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C. Des obstacles par modifications organiques delà femme

Les conditions matérielles dans lesquelles est placé le sexe, exercent une influence des plus manifestes sur sa fécondité. C'est un fait d'observation qui peut être vérifié chaque jour et que n'ignorent point les éleveurs, à savoir : que l'embonpoint chez les femelles estordinairement un indice de stérilité. Un grand génie moderne, Fourier, l'immortel auteur de VAnaloftie passionnelle, avait déjà dit, à propos de la rose double : qu'une fleur qui devient double, est une fleur qui transforme des étamines en pétales, qui, pa r conséquent, devient stérile par exubérance de séve et de richesse. Appliqué à la femme, ce principe reçoit la confirmation la plus écla-

(1) Lettre de M. Berlillon à M. Marchai (de Calvi), 17 mars

tante. Voyez, en effet, ces malheureuses de la plus basse condition, ces femmes du peuple, chétives, exténuées et souffreteuses, comme elles pullulent 1 tandis qu'à côté d'elles, la grande dame, aux chairs abondamment doublées de tissu adipeux, adonnée à la vie de boudoir, entourée de toutes les délicatesses du luxe, ne donne à son heureux époux qu'un ou deux héritiers, parfois même longtemps attendus. Il suffit d'avoir des yeux pour vérifier le fait que nous avançons ici.

Il est peu de praticiens qui n'aient eu l'occasion de reconnaître ce que nous venons de dire ; et quand l'attention aura été éveillée davantage sur ces faits, leur nombre paraîtra vraisemblablement beaucoup plus grand. En voici un bien remarquable que rapporte un médecin anglais, M. Loudon.

« Une femme n'avait pas eu d'enfants dans la prospérité, et dès qu'elle fût devenue pauvre, quoiqu'elle ne fut pas privée de viandes, elle se vit, en peu d'années, mère d'une nombreuse famille. Avant son revers de fortune elle menait, du matin au soir, une existence somptueuse et

dissipée à Londres, éprouvant le dépit de n'être pas admise dans une classe au-dessus de sa condition, morlifiée de ce que ses charmes, ses bijoux, ses dîners splendides, ses bals n'étaient point en vogue parmi l'aristocratie (1). »

Considérons, encore, à l'appui de notre thèse les moyens que mettent en œuvre les propriétaires des étangs de la Sologne, pour la multiplication des carpes. Demandons à leur expérience par quel procédé on exagère la vertu prolifique de la femelle, et voici ce qu'ils nous répondront :

Les étangs de la Sologne sont si favorables à la croissance des carpes, que la rapidité du développement de leur taille, — luxe — les rend tout à fait infécondes et qu'ils sont obligés, eux propriétaires , pour conserver de la graine de leur poisson, d'avoir des carpières de misère, où ils tiennent captives les carpes exclusivement destinées à la reproduction. Ces carpières, spéciales à la reproduction, sont d'étroites pièces d'eau où les carpes femelles sont entassées par myriades,

(1) Solution du problème de la population et de la subsistance, p. 306.

sont les unes sur les autres, meurent de faim , en un mot. Ne pouvant profiter, ces carpes pondent ; et ces pondeuses fécondes ont été baptisées en Sologne du nom significatif de peinards. A nous, maintenant, de tirer la conclusion, et de constater l'analogie qui rapproche la carpe cidessus et la femme du peuple, dont la fécondité nous alarme à si juste titre. Ces ménages entassés les uns sur les autres dans les étroites carpières des cités industrielles, ces marmots qui végètent dans les bas-fonds de nos sociétés, c'est le j^mart? humain.

Le corollaire de ce qui précède est celui-ci : Aussi longtemps que la misère ira croissant, la fécondité du sexe suivra une marche pareille; et il n'existe qu'un seul procédé pour mettre un frein à cette déviation de la force plastique; c'est de placer toutes les femmes dans un milieu confortable, dans une sorte de luxe relatif. Hors de là, point de salut.

Mais si la misère et les privations exaltent la fécondité chez la femme, l'aisance et le bien-être augmentent, de leur côté, la puissance prolifique de l'homme. Cette vérité est mise hors de doute

par les recherches des statisticiens les plus autorisés, comme nous le ferons voir tout à l'heure. Et il n'y a rien là qui choque les idées de la saine physiologie, attendu que le mâle, dans les rapprochements sexuels, est toujours un instrument actif, alors que la femelle peut très-bien ne concourir à l'acte de la reproduction qu'à titre d'instrument passif, sans que le résultat final de la fonction en soit compromis le moins du monde. Or, il est aisé de concevoir que l'homme soit peu enclin aux plaisirs de l'amour, quand il souffre de la faim, ou qu'il est insuffisamment nourri , comme aussi lorsqu'il succombe sous le poids de la fatigue corporelle, ou que son esprit est accablé par les soucis d'une existence mal assurée. Sine Baccho et Cerere friget Venus.

