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MAYER, RAPP. CO»J

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griculture s'enrichit chaque jour de procédés nouveaux qui augmentent et améliorent les produits du sol. Les chemins de fer fournissent un moyen rapide de communication, qui facihte l'échange et la répartition des denrées, entre des contrées dont les rapports étaient assez bornés avant l'invention des locomotives ; enfin les progrès de la législation influent notablement sur l'aisance des peuples, etc., etc. Tout cela est d'une incontestable vérité, mais ne contredit en rien la doctrine de la limitation spontanée des familles. Il ne s'agit pas, en effet, de régler invariablement la population d'un pays sur ses ressources actuelles; mais, au contraire, de la proportionner au développement qu'acquerront ces ressources, par les progrès constants de la civilisation.

Ce n'est pas être ennemi de l'humanité, assurément, que de la vouloir heureuse et prospère ; que de compatir aux misères et aux souffrances de ces êtres dégénérés, qui devraient être les rois de la création, et qui, au physique comme au moral, sont descendus au rang de la brute. Ce n'est pas être ennemi de l'humanité, non

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plus, que de rechercher les causes de son abâ- (ardissement, et d'en déduire le remède auquel est attaché le salut des populations.

Pour faire mieux ressortir la vérité de cette proposition, qu'on nous permette de citer une comparaison qui ne manque pas de justesse, et qui, en peu de mots, met en relief le danger de la situation.

« Supposons qu'on dise à un fermier établi sur des terres de pâturage, de garnir sa terre de bestiaux, parce que c'est le vrai moyen d'accroître ses profits: tout le monde conviendra qu'on lui donne un fort bon conseil. Mais si, pour le suivre, ce fermier augmentait le nombre de ses bêtes au point de ne pouvoir les nourrir, et qu'elles fussent en conséquence amaigries et affamées, il aurait tort sans doute et ne devrait s'en prendre qu'à lui-môme. Lorsque ceux qui le dirigeaient lui parlaient de garnir ses terres de bestiaux, ils entendaient évidemment parler de bêtes saines et en bon état, et non de bêles fort nombreuses, mais souffrantes, et qui ne trouveraient point d'acheteurs. L'expression qu'ils employaient n'indique aucun nombre ab-

solu. Garnir une ferme de bestiaux, c'est agir selon la grandeur de la ferme et selon la richesse du sol, qui comportent chacune un certain nombre de bêtes. Le fermier doit désirer que ce nombre absolu croisse. C'est vers ce but qu'il doit diriger tous ses efforts. Mais on ne pourrait pas envisager comme un ennemi de l'accroissement des troupeaux, celui qui ferait sentir aux fermiers que c'est une entreprise vaine et contraire à leurs intérêts, de prétendre augmenter le nombre de leurs bestiaux, avant d'avoir mis leurs terres en état de les nourrir (l). »

Une chose singulière, c'est que les mariages précoces sont, en général, l'indice d'une certaine dégradation des mœurs publiques. Quelque paradoxale que puisse paraître, de prime abord, cette proposition, elle est déduite, pourtant, de la rigoureuse observation des faits. On remarque, en effet, que dans les pays où régnent, parmi les classes moyennes et inférieures de la société, des habitudes de prudence et un goût prononcé pour l'aisance et les jouissances de la vie, la population ne s'accroît pas dans les

(1) Malthus, Essai sur le principe de population, p. 582.

mêmes proportions que là où, avec une égale fertilité du sol et un taux aussi élevé clans le salaire du travail, les habitants éprouvent un besoin moins décidé pour le confortable, et se contentent du strict nécessaire.

Nous allons rapporter un exemple remarquable de ce que nous venons d'avancer.

A Montreux (village de Suisse) la proportion des naissances est au nombre des habitants comme 1 est à 46,

Tandis qu'elle est :

En Russie de 1 sur 18 ou 19 ;

Dans les anciens États vénitiens de 1 sur 22 ;

En Bohême de 1 sur 24 ;

En Prusse de 1 sur 25 ;

En Angleterre et en Suisse de 1 sur 28 ;

En France de 1 sur 32 ou 33.

