CHAPITRE I
La plupart des.auteurs classiques se contentent d'indiquer que la grossésse gémellaire prédispose à l’éclampsie par suite de la distension exagérée qu’elle imprime à l'utérus.
Pour établir d'une façon positive l'importance de la grossesse gémellaire comme cause déterminante de léclampsie il faut évidemment avoir recours à l'étude critique des documents cliniques existant sur la question.
Pour avoir un lerme de comparaison nous allons d’abord établir dans une première série de statistiques.
[° Quelle est la proportion de grossesses doubles par rappor aux grossesses simples ?
[° Quelle est la fréquence de l’éclampsie par rapport aux grossesses en général ?
4° En ce qui concerne la proportion de grossesses doubles par rapport aux grossesses simples, Pinard fixe une moyenne de 1 sur 66,4 accouchements. C’est là évidemment une propor-. {ion trop forte.
PMU
Charpentier donne une moyenne de 4 sur 87 basée sur la réunion desslatistiques de différents pays. Avec Dubois, Depaul et Cazeaux il admet cependant pour la France une proportion plus faible: 1 grossesse gémellaire pour 97 grossesses simples.
2 Quelle est la fréquence de l’éclampsie par rapport aux grossesses en général. Les statistiques dressées par différents auteurs à ce sujet offrent de grandes divergences ?
Les accoucheurs anglais donnent une proportion de 79 cas sur 38.306 accouchements, soit un cas d’éclampsie sur 485 accouchements.
Les accoucheurs français accusent une fréquence beaucoup plus grande : la statistique de Madame Lachapelle donne 61 cas sur 38.000 accouchements soit À cas sur 200. © 2:
La statistique de Pinard à Lariboisière donne exaëtement la même proporuon: { cas d'éclampsie sur 200 accouchements, (33 cas sur 19.135).
Lohlein a réuni les statistiques de diverses cliniques d’Allemagne, de Suisse el d'Autriche.
Ia noté 325 cas d'éclampsie sur 32.325 accouchements c'est-à-dire une femme éclamptique sur 161 cas normaux.
Les slalisiques de Madame Lachepelle de Pinard et de Loblein prennent pour base les sujets observés dans les Maternités où les femmes sont souvent apportées à cause de cette complication el par suile la proporlionnalité qu’elles indiquent dépasse de beaucoup la moyenne vraie.
Avec Charpentier et Richemont-Dessaignes on peut admettre une moyenne plus faible :
1 cas d’éclampsie sur 350 accouchements normaux.
Nous allons maintenant établir dans une autre série de stauistiques.
[° Quelle est la proportion de grossesses gémellaires qui existent dans un nombre donné de cas d’éclampsie ?
[T° Quelle est la proportion de grossesses gémellaires
PE LR compliquées d’éclampsie qui existent dans un nombre donné de grossesses gémellaires ?
4° Slalistiques faisant ressortir le nombre de grossesses gemellaires dans une certaine quantité de cas d’éclampsie.
a. — Stalistiques étrangères:
Eclamipsie Grossesses gémellaires Goldberg St cas 4 Cas Paupertot 288 — 24 — Olshausen 200 — 16 —
969 cas 44 cas
b. — Slatistiques françaises :
Eclampsie Grossesses gémellaires Mauriceau à -
86 cas 6 cas Lachapelle | Tarnier | 88 — Dre Azaïs (Thèse de Lyon 9) © 41 — 2? — Pinard (Thèse de Clément) 4 — 2
299 cas 14 cas
En additionnant les 2 slalistiques nous arrivons au total de 798 cas d'éclampsie parmi lesquels nous trouvons 58 grossesses gémellaires, soit une moyenne de À grossesse double pour 4% accouchements compliqués d’éclampsie : c’est une proportion qui dépasse de beaucoup la moyenne de grossesses de celte sorte puisque nous avons vu qu'il y à seulement 1 grossesse gémellaire pour 97 accouchements normaux.
2 Slalistiques faisant ressortir la fréquence de l’éclampsie en rapporlant les grossesses gémellaires compliquées d’éclamp-
LAS sie à un certain nombre de grossesses gémellaires n'offrant pas celle complication.
* Grossésses gémellaires Cas d'éclampsie
Merrimau 48 cas 2 cas Chailly 13 = 2? — Braun 94 — 1 — Wièver 319 — É 29 — Laugier (Thèse de Lyon) 41 — 2? — Grautrelet 30 — 3 —
605 cas 39 cas
Donc sur 605 grossesses doubles nous notons 39 cas d'éclampsie soit une moyenne de 4 grossesse gémellaire compliquée d’éclampsie pour 15,5 grossesses de même sorte. Cette statistique est plus importante que la précédente et met en lumière le fait que nous voulons faire ressortir : la très grande fréquence des accès éclampliques dans le cas de grossesse gémellaire. En effet landis qu'on observe seulement 1 cas d'éclampsie sur 350 grossesses simples on observe 1 cas d'éclampsie snr 15 grossesses gémellaires.
Nous pouvons résumer ces stalstiques de la facon suivante:
cas d’éclampsie sur 350 grossesses simples.
{ cas d’éclampsie sur 15 grosssesses gémellaires.
Ces chiffres sont éloquents par eux-mêmes : ils établissent d'une façon irréfutable l'importance de la grossesse gémellaire comme cause prédisposante de l’éclampsie.
Mais il ne suflit pas de constater un fait, il faut encore prouvoir l'expliquer.
On sait quelles sont les innombrables théories que l’on a successivement proposées pour expliquer la production de l'éclampsie. Notre but n’est pas de les exposer ni même de les énumérer loutes.
pure
Au point de vue du sujet spécial qui nous occupe nous passerons d'abord en revueles différentes théories nerveuses : cer- {ains auledrs on! prélendu en effet que la plus grande fréquence de l'éclampsie dans le cours de la grossesse gémellaire élait due à la compression et à la distension exagérée des filets nerveux utérins.
Après une rapide analyse des théories rénales proprement dites nous exposerons plus longuement {a théorie de Pautointoxication : à propos de cette dernière (héorie nous insisterons parliculièrement sur deux questions importantes en ce
qui regarde spécialement la pathogénie de léclampsie dans la grossesse gémellaire ; c'est-à-dire, d'une part, l'influence des fœtus de l’autre le rôle important qu'exerce sur l'apparition de l'insuffisance rénale la compression exercée par Putlérus gravide. |