‹ Des rapports de la religion et de l'ʹetatChapitre 22 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SYSTÈMES SUCCESSIFS DE UMENNAIS. — PREMIER SYSTÈME .* ESSAI SUR l'indifférence EN MATIÈRE DE RELIGION. —

deuxième système : affaires de rome; le journal l'avenir.

On rencontre chez Lamennais^ sur les rapports de la religion et de TÉtat, ou plutôt de TÉtat et de TÉglise^ trois doctrines complètement différentes^ qui répondent aux différentes périodes de sa carrière agitée. II commence par revendiquer pour le souverain pontife^ en matière temporelle comme en matière spirituelle^ dans Tordre politique comme dans Tordre religieux^ une omnipotence qu'il n'a pas même exercée au temps de Grégoire YI[ et qui n'a jamais existé que dans les spéculations de saint Thomas d'Aquin et de Gilles de Rome. C'est le système qu'il défend dans son Essai sur Vindifférence en ma* itère de religion et dans son traité De la religion ccm^ sidérée dans ses rapports avec V ordre politique et civil. PuiS; considérant TÉglise dans son existence collective plutôt que dans les prérogatives de son chef, il

réclame en sa faveur une indépendance incompatible avec celle de TÉtat^ et qui n'est qu'une souveraineté déguisée. C'est l'idée qu'il développe dans le journal r Avenir et dans le livre qui a pour titre Affaires de Rome. Enfin, il enlève à l'Église et aux autres sacerdoces jusqu'à leur existence, en faisant rentrer la religion dans le domaine de la politique et des lois civiles^ en ne lui permettant de se maintenir qu'à l'état de sentiment ou de système philosophique. Cette dernière opinion ne se montre pas brusquement à la suite des deux autres; mais on la voit peu à peu se faire jour dans les derniers écrits de Lamennais et apparaître tout entière dans V Esquisse (Tune philosophie et Y Introduction placée en tête de la traduction française de la Divine comédie.

On sait quelle est la conclusion de V Essai sur Vindifférence. Toutes les religions rentrent dans le christianisme et se confondent avec lui. Le christianisme lui-même a sa plus haute expression dans l'Eglise catholique^ et l'Eglise catholique se personnifie dans le souverain pontife. Par conséquent, dans l'ordre religieux, rien n'est vrai, rien n'est conforme à la raison universelle, que ce qui est enseigné ou approuvé par le saint- siège, et réciproquement tout ce qui est enseigné ou approuvé par le saint-siége, tout ce qui est enseigné ou approuvé par le pape en qualité

LES DEUX PREMIERS SYSTÈMES DE LAMENNAIS. 137 de chef spirituel de TEglise, est la raison même du genre humain et Texpression de la vérité.

Le traité De la religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil nous offre la même conclusion transportée du domaine de la foi dans celui des lois et du gouvernement. Au-dessus de tous les pouvoirs, il y a une loi éternelle et invariable qui en règle Tusage. Au-dessus des rois et des peuples, il y a des devoirs qui déterminent leurs mutuels rapports. Au-dessus de la force, il y a le droit, qui nous apprend dans quelles circonstances et sous quelles conditions la force est légitime. Nier ces règles universelles, qui ont précédé les lois et les constitutions écrites, c'est professer Tathéisme politique. Mais ces règles, d'où viennent-elles, sinon de la même source que les dogmes religieux, c'est-à-dire de la révélation ? Qui en est l'organe et le dépositaire, si ce n'est l'Eglise et, par conséquent, le chef de l'Eglise ? Donc les souverains, dans l'usage de leur puissance, comme les plus humbles chrétiens dans leur foi et leurs mœurs, sont soumis à l'autorité du saint-siége. Le pape est véritablement le roi des rois, et quiconque lui désobéit se place non-seulement hors de l'Eglise, mais hors de la justice et de la morale, on pourrait dire hors de l'humanité.

Ces prétentions superbes, promptement abandon-

nées par Lamennais, se passent de toute autre explication et ont été jugées d'avance. Elles sont un re« tour à la théocratie pure telle qu'elle a essayé de s'établir, sans avoir jamais pu y réussir complètement, depuis le commencement du xi' jusqu'à la fin du xin* siècle. Nous sommes obligé de nous arrêter plus longtemps à la doctrine qui leur a succédé^ à celle qui a été soutenue dans le journal V Avenir et dans les Affaires de Rome, En voici à peu près tous les éléments.

Le clergé, c'est la tête et le cœur de l'Eglise, comme l'Eglise est la tête et le cœur de l'humanité. Le clergé doit donner l'impulsion à la vie générale des peuples ; il doit avoir la direction ides idées, des lois, des institutions, aussi bien que celle des croyances; car le christianisme ayant régénéré le monde, tout doit s'inspirer de l'esprit chrétien, et l'esprit chrétien doit émaner directement du sacerdoce. Il en était ainsi, sauf quelques interruptions et quelques résistances toujours vaincues, depuis les premiers siècles de l'Eglise jusqu'à la fin du moyen âge. Mais à partir du xvi* siècle, la monarchie absolue s'établit dans la plupart des Etats de l'Europe, opprimant à la fois TEglise et les peuples. Elle fit de l'Eglise un instrument de domination, et l'Eglise accepta ce rôle ; elle consentit à être asservie dans

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