C. Des obstacles par modifications organiques de la femme
Les conditions matérielles dans lesquelles est placé le sexe, exercent une influence des plus manifestes sur son degré de fécondité. C’est un fait d’observation qui peut être vérifié chaque jour et que n’ignorent point les éleveurs, à savoir que l’embonpoint chez les femelles est ordinairement un indice de stérilité. Un grand génie moderne, Fourier, l’immortel auteur de l’analogie passionnelle, avait déjà dit, à propos de la rose double : Qu’une fleur qui devient double, est une fleur qui transforme des étamines en pétales ; qui par conséquent devient stérile par exubérance de sève et de richesse. Appliqué à la femme, ce principe reçoit la confirmation la plus éclatante. Voyez en effet ces malheureuses de la plus basse condition, ces femmes du peuple,
chétives, exténuées et souffreteuses, comme elles pullulent! tandis qu’à côté d’elles la grande dame aux chairs abondamment doublées de tissu adipeux, adonnée à la vie de boudoir, entourée de toutes les délices du luxe, ne donne à son heureux époux qu’un ou deux héritiers, parfois même longtemps attendus. 11 suffit d’avoir des yeux pour acquérir la certitude du fait que nous avançons ici.
Considérons encore, pour établir notre conviction sur des bases inébranlables, les moyens que mettent en œuvre les propriétaires des étangs de la Sologne pour la multiplication des carpes. Demandons à leur expérience par quel procédé on exagère la vertu prolifique de la femelle, et voici ce qu’ils nous répondront :
Les étangs de la Sologne sont si favorables à la croissance des carpes, que la rapidité du développement de leur taille — luxe — les rend tout à fait infécondes et qu’ils sont obligés, eux propriétaires, pour conserver de la graine de
leur poisson, d’avoir des carrières de misère , où ils tiennent captives les carpes exclusivement destinées à la reproduction . Ces carpières spéciales à la reproduction, sont d’étroites pièces d’eau où les carpes femelles sont entassées par myriades, sont les unes sur les autres ; meurent de faim, en un mot. Ne pouvant profiter, ces carpes pondent ; et ces pondeuses fécondes, ont été baptisées en Sologne du nom significatif de peinards. A nous, maintenant, de tirer la conclusion et de constater l’analogie qui rapproche la carpe ci-dessus et la femme du peuple dont la fécondité nous alarme à si juste titre. Ces ménages entassés les uns sur les autres dans les étroites carpières des cités industrielles, ces marmots qui végètent dans les bas-fonds de nos sociétés, c’est le peinard humain.
Le corollaire de ce qui précède est celui-ci : Aussi longtemps que la misère ira croissant, la fécondité du sexe suivra une marche pareille ; et il n’existe qu’un seul procédé pour mettre un
frein à cette déviation de la force plastique : c’est déplacer toutes les femmes dans un milieu confortable, dans une sorte de luxe relatif. Hors de là point de salut !
Mais si la misère et les privations exaltent la fécondité chez la femme, l’aisance et le bienêtre augmentent, au contraire, la puissance prolifique de l’homme. Cette vérité est mise hors de doute, par les recherches des statisticiens les plus autorisés, comme nous le ferons voir tout à l’heure. Et il n’y a là rien qui choque les idées de la saine physiologie, attendu que le mâle, dans les rapprochements sexuels, est toujours un instrument actif, alors que la femelle peut très-bien ne concourir à l’acte de la reproduction qu’à titre d’instrument passif, sans que le résultat final de la fonction en soit compromis le moins du monde. Or, il est aisé de concevoir que l’homme soit peu enclin aux plaisirs de l’amour quand il souffre de la faim ou qu’il est
insuffisamment nourri, comme aussi lorsqu’il M. 7
succombe sous le poids de la fatigue corporelle ou que son esprit est accablé par les soucis d’une existence mal assurée.