Voici maintenant nos preuves, que nous puisons dans un travail de Villermé (1) :

L'hiver et la fin de l'automne sont, en général, relativementau reste de l'année, des saisons de repos, et, de plus, le temps où la masse du peuple a la meilleure et la plus abondante nour-

(1) Villermé, De la distribution par mois des conceptions et des naissances de l'homme. (Annales d'hyg. publ. et de méd. légale, 1" série, 1831 ; t. V, p. 55.)

riture. Ces circonstances donnent de la vigueur au corps ; il est vrai que d'autres conditions particulières à ces époques, comme les fêtes, les bals, les spectacles, qui mettent les sexes en présence l'un de l'autre, peuvent confondre leur action avec celle des causes susdites, et il n'est pas facile de les isoler. Nous attribuerons donc à leur réunion, — forcé que nous sommes d'en agir ainsi, — cet accroissement considérable qu'on observe dans la proportion des naissances du mois de septembre, comparativement à celles du mois d'août, ou bien dans la proportion des conceptions de décembre, comparées à celles du mois de novembre.

Et cet excédant est tel, que si, par exemple , l'on ramène toutes les naissances à 12,000, pour les mois de 31 jours, et si l'on prend des pays entiers, on arrive aux résultats suivants :

Excédant des naissances du mois de septembre, comparées à celles

du mois d'août.

Pour la France • • • 54

Pour les anciens déparlemenls réunis des Etats

sardes jet de l'Italie 61

Pour les anciens dépirleinenls français du Nord. 73

Pour les Pays-Bas 73

Pour le Wurtemberg plus de 100

Pour la Suède 173 et 221, etc.

Pour ce dernier pays, la différence est si grande, qu'on ne peut s'empêcher de la chercher ailleurs que dans les causes communes que nous avons invoquées plus haut. Il faut les rapporter, pour une grande part, par exemple, aux longues nuits du mois de décembre, eL au retour des pêcheurs, qui rentrent communément dans leurs familles en novembre et décembre, après une absence prolongée. Cependant, l'abondance et le bonheur qu'ils ramènent avec eux, doivent certainement aussi jouer leur rôle , dans le plus grand nombre des conceptions qui coïncident avec cette période de l'année.

Nous voici donc déjà conduits à croire qu'une des conditions principales de l'énergie de la fécondité est d'être largement nourri et favorablement disposé au moral. Voyons actuellement si l'expérience confirmera cette induction.

Le retour annuel, périodi(iue, des époques de rareté des vivres, ne s'aperçoit pas mieux, dans les résultats des naissances pour les années communes, que les époques des grands travaux, parce que, sans doute, dans ces mêmes années, personne, pour ainsi dire, n'éprouve de

A. MAYER, KAI'l'. CONJ. 1/

disette pendant un seul jour. Mais, quand une moisson a principalement manqué dans le pays, la cherté du pain, la difficulté de se le procurer, y rend une partie de la population très-misérable, surtout pendant les mois qui précèdent la récolte suivante.

Ce résultat est nettement mis en lumière par la disette de 1816. Ainsi, on trouve qu'il y a eu, proportion gardée avec les autres années, bien moins d'enfants conçus depuis novembre 1816, jusques et y compris septembre 1817, principalement pendant les mois d'avril, mai, juin et juillet. C'est à ce point que, dans certains déparlements, où la disette a sévi le plus cruellement, tels que le Haut et le Bas-Rhin, la Moselle, la Meurthe, la Meuse, l'Aisne, le Nord, l'Ain, etc., les derniers mois que nous venons de nommer, et qui comptent toujours le plus grand nombre de conceptions de l'année, n'en ont eu en 1817 que le minimim, et que l'on voit les naissances diminuer chaque mois, à dater de février 1817 jusqu'à février, mars ou même avril 1818, et augmenter ensuite chaque mois, pendant tout le reste de cette dernière année.

L'influence du carême, si elle existe, doit se révéler par les naissances du mois de décembre qui correspond, pour les conceptions, au mois de mars, époque de jeûne et de macérations.

Voici, en effet, ce qu'on constate pour la France :

1" Avant 1788, les naissances du mois de décembre sont moins nombreuses que celles de novembre. C'est au point qu'à Paris leur minimum absolu tombe en décembre.

2° Dans l'intervalle de 1788 à 1800, époque de la révolution, où les principes religieux se relâchent, les naissances de décembre sont en plus grand nombre que celles de novembre.

