CHAPITRE II
DES OBSTACLES A l'eXTENSION EXCESSIVE DE LA POPULATION
Étant admis ce principe, que les lois qui président à la propagation de l'espèce humaine doivent être dominées, et qu'il appartient à l'homme d'appliquer ses facultés intellectuelles à la direction de ces lois, voyons par quels moyens nous pourrons nous opposer à ce que la population, par son exubérance, dépasse les limites compatibles avec le bonheur de l'humanité.
Ces moyens sont de deux sortes : les uns préventifs, les autres destructifs.
Les premiers peuvent encore se subdiviser en trois catégories bien distinctes, selon qu'il y a abstention de rapproc hements sexuels^ modification des
conditions organiques de la femme, ou emploi, dans l'acte de la génération, d'artifices susceptibles d'en empêcher les conséquences naturelles (onanisme conjugal, Ole).
Nous allons examiner ces questions, sous le triple point de vue que nous avons incliqué en tète de ce livre.
§1. — Moyens préventifs.
Et, d'abord, occupons-nous de ces obstacles par abstention, que Maltlius a désignés sous le nom de contrainte morale, lorsque l'homme se les impose librement, volontairement, dans un but moral ou religieux.
A. De lu contrainte morale.
Un économiste d'un immense talent, qui s'est
fai t l'adversaire acharné delà doctrine de Malthus, n'a rien trouvé de plus commode, pour flétrir le précepte du moral restraint, que de lui donner une interprétation odieuse, en l'appelant l'onanisme à deux. Il se peut que quelques écrivains aient cru devoir s'associer nu conseil de prudence
donné parMallIius, môme en l'entendant de cette façon; témoin ce langage de M. Dunoyer, membre de l'Académie des sciences morales et politiques :
« Il est incroyable, dit-il, que l'action d'appeler des hommes à la vie, celle, sans contredit, des actions humaines, qui tire le plus à conséquence, soit précisément celle qu'on a le moins senti le besoin de régler, ou qu'on a réglée le plus mal. On y a mis, il est vrai, la façon de l'acte civil et du sacrement; mais, le mariage une fois contracté, on a voulu que ses suites fussent laissées, pour ainsi dire, à la volonté de Dieu. La seule règle prescrite a été qu'il fallait, ou s'abstenir de tout rapprochement, ou ne rien omettre de ce qui pourrait rendre l'union féconde. Tant que des époux peuvent croire qu'ils ne font pas une œuvre vaine, la morale des casuistes ne trouve rien à leur reprocher ; qu'ils se manquent à eux-mêmes, qu'ils abusent l'un de l'autre, qu'ils se dispensent surtout de songer au tiers absent, et peut-être infortuné, qu'ils vont appeler à la vie, sans s'inquiéter du sort qui l'attend, peu importe; l'essentiel n'est pas qu'ils
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s'abstienneiil d'un acte triplement nuisible, l'essentiel est qu'ils évitent de faire un acte vain. Telle est la morale des casuistes; morale à rebours du bon sens et de toute morale, car ce que veulent le bon sens et la morale, ce n'est sûrement pas tant qu'on s'abstienne de faire des actes vains que de faire des actes nuisibles.
» Aussi la vérité, en dépit de ces graves sottJses, est-elle que, si des époux ne doivent pas regarder comme blâmable tout rapprochement qui ne tarderait pas à accroître leur postérité,
ont pourtant, mémedans les rapprochements les plus autorisés et au sein de l'union la plus légitime, des ménagements à garder, soit envers eux-mêmes, soit l'un envers l'autre, soit l'un et l'autre envers les tiers qui peuvent être les fruits de leur union (4). »
Eh bien! n'en déplaise à M. Dunoyer, sa morale nous paraît des plus relâchées ; et en la plaçant sous le patronage de Malthus, il calomnie, tout simplement, son maître qu'il n'a point compris. En tout cas, nous soutenons, avec les
(1) Mémoire à consuller. Pa.Tis, 1835.
casuislcs qu'il combat, qu'il faut, ou s obtenir de tout rapprochement, ou ne rien omettre de ce qui pourrait renclre r union féconde. Nous soutenons de plus, que c'est là la vraie signification du moral reslraint préconisé par l'économiste anglais. On verra d'ailleurs, plus loin, combien nous condamnons les artifices employés dans le but d'empêcher la fécondation.
Un premier point se présente ici à notre discussion. La continence absolue, à un âge où les organes sexuels ont accompli leur entière évolution, et où l'homme est apte à se reproduire, ne constitue-t-elle pas une cause de maladies ? Nous savons que cette opinion est accréditée chez les gens du monde, et que beaucoup de médecins la partagent encore. Cette croyance nous paraît cependant erronée, sans fondement et facile à réfuter. C'est d'ailleurs là la pierre angulaire de l'édifice que nous avons pris à tâche de renverser, car c'est au nom de la nature et de ses droits imprescriptibles, au nom de la morale et des intérêts sacrés qu'elle a mission de protéger, qu'on fulminera peut-être contre la doctrine que nous préconisons, et qu'on nous
accusera de tyrannie et d'irréligion, à moins qu'on ne nous qualifie d'utopiste, pour se dispenser de discuter avec nous.
