‹ Des rapports conjugaux considérées sous le tirple point de vue de la population, de la santé et de la morale publiqueChapitre 18 sur 24 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DES RAPPORTS CONJUGAUX PEÎNDANT l'ÉPOQUE MENSTRUELLE.

Nous avons déjà dit précédemment (1) quelques mots de la menstruation, à propos de son but d'activité; mais il nous faut, en ce moment, donner une description suffisamment intelligible, bien que concise, des divers phénomènes qui constituent cette fonction, afin que le lecteur ne puisse confondre le flux véritablement cataménial, avec toute autre hémorrhagie dont les voies génitales de la femme sont susceptibles de devenir le siège.

On a donné le nom de menstrues {purgatio menslrua)y règles^ mois^ etc., à une excrétion sanguine qui s'écoule par la vulve et survient naturellement chez toutes les femmes bien con-

(1) Voy. p. 133 etsuiv.

slituées, dès qu'elles ont atteint Tage de la puberté. Cet écoulement se renouvelle régulièrement tous les mois, jusqu'aux approches de la vieillesse.

Le premier symptôme qui annonce l'éruption des règles, est une odeur sui generis que contracte le mucus vaginal, et qui rappelle assez bien celle qu'exhalent les animaux à Tépoque du rut. On sait que cette odeur sert aux mâles à suivre à la piste les femelles en chaleur.

Bientôt le mucus utéro-vaginal éprouve un changement de couleur. De blanc qu'il est ordinairement, il devient brunâtre. Cette coloration est due à la présence de quelques globules de sang, au milieu de globules muqueux et des fragments d'épithélium qui nagent dans ce liquide.

Après un ou deux jours de durée, celle période est suivie immédiatement de l'apparition du sang, ou bien tout rentre dans l'ordre normal, le mucus re[)rend ses caractères habituels, et ce n'est qu'un jour i)lus tard, que du sang [)lus ou moins pur s'écoule par la vulve.

PENDANT l'Époque menstruelle. 3 65 Ceci est le commencement de la seconde période.

L'écoulement qui constitue la matière des règles est composé de sang artériel, mélangé au mucus du vagin.

Comme la quantité du sang contenue dans le liquide excrété diminue graduellement, la couleur de celui-ci éprouve des modifications en rapport avec la proportion des globules sanguins comparés aux globules muqueux. Ainsi, il passe du rouge au brun, et insensiblement il reprend la couleur caractéristique de la sécrétion vaginale.

Nous ne reviendrons pas sur l'évolution qui s'accomplit pendant ce temps dans l'ovaire, et qui a pour résultat l'arrivée du germe dans la cavité utérine. Nous avons suffisamment décrit ailleurs cet acte physiologique, pour qu'il n'y ait plus lieu de nous y arrêter davantage. Ajoutons, toutefois, car c'est ici l'occasion, que la théorie de M. le professeur Pouchet, si précise et si séduisante à l'esprit, n'est pas admise dans toute sa rigueur par la généralité des physiologistes actuels, et que M. Coste, entre autres, lui oppose

366 DES RAPPOBTS CONJUGAUX

certaines objections fondées sur son expérience personnelle. Ce savant prétend, en effet, que la régularité du phénomène de l'ovulation peut être troublée chez maintes espèces animales, et chez la femme en particulier, par des circonstances nombreuses, telles que certaines conditions d'abri, de température, d'alimentation, et, par-dessus tout, par le rapprochement sexuel. Notons cette restriction d'un investigateur habile en ces sortes de matières; mais gardons-nous, jusqu'à plus ample informé, de nous prononcer sur cette grave ipiestion autrement qu'en disant : Si la doctrine de M. Poucliet n'est pas absolument vraie, elle l'est du moins dans l'immense majorité des cas(i). L'écoulement des règles s'accompagne communément d'une série de symplômes généraux qui revêtent quelquefois une certaine gravité : ce sont des douleurs plusou moins vives et un sentiment de pesanteur incommode dans la région lombaire et dans le bassin, de la lassitude dans les

(1) Pouchet, Théorie positive de l'ovulation spontanée et de la fécondation, p. 270. Paris, 1847.

