‹ Des rapports conjugaux considérées sous le tirple point de vue de la population, de la santé et de la morale publiqueChapitre 21 sur 24 · PENDANT L^ÉPOQUE MENSTRUELLE · texte numérisé non relu

PENDANT L^ÉPOQUE MENSTRUELLE

gland et de l'urètre, peuvent résulter, et cela arrive fréquemment, des excoriations superficielles qui simulent des chancres, sans en avoir la gravité, et des blennorrhagies qui en imposeraient pour la gonorrhée de nature spécifique, si elles ne cédaient habituellement, en quelques jourS;, à un traitement approprié. Nous n'appuierons pas plus longtemps sur ces faits qui sont d'expérience vulgaire.

Quant à la progéniture issue de ce commerce impur, nous en parlerons peu et pour une double cause. D'abord, c'est que nous croyons les conceptions fort rares pendant la durée des règles, eu égard au processus de Tovule, si la théorie de M. Pouchet est vraie; et, d'autre part, parce que l'observation rigoureuse et scientifique est, jusqu'à présent, muette sur ce point. 11 nous faudrait invoquer de vieux préjugés et des croyances populaires, si nous voulions risquer d'émettre autre chose qu'une présomption, à l'endroit des éventualités fâcheuses qui pèsent sur les enfants procréés durant la période menstruelle. La tradition

veut qu'ils naissent cachecliques, affectés de scrofuies ou de lachilisme, et avec une intelligence obtuse. Nous le répétons, les faits manquent à l'appui de cette croyance, qui rallie cependant de nombreux partisans.

Peu importe, à tout prendre, qu'il y ait ou non danger pour la génération, s'il est indéniable qu'il existe pour les parents. Aussi n 'insisteronsnous pas davantage.

Aprèsles intérêts de l'hygiène, d'autres intérêts, non moins respectables, sont engagés dans cette question. Ce sont ceux de la morale.

En effet, la femme qui a ?es régies, met le plus grand soin à le cacher à tous les yeux. Elle se sent instinctivement atteinte, nous dirions volontiers, dans sa dignité. Elle considère son état comme une souillure ou une infirmité, et pour peu que sa pudeur, — la plus incendiaire des vertus féminines, — ait été épargnée par l'omnipotence du mari, elle rougit presque à ses propres yeux, du tribut qu'elle est obligée de payer à la nature. La contraindre dans cette condition à

PENDANT l'Époque menstruelle. 387 subir les caresses conjugales, c'est évidemment faire violence à ce qu'il y a de plus respectable en elle, c'est la faire déchoir de son piédestal, c'est la dépouiller du prestige que lui assurent les grâces de son sexe. L'amour a besoin de poésie, et il s'accommode mal des réalités grossières de la vie animale. Ne cherchons donc pas à contrarier d'aussi légitimes répugnances. Un premier pas dans cette voie conduit infailliblement à des infractions de plus en plus regrettables.

Mais ce n'est pas seulement à l'époque menstruelle que la femme devrait dérober à son époux les détails infimes des exonérations auxquelles elle est assujettie comme lui. Nous voudrions la voir attentive à ne jamais se dépouiller complètement de ses charmes naturels, même dans l'intimité de l'alcôve. Elle y gagnerait plus qu'on ne pense, en constance et en amour, dont les plus cruels ennemis sont la désillusion et la satiété.

Plus d'une femme mariée trouverait dans ces quelques lignes, si elle voulait y chercher toute notre pensée, l'explication de son délaissement

prématuré, et la solution d'une énigme indéchiffrable pour son amour-propre, à savoir : la cause du triomphe remporté par une rivale, souvent moins bien douée qu'elle, au physique et au moral.

Je sais bien que, sous ce rapport, je me trouve encore en dissidence formelle avec M. Michelct; mais je suis loin de m'en affliger et surtout d'en prendre souci; car un homme de bon sens ne s'arrête jamais sérieusement devant des fadaises comme celle-ci : après avoir conseillé à la jeune épouse de congédier sa femme de chambre, pour en confier à son mari les hautes fonctions, voici Tobjection qu'il prèle à son idole (1) :

(( Hélas ! hélas ! comment rester Dieu !... Et n est-ce pas l'effet naturel d'une si intime intimilé que, ne pouvant à nul moment échapper à celui qui aime, à ses tendres inquiétudes, on livre les côtés vulgaires et inférieurs de la vie?... Qui est sûr d'être poétique vingt-quatre heures par

(I) VAmour, p. 104.

PENDANT l'Époque menstruelle. 3 89 jour ? de ne pas être ramené par l'inflexible nature du haut idéal à la prose?... Et la prose est trop haute encore. Dans un tête-à-tête éternel, la plus fîère a beau éluder : à tel moment imprévu, rhumanité apparaît, et elle est humiliée. »

Ces inquiétudes de la jeune femme me paraissent assez plausibles, et, sans doute, aux yeux de la plupart des lecteurs, elles ne manqueront pas d'une certaine valeur; pour M. Michelet ce sont là de vaines alarmes, qu'il réfute en ces termes :

«Vraie pensée de jeune fille, parfaite et complètement ignorante de la réalité des choses ! Ceux qui connaissent l'amour savent bien que ce n'est pas là que s'effeuille le bouquet de noce ; nulle de ces choses naturelles, innocentes, ne fait tort à celle qu'on aime. »

Je soupçonne fort le célèbre historien d'avoir connu l'amour un peu trop tard, pour être apte à en parler savamment. Tout son livre en fait foi.

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