Peu importe, d'ailleurs; nous avons la conscience de faire œuvre pie, et nous nous risquons, advienne que pourra. Si c'est la première fois, — à notre connaissance du moins, — qu'un médecin aborde ce sujet au point de vue où nous l'avons pris, cela ne prouve pas que les questions qu'il soulève ne soient du domaine de notre science; et la preuve est qu'après nous, d'autres de nos confrères sont venus apporter au débat le concours de leurs lumières et de leur expérience.
Pour soutenir que la contrainte morale est une cause de perturbation dans la santé, il faudrait admettre que les rapprochements sexuels sont de rigueur, dès l'époque de la puberté, et que les besoins vénériens doivent être satisfaits dès l'instant où ils se révèlent. Il faudrait, par conséquent, condamner nos lois civiles qui ne permettent le mariage qu'à dix-huit ans pour l'homme et à quinze pour la femme. A plus forte raison, faudrait-il protester au nom de la science
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contre le célibat religieux, qui s'étend à toute la durée de la vie.
C'est là, en effet, l'opinion d'un grand nombre de physiologistes, qui s'appuyant, d'une part, sur ce qu'il y a d'irrésistible dans l'instinct générateur, et, de l'autre, sur la nécessité physiologique de la satisfaction du besoin par lequel il s'exprime, ont été conduits à condamner le célibat d'une manière absolue. « Mais quand on a » pesé les arguments par lesquels ils cherchent » à combattre une vocation qui rehausse tant j> l'humanité aux yeux de l'homme non prévenu, » on voit qu'ils se réduisent à une sorte d'induc- » tion personnelle, à une analogie dont des ha- » bitudes morales moins relâchées et une logi- )) que plus sévère restreindraient singuhèrement
» la portée (1). »
Si nous interrogeons l'observation cependant, voyons-nous quelque maladie particulière et qu'il soit permis de rapporter à la continence, sévir de prédilection sur cet âge où la vivacité des passions doit être forcément comprimée ;ou
(1) Max Simon, Déontologie médicale, p. 453
bien la moyenne de la vie serait-elle moindre chez les hommes qui ont fait vœu de chasteté, que pour les autres classes de la société? Évidemment non, car c'est tout le contraire qu'on observe.
Nous nous sommes livré à de longues recherches statistiques, dans le but d'appuyer nos assertions sur des chiffres. Mais nous avons bientôt reconnu l'inanité, dans le cas actuel, de ces preuves prétendues mathématiques, et nous avons dù renoncer à les faire valoir.
Nous avions pensé qu'en établissant la moyenne de la mortalité à l'âge compris entre seize et vingt-cinq ans inclusivement, — soit d'une période de dix ans, embrassant cette époque de la vie où les passions sexuelles se développent, et atteignent leur summAim d'intensité sans trouver satisfaction, dans l'ordre habituel des choses, — et que, comparant notre résultat avec la moyenne de la mortalité d'une autre période de dix ans, comprise entre trente et un et quarante ans inclusivemeni, époque où communément l'instinct génésiaque trouve sa satisfaction dans le mariage, nous avions pensé,
disons-nous, qu'à l'aide de ces moyennes, nous arriverions à pouvoir apprécier l'influence de la continence forcée sur la durée de la vie.
D'un autre côté, nous avions comparé le chiffre de la mortalité aux deux époques de la vie indiquées plus haut, chez les religieux de différents ordres qui font vœu de chasteté et chez les laïques exerçant les diverses professions de la société.
Voici les résultats auxquels nous étions arrivé :
l*' Pendant la période de dix ans, comprise entre seize et vingt-cinq ans inclusivement, la mortalité est de 2,68 pour 100 chez les religieux de différents ordres et des deux sexes, tandis qu'elle n'est que de 1 ,48 pour 100 chez les laïques des deux sexes, adonnés à différentes professions.
2° Pendant la période de dix ans comprise entre trente et un et quarante ans inclusivement, la mortalité est de 4,40 pour 100 chez les religieux, et de 2,74 pour 100 chez les laïques.
Ces données sont en parfaite concordance
MOYluNS PRÉVENTIFS 191
avec les résultats obtenus par Deparcieux, qui, comme on le sait, a publié ses tables en 1746, et l'on pourrait en induire la nocuité de la continence, si l'on voulait s'en rapporter à la signification brute des chiffres; mais rien ne serait plus contestable qu'une pareille conclusion.
Nous allons dire pourquoi cette statistique doit être récusée.