3° Depuis 1817 et jusqu'à ces dernières années, alors que les pratiques religieuses ont repris leur empire, les naissances du mois de décembre deviennent, de nouveau, moins nombreuses.

4° Enfin, une circonstance curieuse, c'est que dans la ville de Paris, pendant le dernier siècle, le mois de décembre n'a jamais eu si peu de naissances, conséquemment mars moins de conceptions, qu'avant les dernières années du

règne de Louis XV, quand on observait avec rigueur l'abstinence du carême; et qu'à dater de l'époque où l'on s'est relâché graduellement de cette abstinence, décembre a vu naître progressivement plus d'enfants.

Il est des hommes qu'aveugle la crainte de toute réforme sociale , à ce point que pour faire accepter aux victimes les iniquités de nos institutions, ils trouvent les prétextes les plus futiles pour légitimer l'énorme distance qui sépare les diverses classes de la société. Nous allons en citer un exemple :

On lit dans un ouvrage qui renferme d'ailleurs d'excellentes idées, le passage qui suit :

« L'inégalité des conditions a été et sera de tous les temps, et elle est nécessaire à l'ordre ; car elle est la source d'où naissent ces rapports de politesse, de bienveillance et d'affection qui entretiennent l'harmonie dans la société (1). »

Qui a jamais prétendu que tous les hommes fussent égaux en condition ? l'égalité des droits et des devoirs n'aboutit nullement à ce résul-

(1) I. Druhen aîné, Des causes de l'indigence et des moyens d'y remédier, p. 338.

tat, attendu qu'il faudrait encore l'égalité d'intelligence, de force et de vertu ; ce qui n'existe pas et ne saurait jamais exister.

Mais serait-il vrai qu'entre cette égalité absolue, chimérique, et l'inégalité choquante dont nos yeux et nos cœurs sont affligés aujourd'hui, il n'y eût pas de milieu réalisable? Par respect pour la Providence nous nous garderons de le croire!

Et puis, quoi encore! C'est pour donner lieu à des rapports de politesse^ de bienveillance, d'affection, que Dieu voudrait l'espèce humaine partagée en deux catégories, où l'on verrait d'un côté les heureux et de l'autre les misérables, ici l'opulence, là la détresse? En vérité, nous n'admettrons jamais qu'il faille acheter si cher des avantages de cette sorte, qui se rencontrent communément, même entre gens d'égale condition.

Nous avons établi et prouvé, par de légitimes analogies, que la fécondité chez la femme était en rapport direct avec l'intensité des privations qu'elle endure. L'interprétation de cette loi, que la physiologie n'a point encore enregistrée, que

nous sachions, ne nous paraît pas difficile. Il ne répugne nullement, en effet, d'admettre, que la force plastique, ne trouvant pas à épuiser son action dans l'élaboration de matériaux destinés à l'entretien de l'individu, emploie son surcroît d'énergie au bénéfice d'une fonction d'un autre ordre : celle de reproduction. Ce n'est là qu'une hypothèse, assurément, mais il en est de plus hasardées qui ont obtenu droit d'asile dans la science. Que si, maintenant, nous cherchions à expliquer cette sorte d'antagonisme entre la nutrition et la reproduction, nous commencerions encore par rappeler un fait :

Il est d'observation que, dans toute la série animale, plus la durée d'une espèce est précaire, soit à cause de son organisation, soit par les chances de destruction auxquelles l'exposent ses mœurs ou l'hostilité d'espèces rivales, et plus la nature s'est ingéniée à la perpétuer, en multipliant la fécondité des femelles. En d'autres termes, plus le rang de l'animal se rapproche du bas de l'échelle zoologique, et plus le temps de la gestation est court, plus aussi est

considérable le nombre des petits, par chaque portée.

Pourquoi, nous le demandons, la nature n'aurait-elle pas fait, pour l'homme, ce qu'elle a fait pour la brute? Et ne serait-ce pas là le secret de la durée merveilleuse de certaines populations et de certaines nations même, qu'on pourrait considérer presque comme des variétés infimes de l'espèce humaine , tant elles ont dégénéré du type primitif? Eh bien ! oui; nous croyons fermement que si la femme pauvre est plus féconde que la femme opulente, il faut y voir non-seulement le fait de l'imprévoyance dans les rapports conjugaux, mais encore l'effet de la sollicitude de la nature pour la conservation des espèces. De sorte qu'il est permis d'espérer qu'après la disparition de la misère, surgira l'équilibre de la population, et qu'il n'y aura plus lieu de réprimer une fécondité calamiteuse, seulement au point de vue de l'état actuel des choses. Quand les chances de mortalité auront de beaucoup diminué, par une meilleure organisation du travail et une plus juste répartition du bien-être, la pérennité de l'es-

pèce n'aura plus besoin d'être garantie par l'exagération du nombre des naissances, et le but que nous poursuivons sera complètement atteint.