PENDANT l'Époque menstruelle. 36 7 jambes et une timiéfaclion des mamelles, indices de la solidarité qui relie entre elles toutes les parties du système génital.

Tant que dure l'évacuation, le pouls perd de sa force et de sa fréquence, les yeux s'excavent, s'entourent d'un cercle livide et prennent une expression de langueur toute particulière. Voilà pour la menstruation du type le plus normal. Si, au contraire, rhémorrhagie est entravée par une cause quelconque, il peut survenir des symptômes morbides de toute nature.

Chez la plupart des femmes, l'écoulement menstruel dure de trois à quatre jours. Par exception, il se prolonge quelquefois pendant une semaine et plus.

Burdach a évalué à environ 200 grammes la quantité de sang rendue à chaque époque ; d'autres l'ont portée à 300, 350, 500 grammes et au delà, selon les idiosyncrasies. On peut établir, comme base à peu près générale, que les femmes pauvres et mal alimentées perdent moins que celles qui vivent dans l'opulence

et se nourrissent copieusement, de même que les femmes lascives et débauchées sont réglées plus fréquemment et avec plus d'abondance que celles qui observent la chasteté et sont d'un tempérament moins ardent.

Tous les auteurs sont également d'accord sur ce fait, que la quantité de sang excrétée pendant les règles est plus considérable dans les pays chauds que dans les contrées froides.

Le vulgaire se persuade que le sangdesrèglesest de sa nature vénéneux et infect : c'est une erreur, car si l'écoulement vient ii contracter ces propriétés, ce qui n'est pas rare, il le doit à un défaut de propreté, à la chaleur des parties et au long séjour qu'il y fait.

Quant à l'origine du sang qui s'échappe de la vulve, les uns la placent dans les artères de l'utérus; Haller est de ce nombre. Selon M. Costeet quelques aulres^ce sont les vaisseaux superficiels de la muqueuse utérine qui laisseraient suinter le sang par des orifices microscopiques. Ce qui est inconleslable, c'est que, si on observe la matrice

PENDANT l'Époque menstruelle. 3 69 sur des femmes mortes au début de Thémorrhagie, on trouve la membrane muqueuse engorgée et pointillée, à sa surface, par une multitude de gouttelettes sanguines, en même temps qu'elle est couverte en différents points de légères ecchymoses. Ce n'est que dans le cas où un vaisseau d'un gros calibre viendrait à se rompre, qu'il en résulterait une de ces pertes graves contre lesquelles Tart est obligé quelquefois de diriger des secours prompts et énergiques.

La fonction cataméniale se répète avec une périodicité assez régulière. M. Brierre de Boismont fixe à trente jours l'intervalle qui sépare l'apparition d'une époque et le retour de la suivante. Schweigs évalue cette période à vingt-sept ou vingt-huit jours. Il est plus fréquent^ au surpluSj de voir les règles avancer que retarder.

Pour les autres particularités relatives à la menstruation, soit l'âge où elle s'établit et celui auquel elle cesse, son influence sur la conception, etc. ; nous les avons mentionnées dans différents en -

droits de ce livre, et nous ne voulons pas nous répéter sans utilité.

]Nous arrivons, en conséquence^ à Tobjet principal de ce chapitre, qui est de rechercher si Texistence du flux menstruel doit-être un empêchement à l'exercice de la faculté génératrice, ou, pour être plus précis, s il est des motifs sérieux de proscrire les rapports conjugaux pendant la durée des règles.

Voyons, d'abord, quels sont, à cet égard, les |)réceples religieux, d'après la loi de Moïse et d'après la théologie chrétienne.

Nous citerons, en premier lieu, les textes bibliques :

(( La femme qui souffrira l'accident qui lui arrive chaque mois, sera séparée pendant septjours, et quiconque la touchera, sera impur jusqu'au soir.