D'abord, il faudrait pour pouvoir supputer avec certitude l'action de la continence sur la santé de l'homme, que cette cause pût être isolée de toutes celles qui font varier les chances de longévité à deux époques données de la vie. Ainsi, il ne serait pas rigoureusement exact de raisonner sur les chiffres que nous venons de citer et de dire : La continence, loin d'être nuisible à la santé, lui est au contraire favorable, puisqu'il meurt moins d'individus à l'âge où les rapports sexuels n'existent pas en général, bien que le sens génital soit développé déjà, qu'à l'époque où, au contraire, les rapprochements sexuels ont lieu sans entraves.
Ce raisonnement serait vicieux, parce qu'il
ne tiendrait pas compte des prédispositions morbides particulières à chaque âge.
On se tromperait de même, si l'on croyait trouver un critérium pour la solution du problème en question, en mettant en regard, comme nous l'avons fait, la moyenne de la mortalité chez les religieux d'une part, et chez les laïques de l'autre, à deux époques déterminées de la vie. En effet, pour prononcer que la continence entraîne une mortalité plus grande, en se basant sur la statistique des corporations religieuses, il faudrait regarder comme certain que les règles de la chasteté ne sont jamais enfreintes dans les couvents; ce que nous n'oserions garantir, surtout pour le temps où ont été faites les tables qui nous ont servi, c'est-à-dire le milieu du xvm^ siècle.
Kn outre, il ne faudrait nullement se préoccuper de l'influence de la discipline et des habitudes claustrales sur la durée de la vie, ce qui suffirait seul à infirmer le résultat obtenu.
On voit donc bien que les termes de comparaison manquant d'identité, on ne peut aboutir (lu'à des conséquences tictives. C'est pourquoi
nons en appelons à l'expérience générale du soin de corroborer la nôtre propre, et de vérifier ce que nous avons dit, touchant l'innocuité de la continence à quelque phase que ce soit de la vie.
Il est constant, selon nous, que le commerce des sexes ne constitue pas un besoin qui ne puisse être refréné sans péril, et que les sollicitations si vives qui partent du sens génital, n'ont pour but que d'assurer la perpétuité de l'espèce par l'attrait du plaisir.
On a tait jouer un rôle à la pléthore spermatique, dans l'étiologie de différentes affections mentales; on lui a attribué entre autres le priapisme. Pour nous aussi, cette maladie a son point de départ dans une perturbation de l'innervation cérébrale; mais elle est due bien moins à la rétention du sperme qu'à sa déperdition exagérée; bien moins à l'abstention vertueuse (|u'à la dépravation des mœurs.
Il a paru sur le sujet qui nous occupe en ce moment, un travail dont le résumé trouve ici sa place naturelle (1); l'auteur se pose cette ques-
(1) Examen de l'ouvrnr/e publié par M. le docteur Dufp.eux, sous ce aire: Nati-iî;; rt y\y.cAS\ièXonMhY,lwns physiohriiques'sur le célibat religieux, par M. le D-^ Diday. (V. Gaz.méd, de Paris lSo4 )
tien : Dieu a fait de l'accomplissement régulier des fonctions organiques la condition de la vie et de la santé. A-t-il voulu que la maladie ou la mort fussent la punition de celui qui enfreint ce précepte, en gardant la continence absolue?
Non, dit M. Duffieux; et il appuie sa réponse sur deux considérations distinctes : l'une rationnelle, l'autre expérimentale. Il établit d'abord | que l'accumulation dans l'organisme des matériaux de la génération, ne constitue jamais un danger, parce que la nature sait s'en débarrasser à propos. 11 avance en second lieu, que les maladies attribuées par quelques auteurs à la continence, reconnaissent, en réalité, de tout autres causes.
Ce sontlcà aussi nos doctrines, comme on a pu le voir par ce qui précède ; mais nous commençons à n'être plus de l'avis de M. Duffieux, dès qu'il s'agit de l'interprétation, pour laquelle nous nous rallions, au contraire, à l'opinion du savant médecin de Lyon, M. Diday. En effet, sur le premier point, l'auteur débute par un argument extrêmement spécieux et qui réclame toute notre attention.
MOYENS PRÉVEiNTlFS m
« La menstruation, dit-il, est un moyen institué par la Providence, pour maintenir l'équilibre de l'économie, en éliminant les matériaux de la génération, lorsqu'ils ne sont point employés par la nature, et prévenir ainsi les maladies qui pourraient naître, soit de l'afflux du sang vers les parties génitales de la femme, soit de sa surabondance dans l'organisme tout entier. La virginité peut donc invoquer ce phénomène en sa faveur, et il peut être considéré comme une autorisation du célibat, donnée par la nature elle-même; car il témoigne que la virginité ne peut pas nuire à la santé, par cette raison toute simple que la menstruation débarrasse l'économie des matériaux delà génération, et prévient les accidents pléthoriques dont la continence pourrait être la cause, jo
Si l'ou éprouve quelque embarras en face de cette proposition, c'est parce qu'elle exprime un fait très - exact, dont l'explication seule est erronée. Il est positif qu'à chaque époque calaméniale, des ovules mûrs sont évacués spontanément; mais la nature, en les expulsant ainsi, a-t-elle voulu les mettre dans des conditions
favorables à la fécondation, ou a-t-elle simplement, comme le suppose l'auteur, voulu s'en débarrasser? La vérité est ici d'autant plus difficile à pénétrer, que des accidents pléthoriques naissent très-réellement, en effet, de la suppression, du retard, ou de l'insuffisance des règles.
