‹ Des rapports conjugaux considérées sous le tirple point de vue de la population, de la santé et de la morale publique (volume 2)Chapitre 18 sur 25 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES RAPPORTS CONJUGAUX PENDANT i/ÉPOQUE MENSTRUELLE.

Nous avons déjà dit précédemment (1) quelques mots de la menstruation, à propos de son but d’activité ; mais il nous faut, en ce moment, donner une description suffisamment intelligible, bien que concise, des divers phénomènes qui constituent cette fonction, afin que le lecteur ne puisse confondre le flux véritablement cataménial, avec toute autre hémorrhagie dont les voies génitales de la femme sont susceptibles de devenir le siège.

On a donné le nom de menstrues [purgatio menstrua , règles , mois , etc.) à une excrétion sanguine qui s’écoule par la vulve et survient naturellement chez toutes les femmes bien con-

(1) Voyez pages 126 et suiv.

pendant l’époque menstruelle. 327 stituées, dès qu’elles ont atteint Page de la puberté. Cet écoulement se renouvelle régulièrement tous les mois, jusqu’aux approches de la vieillesse.

Le premier symptôme qui annonce l’éruption des règles, est une odeur sui generis que contracte le mucus vaginal, et qui rappelle assez bien celle qu’exhalent les animaux à l’époque

du rut. On sait que cette odeur sert aux mâles à suivre à la piste les femelles en chaleur.

Bientôt le mucus utéro-vaginal éprouve un changement de couleur. De blanc qu’il est ordinairement il devient brunâtre. Cette coloration est due à la présence de quelques globules de sang au milieu de globules muqueux et des fragments d’épithélium qui nagent dans ce liquide.

Après un ou deux jours de durée, cette période estsuivie immédiatement de l’apparition du sang, ou bien tout rentre dans l’ordre normal, et le mucus reprend ses caractères habituels, et ce n’est qu’un jour plus tard que

du sang plus ou moins pur s’écoule par la vulve.

Ceci est le commencement de la seconde période.

L’écoulement qui constitue la matière des règles est composé de sang artériel mélangé au mucus du vagin.

Comme la quantité du sang contenue dans le liquide excrété diminue graduellement, la couleur de celui-ci éprouve des modifications en rapport avec la proportion des globules sanguins comparés aux globules muqueux. Ainsi, il passe du rouge au brun, et insensiblement il reprend la couleur caractéristique de la sécrétion vaginale.

Nous ne reviendrons pas sur l’évolution qui s’accomplit pendant ce temps dans l’ovaire, et qui a pour résultat l’arrivée du germe dans la cavité utérine. Nous avons suffisamment décrit ailleurs cet acte physiologique, pour qu’il n’y ait plus lieu de nous y arrêter davantage. Ajoutons, cependant, car c’est ici l’occasion, que la théorie de M. le professeur Pouchet, si précise

pendant l’époque menstruelle. 329 et si séduisante à l’esprit, n’est pas admise dans toute sa rigueur par la généralité des physiologistes actuels, et que M. Coste, entre autres, lui oppose certaines exceptions qui résulteraient de son expérience personnelle. Ce savant prétend, en effet, que la régularité du phénomène de l’ovulation peut être troublée chez certaines espèces animales, et chez la femme en particulier, par des circonstances nombreuses, telles que certaines conditions d’abri, de température, d’alimentation, et, par-dessus tout, par le rapprochement sexuel. Notons cette restriction d’un investigateur habile en ces sortes de matières ; mais gardons-nous, jusqu’à plus ample informé, de nous prononcer sur cette grave question autrement qu’en disant : Si la doctrine deM. Pouchet n’est pas absolument vraie, elle restdumoinsdansl’immensemajorité des cas(l). L’écoulement des règles s’accompagne commu-

(t) Pouchet, Théorie positive de l’ovulation spontanée et de la fécondation, Paris, 1847, p. 270.

nément d’une série de symptômes généraux qui revêtent quelquefois une certaine gravité : ce sont des douleurs plus ou moins vives et un sentiment de pesanteur incommode dans la région lombaire et dans le bassin, de la lassitude dans les jambes et une tuméfaction des mamelles, indices de la solidarité qui relie entre elles toutes les parties du système génital.