Nous livrons cette théorie aux penseurs, avec toute la discrétion que commande une vue à priori.

Il est, enfin, un autre moyen d'atténuer la fécondité malheureuse de certaines familles, et qui rentre dans la catégorie de ceux dont il est ici question. Le même médecin anglais, que nous avons déjà cité, le docteur Loudon, préconise l'allaitement prolongé, pour enchaîner les fonctions de l'utérus et prévenir la fécondation.

Nous verrions dans la généralisation de cette pratique un autre avantage, celui de diminuer le nombre des maladies de la matrice, auxquelles ne nous parait pas étrangère l'habitude, aujourd'hui tant répandue parmi les jeunes mères, de confier leurs enfants à des nourrices mercenaires. Les glandes mammaires condamnées au repos, l'utérus reçoit un excès de stimulation, en vertu du consensus qui réunit ces organes en un seul système ; et de là résulte la susceptibi-

lité morbide qui rend si fréquentes, de nos jours, les affections utérines, qu'un écrivain, étranger aux choses de la médecine, — Michelet, — a cru pouvoir appeler ce siècle, celui des maladies de la matrice (1) .

D. Des rapports conjugaux en dehors de l'époque propice à la conception.

Il y a tout lieu de croire, tout d'abord, que la Providence n'a pas dû laisser à l'homme la faculté de détruire l'harmonie de la création et de troubler, par son industrie, l'ordre admirable qui préside aux grands phénomènes de la nature. Tout ce qui touche à la conservation des espèces devrait être, si cette opinion était vraie, soustrait à notre libre arbitre. Mais quand on réfléchit aux conquêtes merveilleuses de la science moderne, sur d'autres points, on ne tarde pas à voir combien ont été reculées les limites du possible, et combien de secrets ont été révélés à la curiosité inquiète de l'homme, qu'on eût pu croire à jamais voilés à son intelligence. L'économie générale du globe en a, à la vérité,

(1) Michelet, l'Amour, introduction, p. iv.

éprouvé une certaine perturbation. Ainsi, la climature s'est trouvée modifiée par le déboisement des montagnes ; les saisons ne se succèdent plus avec la même régularité qu'autrefois; des inondations périodiques, de fréquents tremblements de terre, jettent l'épouvante parmi les populations; le parasitisme menace de destruction nos plus précieuses récoltes; et qui sait si l'électricité atmosphérique n'a pas subi de profondes modifications, sous l'influence de ces vastes réseaux de chemins de fer qui sillonnent actuellement toutes les contrées du globe? Il est donc bien avéré, désormais, que l'action de l'homme sur le monde s'étend sans cesse, et que son pouvoir n'est pas aussi étroitement circonscrit qu'on aurait pu le supposer. S'il doit en résulter un préjudice momentané, nul doute que le remède ne se trouve à côté du mal, et que, dans un avenir plus ou moins éloigné, notre planète ne revête, par la puissance du génie humain , une physionomie nouvelle , prélude d'une phase supérieure de son évolution.

Pour en revenir plus particulièrement au sujet qui doit nous occuper à cette heure, consta-

tons,en passaiit,ce que l'intervention de l'homme a produit déjà dans le règne organique. Que de variétés nouvelles produites dans les végétaux! quelles transformations parmi nos animaux domestiques! Bien plus : des fécondations artificielles ajoutent aujourd'hui à l'œuvre de la nature, et une découverte importante semble promettre à l'homme la possibilité de limiter sa progéniture, selon sa volonté et ses besoins.

Quelque dérangement que ce fait puisse apporter aux idées spéculatives que nous avions conçues à ce sujet, force nous est bien de nous incliner devant une théorie raisonnable, basée sur l'expérience, et qui paraît en ce moment rallier les meilleurs esprits. Sans doute, que le danger de l'intervention humaine n'est pas aussi sérieux que nous le supposions, et que le Créateur tient en réserve le préservatif, encore inconnu, qui doit en atténuer les fâcheuses conséquences. Il résulte, en effet, des recherches de plusieurs physiologistes, et, entre autres, d'un travail de M. le professeur Pouchet de Rouen , couronné par l'Académie des sciences en 1845 :

1° Que la fécondation offre un rapport constant avec la menstruation ;

2° Qae sur l'espèce humaine, il est facile de préciser rigoureusement l'époque intermenstruelle où la conception est physiquement impossible, et celle où elle peut offrir quelque probabilité (1).

Pour établir cette loi, l'auteur s'appuie sur les données expérimentales que nous allons rapporter.