Voici maintenant nos preuves, que nous puisons dans un travail remarquable de M. Villermé. (1)
L’hiver et la fin de l’automne sont, en général, relativement au reste de l’année, des saisons de repos, et de plus, le temps où la masse du peuple a la meilleure et la plus abondante nourriture. Ces circonstances donnent de la vigueur au corps; il est vrai que d’autres conditions particulières à ces époques, comme les fêtes, les bals , les spectacles , qui mettent les sexes en présence l’un de l’autre, peuvent confondre leur action avec celle des causes susdites , et il n’est pas facile de les isoler. Nous attribuerons donc à leur réunion, — forcé que nous sommes d’en agir ainsi, — cet accroissement considérable
(1) De la distribution par mois des conceptions et des naissances de l’homme. (Voy. Annales d'hyg. publ. et de méd. légale , lre série, 1831, t. V, p. 56.)
qu’on observe dans la proportion des naissances du mois de septembre, comparativement à celles du mois d’août, ou bien dans la proportion des conceptions de décembre comparées à celles du mois de novembre.
Et cet excédant est tel, que si, par exemple, l’on ramène toutes les naissances à 12,000, pour les mois de 31 jours, et si l’on prend des pays entiers , on arrive aux résultats suivants :
Excédant des naissances du mois de septembre, comparées à celles du mois d’août.
Pour la France 54
Pour les anciens départements réunis des Etats Sardes et
de l’Italie 61
Pour les anciens départements
français du Nord 73
Pour les Pays-Bas 75
Pour le Wurtemberg plus de. . 100
Pour la Suède 175 et 221 etc., etc.
Pour ce dernier pays , la différence est si grande qu’on ne peut s’empêcher de la chercher ailleurs que dans les causes communes que
11 2 DES OBSTACLES A i/EXTENSlON
nous avons invoquées plus haut. Il faut les rapporter pour une grande part, par exemple, aux longues nuits du mois de décembre, et au retour des pêcheurs , qui rentrent communément dans leurs familles en novembre et décembre, après une absence prolongée. Cependant, l’abondance et le bonheur qu’ils ramènent avec eux, doivent certainement aussi jouer leur rôle, dans le plus grand nombre des conceptions qui coïncident avec celle période de l’année.
Nous voici donc déjà conduits à croire qu’une des conditions principales de l’énergie de la fécondité est d’être largement nourri et favorablement disposé au moral. Voyons actuellement si l’expérience confirmera cette induction.
Le retour annuel périodique des époques de rareté des vivres ne s’aperçoit pas mieux, dans les résultats des naissances pour les années communes, que les époques des grands travaux, parce que, sans doute, dans ces mêmes
années, personne, pour ainsi dire , n’éprouve de disette pendant un seul jour. Mais , quand une moisson a principalement manqué dans le pays, la cherté du pain, la difficulté de se le procurer, y rend une partie de la population très-misérable , surtout pendant les mois qui précèdent la récolte suivante.
Ce résultat est nettement mis en lumière par la disette de 1816. Ainsi, on trouve qu’il y a eu, proportion gardée avec les autres années, bien moins d’enfants conçus depuis novembre 1816, jusques et y compris septembre 1817, principalement pendant les mois d’avril, mai, juin et juillet. C’est à ce point que, dans certains départements où la disette a sévi le plus cruellement, tels que le Haut et le Bas-Rhin , la Moselle, la Meurlhe, la Meuse, l’Aisne, le Nord , l’Ain, etc., les derniers mois que nous venons de nommer, et qui comptent toujours le plus grand nombre de conceptions de l’année, n’en ont eu en 1817 que le minimum , et que l’on
voit les naissances diminuer chaque mois, à dater de février 1817 jusqu’à février, mars ou même avril 1818, et augmenter ensuite chaque mois, pendant tout le reste de cette dernière année.
L’influence du carême, si elle existe, doit se révéler par les naissances du mois de décembre qui corrrespond, pour les conceptions, au mois de mars, époque de jeûne et de macération.
Voici, en effet, ce qu’on constate pour la France :
1° Avant 1788 les naissances du mois de décembre sont moins nombreuses que celles de novembre. C’est au point qu’à Paris leur minimum absolu tombe en décembre.