« Toutes les choses sur quoi elle aura couché dans le temps de sa séparation, seront impures, aussi bien que toutes les choses sur lesquelles elle se sera assise.

PENDANT l/ÉPOQUE MENSTRUELLE. 371

(( Quiconque aura touché le lit de cette femme, lavera ses vêtements, et il se lavera le corps dans l'eau, et sera impur jusqu'au soir.

« Quiconque touchera quelque chose sur quoi elle se sera assise, lavera ses vêtements, se lavera soi-même, dans Peau, et sera impur jusqu'au soir.

((Si quelque chose a été sur le lit decette femme ou sur le siège où elle aura été assise, celui qui touchera cette cliose sera impur jusqu'au soir,

((Si un homme s'approche d'elle, pendant qu'elle sera en cet état, il sera impur pendant sept jours, et tout lit sur lequel il dormira sera souillé,

((Lorsqu'une femme souffre le flux, pendant plusieurs jours, hors les temps ordinaires, ou qu'il 1 ne cesse point lorsqu'il devrait cesser, tandis qu'il durera, elle sera souillée, comme elle l'est au temps de ses purgations accoutumées.

((Toute couche sur laquelle elle aura dormi dans tout le temps qu'elle souffrira ce flux, sera impure, comme celle où elle dort dans le temps de ses purgations, et tout ce sur quoi elle s'assied sera souillé, comme il le serait alors.

DFS KAPPOUTS CONJUGAUX

« 0'?icon.ji!o aura lourhé ces rhoses-là sora impur; il hwcvd sos vottMnents, il se lavera luiiiiùnie dans Teaii, ri sera im|nir jusqu'au soir.

c( Quand elle sera délivrée de ce flux qui la rend impure, elle comptera sept jours, au bout desquels elle sera purifiée.

(( Le huitième jour, elle prendra deux tourterelles... (1). »

Dans la loi de Manou, comme dans la loi de Moïse, la femme est réputée impure à l'époque de ses règles, ainsi qu'il résulte de ce passage: (( Quelque désir qu'il éprouve, il (l'homme) ne doit pas s'approcher de la fennne, lorsque les règles commenc(Mit à se montrer, ni reposer dans le même lit (2). »

Le Talmud, renchérissant encore sur la rigueur (le ces prescriptions, dfS|)Ose que :

(( Si une femme a cohabité avec son mari, la veille de réru[)lion des règles, quelle que soit la durée de celles-ci, elle niî peut commencer à

(I) Léi:iti(p/ej cliap. \x, v, lî) à V9. {'2) ùjis de Manon, iiv. IV, xcrs. 10.

PENDANT l/ÉPOQUE MENSTRUELLE, 37 3

compter les jours d'impureté, qu'à dater du cinquième jour qui suil la cohabitation. »

Ce qui reporte la purification au douzième jour.

On voit, dans l'un des versets du Lévitique transcrits plus haut, qu'il est question d'un flux hors les temps ordinaires ^ ou ne cessant pas lorsqu'au devrait cesser. Les commentateurs se sont exercés à discerner, parmi ces écoulements, ceux qui proviennent véritablement de la même source que les menstrues, de ceux qui sont dus à toute autre cause, et, dans cette vue, ils ont cherché des caractères spécifiques dans la couleur du sang qui s'échappe de la vulve.

Cinq sortes de sangs sont réputées impures : le rouge y le noir ^ celui qui a la nuance du safran ou celle de Veau mélangée de terre argileuse^ ou enfin celle de Ceaucoupée avec du vin (1).

Il n'est pas besoin de faire observer combien sont fugaces et infidèles des signes de cette nature, pour distinguer le flux cataménial des hé-

(1) Mischna, Traiié Nida^chap. m, 6.

morrhagies de cause pathologique qui peuvent apparaître par les voies génitales.

