‹ Des rapports de la religion et de l'ʹetatChapitre 20 sur 30 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

OPINION DE QUELQUES PUBLICISTES ET DE QUELQUES PHILOSOPHES SUR LES RAPPORTS DE LÀ RELIGION ET DE L'ÉTAT.

Les résultats de la spéculation^ dans la question qui nous occupe en ce moment, diffèrent peu des faits tels que nous les avons exposés. Les systèmes proposés par les philosophes et les publicistes ne sont guère que des tentatives plus ou moins heureuses pour justifier^ au nom des principes de la raison^ les combinaisons qui ont existé en effet ou qui existent encore aujourd'hui. Pour avoir la raison de cette.harmonie si rare^ il suffit de se rappeler que les rapports de la religion et de TËtat sont si nettement définis par la nature des choses^ qu'ils ne sauraient se présenter à Tesprit autres qu'ils ne sont dans la réalité.' Ainsi, pour citer quelques exemples^ tandis que Hobbes et Spinoza se sont déclarés en faveur de la suprématie de TËtat, saint Thomas d'Aquin^ Suarez^ Mariana^ Joseph de Maistre^ se sont prononcés pour la suprématie de TËglise. Locke et Adam Smith^ et longtemps avant eux Marsile de Pa-

doue, ont réclamé Tindépendance réciproque des deux puissances ; et plusieurs années avant le concordat, au milieu de la tourmente révolutionnaire, Royer-Collard prononçait ces paroles : « C'est une vérité consacrée par Texpérience que, toutes les fois qu'il existe dans un Etat une religion qui est celle du plus grand nombre, il faut, ou que le gouvernement contracte avec elle une alliance fondée sur l'intérêt d'un appui réciproque, ou qu'il la détruise, ou qu'il coure le risque d'être détruit par elle (1). ï> Ceux qui ont essayé de changer les termes du problème, les utopistes qui ont tenté de créer une nouvelle société et une nouvelle religion, n'ont pas réussi à imaginer entre elles de nouveaux rapports. Les rêves de Cam* panella, de Saint-Simon et même d'Auguste Comte, répondent à l'idée d'une pure théocratie. Au contraire, Y Utopie de Thomas Morus, VOcéana de Harrington, le Contrat social de Jean -Jacques Rousseau, nous montrent l'Etat absolument maître de la religion.

Puisqu'il nous serait impossible d'en tirer aucune conséquence que nous ne connaissions déjà, nous n'avons point de raison ici de nous livrer à l'examen de ces théories. Cependant il y en a deux pour les<quelles nous sommes obligé de faire une exception,

(1) La vie politique de M, Boyer-Collard, ses discours et ses éoriU, par M. de Barante, t. I, p. 31.

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parce qu'elles diffèrent essentiellement sur quelques points de toutes les autres. Ce sont celles qui ont été soutenues dans la première moitié de ce siècle par Benjamin Constant et Lamennais. Benjamin Constant et Lamennais^ partis pour ainsi dire des deux antipodes du monde morale Tun de la philosophie du xvin* siècle, l'autre de Técole ultramontaine, ont fini par se rencontrer sur le terrain de la religion, ou du moins des rapports de la religion avec Tordre civil. L'ordre chronologique nous oblige à commencer par le premier.

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