Il est généralement admis, que les ovules des mamuiifères sont émis à des époques déterminées, en rapport avec la surexcitation de l'appareil sexuel, et que cette surexcitation correspond à la menstruation chez la femme; par conséquent, il faut reconnaître aussi que l'ovulation dans l'espèce humaine est subordonnée à la fonction cataméniale, et qu'il est possible d'en assigner rigoureusement l'époque.

D'autre part, il est hors de conteste : 1° que les vésicules de Graaf, chez la femme, n'émettent

(i) Pouchet, Théorie posUive de Vovulalion spontanée et de la fécondation des mammifères el de l'espèce humaine, Imnée sur l'observation de toute la série animale, p. 270. Paris, 1847.

leurs œufs qu'à l'issue delà menstruation, soit immédiatement après, soit un , deux , trois ou même quatre jours plus tard ; et S» que les trompes emploient de deux à six jours, pour transmettre l'œuf à l'utérus. Si cet œuf a rencontré dans son trajet quelques molécules de fluide séminal, s'il est fécondé, par conséquent, il reste dans la matrice et s'y développe. Dans le cas contraire, après avoir séjourné dans cet organe, un certain temps, il en est enfin expulsé avec la decidua([); celle-ci l'entraîne dans sa chute, qui s'opère dix à douze jours aprèsla cessation de l'écoulement menstruel.

Or, comme il ne se produit point d'œufs à d'autre époque, la conception ne peut évidemment avoir lieu que dans les premiers jours qui suivent la menstruation et avant la chute de la decidua; après celle-ci, la fécondation est matériellement impossible. L'œuf a disparu.

Déjà ce phénomène avait été pressenti dès les temps les plus reculés, et les physiologistes,

(1) Produit de l'exsudation qui se dépose sous forme d'uno membrane éphémère, cà la surface interne de l'utérus, vers le d('. clin de Tirritation qui suit l'époque cataméniale.

A. MAYER, RAI'P. CONJ. j =

aussi bien que les accoucheurs, s'accordaient à considérer comme particulièrement favorables à la conception, les premiers jours qui suivent l'époque menstruelle; le père de la médecine avait érigé en précepte, pour les femmes stériles, de rechercher les rapprochements conjugaux, pendant les jours qui suivent immédiatement les règles-, mais il était réservé à notre siècle de préciser un fait vaguement soupçonné et de l'étayer sur des preuves scientifiques.

Cependant, on serait en droit d'objecter que l'imprégnation de l'ovule, pouvant s'opérer à un moment autre que celui de l'union des sexes, il suffira à cet ovule de rencontrer dans sa pérégrination à travers les organes, quelque particule du liquide séminal, pour être fécondé. Mais on va voir dans quelles circonstances les choses peuvent se passer ainsi, et quelles sont celles où le phénomène ne peut absolument pas se produire.

Rappelons donc comment s'accomplit le phénomène :

La vésicule de Graaf, qui doit émettre l'ovule,' se développe pendant le cours de l'époque mens-

MOYENS PRÉVENTIFS 25i

truelle. Puis,, soit immédiatement, soit de un à quatre jours après sa terminaison, cette vésicule s'ouvre et laisse échapper l'ovule qu'elle contenait. Alors l'œuf, saisi par le pavillon, pénètre dans la trompe, qu'il parcourt lentement, jusqu'à ce qu'il parvienne dans l'utérus, ce qui demande de deux à six jours.

Arrivé dans la matrice, l'œuf s'y trouve encore retenu de deux à six jours, par la decidiia, dont nous avons déjà parlé. S'il n'est point alors imprégné de sperme, il ne se fixe point et se trouve entraîné avec la decidua, qui tombe du dixième au douzième jour, à partir de la cessation des règles. Conséquemment, il peut se faire que l'imprégnation de l'ovule ait lieu par des molécules de sperme, provenant d'un coït antérieur d'un à deux jours, parce qu'il est démontré que ce liquide conserve ses propriétés fécondantes pendant plus de trente heures, tandis qu'un rapprochement sexuel opéré après la chute simultanée de la decidm et de l'œuf, et durant tout le temps qui sépare cette chute de l'invasion d'une nouvelle période menstruelle, est absolument et nécessairement infécond.

236 DES ÉPOUX ET DE LA PKOGËiMTUUE

De ce qui précède, il résulte donc incontestablement, que la conception ne peut avoir lieu, après le douzième jour qui suit la cessation des règles et jusqu'à l'apparition de la période menstruelle suivante. On peut ajouter encore, qu'elle est tout aussi improbable pendant la durée de l'écoulement sanguin, parce que l'ovule ne parvient habituellement dans l'utérus, comme nous l'avons vu plus haut, que plusieurs jours après la cessation du flux cataménial. Il reste donc environ huit jours par mois, — du quatrième au douzième, après la période menstruelle, — pendant lesquels les rapprochements sexuels ont chance d'être féconds.

