CHAPITRE III
Des considérations de l'ordre le plus élevé nous commandent de faire ici cette réserve, que nous n'aurons en vue, dans tout ce qui va suivre, que le commerce des sexes légitimé par le mariage. Il ne saurait entrer, évidemment, dans notre pensée, de favoriser la procréation dans le célibat, et de nous immiscer en quoi que ce fût dans des relations coupables, qu'elles aboutissent ou non à augmenter la population. Nous avons, en effet, cherché à réfuter un préjugé funeste aux mœurs, en prouvant que la continence pouvait se concilier avec l'état de santé le plus parfait, à tous les âges de la vie ; nous préconisons la chasteté dans certaines limites, môme dans l'état conjugal, et nous montrerons
plus loin les dangers de rapports anormaux. N'est-ce pas assez, pour nous prémunir contre de malveillantes imputations ?
Nous pouvons donc passer outre.
Les nombreux stratagèmes inventés par la débauche, pour annihiler les conséquences naturelles du coït, ont tous le même but immédiat : c'est d'empêcher le sperme d'arriver jusqu'à l'utérus. On n'attend pas de nous, sans doute, la description de tous les procédés mis en usage pour cela. Ce serait salir notre plume, sans aucun avantage pour la science que nous voulons servir. Ce que nous avons en vue, c'est de signaler de graves infractions aux lois de la nature, contre lesquelles on ne s'insurge pas en vain. Qu'on y réfléchisse un instant, et l'on verra que les grandes fonctions auxquelles se rattache la vie de l'individu, sont placées sous l'empire de l'instinct, qui veille sans relâche sur leur accomplissement. Ainsi : la nutrition exige l'alimentation. Qu'on essaie de tromper la faim, cette sensation si pénible et capable de réveiller l'homme le plus apathique, si la paresse pouvait lui faire négliger le soin de sa
conservation ; qu'on essaye de remplir l'estomac de substances non alibiles; il en résultera l'atrophie, l'extinction des forces, et finalement la mort. Eh bien ! est-il permis de croire, que lorsqu'il s'agit de la reproduction de l'espèce, d'une fonction pour laquelle la nature a réservé ses ressources les plus variées, dans toute la série des êtres, l'homme puisse impunément troubler les lois qui régissent l'univers, en substituant son industrie aux magnifiques combinaisons par lesquelles tout est, se maintient et se produit?
Nous répondrons à priori : Non, cela ne se peut pas.
Et l'observation confirme pleinement ces vues de l'induction philosophique, car elle nous prouve que le coït exercé autrement que sous les inspirations de l'instinct honnête, est une cause de maladies pour les deux sexes, et de danger pour l'ordre social.
La souillure du lit conjugal par les honteuses manœuvres auxquelles nous faisons allusion, se trouve mentionnée, pour la première fois, dans la Genèse, à propos d'Onan : Semen fimdebat in
terrant, ne liberi nascerentur, et idcircb percussit eum (Onan) Dominus, quàd rem detestabilem faceret (1). De là le nom d'onanisme conjugal.
On ne saurait dire combien ce vice est répandu, et avec quelle quiétude il est pratiqué, même par des gens qui craignent de commettre le plus petit péché, tant la conscience publique est pervertie sur ce point. Et pourtant, bien des maris savent que la nature réussit à déjouer quelquefois les calculs les plus subtils et à reconquérir les droits dont on cherche à la frustrer. N'importe 1 on persévère, néanmoins, et par la force de l'habitude, on empoisonne les plus beaux instants de la vie, sans être sûr de conjurer le résultat qu'on redoute. Aussi, qui sait si les enfants, si souvent faibles et chétifs, ne sont pas le fruit de ces procréations incomplètes, et traversées par des préoccupations étrangères à l'acte génésiaque? N'est-il pas raisonnable de supposer également que la force créatrice, ne rencontrant pas dans une fonction perturbée les conditions nécessaires à l'élaboration d'un produit normal, la conception sera originaire-
(1) Genèse, ch. xxxviii, v. 6 et suiv.
ment tarée, et l'être qui en proviendra, un de ces monstres qui ressortissent à la tératologie?
Qu'on nous permette un rapprochement pour justifier cette hypothèse. Nous admettons, avec lu plupart des nosologistes, que des chagrins profonds et prolongés peuvent troubler la nutrition, au point de donner naissance à des tissus hétéromorphes, — sans analogues dans l'économie, — comme le cancer et ses nombreuses variétés; pourquoi, dès lors, le trouble de la conception n'amènerait-il pas des déviations identiques, dans la constitution propre de l'œuf humain ?
