Séance du 13 mai
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cun des parents, et s'éloignent de toute exagération organique d’où pourrait résulter une imminence morbide quelconque.
Ecoutons ce que dit à ce sujet un auteur dont le nom doit faire autorité en pareille matière.
« Les mariâges, au point de vue physique, devraient être combinés de manière à neutraliser, par l’opposition des constitutions, des tempéraments et des idiosyncrasies, les éléments d’hérédité morbide que l’on peut craindre dans les deux époux. 11 faudrait défendre l’union de deux lymphatiques, de deux sujets éminemment nerveux. Deux familles également prédisposées aux affections de poitrine, ne devraient jamais mêler leur sang : même danger dans l’union de deux sujets frappés de débilité générale, etc. La prédisposition à des affections analogues constitue aux yeux du médecin une autre incompatibilité de mariage. Scrofule et phthisie formeront une sordide pépinière ; tandis qu’une femme issue de parents tuberculeux et mariée
à un homme robuste et sain, peut devenir l’heureuse mère d’une génération valide, qui, croisée à son tour avec un sang de bon aloi, produira une autre génération, tout à fait irréprochable ; car la propension aux maladies héréditaires finit par s’épuiser. Stahl, Bordeu, Buchan, Pujol, Baumes , Gintrac , P. Lucas , pensent ainsi. Des faits prouvent la disparition spontanée d’une affection de parenté; d’autres, plus nombreux, attestent l’efficacité du croisement, pour l’extinction des germes héréditaires. Malheureusement les médecins restent étrangers à la confection des lois, et rien n’est stipulé dans nos codes en faveur de l’amélioration physique de l’espèce humaine, si ce n’est la limitation du mariage à certains degrés de consanguinité et l’époque de la nubilité légale (1). »
11 est d’observation vulgaire, que les parents communiquent à leurs descendants une confor-
(1) Michel Lévy, Traité d’hygiène publique et privée, troisième édit., Paris, 1857, 1. 1, p. 154.
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mité d’organisation plus ou moins frappante aux yeux, et qui souvent s’étend jusqu’aux qualités morales et intellectuelles. C’est ce qui constitue le fait de Vhèrèditè.
L’hérédité éclate chez l’homme, et dans sa forme générale et dans la proportion relative de ses parties. Elle se manifeste par les propriétés intimes de la fibre organique) si l’on peut ainsi dire; les mouvements, les allures, les traits du visage, le son de la voix, les singularités fonctionnelles, tout témoigne du rapport vivant qui se continue entre le produit et ses facteurs, même après la séparation de l’être nouveau qui, émancipé de l’incubation utérine, se pose au dehors de la sphère de son individualité. Nous ne disons pas que les êtres procréateurs se répètent exactement dans leur progéniture ; mais ils lui impriment avec la vie, une partie de la direction spéciale que la vie avait prise chez eux. Ce qui se transmet d’abord, des parents à l’enfant, c’est le type physique, la conformation ex-
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térieure, la physionomie, la taille, la couleur. Il y avait des familles romaines appelées Naso nés , Labeones, du trait saillant qui accusait sur leur visage l’influence héréditaire. Le tempérament, les idiosyncrasies, les caractères généraux de l’organisme, ne se transmettent pas moins que les ressemblances extérieures.
Les vices et les monstruosités primordiaux se transmettent souvent. Tels sont : la cécité, la surdi-mutité, l’imbécillité, l’idiotisme, le becde-lièvre, les hernies, etc... Tous les auteurs citent des exemples d’individus sex-digitaires de père en fils (1).
Burdach et Piorry rapportent des cas de mutilations accidentelles, devenues chez les parents un élément d’hérédité pour leur progéniture. Chez les animaux ce phénomène est plus fréquent.
La prédisposition aux maladies est une triste et dernière preuve de la solidarité ascendante
(I) Michel Lévy. Ouvrage cité.
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qui lie entre elles les générations successives d’une même famille.
