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siècle. Il en est de même de celle qui, en 1710, désola la Prusse et enleva, d'après les calculs de Sussmilch, plus d'un tiers de la population de ce pays. Cet auteur rapporte que les mariages, pendant Tannée qui suivit ce fléau, atteignirent presque le double de la moyenne habituelle. Après la peste noire de 1348, ceux qui restaient, hommes et femmes, se mariaient en foule. Les survivantes concevaient outre mesure. Il n'y en avait pas de stériles. On ne voyait de ci et de là que femmes grosses. Elles enfantaient qui deux, qui trois enfants à la fois. «C'était, ajoute M. Michelet, auquel nous empruntons cette citation, comme après tout grand fléau, comme après la peste de Marseille, la terreur, une joie sauvage de vivre, uneorgie d'héritiers (1).» C'est une loi qu'il est facile de vérifier après toutes les grandes mortalités, que la tendance en vertu de laquelle la population est sollicitée à recouvrer l'équilibre, lorsqu'il a été troublé par une cause quelconque.
(1) Histoire de France, t. iil,p. 350.
MAYER. q
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Si une épidémie soudaine ou une guerre violente vient dépeupler rapidement une contrée, le vide qui survient, ne tarde pas à être comblé par une proportion inaccoutumée de mariages et de naissances; c'est à tel point, qu'on voit redevenir fécondes des unions qui n'avaient point été rompues et dont on n'attendait plus d'enfants.
C'est ce quia fait dire que les grandes épidémies sont suivies d'une période de grande salubrité; mais il n'en est rien, et les véritables causes du phénomène sont complexes. M. Villermé les rapporte c( à ce que la maladie a surtout emporté les individus malingres, d'une coiislitution délicate, détériorée par des souffrances, par des privations antérieures, comme on l'observa, assure-t-on, en Egypte et à Conslanlinoplelorsde la peste, et, par conséquent^ à ce qu'il y a plus de place^ plus d'aliments, plus de moyens d'existence pour ceux qui restent ou, selon l'expression de Mallhus, à ce que l'état des classes inférieures s'est amélioré (1). »
{i) Des épidémies sous les rapports de Vhygiène publique ^
DANS l'acte de llEi EODUCTiON.
Le même auteur cite d'abord comme exemple le ci-devant royaume des Pays-Bas (la Hollande el la Belgique réunies ) où l'on a compté:
En 1815, année d'une grande bataille (Waterloo), de combats momentanés, mais de retour à la paix, et de la rentrée dans leurs foyers d'une foule de militaires dont beaucoup ont voulu par un prompt mariage se soustraire à un rappel
En 1816, année d'une mauvaise récolte et de cherté de vivres
En 1817, année d'une véritable disette
Tout étant rentré {^^
dans Tordre........ ) ^^^^
Morts. Mapiages. Naissances
195, oGO
H résulte évidemment de ce tableau, qu'à la forte mortalité de 1817 a succédé, en 1819, une augmentation notable dans la quantité des mariages et des naissances.
Il serait déraisonnable néanmoins de croire que c'est directement parce qu'il est mort beau-
de la statistique médicale et de Véconomie politique. (Voy. Annales d'hy g. puhl. et de m d !éyale,\, IX, p. 45.)
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coup de personnes pendant une année, qu'il en naîtra un bien plus grand nombre Tannée suivante. Seulement, une foule de gens en état de se marier, ou même déjà mariés et qui ne voulaient pas augmenter le chiffre de leurs enfanis, auront hérité, et ils ne redouteront plus la charge d'une famille.
Et la preuve que cette interprétation est exacte, c'est que dans les pays marécageux, où régnent, périodiquement, chaque année, des épidémies qui font périr surtout les jeunes enfants^ c'est-àdire des individus dont la mort rompt peu de mariages, ou change peu la position des gens mariés ou en âge de se marier, les choses ne se passent pas de la même façon, et il n'y a point de relation marquée entre le nombre des décès d'une année et celui des mariages et des naissances, dans les années immédiatement subséquentes. M. Villermé (1) cite à l'appui de cette assertion la statistique des naissances, des décès
(1) Annales d'hygiène publique, Paris, 1833, t. XI , p. 51.