Tant que dure l’évacuation, le pouls perd de sa force et de sa fréquence, les yeux s’excavent, s’entourent d’un cercle livide et prennent une expression de langueur toute particulière. Voilà pour la menstruation du type le plus normal. Si, au contraire, l’hémorrhagie est entravée par une cause quelconque, il peut survenir des symptômes morbides de toute nature.

Chez la plupart des femmes, l’écoulement menstruel dure de trois à quatre jours. Par exception, il se prolonge quelquefois pendant une semaine et plus.

Burdach a évalué à environ 200 grammes la

FENDANT L’ÉPOQUE MENSTRUELLE. 331 quantité de sang rendue à chaque époque ; d’autres l’ont portée à 300, 350, 500 grammes et au delà, selon les idiosyncrasies. On peut établir, comme base à peu près générale, que les femmes pauvres et mal alimentées perdent moins que celles qui vivent dans l’opulence et se nourrissent largement, de même que les femmes lascives et débauchées sont réglées plus fréquemment et avec plus d’abondance que celles qui observent la chasteté et sont d’un tempérament moins ardent.

Tous les auteurs sont également d’accord sur ce fait, que la quantité de sang excrétée pendant les règles est plus considérable dans les pays chauds que dans les contrées froides.

Le vulgaire se persuade que Je sang des règles est de sa nature vénéneux et infect : c’est une erreur, car si l’écoulement vient à contracter ces propriétés, ce qui n’est pas rare, il le doit à un défaut de propreté, à la chaleur des parties et au long séjour qu’il y fait.

Quant à l’origine du sang qui s’échappe de la vulve, les uns la placent dans les artères de l’utérus. Haller est de ce nombre. Selon M. Coste, ce sont les vaisseaux superficiels de la muqueuse utérine qui laisseraient suinter le sang par des orifices microscopiques. Ce qui est incontestable, c’est que si on observe la matrice sur des femmes mortes au début de l’hémorrhagie, on trouve la membrane muqueuse engorgée et pointillée à sa surface par une multitude de gouttelettes sanguines, en même temps qu’elle est couverte en différents points de légères ecchymoses. Ce n’est que dans le cas où un vaisseau d’un gros calibre viendrait à se rompre qu’il en résulterait une de ces pertes graves contre lesquelles l’art est obligé quelquefois de diriger des secours prompts et énergiques.

La fonction cataméniale se répète avec une périodicité assez régulière. M. Brierre de Boismont fixe à trente jours l’intervalle qui sépare l’apparition d’une époque et le retour de la sui-

pendant l'époque menstruelle. 333 vante. Schweigs évalue cette période à vingtsept ou vingt-huit jours. Il est plus fréquent de voir les règles avancer que retarder.

Pour les autres particularités relatives à la menstruation, soit l’âge où elle s’établit et celui auquel elle cesse, son influence sur la conception, etc.; nous les avons mentionnées dans différents endroits de ce livre et nous ne voulons pas nous répéter sans utilité.

Nous arrivons, en conséquence, à l’objet principal de ce chapitre, qui est de rechercher si l’existence du flux menstruel doit être un empêchement à l’exercice de la faculté génératrice, ou, pour être plus précis, s'il est des motifs sérieux de proscrire les rapports conjugaux pendant la durée des règles.

Voyons, d’abord, quels sont, à cet égard, les préceptes religieux, d’après la loi de Moïse et d’après la théologie chrétienne.

Nous citerons, en premier lieu, les textes bibliques :

La femme qui souffrira V accident qui lui arrive chaque mois sera séparée pendant sept jours , et quiconque la touchera sera impur jusqu'au soir.

Toutes les choses sur quoi elle aura couché dans le temps de sa séparation seront impuresy aussi bien que toutes les choses sur lesquelles elle se sera assise.

