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NOMS DES LOCALITÉS

Asie méridionale

Pour l'intelligence de ce tableau, nous le ferons suivre des observations dont l'auteur l'accompagne.

« Afin de faire mieux ressortir le rapport entre la température, l'âge de la puberté et la latitude, nous avons rangé toutes les localités par l'ordre de leur température annuelle, en commençant par la température la plus élevée. Ensuite, nous avons fait précéder chacune des trois principales colonnes, par des numéros d'ordre, en rapport avec l'élévation du chiffre représentant chacun de ces trois éléments. De cette manière, en comparant ces numéros entre eux, on peut tout de suite voir quelles sont les localités où la proportion entre la température, l'âge de la puberté et la latitude est observée, et quelles sont celles où elle est rompue par quelques influences locales. »

Il est établi sur des données rigoureuses, que le temps pendant lequel la femme est réglée, est à peu près le même pour toutes, toutes réserves faites d'états pathologiques, en ce sens que celles où la fonction menstruelle s'établit le plus tôt, sont aussi celles qui voient arriver le plus promptement l'époque de la ménopause, et vice versâ.

L'influence qu'exerce l'âge sur la fécondité, a

été l'objet des recherches de plusieurs statisticiens, entre autres de MM. Quételet, Sadler et Finlayson. Elles ont conduit aux conséquences suivantes : 1° les mariages trop précoces sont souvent frappés de stérilité ; ou s'il en naît des enfants, ils ont moins de chances de vie ; 2<* un mariage, s'il est fécond, à quelque âge qu'il ait lieu, produira un nombre égal de naissances, pourvu que cet âge demeure dans les limites extrêmes, d'environ trente-trois ans pour l'homme et de vingt-six pour la femme. Après ces âges, le nombre probable des enfants diminue. C'est donc avant trente-trois ans pour l'homme, et avant vingt-six ans, pour la femme, que s'observe la plus grande fécondité ; 3° s'il s'agit à présent des âges respectifs des époux, on trouvera, dans un Mémoire publié sur ce sujet par M. Duchatelier (1), que les mariages les plus productifs sont ceux où le mari a au moins l'âge de la femme, ou un âge plus avancé, sans toutefois l'excéder notablement.

Pour préciser, notons exactement les résul-

(1 ) Duchatelier, Annales d'hygiène publique et de médecine légale. Paris, 1845, l. XXXIV, p. 336.

tats auxquels est arrivé cet observateur, en étudiant plus particulièrement les mariages les plus féconds. Quant à Vàge des conjoints, il a constaté, en formant une catégorie spéciale des mariages qui avaient donné dix enfants au moins, que, sur 51 qui se trouvaient dans ce cas, la différence moyenne d âge entre les époux n'était que de deux ans et un tiers, et que, sur ces 51 unions très-fécondes, il y en avait 12 dont les femmes avaient, terme moyen, trois ans de plus que leurs maris ; 12 autres où il y avait, à deux ans près, parité d'âge entre le mari et sa femme, et enfin 27 où l'homme comptait en moyenne de cinq à neuf ans de plus que la femme.

En Angleterre, le rapport entre l'âge des époux et la fécondité des mariages est le suivant, au témoignage de Sadicr :

1° Lorsque le mari est plus jeune que la femme, 4,87 ;

2° Quand les deux époux sont du même âge 6,17 ;

3° Quand le mari avait de un à seize ans de plus que la femme, 5,57 ;

4° Enfin, lorsqu'il était le plus âgé, de seize ans, 4,55.

D'où il faudrait évidemment conclure que, dans les conditions ordinaires, le mariage a d'autant plus de chances de fécondité que l'âge des conjoints est plus rapproché, sans toutefois s'éloigner par trop de la période de la vie favorable à la procréation. Ces résultats de la statistique ne sont pas applicables à tous les climats , ni à toutes les races. Ils reçoivent même des démentis, par suite de l'action des modificateurs de toutes sortes sur les organismes.

c( La fécondité de la femme dure, en général, environ vingt-cinq ans: son abolition coïncide habituellement avec l'âge de quarante-cinq à cinquante ans. Les exceptions à cette règle sont rares. Dans le Wurtemberg, on a compté une femme de quarante-cinq ans sur soixante-six accouchées, et seulement une de cinquante ans

sur 5,500 (4). »

D'après des calculs établis sur les tables de population de la Suède, pendant 16 années, et embrassant plus de 1,500,000 naissances, on

(1) Riecke, loco citato, p. 12.

voit que la plus grande fécondité des femmes se rencontre à l'âge de trente à trente-cinq ans. Voici ce tableau :

Age des femmes. Proportions de celles qui ont accouché.