Mais sous ce nom vague de pléthore, l'auteur, on le voit aisément, a confondu la surabondance des éléments générateurs fournis par la femme, — des ovules, — avec la congestion résultant de la rétention du sang, qui sort à chaque ponte spontanée. Otez à sa thèse l'appui de cette équivoque, elle va crouler à l'instant. Car si, la menstruation manquant, il s'amassait dans l'économie un excès de matériaux génésiques, diverses conséquences devraient s'ensuivre, dont, malheureusement pour la thèse de M. Duffieux, l'observation nous offre justement tous les jours l'exact contre-pied. Ainsi :
Une femme défectueusement réglée devrait être fécondée plus facilement, puisqu'elle garde, pour ainsi dire, des ovules en réserve. Or, le contraire est une des vérités banales de la médecine pratique. Deux jeunes filles sont mcns^
truées à quatorze ou quinze ans, mais l'une continue à l'être ensuite régulièrement; l'autre, après quelques retours normaux, voit ce flux suppriméjusqu'à l'âge de dix-lmit ans. De quelle flamme ne va pas s'allumer, chez la dernière, l'instinct génital, attisé parla rétention, quatre années durant, de ces éléments, d'aprèsM. Duffieux, si menaçants pour la continence 1 Eli bien ! Tobservation montre que si elle est en efifet sujette à des congestions diverses, fatiguée par le sang, la passion, le plus souvent, sommeille tout aussi paisiblement, chez elle, que chez sa compagne euménorrhéique.
Il y a plus (et nous rentrons à présent dans l'étude de l'état normal), si l'évacuation menstruelle a été instituée pour faciliter la continence, nécessairement après chaque époque les feux du désir seront amortis, tomberont à leur minimum. Or, c'est tout juste le contraire qui se remarque. Et si M. Duffieux, préoccupé d'idées d'un autre ordre, s'est trouvé mal placé pour constater le fait, nous pouvons lui affirmer avec tous ceux qui ont voulu ou voudront diriger, leur attention sur ce point, que l'appétence
génitale a son paroxysme à cette époque; que telle femme, habituellement étrangère à ces impressions, ne sent jamais, qu'immédiatement après le tribut mensuel, poindre en elle des sensations qui l'étonnent.
En faut-il davantage pour montrer l'inanité de cette hypothèse? Eh quoi I la nature, dans le retour si régulier du phénomène, n'aurait eu pour but, Pénélope nouvelle, que de détruire, en trois jours, ce qu'elle a mis un mois à accomplir! Appelez donc alors du nom d'excrément ce pollen flottant dans les airs, lettre chargée que la nature saura bien faire parvenir à son adresse! Taxez de vile décharge cette multitude d'œufs que la femelle des poissons épanche annuellement sur le sable f Libre à vous de n'y voir qu'une précaution providentiellement ordonnée pour lui facihter la continence. Nous qui remarquons que le mâle ne tarde guère à passer après elle, nous soupçonnons que ce pourrait bien être dans un autre but que de vous fournir un argument.
Pour ce qui est du sexe masculin, la question n'est point douteuse. « Mais je l'avoue, — dit
M. Diday, — c'est avec une sorte de peine qu'on voit élever, par l'auteur, au rang de fonction naturelle, ces pertes séminales dont tout homme a honte et dégoût, qu'on se reproche presque, quoique involontaires, qui laissent toujours après elles un profond et durable sentiment de tristesse. Comparez cet état moral à la joie pure, à l'orgueil instinctif qui suit, malgré la douce mélancolie des premiers instants, la libre et pleine possession de l'objet aimé, et dites si, après comme avant, la nature ne nous a pas désigné assez clairement ce qui lui plaît et ce qui la violente. »
Vous l'avez exprimé vous-même, M. Diday, et avec une poésie qui n'appartient qu'à vous : ce qui fait surtout la délectation de l'acte génital consommé normalement, c'est Vorgueil de la libre et pleine possession de l- objet aimé. Ce qui fait la tristesse et la honte de la pollution nocturne, c'est le réveil, c'est la déception. Assurément, le cœur n'est pas satisfait de voir s'évanouir le songe plein de charme qui, tout à l'heure, le tenait haletant sous son empire; mais l'organisme n'en est pas moins exonéré d'une cause
puissante de stimulation, et le calme renaît là où naguère grondait l'orage, et l'ordre est rétabli. Que le vœu de la nature soit satisfait, et que cette excrétion matérielle et immonde doive tenir lieu, comme règle ordinaire, des pures jouissances de l'amour, dont la fin légitime est la procréation, nul n'oserait le prétendre. A coup sûr ce n'est pas nous qui soutiendrons jamais cette thèse sacrilège.