C'est à la connaissance, ou plutôt à la prescience de ce fait, que l'histoire attribue le conseil donné par Fernel à Henri II, qui, après onze ans de mariage demeuré stérile, vit, en se conformant aux recommandations de son médecin, sa femme, Catherine de Médicis, lui donner plusieurs héritiers.

Boërhaave avait dit déjà : Feminœ semper concipiunt post ultima menstrua et vix ullo alio tempore.

Haller, Burdach (i)et plusieurs autres avaient émis la même opinion.

Enfin, les expériences les plus récentes, entreprises pour la solution de ce problème éminemment digne d'intérêt, s'accordent à sanctionner la découverte de la période intermenstruelle, propice à la fécondation, chez la femme et la plupart des femelles des mammifères.

Il en découle naturellement, que la contrainte morale peut être bornée à ce laps de temps, ce qui la rendra, certes, bien plus facile à observer.

Depuis un grand nombre d'années nous avons mis à profit, dans notre pratique, la connaissance de la loi promulguée par M. Pouchet, en vue de détourner les époux des habitudes vicieuses qu'ils apportaient dans leurs rapports sexuels, pour ne point augmenter leur famille ; et nous pouvons affirmer que nous n'avons pas rencontré, jusqu'à présent, beaucoup de faits qui démentent la théorie que nous venons d'exposer. Cependant, nous devons à la vérité de dire que quelques exceptions nous ont été

(1) Burdach, Traité de physiologie, trad. de l'allemand t 11 p. 118. Paris, 1838. ' " '

signalées, en très-petit nombre, il faut le reconnaître, par des confrères qui nous ont assuré avoir fait les mêmes recommandations à leurs clients. On est en droit de se demander si ces observations ont été entourées de toutes les garanties désirables en pareille matière.

E. Des obstacles par artifices.

Les artifices employés dans le but (Vempécher la fécondation , sont condamnables comme antihygiéniques et immoraux. Nous essayerons de le démontrer dans le chapitre suivant, en indiquant les périls qu'ils entraînent pour l'individu qui les met en pratique, et pour les institutions sociales, dont ils compromettent le jeu normal.

I II. Des moyens destructifs.

En usage dans les sociétés païennes des temps anciens, et encore aujourd'hui, parmi certains peuples sauvages, ces moyens sont: l*» l'avortement, 2" l'exposition ou la destruction de l'enfant, au moment de sa naissance. Diffé-

rents motifs présidaient ou président encore à ces sacrifices abominables. Tantôt, c'est la faiblesse physique de l'enfant, tantôt un vice de conformation, quelquefois c'est la superstition ; mais, le plus souvent, le seul mobile, c'est le désir d'échapper à une charge incommode, ou de se soustraire à des devoirs pénibles.

L'infanticide était permis chez la plupart des peuples de l'antiquité, et il l'est encore, aujourd'hui, dans beaucoup de contrées où n'a pas pénétré la civilisation. Les nouveau-nés y sont mis à mort ou exposés, de manière à ce qu'ils doivent nécessairement périr, si le hasard ou la compassion ne viennent à leur aide. Chez presque tous les peuples de la Grèce, le nouveau-né était étendu aux pieds du père, jusqu'à ce que celui-ci eût décidé de son sort. Cette coutume était surtout très-répandue parmi les Athéniens. Les Thébains seuls l'avaient frappée de réprobation ; Romulus, qui voulait favoriser la population, défendit d'exposer les enfants mâles et les filles aînées, et ne permit l'exposition des autres filles qu'après l'âge de trois ans révolus. Cependant, la corruption des mœurs ne tint

bientôt plus aucun compte de ces restrictions, et les Romains adoptèrent la coutume des Grecs, en noyant leurs enfants et en les abandonnant sur les places publiques, pour qu'ils y fussent dévorés par les animaux, ou bien ils les déposaient à la porte des célibataires qui en faisaient leurs esclaves.