De lo à 20 ans 1 sur 40,8

20 à 2o i sur 7,8

25 à 30 1 sur 4,6

30 à 35 1 sur 4,3

35 à 40 l sur 5,4

40 à 45 1 sur 10,6

45 à 50 1 sur 46,5

Au-dessus de 50 1 sur i776,0 (1).

Comme la femme demeure féconde environ vingt-cinq an. , et qu'une grossesse, quand elle est suivie de l'allaitement par la mère, dure 48 mois en moyenne, il s'ensuit qu'elle peut donner le jour à 16 enfants. Cependant, il ne manque pas d'exemples de femmes qui, par suite du prolongement de la période de fécondité, ou par l'effet de grossesses multiples, ont mis au monde 24 enfants et plus, dans le cours d'un môme mariage.

Certaines unions sont antipathiques et condamnées, par cela seul qu'elles violent les lois

(I) Burdach, loeo citato, t. V, p. 114.

120 (iÉNÉRALlTÉS SUR LA FAMILLE HUMAINE

de la nature, qui a eu vue dans le mariage la multiplication et la perpétuité de l'espèce. Nous voulons parler des alliances entre les membres d'une même famille. La législation civile aussi bien que les lois religieuses, ont fixé les degrés de consanguinité, en deçà desquels elles refusent leur sanction au mariage. Celte prohibition est motivée par des considérations du plus haut intérêt pour les générations.

Nous nous occuperons de ce sujet dans un chapitre spécial, avec tous les développements qu'il comporte.

Mais il est temps que nous envisagions les alliances sous un autre point de vue : celui de l'art ou de Vesthétique, qui se résume dans l'amour.

On dit vulgairement que l'homme ne vit pas rien que de pain; ce qui signifie qu'il n'a pas seulement des besoins physiques, mais encore des besoins intellectuels et moraux, lesquels demandent aussi, et non moins impérieusement, à être satisfaits.

Cette satisfaction, l'homme a le droit et le devoir de la rechercher, sous peine de des-

cendre à la condition de brute et de faillir à sa destinée providentielle.

Le sentiment de l'art le pousse incessamment vers la recherche du beau et du bon. Dans tout ce qu'il façonne, c'est la perfection qu'il se propose, et tous ses efforts tendent à se personnifier dans son œuvre, en ne laissant à la matière que le moins de part possible dans la valeur de ses produits.

11 en est de même en amour. Le plaisir charnel, grossier, dégagé de toute participation du cœur, devient bientôt, pour lui, une source de dégoûts et un objet de répulsion. Il n'est réellement heureux que dans la possession spirituelle de l'être aimé, et ce bonheur-là, à nul autre comparable, est le seul que le temps ne parvienne point à émousser en lui.

Le mariage a conséquemment une double fin, qui s'applique à la double nature de l'homme. La procréai ion pour l'animalité et l'amour pour la perfectibilité.

« L'amour donc, aussitôt qu'il s'est déterminé et fixé par le mariage, tend à s'affranchir de la tyrannie des organes : c'est cette tendance im-

périeuse, dont l'homme est averti dès le premier jour, par la tiédeur de ses sens, et sur laquelle tant de gens se font si misérablement illusion, qu'a voulu exprimer le proverbe : Le mariage est le tombeau, c'est-à-dire l'émancipation de l'amour.

» Le peuple, dont le langage est toujours concret, a entendu ici, par amour, la violence du prurit, le feu du sang : c'est cet amour, entièrement physique, qui, suivant le proverbe, s'éteint dans le mariage. Le peuple, dans sa chasteté native et sa délicatesse infinie, n'a pas voulu révéler le secret de la couche nuptiale ; il a laissé à la sagesse de chacun, le soin de pénétrer le mystère et de faire son profit de l'avertissement.

