anciens et modernes, que celte partie était déformée dans le jeune Age au moyen de planchettes étroitement appliquées et fixées par des liens. Le nez est long, prononcé, fortement aquilin, et si l’on en trouve de plats ^ dit le P. Dutertre, c’est qu’on les a également comprimés dès l’enfance. La bouche est moyennement fendue, avec les dents verticales, et les lèvres semblables aux noires. L’œil est grand et brun ; les cheveux noirs , plats, gros, durs, luisants, de moyenne longueur et dépassant peu les épaules vers lesquelles on ne les voit pas boucler. On dit qu’ils ne grisonnent jamais. Les hommes sont presque glabres en s’arrachant soigneusement le peu de poils qui croissent çà et là sur les parties où d’autres peuples en ont beaucoup. Il répandent, quand ils sont échauffés et en sueur, une odeur que l’on prétend avoir quelque analogie avec celle du chien.

DES RACES HUMAINES.* lOl

La peau est de couleur rougeâtre tirant sur celle du cuivre de Rosette. Le sein des femmes est assez bien conformé; la nubilité est très précoce.

On cite dans cette espèce des exemples de longévité (1).

Devant les observations positives des savants voyageurs qui ont depuis peu exploré les pays habités par la race rouge , il est difficile d’ajouter foi à tout ce qui a été dit sur les beaux discours, lasagesse, les traités,, la tolérance, le respect pour la vieillesse, que quelques philosophes, bien intentionnés sans doute, ont gratuitement prêtés à ces peuples. Rien n’est plus faux que tout cela. Ils sont barbares , naturellement vagabonds, chasseurs, grossiers, paresseux , querelleurs, anthropophages, mangeant non seulement leurs ennemis vaincus, mais jusqu’à leur propre père. Ils ont toujours repoussé avec horreur la civilisation qu’on a voulu leur imposer, et, certes, il faut convenir qu’elle s’est présentée à eux entourée de tant de crimes et de tant d’horreurs , qu^ils ont pu avec justice la rejeter et la fuir. Intempérants et altérés de liqueurs fortes , ils n’ont pas assez d’industrie pour s’en composer eux-mêmes, et ils les échangent avec les Européens contre des peaux de castor.

S’il n’est pas entièrement prouvé qu’ilsn’aient aucune religion, il est constant qu’ils croient à de bons et

(i) Voyez Gaymard et Quoy , Freycinet, Bory de Saint- Vincent, et tous les voyageurs.

à de mauvais génies, qu’ils ont des sorciers qui s'emparent souvent de leur esprit au moyen de quelques jongleries.

J oui ce qu’on a dit de leur courage à supporter, en chantant, les plus affreux supplices, prouve, si le fait est vrai , plutôt une brutale insensibilité que de L’ lié— roïsine.

Les Caraïbes et les Canadiens vont presque nus ; ils n’ont d’autres vêtements qu’un petit lambeau de quelque étoffe végétale, ou de peau d'animal, fixé au bas du ventre et cordé autour des reins. Dans les pays même où l’hiver est le plus rigoureux , ils préfèrent échanger leur pelleterie contre de l'eau-de-vie, plutôt que de s’en revêtir. Tout ce qu’on a dit de leurs coiffures brillantes et des beaux manteaux dont on les a affublés, est controuvé. Ces descriptions ne s’appliquent qu’aux Américains exotiques du Pérou et du Mexique. Ils n’emploient d’autre ornement que de se barbouiller de rocou , ce qui les rend encore plus rouges qu’ils ne le sont naturellement.

Ils ne connaissent d’autres armes que l are et la flèche. Ils sont divisés en hordes queconduit un chef; n’ont pas de lois , mais de simples usages ; n’ont établi nulle part de domination fixe, et ont en horreur les travaux de l’agriculture.

Leurs facultés intellectuelles sont extrêmement bornées; partout ils ont été vaincus, trompés et dépossédés, et il est probable qu’avant la fin du siècle ils auront disparu de la terre et qu’il n’en restera plus que le souvenir.

On prétend que chez les Caraïbes, le langage des femmes n’est pas tout-à-fait le même que celui des hommes.

Considérations générales sur les variétés anormales ou especes monstrueuses , monstruosités des divers naturalistes .