Il est évident que, pour pouvoir transmettre à leur progéniture une modalité organique quelconque, l’un ou l’autre des parents doivent la posséder au moment même de la génération, ou pour le moins l’avoir possédée antérieurement, soit à titre de simple prédisposition, soit comme ayant favorisé la manifestation de quelque affection morbide. Mais il n’est nullement essentiel, pour que cette transmission puisse s’effectuer, que le père ou la mère aient directement hérité de leurs parents de la modalité en question. Celle-ci, ayant existé chez l’un ou l’autre des aïeux , peut avoir franchi une génération et ne sévir que sur la suivante. Elle peut aussi être le résultat de circonstances accidentelles ; et cependant , de quelque façon qu’elle se soit établie, elle n’est pas moins susceptible de se propager par voie d’hérédité (1).
(1)A. J. Gaussail, De l'influence de l’hérédité sur la
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Ce qui précède, relativement aux dispositions organiques accidentelles et à leur transmissibilité, nous amène naturellement à mentionner celles qui procèdent de diverses influences auxquelles la mère peut avoir été exposée pendant la grossesse. Ces données, que la croyance populaire avait admises dès les temps les plus reculés , sont aujourd’hui sanctionnées par la science, qui les a fait intervenir dans l’explication des monstruosités et arrêts de développement, pour constituer la tératologie.
Enfin l’hérédité est une tendance en vertu de laquelle l’organisme réalise, selon l’opportunité de l’âge et moyennant le concours de causes suffisantes, la lésion pathologique dont la virtualité ou le germe lui a été transmis au moment même de l’imprégnation séminale de l’ovule.
Nous arrêterons-nous, à présent, à l’examen des doctrines qui ont régné, à diverses époques,
production de la surexcitation nerveuse. Paris, 1845 , p. 53.
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à l’endroit de l’interprétation du phénomène de la transmission héréditaire des maladies et des prédispositions? Relaterons-nous les hypothèses longtemps en vogue de Stahl, d’Hoffmann et de Van Helmont ? Non. Il nous faudrait rechercher, et ce n’est point ici le lieu, si les germes préexistants ou instantanément produits et vivifiés sont capables de contracter une altération qui puisse devenir la cause première de cette transmission. Nous préférons nous en tenir à cette opinion qui ne préjuge rien et que nous avons simplement indiquée plus haut, à savoir : que la lésion pathologique est communiquée à l’ovule au moment même de son imprégnation par le sperme.
Nous ferons cependant une exception en faveur du père de la médecine. Hippocrate donne de l’hérédité la théorie suivante, à l’occasion des macrocéphales qui recherchaient chez leurs enfants l’allongement de la tête , et employaient dans ce but des machines et des bandages de
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différentes sortes. « D’abord, dit -il, c’était l’usage qui opérait de force le changement dans la configuration de la tête; mais avec le temps ce changement est devenu naturel, et l’intervention de l’usage n’est plus nécessaire. En effet, la liqueur séminale provient de toutes les parties du corps ; saine des parties saines, altérée des parties malades. Si donc, de parents chauves , naissent généralement des enfants chauves ; de parents aux yeux bleus, des enfants aux yeux bleus ; de parents louches, des enfants louches, et ainsi du reste pour les autres variétés de la forme, où est l’empêchement qu’un macrocéphale n’engendre un macrocéphale (1)? » On ne saurait donc tenir trop de compte , dans les unions matrimoniales, des considérations que je viens d’exposer si longuement, afin de préserver la progéniture des chances funestes que lui créerait, de la part des parents,
(1) Des airs, des eaux et des lieux. Œuvres complètes d’Hippocrale, trad. de Littré. T. II, p. 61.
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l’accouplement de deux tempéraments identiques et dont l’exagération serait arrivée à cette limite qui différencie à peine la santé de la maladie. Je sais bien que toutes ces recommandations sont vaines; et que, de tous les intérêts qu’on pèse communément avec tant de soin à l’occasion du mariage , celui dont je parle est le seul qu’on néglige. Il serait pourtant bien urgent d’ôter au notaire un peu de son influence pour la donner au médecin ; on léguerait peutêtre moins de fortune à ses enfants ; mais souvent on leur transmettrait un sang plus pur , une constitution plus robuste , et en définitive une existence plus heureuse. Il me semble qu’il y aurait bien compensation!