L'infanticide et l'exposition étaient de même en usage chez les Perses, les Mèdes, les Cananéens, les Babyloniens et autres peuples de l'Orient, à l'exception des Israélites et des Égyptiens. Les Scandinaves tuaient leurs rejetons par pure fantaisie. Les Norwégiens, après avoir soigneusement emmaillotté leurs enfants, leur mettaient quelques aliments dans la bouche, et les déposaient sous des racines d'arbres ou des pierres, pour les préserver des bêtes féroces. L'infanticide était de même permis chez les Chinois, et l'on voyait encore, pendant le siècle dernier, des voitures parcourir, chaque jour, les rues de Pékin, pour y ramasser les cadavres des enfants. Aujourd'hui il existe des maisons pour recevoir les enfants abandonnés par leurs parents. La même coutume s'observe aussi au

DES MOYENS DESTHUCTIFS 261

Japon, dans les îles de la mer du Sud, à Otahiti et chez plusieurs peuplades sauvages de l'Amérique. On rapporte que les Jaggas de Guinée dévorent leurs propres enfants (1). Nous avons dit les motifs qui déterminaient l'infanticide.

Les Grecs, dans les cas de difformité, qui n'empêchaient pas la persistance de la vie, sacrifiaient les enfants, parce que leur existence serait devenue onéreuse à leur famille, et sans utilité pour l'État.

A Rome, cependant, on usait d'un semblant de légalité, et l'on exigeait, avant de mettre les monstres à mort, qu'ils eussent été vus par cinq voisins; mais la loi des Douze Tables relevait le père de cette unique formalité, et lui donnait le droit de faire périr ses enfants atteints de conformation vicieuse. Les sauvages du nord de l'Amérique et les Péruviens sacrifient impitoyablement tous les enfants mal conformés.

A Sparte, comme on sait, l'individualité disparaissait devant la raison d'État. Aussi les lois de Lycurgue laissaient au magistrat le soin de décider si le père devait ou non élever son

(l) Burdach, Traité de physiologie, t. V, p. 85 et suiv.

enfant, et si celui-ci était reconnu débile ou vicieusement constitué , on le précipitait dans un abîme. Platon et Aristote, dans leurs institutions, condamnaient à l'exposition les enfants faibles et jugés inhabiles à servir la république.

A Athènes, c'étaient surtout les filles qui, dans les classes inférieures, étaient vouées à la mort. Les anciens Norwégiens suivaient la même coutume à Tégard des filles, quand il y en avait déjà plusieurs dans la même famille.

Sur les côtes de Guinée, au Pérou et parmi les Hottentots, dans les cas de grossesse gémellaire, le plus faible des produits est mis à mort, et de préférence la fille, quand ils sont de sexe différent.

A Madagascar, à la Nouvelle-Grenade et au Groenland, quand la mère succombe, pendant ou après l'accouchement, on enterre vif son enfant avec elle.

En cas de disette ou de misère, on tue les enfants en Chine, à la Nouvelle-Hollande et au Kamtschatka, comme jadis à Athènes.

Quelquefois ce sont des idées superstitieuses

DES MOYENS DESTUUCTIFS i63

qui président à l'infanticide. Au Canada, certaines peuplades sacrifient le fils premier-né. A Madagascar, on expose les enfants qui naissent dans les jours réputés néfastes. Aux Indes orientales, on fait périr les enfants auxquels les astrologues ont prédit un sort funeste.

Les anciens Celtes plaçaient les nouveau-nés sur un bouclier qu'ils déposaient à la surface d'un fleuve, et regardaient comme le fruit de l'adultère celui qu'entraînait le courant. Les Hottentots tuent l'un des jumeaux, parce qu'ils sont convaincus qu'ils n'ont pu être engendrés tous deux par un seul homme.

L'avortement est encore un moyen fréquemment usité chez les peuples de l'antiquité, et, de nos jours, chez certaines nations barbares. Ce sont les femmes qui accomplissent le sacrifice, tantôt, pour n'être pas séparées de leurs époux pendant le temps de l'allaitement, oi^i elles sont réputées impures, tantôt pour n'avoir pas la peine d'élever leurs enfants.

La pratique de l'avortement n'a rien qui doive étonner, de la part de celui qui ne sait pas que l'embryon est un être doué de vie, parce que

cette vie ne se manifeste pas encore à ses yeux. Aussi, vers les derniers temps de Rome, les femmes ne se faisaient aucun scrupule de se débarrasser d'une grossesse incommode et qui contrariait surtout leurs penchants pour la débauche. Cet usage subsista jusqu'à l'époque d'Ulpien, qui le réprima par des peines sévères.

Mais il n'y a pas jusqu'aux systèmes philosophiques qui n'aient appelé à leur aide la ressource de l'infanticide, dans le but avoué de prévenir l'excès de la population. Platon et Aristote étaient dans ce cas, et les stoïciens justifiaient cette pratique monstrueuse, en professant que l'enfant n'acquiert une âme qu'au moment où il naît à la vie extra-utérine et qu'il commence à respirer. D'où il résultait que, l'embryon n'étant point animé, ce n'était pas commettre un meurtre que de le sacrifier. Rien n'autorisera jamais de semblables pratiques, pour maintenir les limites de la population dans des pays civilisés.