Indépendamment des races et variétés que je viens d’examiner, il importe de jeter un coup d’œil sur les anomalies que la nature a produites dans l’homme, que ces anomalies soient le résultat d’affections maladives , ou qu’elles soient le résultat de causes que je ne pourrai apprécier.

Des Albinos .•

On a vu des Albinos dans presque tous les pays. On croit, dit Prichard, qu’ils se trouvent plus fréquemment parmi les races de couleur foncée et dans les climats chauds, cela tient peut-être à ce que c’est là qu’on les a le plus observés. Toujours est-il que si on les trouve plus communément en Afrique et dans les autres contrées méridionales habitées par les Nègres, que si on en a principalement trouvé à l’isthme deDarien , au Brésil , dans l’Océan Indien, à Sumatra, àBali, à Amboine, à Manille, dans la Nouvelle Guinée, dans les îles des Amis et delà Société, on en a observé aussi dans toute l’Europe, en Danemarck, en Angleterre, en Irlande, en France, en Suisse , en

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Italie , clans les îles de l’archipel , en Hongrie , et hors de l’Europe, chez les Arabes, les Malabares, les Cafres.

Caractères physiques. — Peau d’un blanc fade,, sans aucune teinte de rose ou d’aucune autre couleur, ce qui la différencie de ce qu’on appelle une peau blanche; comparable à la couleur du lait, du papier ou du linge; chairs molles et flasques; cheveux fins, soyeux , ordinairement droits, flottants ou crépus comme ceux de Nègres , d’un blancheur remarquable , et distincte de la couleur de neige que donne la vieillesse, ou de la teinte jaune dorée des cheveux blonds, sourcils, barbe et poils du pubis de la même nuance. Peau couverte d’un duvet blanc et mou , iris rose pâle , pupille rouge , constitution grêle , taille médiocre; durée de la vie moindre que celle des autres hommes. Peau quelquefois couverte d’écailles sur toute la surface, et lèvres très vermeilles.

Caractères intellectuels et moraux. — Intelligence bornée , peut être moins développée que celle des Nègres. Inoffensifs et incapables de nuire, ils sont toujours victimes de l’oppression et de la tyrannie. Ees Nègres en font un sujet de railleries et les maltraitent ; ils les vendent comme objets de curiosité. On rapporte que lors de la conquête du Mexique par les Espagnols, on en trouva dans les jardins du palais de Montézuma parmi les oiseaux et autres animaux rares.

La faiblesse de leurs yeux les oblige à se tenir ca-

DES RACES HUMAINES. loi.)

cliés pendant le milieu du jour et ne leur permet de sortir que pendant le crépuscule du matin et du soir; leurs paupières sont agitées d’un clignotement continuel , leur pupille se resserre et se dilate par des oscillations rapides et non interrompues; les bords palpébraux sont souvent couverts de chassie, et les larmes coulent de leurs jeux quand le soleil les frappe directement. Il n’est pas vrai, comme on l’a dit , que les Albinos voient pendant l’obscurité de la nuit; ils ne jouissent de cette faculté que dans les moments qui précèdent le lever du soleil ou qui suivenlson coucher. C’est aussi pendant ces moments qu’ils sortent pour chercher leur nourriture , et que par compensation leur vue est plus fine que celle du reste des hommes. La lumière de la lune leur est aussi très favorable.

Est-il vrai qu’il existe dans l’intérieur de l’Afrique des peuplades et même des petites nations d’Albinos, comme l’ont pensé quelques auteurs et comme l’a écrit Voltaire? Ce fait est fort douteux et l’on s’accorde généralement aujourd’hui à les regardercomme une sorte d’anomalie sporadique.

Il n’est pas prouvé que les Albinos soient aptes à se reproduire en s’accouplant entre eux. Il paraît qu’ordi nairement ils doivent leur origine à l’union de deux individus , dont un Nègre ou Mulâtre , l’autre Blanc ou Albinos. Il est constant aussi qu’en Europe ils doivent leur origine à deux individus de race blanche, et en France ce phénomène n’est pas très rare dans le département de la Creuse , notamment ,

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où il ne se passe pas cl’année peut-être qu’il ne naisse un Albinos! Il est probable que l’accouplement d’un Nègre et d’une Négresse peut produire un Albinos. Le docteur Winterbotton a vu dans le pays de Soosso une jeune fille Albinos de neuf ou dix ans , née de parents noirs. A Wankapong, il a vu un jeune homme d’environ dix-huit ans grand, bien fait, dont le père avait été un Nègre blanc. Sa mère , ses trois frères et deux de ses sœurs étaient noirs , mais l’une de ses sœurs était blanche comme lui.