Je n’abandonnerai pas cette question sans stigmatiser de toutes mes forces l’incurie de la société, qui permet le mariage à des femmes vouées à une mort presque certaine dès leur première grossesse ; soit à cause d’une conformation vicieuse du bassin, ou par suite de
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l’existence d’une affection organique, que la parturition rend nécessairement mortelle.
La prudence la plus vulgaire, fait un devoir aux famillesde s’éclairer desconseilsd’un homme de l’art, pour peu qu’il existe quelque présomption d’infirmité incompatible avec l’accomplissement normal de la fonction procréatrice, but du mariage; et cela en attendant que la loi en fasse une condition rigoureuse de sa sanction.
Si je me suis étendu si complaisamment sur les convenances physiques qu’il importe de rechercher dans le mariage, c’est parce que je me suis jusqu’ici exclusivement préoccupé de ce qui, dans cette institution fondamentale, se rapporte à sa fin naturelle, qui est la génération.
Mais il est temps que nous le considérions sous un autre point de vue ; celui de l’art ou de Y Esthétique, qui se résume dans l’amour.
On dit vulgairement que Y homme ne vit pas rien que de pain ; ce qui signifie qu’il n’a pas seulement des besoins physiques, mais encore
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des besoins intellectuels et moraux, qui demandent aussi et non moins impérieusement à être satisfaits.
Cette satisfaction, l’homme a le droit et le devoir de la rechercher, sous peine de descendre à la condition de brute et de faillir à sa destinée providentielle.
Le sentiment de l’art le pousse incessamment vers la recherche du beau et du bon. Dans tout ce qu’il façonne, c’est la perfection qu’il se propose, et tous ses efforts tendent à se personnifier dans son œuvre, en ne laissant à la matière que le moins de part possible dans la valeur de ses produits.
Il en est de même en amour. Le plaisir charnel, grossier, dégagé de toute participation du cœur, devient bientôt pour lui une source de dégoûts et un objet de répulsion. Il n’est réellement heureux que dans la possession spirituelle de l’être aimé, et ce bonheur-là, à nul autre comparable, est le seul que le
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temps ne parvienne point à émousser en lui.
Le mariage a conséquemment une double fin, qui s’applique à la double nature de l’homme. La procréation pour l’animalité et l’amour pour la perfectibilité.
« L’amour donc, aussitôt qu’il s’est déterminé et fixé par le mariage, tend à s’affranchir de la tyrannie des organes : c’est cette tendance impérieuse, dont l’homme est averti dès le premier jour, parla tiédeur de ses sens, et sur laquelle tant de gens se font si misérablement illusion, qu’a voulu exprimer le proverbe : Le mariage est le tombeau , c’est-à-dire l’émancipation de Vamour.
« Le peuple, dont le langage est toujours concret, a entendu ici, par amour, la violence du prurit, le feu du sang : c’est cet amour, entièrement physique, qui, suivant le proverbe, s’éteint dans le mariage. Le peuple, dans sa chasteté native et sa délicatesse infinie, n’a pas voulu révéler le secret de la couche nuptiale ; il a
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laissé à la sagesse de chacun le soin de pénétrer le mystère et de faire son profit de Paver-
tissement.
« Il savait pourtant que le véritable amour commence à cette mort ; que c’est un effet nécessaire du mariage, que la galanterie se change en culte; que tout mari, quelque mine qu’il fasse, est au fond de l’âme idolâtre ; que s’il y a conspiration ostensible entre les hommes, pour secouer le joug du sexe, il y a convention tacite pour l’adorer ; que la faiblesse seule de la femme oblige de temps à autre l’homme à ressaisir l’empire ; que sauf ces rares exceptions, la femme est souveraine ; et que là est le principe de la tendresse et de l’harmonie conjugales. » L’auteur (1) qui dépeint avec tant d’âme et de vérité l’amour conjugal, est cet homme qu’on regarde si mal à propos comme l’ennemi le plus acharné de la famille, et dont la calom-
(1) Système des contradictions économiques, ou philosophie de la misère. T. II, p. 483 et suiv.
