DEUXIEME PARTIE
Après avoir montré ce que devraient être les rapports de la religion et de TËtat, suivant les lois qui découlent de la nature de Thomnie et de la société^ suivant les principes invariables de la conscience, nous allons rechercher ce qu'ils ont été aux différents ftges de la société européenne^ ce qu'ils sont encore aujourd'hui^ sous l'empire de circonstances purement passagères^ sous l'empire de l'intérêt, de la passion ou de la force brutale ; puis nous aurons à examiner si les conclusions qui sortent de ces faits sont conformes ou non à celles que nous avons déjà obtenues ; la souffrance ou le bonheur des peuples, leur affaissement ou leur énergie, le degré d1gno-> rance ou de culture^ de corruption ou de moralité où ils sont parvenus, nous apprendrons de quel côté est le droit, de quel côté sont la justice, la vérité^ la piété véritable. On peut dire que la question posée en ces termes est déjà résolue.
5S DE U ftËUGlON ET DE L*ÉTÀT.
Si nous croyons nécessaire de renfermer ces considérations dans les limites de la société européenne, c*est que chez les anciens le problème n*existe pas. Le problème^ en effets n'existe que si les deux termes dont il se compose^ l'Etat et la religion^ se trouvent véritablement en présence l*un de Tautre, et nous donnent Toccasion d'examiner quels doivent être leurs rapports. Or, c'est ce qui n'a pas lieu chez les anciennes nations^ soit de TOrient^ soit de Rome et de la Grèce. En Orient^ comme on l'a déjà remarqué, c'est l'Etat qui fait défaut^ puisque TEtat se trouve absorbé par la religion ; à Rome et dans la Grèce, c'est la religion qui est absente, car il n'est pas permis d'appeler de ce nom une pure création de la poésie et de l'art comme les croyances prétendues religieuses de la race hellénique, ou une œuvre réfléchie de la politique, telle que le culte national des Romains.
Le problème des rapports de la religion et de l'Etat, quoique contenu, en principe, dans la nature même des choses, ou dans la nature de l'homme et de la société, n'a pu revêtir une forme historique ou n'a pu intéresser les institutions et les lois que dans la société européenne^ ou comme on l'appelle plus généralement, quoique l'expression soit moins exacte, dans la société chrétienne. Là, en effet, c'est une vé-
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r table religion^ ce sont de véritables croyances qui se trouvent aux prises avec de véritables Etats; c'est une société, et, plus tard, des sociétés religieuses organisées, puissantes par la discipline et par la foi, qui veulent se faire une place plus ou moins considérable dans une société civile, dans une société politique également forte, également jalouse de ses droits, également décidée à se conserver et à s'étendre. Mais dans la sphère même où il est circonscrit, ce problème n^a pas été compris d'abord aussi nettement qa*\l Test aujourd'hui, il a été agi té pendant longtemps comme au sein des ténèbres ; il a fallu plusieurs siècles pour que TEtat et la religion se fussent dégagés Tun de Tautre et eussent acquis la conscience, nonseulement de leurs légitimes attributions, mais du but qu'ils proposaient à leurs efforts respectifs.