Quiconque aura touché le lit de cette femme , lavera ses vêtements , et il se lavera le corps dans l'eau , et sera impur jusqu au soir.

Quiconque touchera quelque chose sur quoi elle se sera assise , lavera ses vêtements , se lavera soi-même dans Veau et sera impur jusqu'au soir.

Si quelque chose a été sur le lit de cette femme ou sur le siège où elle aura été assise , celui qui touchera cette chose sera impur jusqu'au soir.

Si un homme s'approche d'elle pendant qu'elle sera en cet état , il sera impur pendant sept

pendant l’époque menstruelle. 335 jours , et tout lit sur lequel il dormira sera souillé.

Lorsqu'une femme souffre le flux pendant plusieurs jours hors les temps ordinaires , ou qu'il ne cesse point lorsqu'il devrait cesser , tandis qu'il durera , elle sera souillée comme elle l'est au temps de ses purgations accoutumées.

Toute couche sur laquelle elle aura dormi dans tout le temps qu'elle souffrira ce flux , sera impure, comme celle où elle dort dans le temps de ses purgations , et tout ce sur quoi elle s'assied sera souillé , comme il le serait alors.

Quiconque aura touché ces choses-là , sera impur ; il lavera ses vêtements, il se lavera luimême dans Veau et sera impur jusqu'au soir.

Quand elle sera délivrée de ce flux qui la rend impure, elle comptera sept jours , au bout desquels elle sera purifiée.

Le huitième jour, elle prendra deux tourterelles... (1).

(1) Lévitique. Chap. xx, v. 19 à 29.

Le Talmud renchérissant encore sur la rigueur de ces prescriptions , dispose que :

Si une femme a cohabité avec son mari , la veille de V éruption des règles , quelle que soit la durée de celles-ci , elle ne peut commencer à compter les jours d'impureté qu'à dater du cinquième jour qui suit la cohabitation.

Ce qui reporte la purification au douzième jour.

On voit, dans l’un des versets du Lévitique transcrits plus haut, qu’il est question d’un flux hors les temps ordinaires , ou ne cessant pas lorsqu’il devrait cesser. Les commentateurs se sont exercés à discerner, parmi ces écoulements, ceux qui proviennent véritablement de la même source que les menstrues, de ceux qui sont dus à toute autre cause, et, dans cette vue, ils ont cherché des caractères distinctifs dans la couleur du sang qui s’échappe de la vulve.

Cinq sortes de sangs sont réputés impurs : le rouge , le noir , celui qui a la nuance du

pendant l'époque menstruelle. 337 safran ou celle de Veau mélangée de terre argileusey ou enfin celle de Veau coupée avec du vin (1).

Il n’est pas besoin de faire observer combien sont fugaces et infidèles des signes de cette nature, pour distinguer le flux cataménial des hémorrhagies de cause pathologique qui peuvent apparaître par les voies génitales.

De nos jours et dans l’état actuel de la science, une pareille confusion ne serait guère possible, si ce n’est dans les cas où une métrorrhagie, par exemple, viendrait à succéder immédiatement aux règles, et sans laisser à celles-ci le temps de parcourir toutes leurs phases; car si déjà le sang s’était décoloré et avait repris à peu près l’aspect du mucus vaginal, l’erreur ne serait point permise et il faudrait considérer comme accidentelle la perte qui se serait déclarée à nouveau. A plus forte raison est- il possible de reconnaître le caractère d’un

(1) Mischna, Traité Nida. Chap. ni, 6.

338 DFS RAPPORTS CONJUGAUX

écoulement sanguin qui se produit entre deux périodes menstruelles, aux symptômes qui sont propres à la fonction physiologique, ou à l’état pathologique dont, l’hémorrhagie ne serait qu’une manifestation .

Au demeurant, la distinction est assez insignifiante par rapport à la question qui nous occupe ; car si les rapprochements sexuels doivent être condamnés pendant l’époque des règles, ils seraient infiniment plus pernicieux encore durant une hémorrhagie qui aurait pour siège un point quelconque des parties génitales, ainsi que nous le ferons voir en son lieu.