Voyons maintenant quelles sont les conséquences de l'onanisme conjugal, sur ceux qui s'y adonnent :
Chez l'homme, l'acte génésiaque, accompli normalement et complètement, laisse à sa suite un état de bien-être, comparable à celui qui résulte de la satisfaction d'un besoin impérieux. A l'ébranlement nerveux le plus formidable, succède bientôt un calme parfait, et aux dispositions d'esprit les plus sombres, une tendance à la gaieté et à l'expansion du cœur. Au contraire,
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quand la fonction a été interrompue par un calcul préalable, l'éréthisme persiste, accompagné d'abattement et de fatigue, et surtout d'une teinte de tristesse où nous serions tenté de voir un phénomène de conscience, comparable au remords, ce premier châtiment d'une faute commise.
Nous avons eu, maintes fois, à noter des confidences confirmatives de ce que nous venons d'avancer, de la part d'individus qui nous consultaient pour des affections nerveuses de toutes sortes. Nous nous rappelons particulièrement les cas suivants, qui se sont présentés à notre observation, à une époque assez récente, pour que nous puissions les rapporter avec tous leurs détails.
Observation P^. — Un homme de trente-deux ans, d'un tempérament sanguin très-manifeste, et d'une constitution athlétique, marié depuis huit ans, était père de six enfants. Ouvrier tonnelier, son salaire ne pouvait suffire aux besoins de sa nombreuse famille, qu'à l'aide de la plus stricte économie. Mais la mesure était comble, et il ne fallait pas qu'un nouveau rejeton sur-
vînt; aussi le malheureux prenait-il toutes les précautions, pour parer à cette redoutable éventualité, tout en continuant avec la même assiduité ses rapports avec sa femme. Il nous assura que le moyen préservatif auquel il avait recours, et qui ne différait eu rien de celui qui est devenu à notre époque d'un usage presque général, était de nature à lui donner toute sécurité. Cette manœuvre durait depuis six mois à peine, et rien n'avait été changé dans les autres habitudes de cet homme.
L'état général n'avait éprouvé aucune altération. L'appétit était conservé et la digestion se faisait comme par le passé. Cependant il maigrissait ; un léger tremblement agitait son corps dans la station verticale, et souvent il était obligé d'interrompre son travail. « De plus, — ajoutait-il, — je m'aperçois que je perds la tête, et souvent au milieu de la rue, je vois les maisons tourner autour de moi. » Rien dans l'état organique de ce malade ne pouvant, nonobstant la plus minutieuse exploration, nous éclairer sur la cause de symptômes si graves, nous pensâmes un instant avoir affaire à une spermator-
rhée. Mais après de nouvelles investigations, nous dûmes encore rejeter ce diagnostic. Alors nous nous arrêtâmes définitivement à cette idée,
— qui, nous devons l'avouer, nous séduisait, parce que c'était une nouvelle occasion de vérifier une opinion qui nous préoccupait vivement,
— à savoir : que l'état pathologique que nous avions sous les yeux, était dû à une perturbation nerveuse, déterminée par des rapports sexuels anormaux. Nous n'eûmes plus, dès lors, qu'à nous souvenir de cet axiome classique : suhlatâ causa tollitur effectus, et toute notre prescription se borna à recommander au malade, non pas de restituer à la nature ses droits, — il aurait pu nous demander qui se chargerait de son septième enfant, s'il ne pouvait l'élever, et il aurait eu raison, — nous l'engageâmes à observer la continence, en lui représentant les dangers auxquels l'entraînait sa conduite coupable, et nous prîmes à tâche de lui indiquer les ressources que lui offrait l'hygiène, pour atténuer le sacrifice que nous exigions de sa fermeté. Nos conseils furent ponctuellement suivis, car environ deux mois plus tard, nous eûmes la satis-
ARTIFICES PUËVEiNTlFS DE LA FÉCONDATION 277
faclion de revoir notre malade qui venait nous remercier, et nous eûmes de la peine à le reconnaître, tant était profond le changement qu'il présentait dans son habitude extérieure. Il avait repris tout son embonpoint et il ne ressentait plus aucune trace de ses accidents d'autrefois.
Qu'il nous soit permis de voir dans ce fait autre chose qu'une coïncidence fortuite, et de lui attribuer quelque valeur, surtout si nous le rapprochons des suivants, qu'il nous a été donné de recueillir, depuis que nous avons publié la première édition de ce livre.