Ainsi, les habitants de Montreux procréent très-peu d'enfants. « C'est là, — dit sir Francis d'Ivernois, auquel nous empruntons cette statistique, — une cause essentielle de bien-être, et l'indice d'une prudence qui devrait servir de guide à toutes les populations. Moins on a d'enfants, mieux on les élève ; car la richesse

d'une population ne consiste pas à avoir beaucoup de naissances, mais à avoir beaucoup années vécues . » Cette proposition est vraie; on ne saurait en contester la justesse. Mais comment s'y prennent les habitants de Montreux? D'Ivernois donne deux raisons pour expliquer le petit nombre de naissances : la continence des époux, et l'habitude de ne se marier que très-tard ; puis il ajoute :

Nec omnia scire fas est.

« Ce nec omnia a, sans doute, peu de gravité chez des hommes adonnés à des travaux rudes, qui les occupent toute l'année et dont la sensibilité n'est pas éveillée, comme chez les habitan ts des villes (i). »

Les plaintes de cet auteur sur Vimprévoyance des mariages pauvres, généralement plus féconds que les autres, sont éminemment justes, et ce serait, dit-il, une mesure utile, de ne permettre aux pauvres de se marier qu'après avoir acquis des moyens d'exister, eux et leur famille

(i) Francis d'Ivernois, Enquête sur les causes patentes ou occultes de la faible propoi'tion des naissances à Montreux (Annales d'hygiène. Paris, t. XX, p. 236).

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future. Mais ce moyen d'exister, il faudrait le leur rendre accessible par une meilleure orijanisation sociale, qui ne favorisât pas ceux qui possèdent, au détriment de ceux qui ne possèdent pas.

Montesquieu a exprimé une vérité qui s'applique à tous les temps, et qui confirme pleinement l'opinion que nous venons de rapporter. Les gens qui n'ont absolument rien, dil-il, comme les mendiants, ont beaucoup d'enfants (1). Et cela se conçoit très-facilement; car la pauvreté même, qui est le grand mobile par lequel l'homme est excité au travail, la pauvreté, quand elle passe certaines bornes, cesse presque complètement d'avoir cet effet. La misère, sans perspective, abat le courage et réduit l'homme à vivre au jour le jour, sans travailler plus qu'il ne faut pour se procurer l'étroit nécessaire. C'est l'espérance d'améliorer notre sort, c'estlacraintc du besoin, bien plus que le besoin même, qui est le véritable aiguillon du travail et de l'industrie. Les efforts les plus constants et les mieux dirigés s'observent toujours dans

fl) Espril des lois, ch. xi.

une classe du peuple placée au-dessus de la misère (1).

C'est pour avoir pris l'effet pour la cause, qu'on a regardé la population comme une source de prospérité pour les États, qu'on a encouragé la jeunesse à contracter des alliances précoces, qu'on a exalté la fécondité dans les familles et proscrit le célibat. C'est dans la théorie inverse qu'est la vérité. D'où il résulte que c'est également dans des mesures opposées que gît l'avenir

des nations.

On nous objectera, peut-être, la sollicitude dont le Créateur a entouré, dans tout le règne organique, la fonction qui doit assurer la reproduction des êtres, eton ne voudra pas croire qu'il ait abandonné aux caprices de la raison un acte aussi important que celui de la génération. En effet, quiconque s'est livré à l'étude de l'anatomie et de la physiologie comparées, a dû constater que, dans toute la série zoologique, la conservation de l'individu et la perpétuité de l'espèce sont soustraites à la volonté de l'animal et placées, exclusivement, sous la dépendance del'in-

(1) Malthus. !oc. cit., 452.

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stinct. Et, d'un autre côté, là où le but de la fonction eut pu être compromis par une disposition défavorable des organes, on est étonné de la multiplicité des moyens mis en œuvre par la nature pour parvenir à ses fins. Mais faut-il en conclure que la même prévoyance était nécessaire chez riiomme ? Évidemment non, et il est facile de le démontrer.

L'homme est un être double, soumis à deux forces bien distinctes : la force biosique el la force psychique.

La première préside k toutes les fonctions organiques et dirige la vie animale ; c'est d'elle qu'émanent les instincts, les appétits, les désirs dont la satisfaction est nécessaire à la conservation du corps et à la reproduction de l'espèce.