2° Dans l'intervalle de 1788 à 1800, époque de la révolution, où les principes religieux se relâchent, les naissances de décembre sont en plus grand nombre que celles de novembre.
3° Depuis 1817 et jusqu’à ces dernières an-, nées, alors que les pratiques religieuses ont re-
pris leur empire, les naissances du mois de décembre deviennent, de nouveau, moins nombreuses.
4° Enfin, une circonstance curieuse, c’est que dans la ville de Paris, pendant le dernier siècle, le mois de décembre n’a jamais eu si peu de naissances, conséquemment mars moins de conceptions, qu’avant les dernières années du règne de Louis XV, quand on observait avec rigueur l'abstinence du carême ; et qu’à dater de l’époque où l’on s’est relâché graduellement de cette abstinence , décembre a vu naître progressivement plus d’enfants.
Relativement à l’influence des travaux pénibles, on dit avoir observé, aux Antilles, une énorme différence entre la fécondité des mariages des nègres esclaves et celle des mariages des blancs. On rapporte qu’à Saint-Domingue, en 1788, trois mariages de noirs ne donnaient que deux enfants , alors que chaque union en donnait trois, parmi les blancs.
Il est vrai que ce phénomène peut être dû à des causes complexes. C’est pourquoi il ne faudrait pas attribuer à l’action isolée du travail une importance plus grande qu’elle ne mérite. Toutefois, cette observation méritait d’être consignée ici.
11 est des hommes qu’aveugle la crainte de toute réforme sociale, à ce point que pour faire accepter aux victimes, les iniquités de nos institutions, ils trouvent les prétextes les plus futiles pour légitimer la monstrueuse distance qui sépare les diverses classes de la population. Je vais en citer un exemple.
On lit dans un ouvrage tout récent et qui renferme d’ailleurs d’excellentes idées, le passage qui suit :
« L’inégalité des conditions a été et sera de tous les temps, et elle est nécessaire à l’ordre ; car elle est la source d’où naissent ces rapports de politesse, de bienveillance et d’affection qui
entretiennent l'harmonie dans la société (1). »
Qui a jamais prétendu que tous les hommes fussent égaux en condition ? l’égalité des droits et des devoirs n’aboutit nullement à ce résultat ; attendu qu’il faudrait encore l’égalité d’intelligence, de force et de vertu ; ce qui n’existe pas et ne saurait jamais exister.
Mais serait-il vrai qu’entre cette égalité absolue, chimérique, et l’inégalité choquante dont nos yeux et nos cœurs sont affligés aujourd’hui, il n’y eût pas de milieu réalisable ? Par respect pour la Providence je me garderai de le croire !
Et puis, quoi encore ! C’est pour donner lieu à des rapports de politesse , de bienveillance , d'affection, que Dieu voudrait l’espèce humaine partagée en deux catégories, où l’on verrait d’un côté les heureux et de l’autre les misérables, ici l’opulence, là la détresse ? En vérité, je n’ad-
(1) Des causes de l’indigence et des moyens d'y remédier, par le docteur I. Druhen, p. 338.
mettrai jamais qu’il faille acheter si cher des avantages qui ne sont pas d’ailleurs impossibles entre gens d’une même condition. (1)
J’ai établi et prouvé, je crois, par de légitimes analogies, que la fécondité chez la femme était en rapport direct avec l’intensité des privations quelle endure. L’interprétation de cette loi, que la physiologie n’a point encore enregistrée, que je sache, ne me paraît pas difficile. Il ne répugne nullement, en effet, d’admeltre, que la force plastique, ne trouvant pas à épuiser son action dans l’élaboration des matériaux destinés à l’entretien de l’individu, emploie son surcroît d’é-
(1) Cette digression que je ne veux pas prolonger, m'a pourtant été suggérée — étrange'anomalie ! — par un ami compatissant à tout être qui souffre; par un confrère distingué que j’estime particulièrement et dont l’affection m’est on ne peut plus chère. Ma franchise ne le blessera pas, car :
« Diversum sentire duos de rebus iisdem,
« Incolumi licuit semper amicitia. »
Mais ainsi que je l’ai dit plus haut : 11 est des hommes qu’aveugle la crainte de toute réforme sociale, et dont le cœur animé des meilleurs sentiments, aime mieux vénérer et secourir les pauvres, que de poursuivre le problème de l’extinction du paupérisme.