Les lois de pureté prescrites par Moïse sont encore observées, à notre époque, par le plus grand nombre des femmes juives, et il n’y aurait aucune témérité, selon nous, à leur reconnaître une grande part dans le maintien des qualités physiques qui distinguent les Israélites, à côté de la dégénération qui frappe les autres

races.

pendant l'époque menstruelle. 339 Ces mêmes institutions peuvent être regardées, jusqu’à un certain point, comme des règlements de police médicale, inspirés par certaines idées de pureté et d’hygiène, répandues parmi les peuples de l’Orient, avec un caractère religieux généralement accepté. Si l’on compare, sous ce point de vue, la législation des Hébreux avec celle des Egyptiens et des Hindous, on sera frappé de ce fait, que Moïse a beaucoup simplifié les pratiques de la purification, en élaguant tout ce qui n’était fondé que sur la superstition, et en ne maintenant que ce qui pouvait être d’une utilité réelle pour l’hygiène et favorable aux mœurs. Mais la pureté du corps avait un autre but, d’un ordre infiniment supérieur. Elle était le symbole de la pureté intérieure, et elle est mise, par le législateur, dans un rapport intime avec le culte de Jéhova et avec la sainteté qu’exigeait ce culte.

Nous allons exposer actuellement les opinions d’un casuiste catholique, le R. P. Debreyne,

dont nous avons précédemment déjà mis à contribution le profond savoir en médecine et en matière de cas de conscience.

« On sait, dit cet auteur, que plusieurs théologiens , d’après l’autorité de saint Thomas, regardent comme une faute mortelle l’usage du mariage dans le temps de la fonction menstruelle, parce que, suivant eux, cette circonstance grave expose au péril d’engendrer des enfants lépreux ou monstrueux. Sanchez et un très-grand nombre d’autres théologiens affirment, que la loi du Lévitique : Qui coïerit cum muliere in fluxu menstruo... inter ficientur ambo (xx, 18), n’est qu’une prohibition purement cérémoniale qui n’oblige plus sous la loi évangélique.

« Nous pensons, nous, ou plutôt nous sommes convaincu que ce précepte est autant moral que cérémonial, parce que l’acte conjugal, exercé pendant l’époque cataméniale , emporte une malice théologique, en ce sens qu’il est plus ou moins nuisible ou défavorable à sa fin princi-

pendant l'époque menstruelle. 341

pale, la génération ; non parce que , comme disent les théologiens, il en naîtra des enfants lépreux ou monstrueux, ce que nous ne croyons nullement, mais parce que très-souvent il n’en naîtra pas du tout, ni normaux, ni anormaux. Et pourquoi cela? Parce que la menstruation n’est qu’une fonction préparatoire, une excrétion déplélive et expulsive, et, par conséquent, très-peu propre à la génération ; il s’ensuit donc naturellement, que le temps qui la suit immédiatement est le plus favorable à la conception, et c'est, en effet, ce que l’expérience prouve tous les jours.

« Vous voyez, d’après cela, que nous n’avons pas même besoin de nous appuyer du passage d’Ezéchiel : Qui ad menstruatam non accesserit et uxorem proximi non violaverit (xvm, 6), où l’on voit que la cohabitation pendant la crise menstruelle se trouve placée au rang de l’adultère (1). »

(1) Debreyne. Loc. cit. p. 302 et suiv.

342 DFS RAPPORTS CONJUGAUX

Comme conclusion, ajoute plus loin le même auteur, « la femme n’est pas tenue à la reddition du devoir conjugal, pendant l’époque du flux menstruel (1). »

Il résulte donc de ce qui précède, qu’au point de vue religieux, l’acte du mariage doit être proscrit pendant l’époque menstruelle, au moins d’après les lois juives et chrétiennes, avec cette dissidence cependant, que les premières ajoutent à Tinterdiction un certain nombre de jours après la cessation de l’écoulement, tandis que les secondes réduisent la prohibition à la durée de celui-ci.