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nie a lait une sorte de loup garou prêchant le vol, le communisme et la promiscuité, c’est P. J. Proudhon.
L’amour dans le mariage n’est pas seulement une condition de bonheur domestique que chacun devrait rechercher, de préférence à tous les autres éléments qui entrent d’ordinaire dans les combinaisons matrimoniales ; c’est encore une des causes qui influent le plus puissamment sur les qualités de la progéniture. Les enfants de l’amour se distinguent habituellement par une intelligence précoce et qui se révèle dans le cours des études par de remarquables succès. Ce sont les élèves d’élite, qui font la gloire de leurs maîtres, et qui, plus tard, brillent dans les carrières qu’ils embrassent. Leur caractère est enjoué, leur esprit fin et pénétrant, et sur leur physionomie se reflètent, comme en une glace, les impressions qui les agitent. Ils sont francs, souvent espiègles et toujours ardents aux jeux de leur âge. D’une grande mobilité
nerveuse, ce sont ces enfants qui payent un si large tribut aux affections convulsives et dont la dentition est traversée par les accidents les plus redoutables du côté du cerveau. Qu’on porte un instant son attention sur ce fait, et il sera facile d’en vérifier l’exactitude. Il suffit pour cela de comparer les premiers-nés d’une famille avec les autres rejetons, procréés tardivement et alors que les parents, mariés depuis un grand nombre d’années, ne recherchent plus, dans les rapprochements sexuels, qu’à répondre par habitude aux sollicitations grossières des sens,’ sans y être entraînés par les élans passionnés du cœur.
Il nous faut relever ici une erreur grave qui a échappé à un écrivain des plus spirituels et des plus profonds de notre époque :
« On a remarqué, dit M. Toussenel, que les mariages d’inclination, c’est-à-dire les mariages les plus heureux et les plus naturels, donnaient plus de filles que de garçons , et qu'il
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naissait plus de mâles des unions tourmentées , forcées , illégitimes. De là, suivant de profonds physiologistes, la supériorité de bon sens et de lucidité dévolue à la femme. On sait que les enfants se ressentent généralement de l’influence passionnelle qui a présidé à leur conception . La plupart des idiots sont des enfants procréés dans l’ivresse bachique (1). »
C’est au contraire un fait démontré par les relevés statistiques les plus imposants, que l’excédant des naissances de garçons sur celles de filles est plus considérable pour les enfants légitimes que pour les enfants nés hors du mariage.
Il résulte en effet des renseignements fournis par M. Hoffmann, directeur des bureaux de la statistique de Berlin , et publiés par M. Babbage (2), qu’il est né en Prusse, pendant les années 1816 à 1823, sur 10,000 filles,
(1) A. Toussenel, Le monde des oiseaux. Ornithologie passionnelle. Paris, 1853, 1. 1, p. 106.
(2) Journal des Sciences d'Edimbourg (cahier de juillet 1829).
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; 10,609 garçons provenant d’union légi- . ) lime-
n moyenne . > etseuiement io,2T8 provenant d’union illé- [ gitime.
Pour certaines contrées cette différence est plus sensible encore.
M. le capitaine Bickes est arrivé au même résultat, dans un travail (1) qui embrasse les principaux États d’Europe. Cet auteur regarde la légitimité et l’illégitimité comme la cause déterminante de la naissance, qui donne, ici beaucoup de filles, et là beaucoup de garçons. Selon lui, les localités où les jeunes gens sont de bonnes mœurs et où les époux demeurent fidèles, se distingueraient par un nombre proportionnellement plus grand de garçons, que dans les lieux où s’observent des conditions opposées.
En résumé, il est constant qu’il naît plus de
(I) Gazette allemande des Sciences médicales, du 7 février 1831.
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garçons que de filles, et que le rapport des sexes dans les naissances, variable selon les différents pays, n’a point changé, pour chacun d’eux, depuis que des observations régulières ont été instituées.
Mais ce rapport diffère également entre les naissances légitimes et les naissances illégitimes, en ce que l’excédant des garçons est plus considérable pour les premières que pour les secondes.