Mais poursuivons : car quelque longue que soit cette controverse, le sujet en litige vaut bien la peine qu'on s'y arrête sérieusement :
« Quant aux maladies attribuées à l'abstinence charnelle, poursuit M. Diday, l'auteur est tout à fait dans le vrai, en réduisant à ses justes dimensions le cadre un peu trop large qu'on leur avait taillé. Je ne lui ferai à cet égard qu'un seul reproche : c'est d'avoir, à plaisir, grossi l'objection, peut-être afin de s'autoriser, en en montrant l'exagération, à la présenter comme entièrement imaginaire. Aussi remporte-t-il une facile victoire, en faisant voir, dans autant de chapitres, que la privation des jouissances conjugales n'entraîne ni l'impuissance, ni l'hystérie,
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ni la folie, ni une mort prématurée. Mais le luxe môme, en fait de preuves, n'est souvent là que pour voiler rindigence, et il a été plus aisé à l'apôtre du célibat de le disculper de ces griefs chimériques, que d'étouffer les justes plaintes des médecins qui ont tant d'occasions de constater, sur ses victimes mêmes, l'effet de ce régime forcé.
» Veux-je dire par là que la continence menace la santé d'une atteinte directe? Non ! Si le campagnard, si le prisonnier peuvent vivre sans presque employer l'appareil de l'intellect ou de la locomotion; si même il est vrai de dire que l'inaction des organes anéantit peu à peu dans ces cas le désir instinctif d'exercer la fonction, il en est de même de la reproduction. Le résultat n'important en rien à la conservation de l'individu, le Créateur n'avait point à nous avertir, par une sensation aussi impérieuse que la faim et la soif; à nous punir par une souffrance immédiate, d'y avoir résisté. C'eût été (qu'on nous permette à notre tour d'interpréter ses vues), une contradiction flagrante à son plan primordial. Pour un acte qui engage deux indi-
vidus et leur impose de sérieux devoirs, il ne devait armer aucun d'eux d'une impulsion qui pût l'obliger à faire parfois violence à l'autre. Le lien des familles et des sociétés se serait trop vite relâché, s'il eût été noué par la contrainte. Toutefois, en supprimant la perturbation morbide, qui partout ailleurs est la sanction de ses lois méconnues, Dieu nous a invités ici, par un charme si particulièrement attractif, si supérieur à tout autre plaisir, si intimement lié aux plus hautes jouissances morales, qu'il a dû croire sa volonté expresse suffisamment notifiée. Mais, encore une fois, l'homme devait rester maître de lui-même, dans des relations qui ne l'intéressent point seul. »
Partant du principe erroné que nous venons de combattre, bien des praticiens prescrivent le coït comme méthode de traitement. A nos yeux, il y a là un danger. Sans doute, l'homme de l'art ne doit se préoccuper que de la guérison du malade qui se confie à ses soins. Il n'a point à sacrifier aux préjugés que pourraient froisser les indications de la science. Mais nous nions, d'une manière absolue, qu'il soit jamais permis
(l'attenter aux lois de la morale générale sur lesquelles sont fondées les sociétés, fût-ce même, ce qui n'a pas lieu dans le cas particulier, pour arracher un malade à la mort.
Heureusement, cet antagonisme entre les lois de la nature et celles de la morale n'est qu'imaginaire, et le médecin est rarement condamné à la dure alternative de faire violence à son cœur ou de faillir à son devoir. Nous le disons hardiment, partout où ce conflit semble se rencontrer, il y a des recherches à faire, parce que la science est en défaut, soit par suite d'une mauvaise observation des faits ou de leur interprétation vicieuse. Ne nous hâtons donc pas d'user de notre indépendance absolue dans le choix des moyens curatifs, pour couvrir de notre autorité et de notre conseil des pratiques contraires aux mœurs.
« Quelque prix que l'homme attache à un bien aussi précieux que la santé, il n'est pas permis au médecin, pour lui en assurer la jouissance, de recourir à des moyens que la morale réprouve. Le principe qui commande à l'homme de renoncer à la vie plutôt que de violer la loi
du devoir, commande bien plus impérativement encore au médecin de ne point mettre sa science au service des mauvaises passions qui pourraient porter le premier à éluder cette loi. En manquant au devoir qu'une morale rigoureuse lui impose, en semblable circonstance, il se rend doublement coupable. Son conseil immoral, quel qu'en soit d'ailleurs le résultat, est d'abord une faute grave, et ensuite, outre les conséquences diverses et éloignées qu'il peut entraîner, il en a une immédiate et presque inévitable, c'est de corrompre, et, en la corrompant, d'aveugler la conscience à laquelle il s'adresse. L'homme que la passion égare et conduit à des actes réprouvés, a dans sa conscience un témoin qui lui reproche sa faute et le force à rougir ; cette honte est le symptôme d'une réaction généreuse qui pourra le ramener dans la ligne du devoir. Celui, au contraire, qu'un médecin oublieux de sa propre dignité aura poussé dans la même voie, y marchera avec une sorte de sécurité qui trahira l'atteinte profonde portée à sa constitution morale. Obéissant à la seule impulsion de ses propres instincts,
peut-être se fût-il arrêté sur la j)ente de l'abîme ; fort du conseil de l'homme qui le guide dans cette fatale direction, il ira jusqu'au bout. La passion ne cherche que des prétextes pour se soustraire aux reproches amers de la conscience. Où pourrait-elle en trouver de plus précieux que dans les conseils du médecin qui fait des séductions du plaisir un moyen de la thérapeutique ? Il est pour l'homme quelque chose pire que le vice, c'est cet état d'anesthésie morale qui l'empêche de sentir l'aiguillon du remords (1). »
Chez la femme, on a rapporté à la continence forcée la uymphomanie, l'hystérie, certaines formes de chloroses, etc.