Mais nous avons hâte d’aborder la question sous une autre face, où nous serons plus à l’aise pour nous prononcer, c’est-à-dire sous le rapport hygiénique.

Aujourd’hui que l’hygiène n’a plus la foi pour auxiliaire, ses prescriptions, pour n’êlre

(1) Ibid., p. 313.

pendant l'époque menstruelle. 343 pas méprisées, doivent s’étayer sur le raisonnement et l’expérience.

Nous nous servirons donc de l’un et de l’autre pour démontrer que les relations sexuelles , pendant l’écoulement menstruel , sont dangereuses pour la femme, pour l’homme et peutêtre aussi pour le produit, lorsque par hasard il y a conception.

Quant à la femme, il est hors de doute que toute émotion vive lui est préjudiciable à l’époque des règles. La pratique journalière nous montre des suppressions être le résultat d’une émotion profonde, comme la colère, la frayeur, etc. Quelquefois les mêmes causes déterminent l’effet contraire, l’hémorrhagie. Eh bien î n’est-il pas évident, que l’ébranlement nerveux qui accompagne le coït, peut aboutir aux mêmes conséquences et de préférence amener des pertes? Mais il ne s’agit pas, en ce moment, d’une vue de l’esprit, d’une probabilité ; nous avons eu sous les yeux maints exemples confirmatifs de

ce que nous avançons, et tous nos confrères en auront sans doute recueilli un bon nombre, chacun de son côté.

Au surplus, l’influence nerveuse n’est pas seule en cause ici. L’action mécanique ellemême joue un rôle important dans la production des accidents qui surviennent parfois dans les circonstances dont il est question. Elle augmente la turgescence des parties et exagère la fluxion normale, jusqu’à lui faire atteindre les limites du molimen hémorrhagique, qui se résout en un écoulement immodéré, en une véritable perte.

Au surplus , le péril que nous signalons ici ne se produit pas exclusivement à l’occasion du flux cataménial, il se présente constamment par l’accomplissement de l’acte génésiaque, lorsqu’il existe une hémorrhagie par la vulve, de quelque source qu’elle émane du reste. Nous estimons donc qu’il serait oiseux de chercher, pour ce motif, à différencier par l’aspect du

pendant l'époque menstruelle. 345 sang ou par tout autre signe, l’écoulement qui appartient à la fonction périodique, de celui qui n’est que le symptôme d’un état morbide. Quelle que soit donc son origine, l’écoulement du sang par les parties génitales de la femme commande impérieusement le repos de ces organes.

Pour l’homme, le danger résulte, non pas de qualités virulentes qui seraient propres au sang des menstrues, comme le pensaient les anciens et comme quelques-uns le croient encore à l’heure actuelle. Non , « le sang des règles n'a point cette malignité que lui ont prêtée certains naturalistes. C’est à tort que les auteurs ont écrit que les femmes, dans le temps de cet écoulement, font mourir, par leur toucher, une vigne qui pousse; qu’elles rendent un arbre stérile; qu’elles font aigrir le vin et rouiller le fer et l’acier ; qu’elles procurent des fausses couches à une femme grosse; qu’elles en rendent une autre stérile; quelles font en

rager un chien, rendent un homme fou, etc. , etc.

« Paracelse regardait le sang menstruel comme le plus subtil des poisons ; il assure que le diable en fabrique les araignées , les puces , les chenilles et tous les autres insectes dont l’air et la terre sont peuplés.

cc Le sang des règles ne diffère en rien du sang ordinaire et n’a aucune mauvaise qualité, si la femme qui le rend est saine ; car, dans le cas contraire, il doit avoir quelque influence sur les objets extérieurs, ainsi que les autres excrétions, lorsqu’elles se font dans un corps infecté de quelque maladie (1). »

Mais si le sang menstruel est originairement exempt des propriétés malfaisantes qu’on lui avait attribuées injustement, il n’est que trop vrai qu’il les contracte par un séjour dans le canal utéro-vaginal qu’il est obligé de parcourir. Là, il se corrompt et acquiert tous les ca-