On ne pourrait expliquer ce phénomène sans entrer dans les régions hasardeuses de l’hypothèse, et nous préférons nous en tenir à la constatation du fait, laissant à l’avenir le soin d’en donner la signification.
Il nous reste à parler de la part que l’âme prend à la génération, pour faire bien saisir l’influence que peuvent exercer sur la progéniture, les dispositions morales des parents, au moment de l’accomplissement de l’acte géné^ siaque.
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C'est un fait d’observation vulgaire, que la fonction génératrice est vivifiée par la propension à la gaieté, par le contentement de soi, par toutes les passions expansives enfin ; au lieu que les passions dépressives, comme le chagrin, la crainte, les soucis, la paralysent. Les travaux d’esprit et les émotions trop violentes en détournent. Le pouvoir de l’imagination est tout aussi bien démontré, en ce qui touche les plaisirs de l’amour. Sous le seul empire des idées voluptueuses l’érection se produit, la sécrétion du sperme augmente, l’activité plastique des ovaires s’exalte et amène les ovules à maturité. Enfin, la fécondation elle-même, selon le témoignage des auteurs, semble être, jusqu’à un certain degré, sous la dépendance de l’état moral qui préside au rapprochement des époux.
Veut-on maintenant des preuves de ce rapport intime qui relie physiologiquement la génération et les fonctions qui s’y rapportent, aux
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mouvements de l'âme, à la simple imagination? En voici quelques-unes :
On trouve dans Treviranus (1), l’histoire d’une femme, dont les seins se remplissaient de lait chaque fois quelle entendait les vagissements d’un nouveau-né, et celle d’une autre femme qui ressentit les douleurs de l’enfantement, parce qu’elle se croyait enceinte et parvenue, d’après ses calculs, au terme de sa grossesse. Pichon (2) cite un cas non moins curieux dans le même genre : Une femme de quarantehuit ans, qui depuis quatre ans n’était plus réglée, et dont la sensibilité était fort exaltée, fut prise, en assistant à l’accouchement long et pénible d’une de ses sœurs, de douleurs absolument semblables à celles de la parturition ; quelques heures après survint une hémorrhagie par les parties génitales, qui dura plusieurs jours, et trois jours après la cessation de cet
(1) Biologie , t. VI, p. 29.
(2) Archives générales de médecine , t. XVII, p. 126.
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écoulement, les seins non-seulement se tuméfièrent, mais encore fournirent une sécrétion de lait.
Nous avons actuellement à examiner la question de savoir si, à toutes les époques de la vie matrimoniale, les rapports conjugaux peuvent avoir lieu sans inconvénient, ou si, au contraire, l’abstinence ne devient pas quelquefois, sinon obligatoire, du moins excessivement désirable, soit comme mesure hygiénique, soit à titre de sacrifice à la morale. Voyons, en effet :
Toute fonction a sa raison d’activité. La nature n’a rien créé sans but. Un organe sans emploi, une action physiologique sans utilité, sont des choses qui répugnent à l’esprit. Or, les relations sexuelles ont pour fin la génération. Mais la femme n’est pas en état d’engendrer à toutes les périodes de son existence. Avant l’établissement des règles et après leur disparition elle est inféconde ; pendant la gestation elle ne peut concevoir de nouveau, à moins de rares
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anomalies; durant l’allaitement elle est généralement stérile. Livrés à la seule inspiration de leur instinct, les sexes se fuient chez les animaux lorsque la copulation serait sans fruit. Mais l’homme, à quelles lois doit-il obéir dans ses relations avec sa femme, alors qu’il n’a d’autre guide que sa conscience, pour combattre les incitations aveugles de ses sens ?
En premier lieu, les institutions sociales protègent la virginité de la jeune fille avant qu’elle ne soit nubile. Dans l’état conjugal, il serait peut-être convenable, que la femme n’eût pas à subir les approches de son mari pendant la grossesse et la lactation. Dans ces conditions, où toute commotion nerveuse d’une certaine intensité a ses dangers, l’abstinence serait sans nul doute d’une sage pratique. Mais, en définitive, il serait difficile de concilier ces exigences avec la pureté des mœurs et la monogamie. 11 n’est donc besoin en pareilles circonstances que de ménagements et de prudence ; et les époux
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devraient savoir d’eux-mêmes en apprécier l’opportunité.