M. Briquet ne partage pas cette manière de voir.
« Depuis les temps les plus reculés, — dit-il, — la philosophie et la médecine ont regardé la continence comme la principale et même comme la seule cause de l'hystérie. Si l'on ne savait jusqu'à quel point les préjugés ont le pouvoir de fasciner même les esprits les plus élevés,
(1) Max Simon, Déontologie médicale, p, 288.
A. MAYEH, KAPP. CONJ. 4a
on comprendrait difficilement comment une pareille erreur a pu naître, comment elle a pu passer d'âge en âge, comme une sorte de monnaie courante, et se conserver intacte jusqu'à nos jours ; on s'étonnerait qu'il soit, actuellement encore, nécessaire de combattre une croyance qui n'est fondée sur rien de sérieux, et qui n'a jamais été soumise au contrôle d'une véritable observation (1). »
Il faut remonter jusqu'à Platon pour trouver l'origine de cette opinion, en vertu de laquelle, « la matrice des femmes est un animal qui veut à toute force concevoir, et qui entre en fureur, s'il ne conçoit pas. » Hippocrate et Galien répétèrent les mêmes erreurs, basées sur l'existence présumée d'un fluide séminal chez la femme. Valescus (de Tarente), Forestus, et, plus près de nous, Fernel, Rivière, Hoffmann, et tant d'autres encore, attribuaient les phénomènes de l'hystérie à la réplétion des vaisseaux spermatiques qu'ils admettaient sur la parole des maîtres. En vain, l'observation leur démon-
(1) Briquel, Traité clinique et ihérapeulique de l'hyslérie, p. 126. l>aris, 1S89.
trait-elle que les enfants et les vieilles femmes n'étaient pas plus que les adultes préservés de cette névrose; ils préféraient, plutôt que de renoncer à la théorie traditionnelle, inventer de nouvelles hypothèses, pour faire concorder les faits exceptionnels, avec la doctrine qui reconnaissait un sperme féminin.
Mais voici qu'entre les idées anciennes et les nouvelles une théorie mixte se fait jour, vers la fin du xvm^ siècle. Elle appartient à Chambon, l'un des derniers adeptes des vieilles doctrines humorales. « La matrice, assure-t-il, renferme dans ses parois, des sinus dans lesquels filtre une humeur muqueuse, excrémentitielle , qui s'altère aisément, et qui, par cela même devient irritante. // paraît que cette humeur, dans son plus grand degré de pureté, a toujours une odeur et une saveur assez marquées. C'est donc un aiguillon très-actif ({ui sollicite la matrice , d'autant plus puissamment, que cette humeur est plus abondante et moins évacuée par les plaisirs de l'amour; alors, elle regorge dans les vaisseaux qui la sécrètent, ce qui établit une sorte de pléthore dont les effets portent le trou-
ble dans l'utérus et provoquent les accidents de l'hystérie (1). »
Enfin, lorsque fut mieux connue l'anatomie des ovaires, les médecins rejetèrent àl'unanimité la croyance à un liquide séminal, chez la femme, et reconnurent pour cause à l'hystérie, les uns la surexcitation de l'utérus et de ses annexes, les autres, des lésions dynamiques ou organiques siégeant tout à fait en dehors de l'appareil génital. Dès lors, il semble que la continence n'aurait plus dû figurer au nombre des causes de l'hystérie. Eh bien ! il n'en est rien, et cette opinion est loin d'être complètement vaincue : parmi ceux qui la soutiennent encore, nous citerons H. Landouzy (de Reims).