De nos jours et dans l'état actuel de la science, une pareille confusion ne serait guère possible, si ce n'est dans les cas où une métrorrhagie, par exemple, viendrait à succéder immédiatement aux règles, et sans laisser à celles-ci le temps de parcourir toutes leurs phases ; car si déjà le sang s'était décoloré et avait repris à peu près Taspect du mucus vaginal, Terreur ne serait point permise, et il faudrait considérer comme accidentelle la perle qui se serait déclarée à nouveau. A plus forte raison est-il possible de reconnaître le caractère d'un écoulement sanguin qui se produit entre deux périodes menstruelles, aux symptômes qui sont propres h la fonction physiologique, ou à l'état pathologique dont l'hémorrhagie ne serait qu'une manifestation.

Au demeurant, la distinction est assez insignifiante par rapport à la question qui nous occupe ; car si les rapprochements sexuels doivent être évités pendant l'époque des règles, i\ plus

PENDANT l'Époque menstruelle. 375 forte raison, seraient-ils pernicieux durant une hémorrhagie qui aurait pour siège un point quelconque des parties génitales, ainsi que nous le ferons voir.

Les lois de pureté prescrites par Moïse sont encore observées, à notre époque, par le plus grand nombre des femmes juives, et il n'y aurait aucune témérité, selon nous, à leur reconnaître une grande part dans le maintien des qualités physiques qui distinguent les Israélites, à côté de la dégénération qui frappe les autres races.

Ces mêmes institutions peuvent être regardées, jusqu'à un certain point, comme des règlements de police médicale, inspirés par certaines idées d'hygiène mystique, répandues parmi les peuples de l'Orient, avec un caractère religieux généralement accepté. Si Ton compare, sous ce point de vue, la législation des Hébreux avec celles des Égyptiens et des Hindous, on sera frappé de ce fait, que Moïse a beaucoup simplifié les pratiques de la purification, en supprimant tout ce qui n'était fondé que sur la super-

si il ion, el en ne maintenant que ce qui pouvait elre réellement utile à l'hygiène et favorable aux mœurs. Mais la pureté du corps avait un autre but, d'un ordre infiniment supérieur. Elle était le symbole de la pureté intérieure, et elle est mise, par le législateur, dans un rapport intime avec le culte de Jéhova et avec la sainteté qu'exigeait ce culte.

Nous allons exposer actuellement les opinions (l'un casuiste catholique, le R. P. Debreyne, dont nous avons précédemment déjà mis à conli ibution le profond savoir, en matière de médecine et de cas de conscience.

ce On sait, dit cet auteur, que plusieurs théologiens, d'après l'autorité de saint Thomas, rei:ard(^nt comme une faute mortelle l'usage du iiiai iage dans le temps de la l'onction menstruelle, parce que, suivant eux, celle circonstance grave expose au péril d'engendrer des enfants lé- |)reux ou monstrueux. Sanchez et un très-grand nombre d'autres théologiens affirment, que la loi du L(Wili{[ue : Qui coierit cum muliere in

PENDANT l'Époque menstruelle. 377 fluxu menstruo... interficientur ambo (xx, 18), n'est qu'une prohibition purement cérérnoniale qui n'oblige plus sous la loi évangélique.

(( Nous pensons, nous, ou plutôt nous sommes convaincu que ce précepte est autant moral que cérémonial, parce que l'acte conjugal, exercé pendant l'époque cataméniale^ emporte une malice théologique, en ce sens qu'il est plus ou moins nuisible ou défavorable à sa fin principale, la génération; non parce que, comme disent les théologiens, il en naîtra des enfants lépreux ou monstrueux, ce que nous ne croyons nullement, mais parce que très-souvent il n'en naîtra pas du tout, ni normaux, ni anormaux. Et pourquoi cela? Parce que la menstruation n'est qu'une fonction préparatoire, une excrétion déplétive et expulsive, et, par conséquent, trèspeu propre à la génération; il s'ensuit donc naturellement, que le temps qui la suit immédiatement est le plus favorable à la conception, et c'est, en effet, ce que Texpérience prouve tous les jours.

Page 1