Cependant il arrive un moment où les droits et les devoirs des parents sont plus exactement définis, c’est l’époque de l’adolescence des enfants. Alors naissent, à l’égard de ceux-ci, des obligations que les parents ne peuvent méconnaître sans injustice et sans immoralité.
ce Sans injustice, parce que dès l’instant où l’enfant est apte au travail, lui donner des frères, à l’entretien desquels il est forcé de concourir, c’est lui susciter une charge à laquelle il n’a point volontairement consenti. C’est un abus d’autorité.
cc Sans immoralité, car il n’y a plus d’amour là où n’est plus la jeunesse, la beauté et la grâce. Il n’y a plus de chasteté là où il n’y a plus de poésie. Et la volupté sans amour et sans chasteté, c’est l’impudeur et la turpitude. C’est pourquoi l’amour des vieillards est ridicule et dégoûtant.
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Qu’Homère nous montre Paris et Hélène dormant ensemble sur leur lit suspendu, ils sont beaux malgré leur adultère; coupables d’injustice, la jeunesse, la grâce, l’esprit, semblent les couvrir encore d’un voile d’honnêteté. Mais Saturne et Rhée, Deucalion et Pyrrha, David et Abisag me révoltent : le titre d’époux n’y fait rien, ils sont obscènes (1). »
Le mariage exerce sur les individus une influence bienfaisante, qui se traduit par l’amélioration des mœurs privées, et comme conséquence naturelle, par une augmentation sensible dans la longévité.
A l’encontre du célibataire dont le caractère dominant est l’égoïsme, l’étroitesse des vues, la bizarrerie et l’entêtement, l’homme marié se rattache plus étroitement aux grands intérêts de la société, possède le sentiment du droit et de la justice, se soumet spontanément au joug de la loi, prend sa part du bonheur de tous, et empê-
(1) P. J. Proudhon, loco citato.
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che son esprit de s’égarer à la contemplation d’un horizon sans bornes et de se consumer en rêveries stériles.
« D’un autre côté, remarque Burdach (1), Tunion conjugale fait naître le goût des enfants, car elle est elle-même comme une répétition de la vie enfantine; la femme soigne son mari, comme le ferait une mère, et le mari la dirige, la protège, la nourrit, comme s’il était son père. En se donnant mutuellement les noms de père et de mère , les vieux époux expriment la cordialité de leur union. C’est ainsi que le mariage attache à la vie par l’amour; aussi, la plupart de ceux qui tranchent leurs jours par dégoût de la vie, sont des célibataires (1). »
Le mariage met en jeu toutes les forces et oblige à l’activité; en faisant varier sans cesse les conditions de la vie, il ne laisse pas un moment d’inaction à l’esprit. L’uniformité de la
(1) Burdach, Traité de Physiologie, Paris, 1839, t.V,p. 117.
(2) Voltaire, si nous ne nous trompons, a le premier, émis cette opinion.
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vie des célibataires fait qu’en général ils n’atteignent point un âge si avancé que les personnes mariées (1).
Nous avons déjà mentionné cette observation précédemment (2).
Enfin, le mariage est un remède contre la débauche, en ce sens qu’il modère la violence des penchants sexuels, par la facilité de les satisfaire; il préserve par cela même des excès dans les plaisirs de l’amour et ménage les forces, pendant le temps où la femme est inapte à la copulation.
Rien ne saurait donner une idée plus exacte sur le degré de considération dont le mariage est entouré chez les différents peuples, que les coutumes qui président à la conclusion de cet acte et les facilités plus ou moins grandes laissées à l’homme pour se dégager de ses liens.
(1) Hufeland, La macrobiotique ou l’art de prolonger la vie de l’homme. Paris, 1838, p. 123. — Deparcieux, Essai sur les probabilités de la vie humaine. Paris, 1766.