L'homme est soumis à son impulsion, quand il cède aux nécessités de l'organisme, quand il remplit les fonctions qui s'y rapportent ; et il faut qu'il lui obéisse, au moins dans la mesure du besoin, et selon le vœu de la nature. Dans l'animal, ce mobile inférieur, grossier, règne sans partage, parce que l'animal n'a qu'une nature. Dans l'homme, il est sans cesse combiné

avec l'esprit intelligent de l'être moral, tantôt réglé, maintenu par cet esprit supérieur, tantôt se révoltant contre lui, lui déclarant la guerre et cherchant à l'entraver, à l'opprimer, à l'étouffer, par la violence des instincts charnels, par l'entraînement des sens, par le tumulte des passions. La force biosique, commune à tout le règne organique, — végétaux et animaux — est, en un mot, celle à laquelle l'homme obéit en tant qu'être vivant.

La force psychique est particulière à l'homme ; c'est elle qui le constitue être raisonnable^ moral et libre. Tous les instincts, même les plus impérieux, sont soumis à sa juridiction, y compris rinstinct de la conservation. Ainsi, il est des circonstances où le sacrifice de la Vie devient un devoir et où celui qui l'accomplit passe à l'immortalité, sous le nom de martyr ou de héros. Un dévouement de cette nature est, aux yeux de la morale, l'acte le plus sublime auquel l'homme puisse s'élever.

On ne prétendra pas, assurément, que l'intinct de la conservation soit moins vivace chez l'homme que chez l'animal. Or, puisqu'il est per-

mis et même ordonné, dans certains cas, à la raison humaine, de faire taire cette voix de la nature qui parle si haut, on conviendra que l'instinct de la propagation, qui n'est certes pas aussi despoli(jue, et qui ne peut avoir d'objet qu'autant que l'autre conserve son empire, ne court pas plus de risque à être contrôlé par l'intelligence.

D'ailleurs, si nous supposions pour un instant que l'acte de la reproduction dût être soumis chez l'homme, comme chez l'animal, au seul instinct, on pourrait se demander pourquoi la nature ne se serait pas mise en garde contre l'intervention dulibrearbitre.N'a-t-elle pas sagement préservé de l'influence du cerveau toutes les transformations (jue subit la substance alimentaire, depuis son ingestion jusqu'à son assimilation à nos organes, et, en général, tous les actes qui sont du domaine de la vie végétative? Et pourtant, elle a laissé à l'homme la plénitude de sa liberté pour le choix de ses aliments; elle l'a rendu libre de s'empoisonner ou de se laisser mourir d'inanition. Il est vrai qu'elle se prémunit contre ce danger, en mettant au cœur de

l'homme l'instinct de la conservation. Mais ne saiton pas que, malgré toute sa puissance, ce gardien vigilant succombe, parfois, sous l'empire de la raison? Et qu'est-ce que cela prouve, sinon que l'homme est un être essentiellement libre, destiné à vivre en société, dans un but de perfectibilité et de progrès, d'où résulte sa raison d'activité morale et intellectuelle.

L'animal, pour remplir sa destinée, qui est de se nourrir et de procréer, n'a d'autre guide à suivre que l'instinct dont la nature l'a doué et qui ne le trompe jamais. C'est la seule loi à laquelle il soit assujetti.

L'homme, en vertu de son organisation physique, est aiguillonné par les mêmes besoins que l'animal; son instinct le pousse également à leur donner satisfaction ; mais en sa qualité d'être raisonnable et libre, il devient responsable de ses actes devant sa conscience, qui ne l'induirait jamais en erreur, si ses avertissements pouvaient toujours prévaloir.

Au demeurant, pourquoi les rapports sexuels sont-ils interdits dans le célibat? Serait-ce que l'instinct génital ne se développerait que par le

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mariage?NuIlement; c'est parce que riiitérctde la société, constituée comme elle l'est, le veut ainsi. On sait très-bien que ce n'est qu'au prix d'un sacrifice plus ou moins pénible, selon les individus, que le penchant dont il s'agit ici peut être réprimé. C'est pour cela qu'on a fait de la chasteté, en deiiors du mariage, une vertu des plus méritoires.

Malheureusement, il serait à désirer qu'elle fût plus généralement pratiquée et surtout plus en honneur qu'elle ne l'est aujourd'hui. Nous verrons plus loin jusqu'à quel point le sort de l'espèce humaine est engagé dans cette question.

Or, si les rapports sexuels sont proscrits dans le célibat, pourquoi ne seraient-ils pas au moins réglés dans l'état conjugal, si surtout, comme nous croyons l'avoir suffisamment démontré, les mêmes intérêts sont en cause de part et d'autre ?

MAYEll, HAI'P. CONJ.

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