» Il savait, pourtant, que le véritable amour commence à cette mort; que c'est un effet nécessaire du mariage, que la galanterie se change en culte; que tout mari, quelque mine qu'il fasse, est, au fond de l'âme, idolâtre ; que s'il y a conspiration ostensible entre les hommes, pour secouer le joug du sexe, il y a convention tacite pour l'adorer ; que la faiblesse seule de la femme oblige, de temps à autre, l'homme à

ressaisir l'empire; que, sauf ces rares exceptions, la femme est souveraine; et que là est le principe de la tendresse et de l'harmonie conjugales (1). »

L'auteur qui dépeint avec tant d'âme et de vérité l'amour conjugal, est P.-J. Proudhon.

L'amour dans le mariage (2) n'est pas seulement une condition de bonheur domestique, que chacun devrait rechercher, de préférence à tous les autres éléments qui entrent, d'ordinaire, dans les combinaisons matrimoniales, c'est encore une des causes qui intluent le plus puissamment sur les qualités de la progéniture. Les enfants de l'amour se distinguent

(1) P.-J. Proudhon, Système des contradictions économiques, ou philosopkie de la mixère, t. II, p. 483 et suiv.

(2) Sous ce litre : U Amour dans le mariar/e, M. Giiizot a publié en 1855, dans ce style inimitable qu'on lui connaît, la plus charmante étude qu'il soit possible d'imaginer, sur les joies si pures d'un ménage sans cesse illuminé par la tendresse réciproque des époux. C'est un épisode de l'iiisloire d'Angleterre, se rattachant à la vie d'un grand seigneur, William Russell, qui épousa, en 1670, une jeune veuve, lady Vaughan, dont il était éperdument amoureux. Engagé dans une conspiration contre Charles II, lord liussell fut condamné à mort le 13 juillet 1683, et exécuté sept jours après. Rien n'est plus touchant que les marques d'amour que donna lady Russell à son mari pendant leurs jours de prospérité, et le dévouement dont elle l'entoura dans le malheur. Pendant treize ans sa# passion ne se refroidit pas un seul instant.

habituellement par une intelligence précoce, qui se révèle dans le cours des études par de remarquables succès. Ce sont les élèves d'élite, qui font la gloire de leurs maîtres, et qui, plus lard, brillent dans les carrières qu'ils embrassent. Leur caractère est enjoué, leur esprit fin et pénétrant, et sur leur physionomie se reflètent, comme en une glace, les impressions qui les agitent. Ils sont francs, souvent espiègles et toujours ardents aux jeux de leur âge. D'une grande mobilité nerveuse, ce sont ces enfants qui paient un si large tribut aux affections convulsives, et dont la dentition est traversée par les accidents les plus redoutables du côté du cerveau. Qu'on porte un instant son attention sur ce fait, et il sera facile d'en vérifier l'exactitude. Il suffit, pour cela, de comparer les premiers-nés d'une famille, avec les autres rejetons, procréés tardivement, et alors que les parents, mariés depuis un grand nombre d'années, ne recherchent plus, dans les rapprochements sexuels, qu'à répondre, par habitude, aux sollicitations grossières des sens, sans y être entraînés par les élans passionnés du cœur.

Il nous faut relater ici une observation grave et judicieuse qui est due à un écrivain des plus spirituels et des plus ingénieux de notre époque :

« On a remarqué, dit M. Toussenel, que les mariages d'inclination, c'est-à-dire les mariages les plus heureux et les plus naturels, dormaient plus de filles que de garçons, et qu'il naissait plus de mâles des tinions tourmentées, forcées, illégitimes. De là, suivant de profonds physiologistes, la supériorité de bon sens et de lucidité dévolue à la femme. On sait que les enfants se ressentent généralement de l'influence passionnelle qui a présidé à leur conception. La plupart des idiots sont des enfants procréés dans l'ivresse bachique (i). »

C'est d'autre part un fait acquis, que l'excédant des naissances de garçons, sur celles des filles, est plus considérable pour les enfants légitimes, que pour les enfants nés hors du mariage (2).

(1) A. Toussenel, Lemonde des oiseaux. Ornitlioloyie passionnelle, t. I, p. 106. Paris, 1853.

(2) La contradiclion qui semble ressortir de ces deux ordres de faits n'est qu'apparente; car pour M. Toussenel une union sst illégitime quand elle est tourmentée, forcée, lors môme qu'elle serait

Il résulte, en effet, des renseignements fournis par M. Hoffmann, directeur des bureaux de la statistique de Berlin, et publiés par M. Babbage (1), qu'il est né en Prusse, pendant les années 1816 à 1823, sur 10,000 filles :

( 10,609 garçons provenant d'union légitime; En moyenne: J gjseyiemcnH0,278 provenant d'union illégitime.