(2) Voir page 86.
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Nous allons donc jeter un coup d’œil rapide sur les usages qui régnent en diverses contrées du globe à l’égard du choix de la femme; quant à ce qui concerne les moyens de rupture, nous nous réservons de les examiner au chapitre suivant, à l’occasion du divorce.
Chez certains peuples la liberté du choix n’existe réellement pas pour les futurs époux. Ce sont les parents qui fiancent leurs enfants, longtemps avant que ceux-ci n’aient atteint l’âge de la puberté. Il en est ainsi chez les Iroquois, les Péruviens, en Corse et aux Célèbes. Dans d’autres pays, comme à Sierra-Leone et sur la Côte-d’Or, les fiançailles sont conclues même avant la naissance des enfants. En Chine et en Egypte, suivant Savary, ce sont également les parents qui décident les mariages, et les conjoints ne se voient pour la première fois, qu’après l'accomplissement des cérémonies nuptiales. On conçoit que le cœur ne peut avoir aucune part dans ces unions où la volonté réciproque des
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époux n’a point été consultée. Aussi il ne saurait y avoir là qu’une association plus ou moins durable, un accouplement livré au hasard, mais non point un mariage, dans le sens que donnent à ce mot • les nations civilisées.
La dignité du mariage exige que le jeune homme obtienne la main de celle qu’il recherche de son consentement d’abord, et ensuite avec l’assentiment des parents de celle-ci. 11 est cependant des nations où les filles sont tellement soumises au pouvoir de leurs parents, que leur adhésion n’est même pas réclamée. 11 suffit au futur de l’aveu du beau-père. Cette pratique est surtout en usage, selon les voyageurs, parmi les sauvages de la baie d’Hudson. Le plus souvent, après avoir obtenu le consentement des parents, le jeune homme recherche encore celui de la jeune fille. A la Louisiane , chez les Chawanons, il s’approche le soir de la couche de cette dernière et lui découvre le visage. Si
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elle se cache de nouveau, c’est une preuve qu’elle refuse (1). Le Hottentot partage son lit une nuit entière. Si elle lui résiste, elle conserve sa liberté. Le Lapon lui apporte des présents qu’elle accepte ou qu’elle refuse, pour exprimer sa volonté (2). Suivant Schubert, la coutume dans le nord de la Suède est celle-ci : A certains jours de la semaine, le jeune homme, d’accord déjà avec les parents, rend une visite nocturne à la jeune fille; mais il doit venir sans être aperçu de personne et s’éloigner de même. Les deux jeunes gens peuvent se serrer les mains, mais non s’embrasser; ce n’est souvent qu’après plusieurs années de visites semblables, que le mariage vient enfin à se conclure; cependant, ajoute Burdacb, qui cite ces particularités : « Le caractère sérieux de l’homme du Nord, et la honte attachée au libertinage, rendent les en-
(1) Perrin du Lac, Reise in die beiden Louisianen , t. I, p. 1 i 5.
(2) Demeunier, Ueber sitten und gebrœuche der Wœlker, t. I, p. 100.
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fants illégitimes infiniment plus rares qu’ils ne le sont dans d’autres contrées ; le jeune homme qui s’enivre et la fille qui fait un faux pas, perdent le droit de la visite nocturne (1). »
Quelquefois un sentiment depudeur ne permet pas aux jeunes gens d’exprimer, l’un ses désirs et l’autre son consentement. C’est ce qui a donné lieu, chez quelques nations, à de singuliers usages. Chez les Crics, le jeune homme se rend dans la demeure de la jeune fille, et plante en terre, devant la famille assemblée, un roseau, près duquel la fille en enfonce un autre, pour témoigner son assentiment. Après quoi on fait un échange de ces roseaux (l).Chez les Iroquois, il lui rend visite pendant la nuit et lui présente un morceau de bois enflammé, qu’elle éteint quand elle est disposée à l’accepter pour époux. Souvent le jeune homme ne présente pas lui-
(1) Nous avons entendu raconter souvent qu’une coutume analogue existait encore dans certaines localités du département du Doubs, et avoisinant la Suisse.