Quelle est la modification organique qui produit l’albinisme? Blumenbach et Winterbotton rangent celte singularité parmi les cachexies , ce qui n’explique rien. Dùiutres en font une maladie de la peau, une espèce de lèpre, parce que la peau des Albinos est souvent couverte d’écailles qui tombent et se renouvellent, et sur l’analogie qu’on lui a trouvée avec la lèpre blanche dont parle Moïse. Mais on peut répondre aux partisans de cette opinion avec Voltaire que prétendre que les Albinos sont des Nègres noirs, dont une espèce de lèpre a blanchi la peau , c’est comme si l’on disait que les Noirs eux-mêmes sont les blancs que la lèpre a noircis. M. Virey professe que l’albinisme a pour cause prochaine, l’absence originelle , ou le développement d’action de la couche pigmentaire^ Sa cause éloignée est, pour cet auteur, le défaut d’énergie vitale, oul’efïet de l’obscurité prolongée sur l’organisme et celle d’un froid intense contraire.

Pour M. Brescliet, c’est une déviation organique.

tenant à un défaut de développement , consistant dans la non sécrétion du pigmentwn nigrum de la peau , de l’iris et de la choroïde , défaut de sécrétion constituant un état de décoloration transmissible par voie d’hérédité, comme tous les états organiques , et qui ne peut être modifié et détruit que par une succession de croisement de races.

Des Crétins.

Les Crétins s’observent à peu près exclusivement dans les vallées basses , profondes et étroites , dans les gorges circonscrites par de hautes montagnes ; ils sont surtout fort communs dans cette partie des Alpes , qu’on appelle le Valais , la Vallée-d’Aost , la Maurienne. On en rencontre également dans tous les pays formés de hautes montagnes et de vallées profondes tels qu’une partie de la Suisse , de l’Ecosse , de l’Auvergne, des Pyrénées, du Tyrol. On assure en avoir trouvé dans les chaînes de l’Oural, du Thibet et même dans les Andes, enfin on en aurait rencontré aussi dans les hauteurs de Sumatra.

Les Crétins appartiennent ordinairement à la race blanche et particulièrement aux tiges Celte et Germanique. Ce sont des idiots ou des imbécilles , qui portent à la partie antérieure de leur cou un goitre plus ou moins volumineux.

Les Crétins ne peuvent être considérés que comme des individus en proie à une affection pathologique profonde, et ne doivent pas , par conséquent^ nous arrêter plus longtemps.

Nous ne nous arrêterons pas non plus sur la plupart des monstruosités admises par les voyageurs crédules ou de mauvaise foi ; car la plupart sont des êtres imaginaires. Ainsi sont ces hommes à queue de vache, que d’anciens voyageurs ont prétendu se trouver à Formose ; ces Malais chez lesquels, selon StruyS; les femmes ont de la barbe comme leurs maris ; ces Africains mangeurs de sauterelles , mentionnés par Drake , et qui, vers l’âge de quarante ans, sont à leur tour mangés par une multitude d’insectes ou vermisseaux sortis de toutes les parties de leurs corps ; ces pygmées et les Troglodytes de l’antiquité, ces hommes et ces femmes sans tête, qui ont deux gros yeux sur la poitrine , et malgré tout notre respect pour un père de l’église , nous ne pouvons non plus admettre les centaures et les satyres, qui eurent au désert une conversation de très bon sens avec Saint*Antoine l’hermite, etc. , etc. (i).

Considérations générales sur la couleur de la peau, sur les différences des crimes et sur la taille .

On a longtemps controversé la question de savoir si les variétés de couleur dépendent de l’influence des circonstances extérieures. Je ne pense pas que la question ait été résolue d’une manière bien satisfaisante; tout ce que nous savons peut se réduire à ceci : les chaleurs brûlantes du soleil font éprouver à

(i) Voyez Saint Augustin , Saint Jérôme.

la peau des modifications assez notables, mais sans en changer le caractère essentiel. Ainsi des familles nègrès ont été transportées en Europe, des Européens l’ont été au Congo, les effets de ces transmigrations ont pu être observées depuis plusieurs siècles, et jamais on n’a vu les premiers devenir blancs et les derniers prendre la couleur du Nègre.