Pour certaines contrées, cette différence est plus sensible encore.

M. le capitaine Bickes est arrivé au même résultat, dans un travail (2) qui embrasse les principaux États d'Europe. Cet auteur regarde la légitimité et l'illégitimité comme les causes déterminantes de la naissance, qui donnent ici beaucoup de filles, et là beaucoup de garçons. Selon lui, les localités où les jeunes gens sont de bonnes mœurs et où les époux demeurent fidèles, se distingueraient par un nombre proportionnellement plus grand de garçons, que dans les lieux où règne une morale relâchée.

■ consacrée par la religion et par la loi, tandis que pour les statisticiens, une naissance est considérée comme illégitime quand elle a lieu en dehors de l'état de mariage.

(1) Journal des sciences d'Édimbourg. (Cahier de juillet 1829.)

(2) Gazette allemande des sciences médicales, n" du 7 février 1831.

En résumé, il est constant qu'il naît plus de garçons que de filles, et que le rapport des sexes dans les naissances, variable selon les différents pays, n'a point changé, pour chacun d'eux, depuis que des observations régulières ont été instituées.

Mais ce rapport diffère également entre les naissances légitimes et les naissances illégitimes, en ce que l'excédant des garçons est plus considérable pour les premières que pour les secondes.

On ne pourrait expliquer ce phénomène, sans entrer dans les régions hasardeuses de l'hypothèse, et nous préférons nous en tenir à la constatation du fait, laissant à l'avenir le soin d'en donner la signification.

11 nous reste à parler de la part que l'âme prend à la génération, pour faire bien saisir l'influence que peuvent exercer sur la progéniture, les dispositions morales des parents, au moment de l'accomplissement de l'acte génésiaque.

C'est un fait d'observation vulgaire, que la fonction génératrice est vivifiée par la propen-

128 GÉNÉRA LlTltS SUR LA FAMILLE HUMAINE

sioli à la gaieté, par le contentement de soi, par toutes les passions expansives enfin ; au lieu que les passions dépressives, comme le chagrin, la crainte, les soucis, la paralysent. Les travaux d'esprit et les émotions trop violentes en détournent. Le pouvoir de l'imagination est tout aussi bien démontré, en ce qui touche les plaisirs de l'amour. Sous le seul empire des idées voluptueuses, l'érection se produit, la sécrétion du sperme augmente, l'activité plastique des ovaires s'exalte et amène les ovules à maturité. Enfin, la fécondation elle-même, selon le témoignage des auteurs, semble être, jusqu'à un certain degré, sous la dépendance de l'état moral qui préside aux rapprochements des époux.

Dans un livre assez curieux, qui vient d'être publié tout récemmeni, {Phréniogénie , etc., par M. Bernard Moulin, 1868), l'auteur cherche à établir ces mêmes données, et fournit de nombreux exemples, pris dans l'histoire, pour montrer l'influence qu'ont exercée les dispositions physiques et morales des pères, au moment de la fécondation, sur le caractère et la destinée de leurs rejetons. On ne peut s'empêcher de recon-

naître dans quelques-uns de ces faits de bien étranges rapprochements.

Veut-on maintenant des preuves de ce rapport intime qui relie pliysiologiqucment la génération et les fonctions qui s'y rapportent, aux mouvements de l'âme, à la simple imagination? En voici quelques-unes :

On trouve dans Treviranus (1), l'histoire d'une femme , dont les seins se remplissaient de lait chaque fois qu'elle entendait les vagissements d'un nouveau-né ; et celle d'une autre femme qui ressentit les douleurs de l'enfantement, parce qu'elle se croyait enceinte et parvenue, d'après ses calculs, au terme de sa grossesse. Pichon (2) cite un cas non moins curieux dans le même genre : une femme de quarantehuit ans, qui depuis quatre ans n'était plus réglée, et dont la sensibilité était fort exaltée, fut prise, en assistant à l'accouchement, long et pénible, d'une de ses sœurs, de douleurs absolument semblables à celles de la parturition; quelques heures après survint une hémorragie

(1) Treviranus, Biologie, t. VI, p, 29.