nergie au bénéfice d’une fonction d’un autre ordre, celle de reproduction. Ce n’est là qu’une hypothèse assurément, mais il en est de plus hasardées qui ont obtenu droit d’asile dans la science. Que si maintenant je cherchais à expliquer cette sorte d’antagonisme entre la nutrition et la reproduction, je commencerais encore par poser un fait :
Il est d’observation que, dans toute la série animale, plus la durée d’une espèce est précaire, soit par le fait de son organisation, soit par les chances de destruction auxquelles l’exposent ses mœurs ou l’hostilité d’espèces rivales, et plus la nature s’est ingéniée à la perpétuer, en multipliant la fécondité des femelles. En d’autres termes, plus le rang de l’animal se rapproche du bas de l’échelle zoologique et plus le temps de la gestation est court ; plus aussi est considérable le nombre des petits par chaque portée.
Pourquoi, je le demande, la nature n’auraitelle pas fait pour l’homme ce qu’elle a fait pour
la brute ? Et ne serait-ce pas là le secret de la durée de certaines populations et de certaines nations même, qu’on pourrait considérer presque, comme des variétés infimes de l’espèce humaine, tant elles ont dégénéré du type primitif? Eh bien oui î je crois fermement que si la femme pauvre est plus féconde que la femme opulente, il faut y voir non-seulement le fait de l’imprévoyance dans les rapports conjugaux, mais encore l’effet de la sollicitude de la nature pour la conservation des espèces. De sorte qu’il est permis d’espérer qu’après la disparition de la misère, surgira l’équilibre de la population, et qu’il n’y aura plus lieu de réprimer une fécondité calamiteuse, seulement au point de vue de l’état actuel des choses. Quand les chances de mortalité auront de beaucoup diminué, la pérennité de l’espèce n’aura plus besoin d’être garantie par l’exagération du nombre des naissances, et le but que nous poursuivons sera complètement atteint.
Je livre cette théorie aux penseurs, avec toute la discrétion que commande une vue à priori.
Il est enfin un autre moyen d’atténuer la fécondité malheureuse de certaines familles, et qui rentre dans la catégorie de ceux dont il est ici question. Un médecin anglais, le docteur Loudon(I), préconise l’allaitement prolongé pour enchaîner les fonctions de l’utérus et prévenir la fécondation.
Je verrais dans la généralisation de cette pratique un autre avantage, celui de diminuer le nombre des maladies de la matrice, auxquelles ne me paraît pas étrangère l’habitude, aujourd’hui tant répandue parmi les jeunes mères, de confier leurs enfants à des nourrices mercenaires. Les glandes mammaires condamnées à l’inaction, Y utérus reçoit un excès de stimulation, en vertu du consensus qui réunit ces organes en un seul système; et de là résulte la
(1) Solution du problème de la population et de la subsistance.
susceptibilité morbide qui rend si fréquentes les affections utérines.