On peut assureraujourd’hui que lorsque les diverses ' races qui peuplent le globe restent àleur état de pureté, elles conservent toujours leur typé origineL Voyez le peuple Juif qui depuis tant de siècles^esTj comme étranger au milieu des nations, et dont la phy- ! sionomie première ne s’est point altérée. Cette inaltérabilité des traits de la nation juive est frappante, comme la fait observer M. Edwards, dans le tableau de la cène de Léonard de Vinci^ peint il y a 5oo ans , et qui représente trait pour trait les Juifs d’aujourd’hui.

La couleur de la peau réside dans le corps muqueux de Malpighi, qui sécrète un pigmentum dont la couleur varie selon les races.

Nous avons vu combien les dimensions et la forme du crâne varient selon les espèces. Voici un tableau que nous empruntons à M. Garnot où ces différences ont été calculéess ur le Français, sur le Nègre, sur le Papou , sur l’Àlfourous, sur le nouveau Zélandais.

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Tableau comparatif </ca proportions que présentent les diverses parues des crânes de

La taille moyenne cle L'homme est de 5 pieds; elle varie depuis 4 jusqu’à 6 pieds, suivant les races, les climats, le genre de vie et l’état d’aisance ou de misère.

M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, dans son Histoire générale des anomalies^ dit que l’existence des nains ayant seulement un peu plus de 2 pieds et de géants ayant près de 9 pieds est constatée par plusieurs témoignages authentiques.

L’homme se rencontre, à peu d’exceptions près, sur toute la surface de la terre. Il supporte tous les climats et ses habitants s’étendent jusqu’aux derniers confins de la nature animée.

D’après les évaluations les plus récentes et les plus dignes de foi, la terre compterait 771 millions d’habitants. Ces évaluations sont celles de M. Adrien Balbi.

Modification des î'aces placées dans de nouveaux

climats.

Une race étant donnée , la nature d’un climat nouveau, ainsi que tout ce qui s’y rattache est-elle capable de la modifier de manière à la rendre semblable à une autre , ou à la transformer en unerace pourvue en apparence de caractères spéciaux? Je crois qu’il est fort difficile de répondre à cette question, parce qu’il s’agit ici d’une expérience qui exigerait peut-

être une durée fort supérieure à celle des observations que permettent de faire les conditions humaines; car, comme j’ai déjà eu occasion de le dire, un changement insensible à une époque pourrait être fort apparent à une époque beaucoup plus éloignée. Je vais cependant exposer à cet égard quelques faits qui pourront contribuer, sinon à résoudre la question , du moins à faire entrevoir jusqu’à un certain point la vérité.

Dans l’Amérique du sud , et plus particulièrement dans la Colombie , que j’ai assez longtemps habitée, on rencontre tous les degrés de température, ainsi que des différences immenses d’élévation audessus du niveau des mers , et cela à des distances souvent très peu considérables, conditions, comme on le voit, très propres à opérer des changements dans les divers groupes des habitants de ce pays. Or, l’Indien , vivant souvent presque à l’état sauvage, type peut-être d’une race primitive par son défaut de rapports avec les habitants civilisés du pays, offre effectivement des différences selon qu’on l’examine dans tel ou tel lieu , différence qu’on ne peut attribuer qu’à l’action des agents extérieurs. Jamais en effet on ne confondra celui qui habite des lieux plus ou moins froids avec celui qu’on rencontre dans des plaines brûlantes. Le premier, pâle, souvent décoloré comme un cadavre, et pourvu de cheveux extrêmement noirs, contraste de la manière la plus frappante avec le second , qui a le teint basané ou cuivré

DES II ACES HÜMAINRS.

et les cheveux d’un noir légèrement foncé. Que l’on compare en effet les Indiens des environs deTunja, delà Grita, de Pampelona, etc., et même de Bogota, avec ceux de Neiva , de Tocayma , de Villa Bieja , de Cucuta, de Cupitanejo,etc., et l’on verra combien la différence que j’indique est prononcée. Elle l’est même à tel point que pour ceux des régions chaudes , l’épithète d’habitants de ces régions est une injure que leur prodiguent ceux qui habitent des pays froids; ainsi, par exemple, à Bogota, les habitants de cette ville traitent de calentanos les Indiens de la plaine; et ceux-ci, en général, humbles ^ timides, soumis , sont presque à l’égard de ceux-là ce que les Nègres son t aux Blancs.