(2) Pichon, Archives générales de médecine, t. XVII, p. lig.

par les parties génitales , qui dura plusieurs jours, et trois jours après la cessation de cet écoulement, les seins non-seulement se tuméfièrent, mais encore fournirent une sécrétion de lait.

Nous avons actuellement à examiner la question de savoir si, à toutes les époques de la vie matrimoniale, les rapports conjugaux peuvent avoir lieu sans inconvénient, ou si, au contraire, la continence ne devient pas, quelquefois, sinon obligatoire, du m.oins excessivement désirable, soit comme mesure hygiénique, soit comme sacrifice à la morale. Voyons, en effet :

Toute fonction a sa raison d'activité. La nature n'a rien créé sans but. Un organe sans emploi, une action physiologique sans utilité, sont des choses qui répugnent à l'esprit. Or, les relations sexuelles ont pour fin la génération. Mais la femme n'est pas en état d'engendrer à toutes les périodes de son existence. Avant l'établissement des règles et après leur disparition, elle est ordinairement inféconde ; pendant la gestation, elle ne peut concevoir de nouveau, à moins de rares anomalies ; durant l'allaitement elle est

généralement stérile. Livrés à la seule inspiration de leur instinct, les sexes se fuient chez les animaux/lorsque la copulation serait sans fruit. Mais l'homme, à quelles lois doit-il obéir dans ses relations avec sa femme, alors qu'il n'a d'autre guide que sa conscience, pour combattre les incitations aveugles de ses sens?

En premier lieu, les institutions sociales protègent la virginité de la jeune fille, avant qu'elle ne soit nubile. Dans l'état conjugal, il serait peut-être convenable que la femme n'eût pas à subir les approches de son mari, pendant la grossesse et la lactation. Dans ces conditions, où toute commotion nerveuse d'une certaine intensité a ses périls, l'abstinence serait sans nul doute d'une sage pratique. Mais, en définitive, il serait difficile de concilier ces exigences avec la pureté des mœurs et la monogamie. 11 n'est donc besoin, en pareilles circonstances, que de prudence et de ménagement; et les époux devraient savoir d'eux-mêmes en apprécier les avantages.

Cependant, il arrive un moment, où les droits et les devoirs des parents sont plus

exactement définis; c'est l'époque de l'adolescence des enfants. Alors naissent, à l'égard de ceux-ci, des obligations que les parents ne peuvent méconnaître, sans injustice et sans immoralité.

« Sans injustice, parce que dès l'instant où l'enfant est apte au travail, lui doimer des fi'ères, à l'entretien desquels il est forcé de concourir, c'est lui susciter une charge à laquelle il n'a point volontairement consenti. C'est un abus d'autorité.

» Sans immoralité, car il n'y a plus d'amour, là où n'est plus la jeunesse, la beauté et la grâce. Il n'y a plus de chasteté, là où il n'y a plus de poésie. Et la volupté sans amour et sans chasteté, c'est l'impudeur et la turpitude. C'est pourquoi l'amour des vieillards est ridicule et dégoûtant.

» Qu'Homère nous montre Pâris et Hélène, dormant ensemble sur leur lit suspendu, ils sont beaux malgré leur adultère ; coupables d'injustice, la jeunesse, la grâce, l'esprit, semblent les couvrir encore d'un voile d'honnêteté. Mais Saturne et Rhée, Deucalion et Pyrrha, David et

Abisag me révoltent : le titre d'époux n'y fait

rien, ils sont obscènes (1). »

Le mariage exerce sur les individus une influence bienfaisante, qui se traduit par l'amélioration des mœurs privées, et comme conséquence naturelle, par une augmentation sensible dans la longévité.

A rencontre du célibataire, dont le caractère dominant est l'égoïsme, l'étroitesse des vues, la bizarrerie et l'entêtement, l'homme marié se rattache plus étroitement aux grands intérêts de la société, possède le sentiment du droit et de la justice, se soumet spontanément au joug de la loi, prend sa part du bonheur de tous, et empêche son esprit de s'égarer à la contemplation d'un horizon sans bornes et de se consumer en rêveries stériles.

D'un autre coté, remarque Burdach (1), l'union conjugale fait naître le goût des enfants, car elle est, elle-même, comme une répétition de la vie enfantine ; la femme soigne son mari, comme le ferait une mère, et le mari la dirige,

(1) P.-J. P Toudhon, loco citato.