D. Des rapports conjugaux en dehors de l’époque propice à la conception.
11 y a tout lieu de croire, tout d’abord, que la Providence n’a pas dû laisser à l’hommela faculté de détruire l’harmonie de la création et de troubler par son industrie l’ordre admirable qui préside aux grands phénomènes de la nature. Tout ce qui touche à la conservation des espèces devrait être, si cette opinion était vraie, soustrait à notre libre arbitre. Mais quand on réfléchit aux conquêtes merveilleuses de la science moderne, sur d’autres points on ne tarde pas à voir combien ont été reculées les limites du possible, et combien de secrets ont été révélés à la curiosité inquiète de l’homme, qu’on eût pu croire à jamais voilés à son intelligence. L’économie générale du globe en a, à la vérité, éprouvé une certaine perturbation. Ainsi, la climature s’est trouvée modifiée par le déboisement des montagnes ; les
saisons ne se succèdent plus avec la même régularité qu’autrefois ; des inondations périodiques, de fréquents tremblements de terre, jettent l’épouvante parmi les populations ; le parasitisme menace de destruction nos plus précieuses récoltes ; et qui sait si l’électricité atmosphérique n’a pas subi de profondes modifications, de ces vastes réseaux de chemins de fer qui sillonnent actuellement toutes les contrées du globe? Il est donc bien avéré désormais que l’action de l’homme sur le monde s’étend sans cesse, et que son pouvoir n’est pas aussi étroitement circonscrit qu’on aurait pu le supposer. S’il doit en résulter un préjudice momentané, nul doute que le remède ne se trouve à côté du mal, et que, dans un avenir plus ou moins éloigné, notre planète ne revête, par la puissance du génie humain , une physionomie nouvelle , prélude d’une phase supérieure de son évolution. Pour en revenir plus particulièrement au sujet qui doit nous occuper à cette heure, con-
statons en passant, ce que l’intervention de l’homme a produit déjà dans le règne organique. Que de variétés artificielles dans les végétaux, et quelles transformations parmi les animaux eux- mêmes ! Bien plus : des fécondations artificielles ajoutent aujourd’hui à l’œuvre delà nature, et une découverte récente semble promettre à l’homme la possibilité de limiter sa progéniture selon sa volonté ou ses caprices.
Quelque dérangement que ce fait puisse apporter aux idées spéculatives que nous avions conçues à ce sujet, force nous est bien de nous incliner devant une théorie nouvelle basée sur l’expérience, et qui parait en ce moment rallier les meilleurs esprits. Sans doute, que le danger de l’intervention humaine n’est pas aussi sérieux que nous le supposions, et que le créateur tient en réserve le préservatif, encore inconnu, qui doit en atténuer les fâcheuses conséquences. 11 résulte, en effet, des recherches de plusieurs physiologistes, et entre autres d’un travail de
M. le professeur Pouchet (J), couronné par l’Académie des Sciences en 1845 :
1° Que la fécondation offre un rapport constant avec la menstruation ;
2° Que sur l'espèce humaine , il est facile de préciser rigoureusement l'époque intermenstruelle où la conception est physiquement impossible, et celle où elle peut offrir quelque probabilité.
Pour établir cette loi, l’auteur s’appuie sur les données expérimentales que nous allons rapporter.
Il est généralement admis, que les ovules des mammifères sont émis à des époques déterminées, en rapport avec la surexcitation de l’appareil sexuel, et que cette surexcitation correspond à la menstruation chez la femme ; par conséquent, il faut reconnaître aussi que l’ovulation dans l’espèce humaine est subordonnée à
(1) Théorie positive de l'ovulation spontanée et delà fécondation des mammifères et de l'espèce humaine, basée sur l'observation de toute la série animale, Paris, 1847, p. 270.
la fonction cataméniale et qu’il est possible d’en assigner rigoureusement l’époque.
D’autre part, il est hors de conteste : 1° que les vésicules de De Graaf, chez la femme, n’émettent leurs œufs qu’à l’issue de la menstruation, soit immédiatement après, soit un, deux, trois ou même quatre jours plus tard ; 2° que les trompes emploient dedeux à six jours pour transmettre l’œuf à l’utérus. Si cet œuf a rencontré dans son trajet quelques parcelles de fluide séminal, s’il est fécondé, en un mot, il reste dans la matrice et s’y développe. Dans le cas contraire, après avoir séjourné dans cet organe un certain temps , il en est enfin expulsé avec la decidua (1) ; celle-ci l’entraîne dans sa chute qui s’opère dix à douze jours après la cessation de l’écoulement mensuel.