Les attentats contre l'enfance qui se commettent à notre époque ont, presque toujours, pour auteurs, de pauvres filles séduites, et pourcausesj

non un calcul systématique, mais la honte ou la misère qui suivent l'abandon.

Il est malheureusement vrai que l'avortement et l'infanticide sont en voie de progression, nonseulement à Paris et dan? les grandes capitales de l'Europe, mais aussi dans les localités de moindre importance.

Ecoutons, à cet égard, le témoignage si autorisé de M. le professeur Ambroise Tardieu, à qui la science de la médecine légale doit déjà tant de remarquables travaux.

« Ce n'est pas seulement à Paris, — dit-il, — que le crime d'avortement se multiplie d'une manière déplorable. Dans une seule session, en septembre 1856, la cour d'assises de la Drôme statuait sur une affaire dans laquelle 52 accusés comparaissaient comme auteurs ou complices de nombreux avortements, commis dans quelques communes limitrophes de ce département. On sait que, dans certains pays, l'avortement est pratiqué d'une manière presque publique, sans parler de l'Orient où il est, pour ainsi dire, entré dans les mœurs; on le voit en Amérique , dans une grande cité comme New-York, consU-

tuer une industrie véritable et non poursuivie, qui a enrichi plus d'une sage-femme. Le chiffre des décès d'enfants mort-nés et expulsés avant terme, qui s'y est considérablement accru depuis cinquante ans, en est une preuve. Pour une population de 76,770 âmes en 1805, on ne comptait que 47 enfants mort-nés ; en 1849, pour une population de 450,000, le nombre des enfants mort-nés s'est élevé à 1,320, c'est-à-dire que, pour une population qui a sextuplé, le nombre des enfants mort-nés et des naissances prématurées est devenu trente-sept fois plus considérable (1). »

Le même auteur, parlant de l'infanticide, résume ainsi la situation actuelle :

« L'Angleterre ne le cède en rien à l'Allemagne et à la France, au point de vue de la fréquence des crimes d'infanticide. Taylor nous donne, pour deux années assez rapprochées, les chiffres suivants qui ne peuvent laisser de doute sur ce point : En 1862, sur 20,591 enquêtes criminelles qui ont eu lieu en Angleterre et dans le

(1) Arabroisc Tardieu. Étude mcdico-légale sur ravortement, etc., p. 18. Paris, 1863, chez J.-B. Baillière et fils.

pays de Galles, 3,239 ont eu pour objets des enfants au-dessous d'un an, et sur 124 verdicts de meurtres volontaires, plus de la moitié s'appliquaient à des infanticides. En 1863, sur 22,757 enquêtes, 3,664 se rapportaient à des enfants, et parmi celles-ci 166 aboutissaient à des verdicts de meurtre. Comme en France, les accusées étaient, pour le plus grand nombre, des femmes en service (1). »

A Berlin, d'après Casper (2), les autopsies des nouveau-nés forment, cà elles seules, le quart de toutes les autopsies légales. A Paris, cette proportion est dépassée de beaucoup.

Il y a enfin, de notre temps, une espèce d'infanticide qui, pour n'être pas encore bien connue n'en est que plus dangereuse, parce qu'elle jouit de l'impunité. Il y a des parents qui reculeraient avec horreur devant l'idée de donner la mort à leurs enfants, bien qu'ils désirassent vivement en être débarrassés, et qui les placent, sans remords, chez des nourrices dont la sinistre répu-

(1) Ambroise TarJieu, Elude médico-légale sur l'infanticide, p. 12. Paris, 1868, chez J.-B. Baillière et fils.

(2) Casper, Traité pratique de médecine légale, t. Il, p. 3. Paris J8o2.

tation est de ne jamais rendre le dépôt qu'on leur a confié. Ces malheureux petits êtres sont condamnés à périr d'inanition et de mauvais traitements.

Le nombre de ces innocentes victimes est plus grand qu'on ne l'imagine, et il dépasse bien certainement celui des infanticides caractérisés que les parquets défèrent aux Cours d'assises.

Nous pouvons maintenant résumer ce chapitre, en disant que les seuls obstacles licites au développement excessif de la population sont : la contrainte morale; l'introduction dans nos codes de restrictions nouvelles au mariage; l'allaitement maternel prolongé; le choix, pour les rapports conjugaux, de l'époque inter-menstruelle où la conception est sinon impossible, du moins très-peu probable; et, enfin, les modifications organiques de la femme, par l'amélioration du sort des classes pauvres.

ARTIFIGKS PRKVRNTIFS DE LA FÉCONDATION 2G0

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