(•2) Burdach, loco citato, t. V, p. 117.

MAYfiR. KAPP. CONJ. o

la protège, la nourrit, comme s'il était son père. En se donnant mutuellement les noms de père et de mère, les vieux époux expriment la cordialité de leur union. C'est ainsi que le mariage attache à la vie par l'amour ; aussi, la plupart de ceux qui tranchent leurs jours par dégoût de la vie, sont des célibataires (1). »

Le mariage met en jeu toutes les forces et oblige à l'activité ; en faisant varier sans cesse les conditions de la vie, il ne laisse pas un moment d'inaction à l'esprit. L'uniformité de la vie des célibataires fait, qu'en général, ils n'atteignent point un âge si avancé que les personnes mariées (2).

Les avantages de la vie conjugale au point de vue de la longévité sont démontrés par Casper dans le tableau suivant :

(1) Voltaire, si nous ne nous trompons, a le premier émis cette opinion

(2) Hufeland, la Macrobiotique, ou l'Art de prolonger la vie de l'humme, p. i23. Paris, 1838. — Deparcieux, Essai sur les probabilités de la vie humaine. Paris, 1766.

Sur 100 indi^^iclus il meurt :

CÉLIBATAIRrS. MARIÉS.

Hoiiiiiu's. Femmes. Hommes. Femmes..

De 20 à 30 ans .43,1 26,5 15,6 4,7

De 30 à. 45 an.s 27,1 2i,5 7,0 16,5

De 45 à 60 ans 15,6 19,2 29^2 22i6

De 60 à 70 ans 8,1 13,0 22,0 22,3

De 70 à 80 ans 4,3 11,6 19,4 22^9

De 80 à 90 ans 1,4 4,1 7,0 9^6

De 90 à 100 ans „ 0,7 0^7 12

Est-il besoin de faire remarquer l'énorme différence que présente ce tableau, en faveur des individus mariés, de 20 à 45 ans, et d'expliquer pourquoi ils perdent cet avantage de 45 à 100 ans?

Il est tout simple que la grande mortalité qui atteint les célibataires, dans la jeunesse et l'âge mûr, éclaircisse leurs rangs, de telle sorte, qu'ils meurent moins nombreux dans la vieillesse; mais le bénéfice est tout entier pour ceux qui se sont engagés dans les liens du mariage, puisqu'ils atteignent les extrêmes limites de la vie.

Enfin, le mariage est un remède contre la débauche, en ce sens qu'il modère la violence des penchants sexuels, par la facilité de les satisfaire ; il préserve, par cela même, des excès

tiaiis les plaisirs de l'amour, et ménage les forces, pendant le temps où la femme est inapte aux rapprochements conjugaux.

Rien ne saurait donner une idée plus exacte sur le degré de considération dont le mariage est entouré chez les différents peuples, que les coutumes qui président à la conclusion de cet acte, et les facilités, plus ou moins grandes, laissées à l'homme, pour se dégager des liens matrimoniaux.

Nous allons donc jeter un coup d'œil rapide sur les usages qui régnent en diverses contrées du globe, à l'égard du choix de la femme ; quant à ce qui concerne les moyens de rupture, nous nous réservons de les examiner ultérieurement au chapitre du divorce.

Chez certains peuples, la liberté du choix n'existe réellement pas pour les futurs époux. Ce sont les parents qui fiancent leurs enfants, longtemps avant que ceux-ci n'aient atteint l'âge de la puberté. Il en est ainsi chez les Iroquois et chez les Péruviens, en Corse et aux Célèbes. Dans d'autres pays, comme à Sierra-Leone et sur la Côte-d'Or, les fiançailles sont conclues.

même avant la naissance des enfants. En Chine e( en Egypte, suivant Savary, ce sont également les parents qui décident les mariages, et les conjoints ne se voient, pour la première fois, qu'après l'accomplissement des cérémonies nuptiales. On conçoit que le cœur ne peut avoir aucune part dans ces unions où la volonté réciproque des époux n'a point été consultée. Aussi, il ne saurait y avoir là qu'une association plus ou moins durable, un accouplement livré au hasard, mais non point un mariage, dans le sens que donnent à ce mot les nations civilisées.