Or, comme il ne se produit point d’œufs à d’autre époque, la conception ne peut évidem-
(1) Produit de l’exsudation qui se dépose sous forme d’une membrane éphémère, à la surface interne de l'utérus vers le déclin de l’irritation qui suit l’époque cataméniale.
ment avoir lieu que dans les premiers jours qui suivent la menstruation et avant la chute de la decidua ; après celle-ci, la fécondation est matériellement impossible. L’œuf a disparu.
Déjà ce phénomène avait été pressenti dès les temps les plus reculés, et les physiologistes, aussi bien que les accoucheurs, s’accordaient à considérer comme particulièrement favorables à la conception, les premiers jours qui suivent l’époque menstruelle; mais il était réservé à notre siècle, de préciser un fait vaguement annoncé et de l’étayer sur des preuves respectables.
Cependant, on pourrait objecter que l’imprégnation de l’ovule pouvant s’opérer à un moment autre que celui de l’union des sexes, il suffira à cet ovule de rencontrer dans sa pérégrination à travers les organes, quelque particule de fluide séminal, pour être fécondé. Mais onva voir dans quelles circonstances les choses peuvent se passer ainsi, et quelles sont celles où le phénomène ne peut absolument pas se produire.
Rappelons donc comment s'accomplit le phénomène.
La vésicule de De Graaf, qui doit émettre l’ovule, se développe pendant le cours de l’époque menstruelle. Puis, soit immédiatement, soit de un à quatre jours après sa terminaison, cette vésicule s’ouvre et laisse échapper l’ovule qu’elle contenait. Alors, l’œuf saisi par le pavillon, pénètre dans la trompe, qu’il parcourt lentement jusqu’à ce qu’il parvienne dans l’utérus, ce qui demande de deux à six jours.
Arrivé dans la matrice, il s’y trouve encore retenu de deux à six jours par la decidua dont nous avons déjà parlé. Si l’œuf n’est point alors imprégné de sperme, il ne se fixe point et se trouve entraîné avec la decidua , qui tombe du dixième au douzième jour, à partir de la cessation des règles. Conséquemment il peut se faire que l’imprégnation de l’ovule ait lieu par des molécules de sperme émanant d’un coït antérieur d’un à deux jours, parce qu’il est démon-
tré que ce liquide conserve ses propriétés fécondantes pendant plus de trente heures.
Tandis qu’un rapprochement sexuel opéré après la chu te simultanée de la decidua et de l’œuf, et durant tout le temps qui sépare cette chute de l’invasion d’une nouvelle période menstruelle, est absolument et nécessairement infécond.
De ce qui précède, il résulte donc incontestablement, que la conception ne peut avoir lieu après le douzième jour qui suit la cessation des règles et jusqu’à l’invasion de la période menstruelle suivante. On peut ajouter encore, qu’elle est tout aussi improbable pendant la durée de l’écoulement sanguin , parce que l’ovule ne parvient habituellement dans l’utérus, comme nous l’avons vu plus haut, que plusieurs jours après la cessation du flux mensuel. Il reste donc environ huit jours par mois, — du quatrième au douzième après la période menstruelle, — pendant lesquels les rapprochements sexuels ont chance d’être féconds.
C’est à la connaissance, ou plutôt à ta prèscience de ce fait, que l’iiistoire attribue le conseil donné par Fernel à Henri II qui, après onze ans de mariage demeuré stérile, vit, en se conformant aux préceptes de son médecin , sa femme, Catherine de Médicis, lui donner plusieurs héritiers.
Boërhaave avait dil déjà : Feminœ semper concipiunt post ultima menstruel et vix ullo alio tempore.
Haller, Burdach (1) et plusieurs autres, avaient émis la même opinion,
Enfin, les expériences les plus récentes, entreprises pour la solution de ce problème éminemment digne d’intérêt, s’accordent à sanctionner la découverte de la période intermenstruelle propice à la fécondation chez la femme et la plupart des femelles des mammifères.
Il en découle naturellement, que la contrainte
(1) Traité de physiologie, trad. de l’allemand. Paris, 1838, tome II, page 118.
morale peut être bornée à ce laps de temps, ce qui la rendra infiniment plus facile à observer.