(1) Zimmermann, loc. cit., t. IV, p. 184.
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même sa demande et emploie à cet effet des intermédiaires, comme chez les Samoïédes et les Ostiaques. Au Pérou ce sont les parents qui se chargent de ce soin. Chez les Hottentots c’est le père, chez les Birmans c’est la mère, à Siam ce sont des femmes et chez les Hindous c’est un ami du futur.
Dans toutes ces circonstances et bien qu’il s’agisse de nations pour la plupart sauvages, on voit que l’union conjugale est du moins basée sur le consentement réciproque des époux, et par là est sauvegardée la principale condition qui fait du mariage un contrat légitime et sacré; tandis que, lorsque la femme n’est point consultée, c’est un signe évident qu’elle n’est destinée qu’à servir d’instrument de volupté à son mari et nullement de compagne et d’amie. Par exemple, les mêmes peuplades de la baie d’Hudson que nous avons vues acquérir leurs femmes du seul consentement des parents, ne se font aucun scrupule de les jouer les unes contre les
autres. Et les femmes assistent impassibles à ces jeux dont elles sont le prix (1).
Nous n’en finirions pas si nous voulions faire l’historique de toutes les coutumes qui accompagnent les préliminaires du mariage chez les differents peuples de la terre. Nous avons voulu seulement faire voir, par quelques exemples, combien sont différentes les manières dont se nouent les liens conjugaux, selon le degré d’estime qu’on accorde à la femme.
Parmi les peuples civilisés, le consentement de la femme est toujours exigé; la loi n’intervient même pour consacrer le mariage qu’à cette condition. Mais que de fois l’aveu de la jeune fille est illusoire et inspiré par la pression que ses parents exercent sur elle ! Et lorsque la liberté du choix lui est laissée dans toute sa plénitude, n’est-il pas vrai que les intérêts matériels, ce qu’on appelle la position sociale , in
(1) Hearne, Reise in der Hudsonsbai , p. 73.
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fluent plus sur sa détermination que les préférences du cœur ?
Le matérialisme de notre temps qui ne voit en toutes choses que le résultat en chiffres, a fait du mariage comme de tout le reste, une spéculation, un moyen de s’enrichir; aussi on ne demande plus qui on épouse, mais combien on épouse. Les unions désintéressées sont prises en pitié par nos esprits forts et tournées en ridicule sous le nom de mariages d'inclination , ce qui dans le vocabulaire des gens dits raisonnables est synonyme de niaiserie et de bêtise. Et qu’on n’oublie pas qu’en l’an de grâce 1856 il existe à Paris, la capitale du monde, des agences matrimoniales qui tiennent boutique ouverte sur la rue, et qui se chargent de la négociation des mariages, — - c’est le terme consacré, — moyennant une remise sur la dot, tout comme se négocierait une affaire quelconque. Honte et opprobre ! Qu’on me dise après cela s’il est quelque chose qui caractérise mieux notre siècle, que
DU MARIAGE
le mensonge introduit dans le foyer domestique pour cacher d’odieux calculs, et la plus sainte de toutes les institutions transformée en un trafic sacrilège !
Mais tant de dégradation ne peut résister à l’action du temps, et le jour n’est pas éloigné, — espérons-le, du moins, — où la société reconnaîtra la voie funeste dans laquelle elle s’égare, et rendra au mariage son prestige et sa dignité.
« Aristophane, dans sa discussion sur l’amour, dit que la passion, quand elle est violente, donne le désir de fondre notre existence dans celle de l’objet aimé, et de ne faire qu’un seul et même être avec lui. Aristote a reproduit cette idée dans sa Politique. Le mariage réalise ce désir en l’épurant ; et quand un choix sage et réfléchi le rend heureux, il semble que Platon ait exprimé une vérité plutôt qu’une fable ingénieuse, lorsqu’il représente dans son Banquet les deux moitiés, comme n’ayant fait qu’un dans
DU DIVORCE
un monde primitif, et se cherchant, se reconnaissant, et s’unissant dans une nouvelle union (1). »