Mais la différence ne se borne pas à la couleur de la peau ; elle s’étend encore à la forme et au volume de certaines parties. Le front de ceux que la chaleur accable m’a paru plus étroit, un peu moins avancé que le front de ceux qui sont soumis à un froid plus on moins rigoureux ; et cependant, chose bien remarquable, les facultés intellectuelles ne sont pas plus développées chez les uns que chez les autres. De*part et d’autre, même apathie, même langueur, même imprévoyance de l’avenir, même calme dans les sentiments et les affections; c’est que l’action toujours continue^ toujours la même des agents extérieurs, quelle que puisse être leur nature, désole, paralyse la sensibilité. L’éternelle monotonie d’excitation se confond avec l’absence de tout agent excitateur :

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c’est principalement le fouet des saisons qui, chez l’Européen, devient l’aiguillon du sentiment et du génie.

La dissection ne m’a rien fait découvrir de remarquable dans les diverses manières d’être des organes. Je n’ai découvert que des différences générales , telles qu’un plus haut degré de gracilité et de mollesse dans l’habitant des pays chauds ; la mollesse surtout m’a paru prédominer chez l’homme dans les parties génitales, dont les dimensions cependant ne m’ont pas paru être en rapport avec le relâchement.

A l’égard du Nègre, il ne m’a offert aucune espèce de différences, quelle que fût la température du lieu qu’il habitât , ce qui, à mon avis, prouve incontestablement qu’il a une nature plus spécifique, plus éloignée du type humain que ne l’est la race dont il s’agit, ainsi que toutes les autres qui ne sont que des nuances de celle-là.

On voit sans doute combien il est plus avantageux de considérer l’Indien soumis ainsi à différentes influences que d’examiner ce qui se passe dans des peuples ou peuplades originaires d’un climat différent de celui qu’ils habitent. Ces peuples, en effet, toujours plus ou moins en rapport avec les autres, soumis à une multitude d’influences toujours changeantes, ne permettent point de rapporter à sa véritable cause ce qui, dans les changements qui peuvent s’opérer, appartient exclusivement au climat, tandis que l’Indien de l’Amérique méridionale , presque

entièrement séparédu reste des hommes, assez généralement considéré comme sauvage, méprisé, quelquefois liai par le reste de la population, enfin, presque uniquement en rapport avec lui-même , ne peut devoir qu’à l’action d’agents purement physiques les divers changements qui s’opèrent en lui, et ces changements font concevoir la possibilité de ceux que produiraient à la longue dans les différents peuples répandus sur le globe les circonstances physiques dans lesquelles ils seraient placés.

Quelque soit le point du globe que l’on considère, l'homme, soumis à l’influence d’un climat, éprouve des changements qui , en général , sont de deux especes , les uns passagers , les autres permanents.

Les premiers portent sur la couleur de la peau , qui , sielle est blanche, se rembrunit lorsqu’on passe d’un climat froid à un climat chaud, et blanchit au contraire, mais très peu , si étant brune ^ elle subit l’action d’un froid supérieur à celui auquel elle était auparavant soumise. Sans parcourir les différents points de la terre, c’est ce que, parmi nous, offre en petit l’influence de l’hiver et de l’été , mais il faut soigneusement remarquer que ces effets sont produits par l’action directe de la lumière et non par la simple élévation delà température. Ainsi, pendant les pins fortes chaleurs , les habitants des villes ne brunissent pas, ce qui aurait pourtant lieu s’ils étaient à la campagne; à la même époque, la jeune paysanne qui se faisait remarquer par la blancheur de sa peau,