ObservationlI.~M.M... est un jeune homme de vingt-cinq ans, d'un tempérament nervoso-sanguin très-prononcé. Il occupe la place de teneur de livres dans une grande maison de commerce. II a joui toute sa vie d'une santé irréprochable, jusques il y a environ huit mois, date des accidents qui l'amènent à nous consulter.
M... nous raconte qu'il a toujours usé modérément des plaisirs de l'amour, mais qu'il ne s'est jamais astreint à une continence rigoureuse, depuis cinq ans, où, pour la première fois, il a
MAïER. KAPP. CO.NJ.
ri^, DES ÉPOUX ET DE LA PROGÉNITURE
accompli l'acte génésiaque. Il n'a jamais eu de maladie vénérienne quelconque.
Cependant, depuis deux ans, il remarquait, lorsqu'il était pressé de besogne et qu'il voulait en finir vite, un prurit qui se manifestait vers le méat urinaire, et, par suite, une pollution avec sensation voluptueuse. Notons que ceci se passait sans excitation aucune, et même en l'absence de toute pensée érotique. Cet accident se renouvelait fréquemment, et bientôt il ne se passait pas un jour sans qu'il se reproduisît. La santé générale n'en fut point sensiblement affectée, à cela près que les érections perdirent un peu de leur énergie, sans que les sollicitations des sens fussent moins vives qu'auparavant.
Sur ces entrefaites, M... contracta des relations amoureuses avec une jeune fille qui travaillait à côté de lui, dans le même bureau, et qui, par sa condition et sa position de fortune, paraissait n'être point destinée à devenir jamais sa femme.
Comme il éprouvait pour cette jeune personne une véritable affection et qu'il redoutait pardessus toute chose la révélation de leur incon-
duite,il n'y avait pas d'artifices et de précautions de tout genre qu'il ne mît en œuvre pour tromper la nature, tout en satisfaisant son ardente passion, dans les limites qui n'avaient néanmoins rien d'exagéré.
Mais bientôt surviennent chez M... des accès de céphalalgie à la région sincipilale, un affaissement de l'intelligence tel, qu'il ne peut plus lier ses idées et poursuivre un raisonnement quelque peu compliqué. Il est contraint, enfin, de demander un congé à son patron, jusqu'à son rétablissement. N'oublions pas d'ajouter que ce jeune homme a beaucoup maigri, que ses digestions sont devenues laborieuses, et que le moindre exercice musculaire le fatigue vite. Pendant six semaines nous lui prodiguons les antispasmodiques sous toutes les formes, le fer, le charbon de Belloc, les bains froids que la saison permettait, et surtout un régime corroborant. Aucun changement ne survenait, malgré les combinaisons d'un traitement qui semblait pourtant bien approprié, lorsque le malade luimôme, dans un moment d'épanchement, nous mit sur la voie des investigations que nous avions
négligées jusqu'alors. Une fois édifié sur les habitudes de M..., nous n'hésitâmes pas à rattacher tous les symptômes morbides dont il était affecté, à V accomplissement anormal de Vacte flénésiaqtie, et à lui conseiller résolument l'abstention complète de ses rapports coupables, lui laissant le choix entre la continence absolue ou le retour à une pratique plus conforme aux vœux de la nature, dans des circonstances où la délicatesse et l'honneur ne se trouveraient point engagés.
Nous tâchâmes d'agir assez fortement sur l'esprit de notre malade pour en être écouté, et nous y réussîmes complètement, comme on va le voir.
Un aveu plein de franchise eut lieu, et il s'ensuivit une scène touchante entre les deux amants. La jeune fille se montra inconsolable, et fit si bien qu'elle devint madame M...
Il y avait trois mois que le mariage avait eu lieu, lorsque nous rencontrâmes un jour, par hasard, M..., qui nous fit part de son bonheur et de sa guérison radicale. Il suivait alors volontiers nos conseils, et s'en trouvait assez bien
pour n'être pas même tenté de les enfreindre.