(1 ) De l'homme et de la femme, considérés physiquement dans l'état de mariage, par M. de Lignac. Lille, 1774, t. II,

pendant l'époque menstruelle. 347 ractères des liquides animaux en putréfaction, c’est-à-dire, une âcreté et une virulence proportionnelles à la durée de sa stagnation dans les parties et à la température des lieux, sans compter encore d’autres conditions idiosyncrasiques de la femme, dont il nous est impossible d’apprécier exactement l’influence. Du contact de ce liquide vicié sur la muqueuse du gland et de l’urètre, peuvent résulter, et cela arrive fréquemment, des excoriations superficielles qui simulent des chancres, sans en avoir la gravité, et des blennorrhagies qui en imposeraient pour la gonorrhée de nature vénérienne, si elles ne cédaient habituellement, en quelques jours d’un traitement approprié. Nous n’appuierons pas plus longtemps sur ces faits qui sont d’observation vulgaire.

Quant à la progéniture issue de ce commerce impur, nous en parlerons peu et pour une double cause. D’abord, c’est que nous croyons les conceptions fort rares pendant la durée

des règles, eu égard au processus de l’ovule, si la théorie de M. Pouchet est vraie, et, d’autre part, parce que l’observation régulière et scientifique est, jusqu’à présent, muette sur ce point. Il nous faudrait invoquer de vieux préjugés et des croyances populaires, si nous voulions risquer d’émettre autre chose qu’une présomption à l’endroit des éventualités fâcheuses qui pèsent sur les enfants procréés durant la période menstruelle. La tradition veut qu’ils naissent cachectiques, affectés de scrofules ou de rachitisme, et avec une intelligence obtuse. Nous le répétons, les faits manquent à l’appui de cette croyance qui rallie cependant de nombreux partisans.

Peu importe, à tout prendre, qu’il y ait ou non danger ponr la génération, s’il est indéniable qu’il existe pour les parents. Aussi n’insisterons-nous pas davantage.

Après les intérêts de l’hygiène, d’autres intérêts, non moins respectables, sont engagés dans cette question. Ce sont ceux de la morale.

pendant l'époque menstruelle. 349 En effet, la femme qui a ses règles met le plus grand soin à le cacher à tous les yeux. Elle se sent instinctivement atteinte, nous dirions volontiers, dans sa dignité. Elle considère son état comme une souillure ou une infirmité , et pour peu que sa pudeur, — la plus incendiaire des vertus féminines, — ait été épargnée par l’omnipotence du mari, elle rougit presque à ses propres yeux, du tribut qu’elle est obligée de payer à la nature. La contraindre dans cette condition à subir les caresses conjugales, c’est évidemment faire violence à ce qu’il y a de plus respectable en elle, c’est la faire déchoir de son piédestal, c’est la dépouiller du prestige que lui assurent les grâces de son sexe. L’amour a besoin de poésie, et il s’accommode mal des réalités grossières de la vie animale. Ne cherchons donc pas à contrarier d’aussi légitimes répugnances. Un premier pas dans cette voie conduit infailliblement à des infractions de plus en plus regrettables.

350 DES RAPPORTS CONJUGAUX, ETC

Mais ce n’est pas seulement à l’époque menstruelle que la femme devrait dérober à son époux les détails intimes des exonérations auxquelles elle est assujettie comme lui. Nous voudrions la voir attentive à ne jamais se dépouiller complètement de ses charmes naturels , même dans l’intimité de l’alcôve. Elle y gagnerait plus qu’on ne pense en constance et en amour, dont les plus cruels ennemis sont la désillusion et la satiété.

Pins d’une femme mariée trouverait dans ces quelques lignes, si elle voulait y chercher toute notre pensée, l’explication de son délaissement prématuré, et la solution d’une énigme indéchiffrable pour son amour-propre , à savoir : la cause du triomphe remporté par une rivale souvent moins bien douée qu’elle au physique et au moral.

DE LA VIEILLESSE, ETC

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