E. Des obstacles par artifices.
Les artifices employés dans le but d’empêcher la fécondation , sont condamnables comme anti-hygiéniques et immoraux. Nous essaierons de le démontrer dans le chapitre suivant, en indiquant les périls qu’ils entraînent pour l’individu qui les met en pratique, et pour les institutions sociales, dont ils compromettent le jeu normal.
| 2. — Des moyens destructifs.
En usage dans les sociétés païennes de l’antiquité, et encore aujourd’hui parmi certains peuples sauvages, ces moyens sont: 1° l’avortement , 2° l’exposition ou la destruction de l’enfant au moment de sa naissance. Différents motifs présidaient ou président encore à ces sacrifices abominables. Tantôt, c’est la faiblesse physique de l’enfant, tantôt un vice de con-
132 DES OBSTACLES A l'eXTKNSION
formation , quelquefois c’est la superstition ; mais le plus souvent le seul mobile, c’est le désir d’échapper à une charge incommode ou de se soustraire à des devoirs pénibles.
L’infanticide était permis chez la plupart des peuples de l’antiquité, et il l’est encore aujourd’hui dans beaucoup de contrées où n’a pas pénétré la civilisation . Les nouveau-nés y sont mis à mort ou exposés, de manière à ce qu’ils doivent nécessairement périr, si le hasard ou la compassion ne viennent à leur aide. Chez presque tous les peuples de la Grèce , le nouveau-né était étendu aux pieds du père, jusqu’à ce que celui-ci eût décidé de son sort. Cette coutume était surtout très-répandue parmi les Athéniens. Les Thébains seuls l’avaient frappée de réprobation ; Romulus, qui voulait favoriser la population, défendit d’exposer les enfants mâles et les filles aînées, et ne permit l’exposition des autres filles qu’après l’âge de trois ans révolus. Cependant, la corruption des mœurs ne tint bien-
tôt plus aucun compte de ces restrictions, et les Romains adoptèrent la coutume des Grecs, en noyant leurs enfants et en les abandonnant sur les places publiques, pour qu’ils y fussent dévorés par les animaux ; ou bien ils les déposaient à la porte des célibataires qui en faisaient leurs esclaves.
L’infanticide et l’exposition étaient de même en usage chez les Perses , les Mèdes, les Cananéens, les Babyloniens et autres peuples de l’Orient, à l’exception des Israélites et des Egyptiens. Les Scandinaves tuaient leurs enfants par pure fantaisie. Les Norwégiens, après avoir soigneusement emmaillotté leurs enfants, leur mettaient quelques aliments dans la bouche, et les déposaient sous des racines d’arbres ou des pierres, pour les préserver des bêtes féroces. L’infanticide était de même permis chez les Chinois, et l’on voyait encore , pendant le siècle dernier, des voitures parcourir chaque jour les rues de Pékin, pour y ramasser les cadavres des
enfants. Aujourd’hui il existe des maisons pour recevoir les enfants abandonnés par leurs parents. La même coutume s’observe aussi au Japon, dans les îles de la mer du Sud, à Otahiti et chez plusieurs peuplades sauvages d’Amérique. On rapporte que les Jaggas de Guinée dévorent leurs propres enfants (1). Nous avons dit les motifs qui déterminaient l’infanticide.
Dans les cas de difformité qui n’empêchaient pas la persistance de la vie, on sacrifiait les enfants , parce que leur existence serait devenue onéreuse à leur famille et sans utilité pour l’État.
A Rome cependant, on usait d’un semblant de légalité et l’on exigeait, avant de mettre les monstres à mort, qu’ils eussent été vus par cinq voisins ; mais la loi des Douze Tables relevait le père de cette unique formalité, et lui donnait le droit de faire périr ses enfants atteints de conformation vicieuse. Les sauvages du nord
(1) Burdach, Traité de physiologie, lome V, pages 85 et suiv.
de l’Amérique et les Péruviens sacrifient impitoyablement tous les enfants mal conformés.
