EXAMEN DES DEUX PREMIÈRES COMBINAISONS
dale^ les effets de la violence et de la guerre. Mais ce régime a fait son temps^ et personne n'oserait en demander le retour ; il n'est au pouvoir d'aucun homme ni d'aucune nation de le rétablir. Il fait violence à tous les principes de la société moderne : au principe de la nationalité, au principe de Tindépen* dance des souverains^ au principe de la liberté de conscience^ enfin au libre essor de toutes les facultés humaines. Si resserré que soit aujourd'hui son empire, il est une source de difficultés et de conflits^ non pour ses ennemis naturels, non pour les hérétiques et les incrédules^ mais pour lltalie catholique et l'Europe chrétienne.
La subordination de la religion à l'Etat^ ou rétablissement d'une religion politique et nationale^ c'est le système qui a été fondé en Angleterre par Henri VIII, et que nous voyons suivi également dans l'empire des czars; s'il n'était pas facile à apprécier par lui-même, cette double origine nous aiderait à le juger. Ce n'est certainement pas dans l'intérêt de la foi ou de la liberté de conscience que Henri VIIT s'est détaché de Rome^ mais pour satisfaire ses passions et asseoir sur son pays une autorité tyrannique et irrésistible. II a été le modèle d'après lequel Hobbes a conçu la théorie du despotisme. C'est également dans un intérêt de domination que les czars^
cessant de reconnaître la suprématie du patriarche de Constantinople^ se sont investis eux-mêmes du gouvernement souverain de leur Eglise. Mais qu'estce qu'une religion placée dans de telles mains? Pas autre chose qu'un instrument de gouvernement^ un levier du pouvoir^ un auxiliaire de la force. Elle perd tous ses droits au respect intérieur des âmes élevées, elle est dépouillée de son prestige divin, et cependant elle est aussi tyrannique pour les consciences^ aussi oppressive pour les libres élans de la foi, que la théocratie elle-même entre les mains d'un fanatique implacable. Henri VIII faisait brûler dos à dos, sur le même bûcher, les protestants et les catholiques; les premiers parce qu'ils allaient au delà de son but, les seconds parce qu'ils n'y arrivaient pas. On sait également ce que les dissidents de toutes les classes, catholiques romains, grecs unis, protestants et Israélites, sans distinction, ont eu à souffrir dans l'empire des czars, non pendant les sombres jours du moyen âge, mais au milieu du xix"" siècle, à la face de l'Europe indignée et révoltée, sous le règne de Nicolas. Lorsque la raison et le temps ont porté leurs fruits, et qu'enfin, comme cela est arrivé en Angleterre, comme cela arrivera certainement en Russie, malgré les horreurs dont elle nous offre aujourd'hui le spectacle, la liberté a triomphé de cet