Observation III. — Un homme vint, un malin, nous consulter, nous disant qu'il se sentait s'en aller de jour en jour, — c'était son expression,— et que ses forces s'épuisaient, malgré qu'il eût son appétit ordinaire, qu'il digérât avec facilité et qu'il se nourrît assez confortablement. Il ajouta, tout de suite, qu'il ne souffrait nulle part et qu'il ne savait à quoi attribuer son état. Voici d'ailleurs l'histoire circonstanciée de ce malade :
M. B... est âgé de trente-six ans. Il exerce la profession de dessinateur. D'un tempérament nerveux et d'une constitution originairement robuste, mais actuellement détériorée, il est marié depuis sept ans et déjà père de cinq enfants, tous en vie. Notre attention est immédiatement portée vers la cause probable du désordre nerveux dont cet homme portait l'empreinte sur sa physionomie. A nos interrogations dirigées dans ce sens , il nous répond que sa femme ayant vu sa santé fortement ébranlée par une suite de grossesses non interrompues, et ayant couru le risque de mourir pendant le travail de
son dernier accouchement, il avait résolu avec elle d'entourer leurs rapprochements des précautions les plus minutieuses, pour prévenir une nouvelle conception. Il entra, à ce sujet, dans des détails qu'il est inutile de rapporter ici. Qu'il nous suffise de dire que cet homme mettait en jeu, pour calmer les terreurs de sa femme, très-ardente d'ailleurs, les raffinements les mieux calculés de l'onanisme conjugal. Il advenait de ces manœuvres un collapsus qui tenait le mari dans un état de demi-syncope dont la durée s'étendait, parfois, jusqu'à une heure. La femme, elle-même, était en proie depuis lors à des accidents nerveux et à un dépérissement manifeste. Notre prescription fut celle-ci :
Renoncer complètement aux rapports conjugaux, ou les pratiquer normalement, sous peine des conséquences les plus graves pour l'un et l'autre des époux. Cependant nous nous crûmes autorisé à conseiller, à titre de simple précaution, de n'approcher sa femme qu'après le douzième jour, à dater de ses époques menstruelles. Nous avous revu ce malade six mois
plus tard , et l'avons trouvé littéralement transformé. Tous les symptômes énoncés plus haut avaient disparu, et la santé était revenue complète, sous l'influence d'une conduite plus régulière. Notons en passant, que madame B... n'étaitpasredevenueenceintependantun espace de près de deux ans, passé lesquels nous l'avons perdue de vue. Nous pourrions, dans cette cinquième édition, multiplier beaucoup le nombre de ces faits, si nous y voyions quelque utilité; mais ce serait nous exposer à des répétitions de détails, fastidieuses pour le lecteur.
Nous avons à notre disposition des faits nombreux qui prouvent rigoureusement l'influence désastreuse du coït anormal chez la femme, mais nous croyons inopportun de les publier. Tous les praticiens en ont observé plus ou moins, et il leur suffira d'évoquer leurs souvenirs, pour suppléer à notre silence, dont nous sauront gré ceux de nos confrères que révoltent les récits obscènes. Au demeurant, il n'est point difficile de concevoir, — dit M. le docteur FrancisDevay,— le degré de perturbation qu'une semblable pratique doitexercer sur le système génital de la femme,
m DES ÉPOUX ET DE LA PROGÉNITURE
en provoquant des désirs qui ne sont point satisfaits; une stimulation profonde retentit dans tout l'appareil ; l'utérus, les trompes et lesovairesentrentdansun étatd'orgasme, l'orage n'est point apaisé par la crise naturelle: une surexcitation nerveuse persiste. [1 se passe alors ce qui aurait lieu, si, présentant des aliments à un homme affamé, on les retirait brusquement de sa bouche, après .avoir ainsi violenté son appétit. La sensibilité de la matrice, tout le système de la reproduction sont tiraillés en sens contraire. C'est à cette cause, trop souvent mise en action, que l'on doit attribuer ces névroses multiples, ces bizarres affections qui ont pour point de départ le système génital de la femme. Notre conviction à cet égard repose sur un assez grand nombre d'observations. Il y a plus, les rapports moraux entre les époux subissent des changements fâcheux ; cette affection , fondée sur une estime réciproque , s'efface peu à peu, par la répétilion d'un acte qui pollue l'alcôve conjugale; de là certaines aigreurs, certains ressentiments profonds qui, •grossissant peu à peu, détei-minentces ruptures
ARTIFICES PRÉVENTIFS DE LA FÉCONDATIOxX 285
scandaleuses, dont le vulgaire ignore presque toujours le véritable motif (1).
C'est qu'en effet, presque toutes les femmes sont victimes de la plus criante injustice de la part de leurs époux, qui les frustrent impunément du droit incontestable qu'elles ont, d'éteindre comme eux, dans leurs rapprochements, les ardeurs et les émotions dont elles ne peuvent même se défendre. Nous avons connu plus d'une de ces infortunées qui, après avoir payé maintes fois, comme mères, leur tribut à la nature, ignoraient encore quel pouvait être l'attrait physique des relations conjugales, bien qu'elles sentissent douloureusement en elles qu'un tort grave leur était fait.