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et des mariages, dans le département marécageux de la Charente-Inférieure, de 1817 à 1829 inclusivement. Ce tableau n'indique que des oscillations insignifiantes dans le nombre des mariages et des naissances, nonobstant des variations assez considérables dans les chiffres de la mortalité.
C'est un fait bien curieux et qui sollicite toute l'attention des économistes, que la rapidité avec laquelle des générations nouvelles viennent remplir les vides que la mort sème sur ses pas. Il témoigne de la sollicitude de la nature pour la conservation des espèces et du peu de souci qu'elle prend pour la vie individuelle, dont elle abandonne le soin à Finlelligence et à l'industrie de l'homme. 11 appartient donc à la science d'éloigner les fléaux qui déciment périodiquement notre espèce, en leur enlevant leur raison d'être, une augmentation trop brusque de la population.
L'opinion qui a cours dans le monde, et parmi toutes les classes de la société indistinctement, sur la sainteté et l'obligation du mariage, exerce
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une influence qui paralysera longtemps encore tontes les mesures préventives qu'on pourrait préconiser. Comment, en effet^ des conseils de [)rudence seront-ils accueillis par ces hommes qui croient payer une dette à la société, en lui laissant di^s enfants, dussent-ils même demeurer à sa charge? Ces gens-là ne reconnaîtront jamais qu'ils commettent un acte coupable, en se mariant avant d'avoir préparé ce qui est nécessaire à l'entretien d'une famille.
Oui, certes, le Créateur a dû vouloir que la terre fût peuplée ; mais il n'a pas voulu qu'elle se couvrît d'une population chétive, misérable et vicieuse. S'il a donné à l'homme le précepte de croître et de multiplier^ c'était pour l'encourager aussi à produire, et pour maintenir en lui cette incitation au travail qui le pousse incessamment dans la voie du progrès. Cette interprétation de la parole biblique est la seule qui se concilie avec l'idée que nous devons concevoir de l'un des principaux attributs de l'Etre suprême, sa bonté infinie.
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Lorsqu'on consulte l'histoire et les narrations des voyageurs, on est étonné de voir que les peuples anciens, et de nos jours beaucoup de nations sauvages, ont compris toute l'importance qu'il y avait à régler, par des institutions sévères, ce qui a trait au mariage et à la procréation. On ne peut, en vérité, se défendre d'un mouvement de surprise, lorsqu'on réfléchit au dédain de notre civilisation pour une question qui touche à des intérêts si graves, et qu'on compare notre incurie à la vigilance avec laquelle les législateurs des temps les plus reculés, voire même des hordes barbares, ont réglementé les rapports des sexes, dans la vue de dominer le principe de population.
Il est bien entendu que je ne parle ici que du but; je n'ai nulle intention d'approuver les moyens mis en œuvre pour l'atteindre, attendu qu'il s'agit d'obstacles destructifs (1), parmi lesquels l'infanticide occupe le premier
(1) Celte expression est empruntée à Malthus; elle n'a pas besoin de commentaire.
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rang. C'est, en effet, l'usage de certaines peuplades d'exposer les enfants que leurs parenis ne peuvent ou ne veulent élever, afin de prévenir un excès de population. Cette coutunie existait également chez les Grecs dès leur origine. Solon la trouva établie et ne fit que la sanctionner. Les Chinois ont encore recours à cet infâme procédé pour amoindrir l'un des principaux inconvénients du mariage, et maintenir un juste rapport entre les subsistances et les consommateurs.
Les peuples guerriers de l'antiquité favorisaient ou restreignaient le développement de la population, selon les besoins du moment. L'histoire de la Grèce fournit à ce sujet de curieux exemples. Dans le système de Platon tout était prévu, jusqu'au nombre des habitations destinées aux citoyens libres. La fortune du père ne pouvait être partagée, et il devait la transmettre intégralement à un seul de ses fils.
Les autres fils étaient adoptés par des citoyens dont les mariages avaient été stériles. De