Les partisans de la nocuité de la continence choisissent tous, et avec raison, pour sujets de leur démonstration, les veuves, qui, après avoir goûté les plaisirs de l'amour, en sont tout à coup et violemment sevrées. Sur 375 cas d'hystérie que Landouzy a relevés dans les auteurs ou observés lui-même, 13 cas se recontrent chez des veuves. Sur 430 cas observés par
(1) Encyclopédie méthodique, Dict. de méd.,art. Hystérie, 1798.
iMOYENS PRKVKNTIFS 209
M. Briquet, il s'en est trouvé 14, seulement, chez des veuves : soit, au total, environ une veuve sur 30 malades hystériques. On conviendra que c'est peu, et que cette proportion déjà si infime pourrait diminuer encore, si l'on recherchait soigneusement les causes étrangères au veuvage (jui ont pu amener les attaques d'hystérie chez quelques-unes de ces femmes; ainsi, le chagrin d'avoir perdu leur mari, la misère dans laquelle cette perte a pu les plonger et bien d'autres circonstances encore, suffiraient à rendre compte de l'invasion d'une maladie aussi essentiellelement nerveuse. Enfin, il faudrait savoir si ces veuves hystériques ne l'étaient pas déjà antérieurement à la mort de leur mari et même avant leur mariage. Or, ce ne sont plus là des incertitudes, mais des vérités, dont la démonstration ressort d'une longue discussion à laquelle se livre M. Briquet pour établir :
« 1" Que les femmes veuves ne sont pas plus que les autres femmes exposées à l'hystérie ; que chez elles, cette affection résulte bien plus souvent des affections morales auxquelles elles ont été en butte, que de toute autre chose.
» 2° Que cette maladie n'est pas plus commune chez les personnes qui, par état, vivent dans la continence, que chez les autres; qu'elle peut être, au contraire, très-fréquente, chez celles qui n'y vivent pas du tout (1). «
Selon Burdach (2), l'abstinence complète des plaisirs vénériens nuit plus à l'organisme entier chez la femme que chez l'homme, et les femmes non mariées sont fréquemment atteintes de désordres des règles, de chlorose et d'écoulements muqueux ; elles ont une grande propension à la mélancolie et sont sujettes à succomber sous les atteintes de quelques maladies graves; mais, ajoute aussitôt ce célèbre physiologiste, leur santé se maintient, lorsqu'elles s'occupent l'esprit et qu'elles trouvent à se satisfaire dans une sphère d'action en harmonie avec leurs facultés. Or, nous n'avons pas dit autre chose.
Dans ces circonstances, beaucoup de médecins ordonnent le mariage, comme ils ordonne-
(1) B riquet, loco citato, p. 141.
(2) Burdach, Trailé de lihysiologie, trad. de Jourdan^ t. V, p. 120.
raient un remède des plus simples. Nous ne prétendons pas incriminer l'inlention ; elle est bonne assurément, et elle découle, d'ailleurs, des idées qui ont cours dans la science, depuis des siècles, sans qu'on ait osé les soumettre à une révision quelconque. Du moins, ici, les bonnes mœurs sont sauves, et bien peu de nos confrères sentent la responsabilité qu'ils assument, en provoquant de ces unions sectmdùm arteni. Il ne faudrait pourtant, pour leur inspirer une plus grande réserve, que leur faire comprendre :
1° Qu'un mariage'inopportun ou prématuré au point de vue de l'économie sociale, est une cause de désordre, de misère et de désespoir, qui va s'aggravant sans cesse, et se multipliant à mesure que s'accroît la famille nouvelle ;
2° Que dans l'immense majorité des cas, ou le mariage ne remplit pas l'indication qu'on se propose, ou il n'est pas le seul moyen curatif auquel on eût pu recourir.
La première de ces deux propositions nous paraît suffisamment démontrée par ce que nous avons dit déjà. Quanta la seconde, il nous reste
à la justifier, et c'est à quoi nous allons nous appliquer.
C'est une question importante et qui a été déjà souvent agitée, que celle de savoir si, dans certaines circonstances, le mariage peut être conseillé aux femmes, comme moven curatif.
Un médecin de Berlin, le docteur Casper, nous fournit à cet égard une manière de voir qui peut utilement servir de guide aux hommes de l'art (1).
Combien de fois, — s'écrie-t-il, — n'entendons-nous pas dire, par des médecins, ou par des personnes étrangères à l'art de guérir, qu'une jeune femme ou une jeune veuve, en proie à une maladie nerveuse, n'a de guérison à attendre que du mariage, c'est-à-dire de la satisfaction constante et réglée de l'instinct de la génération, et combien de fois aussi n'avonsnous pas perdu notre sérieux, en entendant répéter ce mot connu de Méphistophélès : Ce n'est que par un point qiton peut guérir leurs éternels soupirs !
(1) Le docteur Gasper, De l'influence du mariage sur la durée de la vie Immaine. (Voy. Annales d'hygiène publ. et de méd, légale, 1" série, t. XIV, p. 237.)