Si la bonne harmonie des ménages et l'affection réciproque des conjoints sont sérieusement menacées par l'envahissement de ces pratiques condamnables, la santé des femmes, comme nous l'avons déjà dit, n'y trouve pas davantage son compte. Un grand nombre de névropathies nous paraissent ne pas reconnaître une autre cause; beaucoup de femmes que nous
(1) Traité spécial d'hygiène des familles, etc., p. 180.
avons interrogées à ce point de vue, nous ont fortifié dans cette opinion. Mais ce qui, chez nous, est passé à l'état de vérité incontestable, c'est que les troubles de l'innervation utérine chez les femmes mariées, les symptômes hystériques qu'on rencontre presque aussi souvent chez elles que chez les jeunes filles vierges, tiennent aux habitudes vicieuses contractées par les maris dans leurs rapports conjugaux. Nous recommandons ce point de doctrine étiologique aux investigations et aux méditations des médecins. Au surplus, il est une affection beaucoup plus grave, qui se propage chaque jour davantage et qui, si rien n'arrête ses envahissements, aura bientôt atteint les proportions d'un fléau ; nous voulons parler des dégénérescences de la matrice. Nous n'hésitons pas à placer au premier rang, parmi les causes de cette redoutable maladie, le raffinement de la civilisation, et particulièrement, les artifices introduits de nos jours dans l'acte génésiaque. Quand il n'y a point de procréation, quoique la faculté procréatrice soit excitée, on voit survenir des pseudomorphoses. Ainsi, on a noté que
les polypes et les squirres de la matrice sont communs chez les prostituées (1). Et il est trèsfacile de se rendre compte du mode d'action de cette cause pathogénique, si l'on considère combien il est vraisemblable que réjaculation et le contact du sperme avec le col utérin, constituent pour la femme la crise de la fonction génitale, en apaisant l'orgasme vénérien, en calmant les convulsions de la volupté, sous lesquelles s'agitait frémissante l'économie tout entière. Et puis enfin, qui nous démontre qu'il n'existe pas dans la liqueur fécondante, quelque propriété spéciale, sui generis, qui fait de sa projection sur le col de l'utérus et de son contact avec cette partie une condition indispensable à l'innocuité du coït?
Cette opinion, que nous n'avons trouvée consignée dans aucun livre, un praticien des plus distingués, M. le professeur Villars (de Besançon), la partage complètement, et pendant de longues années, il n'a cessé de la propager dans ses cours, et de la défendre, chaque fois qu'il en a trouvé l'occasion.
(1) Burdach, loc, cit., t. V, p. 17.
Mais nous venons de dire qu'il était facile de concevoir l'un des modes d'action de la cause pathogénique dont il est ici question, et nous nous expliquons. Le col utérin, de même que le pénis, se congestionne pendant la copulation. Or, tandis que, chez l'homme, cette congestion se dissipe avec le stimulus qui l'a provoquée, chez la femme, elle persiste à un degré plus ou moins considérable, alors que la fonction génitale ne s'est pas achevée physiologiqiiement, et de nouvelles congestions, venant successivement s'ajouter aux précédentes, dans les mêmes circonstances, il en résulte d'abord des engorgements inflammatoires ou atoniques, puis des ulcérations, et enfin, pour peu qu'il y ait de prédisposition, des dégénérescences encéphaloïdes, auxquelles tant de malheureuses créatures doivent une mort prématurée.
On trouve, dans la statistique, la démonstration péremptoire de ce que nous avançons, par la disproportion qu'on constate dans le degré de fréquence relative des affections utérines, à la ville et à la campagne. Nous ne prétendons pas, assurément, attribuer le privilège dont
jouisscnl, à cet égard, les femmes qui vivent loin des cités, exclusivement à la pureté de leurs mœurs ; mais nous metions cette cause au premier rang de celles qui leur font une sorte d'immunité contre la plupart des lésions de la matrice.
Passons maintenant à des considérations d'un autre ordre. Au point de vue de la morale, les fraudes conjugales sont coupables, par ce motif qu'elles frustrent la naturedes garanties sur lesquelles est basée la perpétuité des espèces, et qu'elles rendent illusoire la plus importante de toutes les fonctions. En effet, l'anatomie comparée nous révèle toute la sollicitude dont cette fonction a été l'objet, pour l'accomplissement du but auquel elle destinée, par le luxe de précautions dont le Créateur l'a entourée dans toute la série des êtres. Tous les actes qui concourent à ce grand but, s'enchaînent irrésisiiblement chez les animaux, et s'exécutent facilement, dans les circonstances les plus défavorables en apparence, grâce à l'admirable disposition des organes qui y concourent. Cilons un exemple : le chien, qui n'éjacule que goutte à goutte, avait