A Sparte, comme on sait, l’individualité disparaissait devant la raison d’Etat. Aussi les lois de Lycurgue laissaient au magistrat le soin de décider si le père devait ou non élever son enfant, et si celui-ci était reconnu débile ou vicieusement constitué, on le précipitait dans un abîme. Platon et Aristote , dans leurs institutions, condamnaient à l’exposition les enfants faibles et jugés inhabiles à servir la république.
A Athènes , c’étaient surtout les filles qui , dans les classes inférieures, étaient vouées à la mort. Les anciens Norwégiens suivaient la même coutume à l’égard des filles, quand il y en avait déjà plusieurs dans la même famille.
Sur les côtes de Guinée , au Pérou et parmi les Hottentots, dans les cas de grossesse gémellaire, le plus faible des produits est mis à mort, et de préférence la fille, quand ils sont de sexe différent.
A Madagascar, à la Nouvelle -Grenade et au Groënland, quand la mère succombe pendant ou après l’accouchement, on enterre vif son enfant avec elle.
En cas de disette ou de misère, on tue les enfants en Chine, à la Nouvelle-Hollande et au Kamtschatka, comme jadis à Athènes.
Quelquefois ce sont des idées superstitieuses qui président à l’infanticide. Au Canada, certaines peuplades sacrifient le fils premier-né. A Madagascar, on expose les enfants qui naissent dans les jours réputés néfastes. Aux Indes orientales, on fait périr les enfants auxquels les astrologues ont prédit un sort funeste.
Les anciens Celtes plaçaient les nouveau-nés sur un bouclier qu’ils déposaient à la surface d’un fleuve, et regardaient comme le fruit de l’adultère celui qu’entraînait le courant. Les Hottentots tuent l’un des jumeaux, parce qu’ils sont convaincus qu’ils n’ont pu être engendrés par un seul homme.
L’avortement est encore un moyen fréquemment usité chez les peuples de l’antiquité, et de nos jours chez certaines nations barbares. Tantôt ce sont les femmes qui accomplissent le sacrifice, pour n’être pas séparées de leurs époux pendant le temps de l’allaitement, où elles sont réputées impures ; tantôt c’est simplement pour n’avoir pas la peine de les élever.
La pratique de l’avortement n’a rien qui doive étonner de la part de celui qui ne sait pas que l’embryon est un être doué de vie, parce que cette vie ne se manifeste pas encore à ses yeux. Aussi , vers les derniers temps de Rome, les femmes ne se faisaient aucun scrupule de se débarrasser d’une grossesse incommode et qui contrariait surtout leurs penchants pour la débauche. Cet usage subsista jusqu’à l’époque d’Ulpien , qui le réprima par des peines sévères.
Mais il n’y a pas jusqu’aux systèmes philosophiques qui n’aient appelé à leur aide la res-
source de l’infanticide, dans le but avoué de prévenir l’excès de la population. Platon et Aristote étaient dans ce cas, et les stoïciens justifiaient cette pratique monstrueuse, en professant que l’enfant n’acquiert une âme, qu’au moment où il naît à la vie extrà-utérine et qu’il commence à respirer. D’où il résultait que , l’embryon n’étant point animé, ce n’était pas commettre un meurtre que de le sacrifier. Rien n’autorisera jamais de semblables manœuvres pour maintenir les limites de la population dans des pays civilisés. Personne n’oserait aujourd’hui hasarder de tels préceptes ; aussi ne nous arrêterons-nous pas davantage sur ce sujet.
Ce chapitre se résume donc par cette conclusion : Que les seuls obstacles licites au développement excessif de la population sont : la contrainte morale ; V introduction dans nos codes de restrictions nouvelles au mariage ; V allaitement maternel prolongé ; le choix , pour les rapports conjugaux , de l'époque intr à-menstruelle
où la conception est sinon impossible , du moins très-peu probable ; et enfin les modifications organiques de la femme , par V amélioration du sort des classes pauvres.