Mais cette opinion est-elle fondée sur l'expérience? A la vérité, chaque médecin peut avoir vu, dans quelques cas, dos spasmes hystériques disparaître, chez les femmes, par l'effet du mariage ; mais il n'en est peut-être pas non plus un seul qui ne convienne d'avoir vu quelquefois ce moyen être non-seulement inutile, mais encore nuisible, comme nous pourrions en trouver des preuves convaincantes dans un grand nombre de faits bien observés. Nous sommes loin, cependant, de prétendre que ces faits puissent suffire pour résoudre complètement la question que nous envisageons ici, pour la première fois, sous ce point de vue. Il nous est impossible seulement de ne pas admettre, ainsi que tout l'indique, que le mariage, amenant la satisfaction des désirs vénériens, exerce une influence favorable sur la santé de la femme et contribue à prolonger sa vie. Comment expliquer autrement la différence notable de mortalité qui existe entre les filles et les femmes mariées, pendant tout le temps où celles-ci deviennent ordinairement mères, c'est-à-dire de 20 à 45 ans, différence qui, d'après des statistiques
récentes, s'élève à plus de 29 pour 100 en faveur du mariage? Toulefois cette différence de mortalité nous semble si considérable, que la raison toute physiologique que nous venons d'indiquer ne peut suffire pour l'expliquer. Il est plus rationnel de tenir compte, en même temps, de la position qu'occupent les femmes mariées, qui trouvent dans la société une condition plus assurée, de douces satisfactions intérieures, et sont forcées de déployer une activité qui devient favorable à leur santé, tandis que les femmes qui restent dans le célibat, vivent, en général, dans une moins grande aisance , surtout aujourd'hui que l'intérêt est le mobile dominant et que le défaut de dot empêche tant de femmes de trouver un mari. Tourmentées, d'ailleurs, par la conscience qu'elles ont d'être retenues dans une position inférieure, et de mener une vie sans but, les filles se consument dans le chagrin, ou bien, dans les classes inférieures, elles s'abandonnent volontiers au libertinage, et s'exposent à tout ce qui peut en résulter de fâcheux pour leur honneur et pour leur santé.
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Quant à l'homme, dans l'état ordinaire, et lorsqu'il est arrivé à l'âge de la puberté, la sécrétion du sperme a lieu plus ou moins abondante, selon le tempérament d'abord, et ensuite en raison des préoccupations habituelles. Le cerveau possède, en effet, une influence des plus puissantes sur l'activité fonctionnelle des testicules, et la salacité tient souvent plus au vide de la tête qu'à la plénitude des bourses. En conséquence, celui qui caresse des idées lubriques ou qui se plaît à la contemplation d'images capables de surexciter le sens génital, celui-là sécrétera de la liqueur séminale en grande quantité.
Au contraire, celui dont l'esprit sera tendu vers des objets sérieux, qui concentrera, par exemple, ses facultés intellectuelles sur des études abstraites, celui-là fournira, dans un temps donné, une quantité de sperme bien moins considérable que le premier. Celui-ci sera libre de toutes suggestions de la part des organes génitaux, celui-là en sera obsédé, tyrannisé.
Dans le premier cas, la nature suscitera des
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pollutions nocturnes etpeut-êtremême diurnes, sources d'un dépérissement rapide.
Dans le second cas, des pollutions nocturnes rares, et amenées seulement parle trop-plein des vésicules séminales, seront suivies d'un état de bien-être et d'une lucidité d'esprit très-remarquable.
Les pollutions nocturnes sont, comme on le sait, un moyen par lequel l'organisme s'exonère du superflu de la matière et se maintient en liberté. Elles ne revêtent les proportions d'une maladie que lorsqu'elles sont immodérées.
Au demeurant, les besoins sexuels ne sont pas aussi incoerciblesqu'on lesupposegénéralement, et ils peuvent être domptés par l'intervention d'une volonté quelque peu énergique. Il y a par conséquent, selon nous , autant d'injustice à accuser lanature des désordres qui sont sous la dépendance du sens génital, mal dirigé, qu'il yen aurait à lui attribuer une entorse ou une fracture produites accidentellement.
Ce n'est que par exception qu'on rencontre, dans l'espèce humaine, des individus chez lesquels un état morbide a tellement exalté Tins-
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tinct sexuel, que la continence produit, chez l'homme, la rougeur, la tuméfaction et l'endolorissement du scrotum, des érections continuelles et une tension douloureuse dans le cordon spermalique et les vésicules séminales, sans compter, surtout chez les sujets à imagination vive, les phénomènes moraux les plus extraordinaires, et enfin la rage du satyriasis. Ainsi, au rapport de Burdach, un jeune ecclésiastique, rigide observateur de ses vœux et dont les lectures ascétiques avaient achevé de troubler l'intelligence, tomba dans la mélancolie, prit en horreur les hommes et lui-même, et entra plus d'une fois dans des accès de fureur; après avoir suspendu l'effet d'une pollution nocturne, il eut des visions de femmes entourées d'une auréole électrique ; bientôt il se crut possédé du diable, s'imagina être Achille, Alexandre, Henri IV, et ne recouvra la santé qu'après l'accomplissement de l'acte vénérien.
Nous avons tenu à consigner ce fait, pour montrer que, dans certains cas, excessivement rares, il faut savoir faire violence au précepte que nous avons formulé ; mais nous ne saurions