La dignité du mariage exige que le jeune homme obtienne la main de celle qu'il recherche, de son consentement d'abord, et ensuite avec l'assentiment des parents de celle-ci. Il est cependant des nations où les filles sont tellement soumises au pouvoir de leurs parents, que leur adhésion n'est même pas réclamée. Il suffît au futur de l'aveu du beau-père. Cette pratique est surtout en usage, selon les voyageurs, parmi les sauvages de la baie d'Hudson. Le plus souvenl, après avoir obtenu l'approbation des parents, le jeune homme recherche encore celle de

la jeune fille. A la Louisiane, chez les Chawanons, il s'approche le soir de la couche de cette dernière et lui découvre le visage. Si elle se cache de nouveau, c'est une preuve qu'elle refuse (1) . Le Hottentot partage le lit de celle qu'il recherche, une nuit entière. Si elle lui résiste, elle conserve sa liberté. Le Lapon lui apporte des présents qu'elle accepte ou qu'elle refuse, pour exprimer sa volonté (2). Suivant Schubert, la coutume dans le nord de la Suède est celle-ci : à certains jours de la semaine, le jeune homme, d'accord déjà avec les parents, rend une visite nocturne à la jeune fille ; mais il doit venir sans être aperçu de personne et s'éloigner de même. Les deux jeunes gens peuvent se serrer les mains, mais non s'embrasser ; ce n'est souvent qu'après plusieurs années de visites semblables, que le mariage vient enfin à se conclure ; cependant, ajoute Burdach, qui cite ces particularités : 0 Le caractère sérieux de l'homme du Nord, et la honte attachée au libertinage, rendent les

(1) Perrin du Lac, Reise in die beiden Louisianen, t. 1, p. 115.

(2) Demeunier, Ueber Sitten und Gebràuche der Vôlker, l. 1, p. 100.

enfants illégitimes infiniment plus rares qu'ils ne le sont dans d'autres contrées ; le jeune homme qui s'enivre et la fille qui fait un faux pas, perdent le droit de la visite nocturne. »

Nous trouvons dans un livre tout récemment publié par le docteur Reich, un chapitre curieux relatif aux nuits probatoires dont l'origine se perd dans la première moitié du moyen âge. Le médecin allemand voit dans cet usage une chose parfaitement juste, car « de même qu'on n'achète pas un lièvre dans un sac, on ne prend pas une femme dans un sac. Chez les paysans où l'instinct n'a rien perdu de sa fraîcheur, on pouvait voir se conserver des coutumes qui ont leur source dans la nature, et qui ne paraissent immorales qu'à celui chez lequel une culture niffince a troublé l'intelligence des choses de la nature. On se tromperait étrangement — dit Fischer, qui a écrit en 1780 un livre sur cette coutume — si on croyait que les filles y perdent leur pudeur.... Ces nuits probatoires durent jusqu'à ce que les deux parties aient pu ac(iuérir la certitude de leur aptitude génitale, ou jusqu'à ce que la femme soit devenue enceinte;

alors seulement oiiL lieu les démarches pour le mariage, qui se célèbre peu après... Il arrivait fort rarement qu'une fille fût abandonnée par celui qui l'avait rendue mère. Il se serait attiré la haine et le mépris de tout le village. Mais souvent après une seule nuit, les deux jeunes gens se séparaient pour ne plus se revoir. L'ancienneté de cette coutume est prouvée par les capitulaires de Charlemagne et de Louis le Pieux (1). »

Nous avons entendu raconter souvent qu'un usage analogue existait encore dans certaines localités de la Franche-Comté, voisines de la Suisse.

Quelquefois un sentiment de pudeur ne permet pas aux jeunes gens d'exprimer, l'un ses désirs et l'autre son consentement. C'est ce qui a donné lieu, chez quelques nations, à de singuliers usages. Chez les Crics, le jeune homme se rend dans la demeure de la jeune fille, et plante en terre, devant la famille assemblée,

(1) Ed. Reich, la Vie conjugale, son histoire, sa nature et son hygiène, Gassel, 1864. Traduit et analysé par le D-- Htrrgott, Annales d'hygiène publique elde médecine légale, t. XXII, année 1864, p. 188.

un roseau, près duquel la fille eu enfonce un autre, pour témoigner son assentiment. Après quoi, on fait un échange de ces roseaux (1). Chez les Iroquois, il lui rend visite pendant la nuit et lui présente un morceau de bois enflammé, qu'elle éteint quand elle est disposée à l'accepter pour époux. Souvent le jeune homme ne présente pas lui-même sa demande, et emploie à cet effet des intermédiaires, comme chez les Samoyèdes et les Ostiaques. Au Pérou, ce sont les parents qui se chargent de ce soin. Chez les Hottentots, c'est le père; chez les Birmans, c'est la mère; à Siam, ce sont des femmes, et chez les Indous, c'est un ami du futur.