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a bientôt les bras , le cou et le visage semblables à ceux de la brune dont le teint est le plus foncé; la femme, créole qui a la peau aussi blanche que délicate, forme le contraste le plus marqué avec toutes les femmes étrangère^ qui, entraînées par leurs habitudes , s’exposent aux ardeurs du soleil , et ainsi de suite. Ces changements , ai-je dit , sont passagers , c’est-à-dire qu’ils cessent avec les causes qui les ont déterminés. Observons néanmoins qu’il n’en est point toujours ainsi; il arrive, en effet, quelquefois qu’ils se soutiennent indéfiniment, quoique la cause qui les a produits n’ait pas été de très longue durée. Ainsi j’ai vu quelques personnes devenir pour toujours très brunes après avoir passé quelques années aux îles. Une dame, surtout, qui, par hasard, avait de grosses lèvres et le nez épaté, aurait pu être prise pour une mulâtresse ; réciproquement, la plupart des habitants de certains pays plus ou moins froids , et, par exemple, lesAUemands, les Anglais n'éprouvent souvent au bout d’un temps assez long aucune espèce de changement. J’en ai vu aux îles ainsi qu’à la Côte-Ferme qui , après dix ou douze ans de séjour , avaient la peau aussi blanche, aussi colorée que s’ils n’étaient point sortis de leur pays.

Les changements permanents , qui , comme on le conçoit, dépendent delà longue persévérance des causes sont encore relatifs à la couleur de la peau , et de plus, à l’état d’embonpoint , de faiblesse ou de vigueur, aux facultés intellectuelles, aux sentiments et aux affections. Ceux qui ont passé la plus grande

partie de leur vie aux îles, ou qui ont longtemps navigué dans la zone Torride , sont devenus bruns et même noirâtres pour le reste de leurs jours, quelque soit le pays qu’ils habitent ensuite : le derme a été si profondément modifié qu’il ne peut plus revenir à son étal primitif. Il est rare que dans le passage d’un climat à un autre , dont les températures offrent degrandes différences, on n’éprouve degrandschangements, relativement à l’embonpoint et à l'état des forces : quand on passe du chaud au froid , on gagne à cet égard , mais en général peu , et quelquefois même on perd ; ainsi, en Amérique, j’ai vu plusieurs fois des habitants de contrées chaudes, de Carthagène, par exemple , maigrir et tomber dans la langueur après quelque temps de séjour à Tunja, et même à Bogota dont la température n’est pas très basse (1). Mais c’est surtout le passage du froid au chaud qui est remarquable. Presque toujours on perd la plus grande partie dé l’embonpoint et des forces ,

(i) Tous les voyageurs disent qu’à Bogota il règne un printemps éternel. Soit; mais ce printemps doit être ainsi défini : Il est la fin d’un hiver qui n’arrive jamais et le commencemeut d’un printemps qui se fait toujours attendre. Sur le même arbre on voit la feuille près de se détacher , et la fleur qui se flétrit en s’épanouissant. Il ne fait pas décidément assez froid pour se chauffer, et il en fait assez pour grelotter, si l’on ne s’échauffe pas en courant ; enfin dans la rue, la moitié du corps qui esta l’ombre est gelée, et l’autre moitié qui est au soleil est brûlée. (On est brûlé parce que Bogota est à quatre degrés environ de latitude, etonestgelé parce qu’il s’élève à une très grande hauteur au-dessus du niveau des mers).

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ut Ja langueur est en général d’autant plus grande que ce changement s’opère avec plus de rapidité ; mais, chose digne de remarque et bien connue, cette sorte d’émaciation est un bonheur, un préservatif presque assuré contre les maladies régnantes , toujours plus ou moins graves. Ainsi, quelques jours après mon arrivée à Maracaibo , un jeune passager , sur lequel le climat n’avait exercé aucune influence est atteint de la fièvre jaune , qui l’emporte en trois jours ; en même temps mon compagnon de voyage , M. Daste , qui déjà avant d’arriver , avait commencé à payer son tribut , est frappé de la même maladie, et le quatrième jour il peut s’acquitter envers le malheureux jeune homme du dernier devoir de l’amitié. On dirait que, comme une force qui rompt plutôt ce qui résiste que ce qui ploie , la maladie bouleverse une forte organisation , et ébranle à peine celle qui ne lui offre que de la faiblesse.

Dès que la constitution s’est mise en harmonie avec l’action des agents extérieurs, et que cette harmonie a été longtemps soutenue , il est rare qu’elle revienne à son type primitif ; une seconde nature a été créée, et, soutenue par l’âge, qui alors est toujours plus ou moins avancé , elle ne saurait être réformée par les modificateurs nouveaux à l’action desquels elle est soumise. Je crois avoir observé que cette faiblesse acquise dans les pays chauds , devient dans ceux qu’on habite ensuite une cause de longévité. Le vieux créole est une épithète qu’on a occasion de répéter là où les habitants sont dans l’habitude ou U

nécessité cl’aller aux îles, el d’y passer la plus grande partie de leur vie. Ce n’est que sur la race européenne quej’aifaitces observations; j’ignoresi elles sont applicables aux autres races. Je crois qu’elles ne le sont nullement aux Nègres, qui tous viennent d’un climat très chaud : quelques degrés de plus ou de moins sous la zone Torride, ne sont pas sans doute capables de modifier profondément leur constitution primitive. Je pense néanmoins , que le Nègre perd beaucoup dans les pays où il a été comme transplanté ; mais, au lieu de dépendre du climat, cela reconnaît sans doute pour cause la série non interrompue des fatigues , des peines, des tourments de toute espèce que lui font éprouver, ceux qui en se l’appropriant, se sont dépouillés du titre d’homme.

Les facultés intellectuelles sont puissamment modifiées par les climats nouveaux que l’on habile , et celle qui cesse la première de s’exercer comme auparavant, c’est l’attention. Rien en effet, n’est plus remarquable, et, soit la nouveauté des objets dont on est entouré , soit le retour involontaire vers ceux dont on est éloigné , soit enfin l’action réelle de mille modificateurs inconnus , l'attention cesse d’être forte, soutenue: au moment même où une chose l’attire, un autre vient la détourner : fixée sur une troisième , elle s’attache à une quatrième et ainsi de suite , de sorte qu’une série d’attentions successivement interrompues, n’est véritablement qu’une longue distraction (i). Voilà ce qui a lieu en général ,

(1) C’est au moment où l’on arrive dans un pays que l’on

el en général aussi , la faculté redevient peu à peu , ce qu’elle était auparavant ; mais il est des climats, dans lesquels elle finit par cesser presque entièrement de s'exercer^ et ces climats sont ceux où la température , quelqu’en soit le degré , est constamment la même. Ainsi, à Neiva où l’atmosphère est comme eml)i ’âsée, à Tunja où le froid est très vif, àCaquesaoù la chaleur est modérée , l’exercice de laprernière, de la plus imporlantede toutesles facultés intellectuelles y est comme suspendue. Les habitants deces trois lieux, et l’on peut leur associer presque tous ceux de la Colombie ; sont si peu capables de prêter leur attention, que quand ils sont forcés de le faire quelques instants, ils sont pris tout-à-coup de bâillements comme convulsifs ; de sorte que pour eux , être attentifs , c’est bâiller, c'est lutter contre l’oppression pulmonaire, que l’exercice de la faculté détermine; mais je reviendrai plus particulièrement sur ce point.

Il est clair que le défaut d’attention exclut le jugement, qui, comme on le sait , entre comme élément essentiel dans l’exercice de toutes les opérations intellectuelles , de sorte que ces dernières opérations répètent exactement l’état de celte première faculté.

Dans les mêmes conditions physiques, les sentiments et les affections , sont en tout semblables à l’acte d’être attentif , de sorte que , dans ces conditions, le système intellectuel et moral , est presque entièrement nul. 4

commet le plus de fautes, qu’on se crée le plus de regrets, et c’est ce que savent mieux que personne ceux qui mettent toute I<*ur attention à profiter du défaut dr* autres.

Ces diverses considérations nous donnent le moyen d’apprécier la profonde influence que certains climats exercentsurles peuples qui l’habitent depuis un temps plus ou moins long, et nous portent à penser ; que ces peuples peuvent, à une certaine époque, cesseyj d’offrir les caractères de la race à laqueHeTTs appartenaient originairement; car, de quelles transformations ne peuvent-ils pas être susceptibles , quand nous voyons leur peau changer de couleur , leurs principaux organes éprouver les plus grandes modifications et leurs facultés intellectuelles et affectives tomberdans une langueur voisine de l’anéantisse» ment? Si, comme on le dit, le développement du cerveau est en raison de celui de ces facultés , ne peut-il pas avec le temps éprouver une diminution , se revêtir de formes en rapport avec l’imperfection de leur exercice? Certes, il ne répugne nullement de l’admettre , et il ne nous manque peut-être pour le démontrer , que de pouvoir disposer d’un certain nombre de siècles, afin de donner aux expériences une durée suffisante. L’immense nature marche dans ses grandes opérations avec une immense lenteur.