Dans toutes ces circonstances et bien qu'il s'agisse de nations pour la plupart sauvages, on \oit que l'union conjugale repose, du moins, sur le consentement réciproque des époux, et que par là est sauvegardée la principale condition qui fait du mariage un contrat légitime et sacré ; tandis que, lorsque la femme n'est point consultée, c'est un signe évident qu'elle n'est

(1) Zimmermann, loco citato, t. IV, p. 184,

destinée qu'à servir d'instrument de volupté à son mari et nullement de compagne et d'amie. Par exemple, les mêmes peuplades de la baie d'Hudson, que nous avons vues acquérir leurs femmes du seul consentement des parents, ne se font aucun scrupule de les jouer les unes contre les autres. Et les femmes assistent impassibles à ces jeux dont elles sont le prix (1).

Nous n'en finirions pas si nous voulions faire l'historique de toutes les coutumes qui accompagnent les préliminaires du mariage chez les différents peuples de la terre. Nous avons voulu seulement faire voir, par quelques exemples puisés dans les narrations des voyageurs, combien sont différentes les «manières dont se nouent les liens conjugaux, selon le degré d'estime qu'on accorde à la femme.

Parmi les peuples civilisés, le consentement de la femme est toujours exigé; la loi n'intervient même, pour consacrer le mariage, qu'à cette condition expresse. Mais que de fois l'aveu de la jeune fille est illusoire et obtenu par la pression que ses parents exercent sur ellel Et

(1) Hearne, Reise in der Hudsonsbai, p. 73.

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lorsque la liberté du choix lui est laissée dans toute sa plénitude, n'est-il pas vrai encore, que les intérêts matériels, ce qu'on appelle la position sociale, influent plus sur sa détermination que les préférences du cœur?

Le matérialisme de notre temps, qui ne voit en toutes choses que le résultat en chifl'res, a fait du mariage, comme de tout le reste, une spéculation, un moyen de s'enrichir; aussi on ne demande plus qui on épouse, mais combien on épouse. Les unions désintéressées sont prises en pitié par nos esprits forts, et tournées en ridicule, sous le nom de mariages d'inclination, ce qui, dans le vocabulaire des gens dits raisonnables, est synonyme de duperie et de bêtise. Et qu'on n'oublie pas qu'en l'an de grâce 1868, il existe à Paris, la capitale du monde, des agences matrimoniales qui tiennent boutique ouverte sur la rue, et qui se chargent de la négociation des mariages, — c'est le terme consacré,— moyennant une remise sur la dot, tout comme se négocie une alfaire quelconque. Honte et opprobre f Qu'on nous dise après cela s'il est quelque chose qui caractérise mieux notre

siècle, que le measonge introduit dans le foyer domestique pour cacher d'odieux calculs, et la plus sainte de toutes les institutions transformée en un trafic sacriléi2;el

Mais tant d'aberration ne peut résister à l'action du temps, et le jour luira bientôt, — espérons-le, du moins, — où la société reconnaîtra la voie funeste dans laquelle elle s'égare, et rendra au mariage son prestige et sa dignité.

« Aristophane, dans sa Discussion sur Vamour^ dit que la passion, quand elle est violente, donne le désir de fondre notre existence dans celle de l'objet aimé, et de ne faire qu'un seul et même être avec lui. Aristote a reproduit cette idée dans sa Politique. Le mariage réalise ce désir en l'épurant; et quand un choix sage et réfléchi le rend heureux, il semble que Platon ait exprimé une vérité plutôt qu'une fable ingénieuse, lorsqu'il représente dans son Banquet les deux moitiés, comme n'ayant fait qu'un dans un monde primitif, et se cherchant, se reconnaissant, et s'unissant dans une nouvelle union (1). »

(1) Troplong, Traité du contrat de mariage. I reface, p. clii.

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