Influence de l’état sauvage, de l’état social, du gouvernement , delarellgion et de l’éducation .

État Sauvage .

La nature a placé l’homme dans l’état sauvage , car elle ne pouvait guère commencer par le mettre

DES 11ACES HUMAINES.

en société; mais elle lui a donné des facultés en vertu desquelles il a éprouvé le désir , le besoin de se réunir à ses semblables, et ce qui prouve qu’il est né pour la société , c’est que seul , sans le secours de quelque intelligence supérieure , il l’a partout établie.

Dans l’état sauvage , isolé , en face de lui-même , ou plutôt entouré de mille ennemis , prêts à l’anéantir , l’homme est réduit au minimum de sa puissance et de son bonheur ; sa vie intellectuelle ne consiste qu’en quelques actes purement relatifs à des besoins qu’il partage avec l’animal; comme lui, toujours enchaîné dans le présent, toujours réduit à un seul instant d’existence , il ne se promène ni dans le passé, ni dans l’avenir, pour entourer le bien-être futur, du bonheur actuel , ou du bonheur goûté; enfin^ soustraite aux causes les plus puissantes d’excitation, sa vie stagne au lieu découler.

Malgré les assertions de quelques philosophes malades ou passionnés, cette première condition de l’homme est un état de misère et de dégradation, auquel ses hauteslacultés prouvent qu’il n’a point été destiné; mais il devient aux yeuxdu véritable philosophe un premier point de départ extrêmement précieux pour l’étude si difficile de son intelligence et de sa moralité, car c’est dans cet état primitif qu’il se montre ce qu’il est , en contrastant avec toutes les transformations que lui font éprouver les conditions sociales. Il y a peut-être plus de différence entre le véritable sauvage et l’homme civilisé qu’il

n’y en a entre les connaissances les plus simples des choses, et les sciences parvenues à leur plus haut degré de perfection ; et c’est au sein de cette société , placée à une excessive distance de l’état de nature qu’on cherche à découvrir i’essence intellectuelle et morale de l’homme 1 Reportons-nous un instant à cet état , et voyons rapidement en quoi il consiste.

Pour réduire la question au plus haut degré de simplicité, considérons un homme qui vivrait absolument seul, c’est-à-dire, au milieu de végétaux et de minéraux; c’est l’unique moyen de bien apprécier ce qu’il y a dans l’ame d’élémentaire et de composé.

Cet homme , averti par ses sensations de la présence des corps extérieurs, examinera ces corps, et comme ils diffèrent tous les uns des autres, et qu’ils lui offrent d’ailleurs divers degrés d’utilité, il est certain que quelques-uns lui plairont plus que d’autres; il leur donnera la préférence. Après les avoir préférés, il est évident qu’il aura le désir ou de les conserver ou de les employer à quelques usages; enfin , il lui arrivera de se souvenir d’avoir senti , préféré ou désiré. La sensation, \a.préfére?ice, le désir et le souvenir sont donc les éléments primitifs , nécessaires de l’entendement. Détruisez un de ces éléments, et l’être manque de l’un des moyens de connaître la nature ou de veiller aux soins de sa conservation. Je nomme ces éléments propriétés , parce que, passifs ^ nécessaires, ils sont à l’amc ce que sont à un corps la dureté, la mollesse, l’élasticité, etc., mais ces propriétés peuvent revêtir un caractère ac-

tif. Bientôt en effet, l'homme dont il s’agit sent' avec attention ou attentionné ; il préfère avec discernement ou choisit ; il désire avec la certitude de pouvoir satisfaire le désir ou veut , et se souvient avec travail, 'javec effort ou se rappelle. Je donne à ces propriétés, devenues actives, le nom de facultés. Enfin, en reprenant l’attention, elle peut être donnée à deux impressions à la fois, et il en résulte la comparaison qui conduit à la perception du rapport ou au jugement. Celte dernière opération est suivie de plusieurs autres, mais elle entre comme élément dans leur composition, et, par conséquent, elles ne doivent point être considérées comme des choses simples, primitives.

Voici un tableau dans lequel se montrent, d’un* côté , ces propriétés , et , de l’autre , ces facultés ; et l’on y voit encore jusqu’à un certain point leur, mode d’enchaînement et de génération , car il semble que les premières produisent les secondes , en se développant, en s’animant pour ainsi dire.

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