‹ Des rapports de la religion et de l'ʹetatChapitre 8 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

IMPORTANCE ET DIFFICULTÉS DE LA QUESTION. — COMMENT ELLE A ÉTÉ RÉSOLUE DANS LA PRATIQUE. — NÉCESSITÉ DE FAIRE UN CHOIX ENTRE CES DIFFÉRENTES COMBINAISONS.

La constitution de i^Etat, l'organisation du gouvernement et les rapports du gouvernement avee'la société qu'il représente, sont Tobjet principal, mais non Tunique objet du droit politique. Le droit politique comprend aussi les rapports de TEtat et de l'Eglise, ou de la société civile et de la société reli-

2 D£ LA KELlGiON £î DE L'ÉTAT,

gieuse^ deux sociétés qui non-seulement se touchent, mais qui se pénètrent dans toutes leurs parties et qui demeurent cependant distinctes par leur nature, quelque effort que Ton fasse pour les confondre ; dont chacune possède ou réclame son gouvernement, ses lois.^, sa hiérarchie, ses moyens d'action, son existence à part. Dans quelle mesure la société religieuse peut-elle rester indépendante sans compromettre l'indépendance et Texistence même de la société civile? Dans quelle mesure la liberté religieuse peut-elle se concilier avec les conditions de la souveraineté politique et les garanties que réclame Tordre social? On comprend sur-le-champ quel est Tintérêt de cette question et quelle en est la grandeur. Elle touche aux fondements de la société et du pouvoir, aussi bien qu'aux droits les plus sacrés de rame humaine.

J*ai à peine besoin de faire remarquer que la liberté religieuse n*est pas la même chose que la liberté de conscience, et que Tune peut très-bien exister sans Tautre. La liberté de conscience est une question de droit privé. C'est le droit qui appartient à toute créature humaine, à tout être libre et intelligent, et par conséquent à tout membre de la société^ de croire ce qui lui paraît être la vérité, et de vivre selon ses croyances, ou tout au moins de ne rien

IMPORTANCE Ëî DlFFtCtJLTÉS DE LA QUESTION. 3 faire qui leur soit opposé. La violation de ce droit n'est pas seulement un crime, c'est un acte de folie^ puisque les croyances ne peuvent être imposées ni détruites par la force. La liberté religieuse est une question de droit public et particulièrement de droit politique : c'est le droit de former sous le nom de communion ou d'église une société véritable qui, au sein de la corporation civile, au sein de l'Etat et dans les mêmes frontières où se développe sa légitime puissance, a sa propre organisation, ses propres lois, sa propre vie, et non-seulement ses autorités constituées, mais son souverain ; c'est le droit pour cette société de manifester publiquement son existence, d'accomplir au grand jour tous les actes qui lui sont prescrits par ses statuts ou qu'elle juge utiles à son but, dont elle fait dépendre sa conservation ou Pextension de son influence. La liberté de conscience, si complète qu'elle puisse être, n'embarrasse que les tyrans et les fanatiques intraitables. La liberté religieuse, entendue dans un sens trop absolu, soulève des difficultés d'autant plus graves qu'on prend plus d'intérêt à la liberté civile et au devoir qui appar* tient à l'Etat de se défendre lui-même en défendant les différentes communions les unes contre les autres, et en les couvrant toutes d'une égale protection. Depuis le temps que ce redoutable problème occupe

à DE LA RELIGION ET DE L'ÉTAT.

les législateurs^ les publicistes et les hommes d'Etat^ les interprètes de la religion aussi bien que ceux de la politique^ il est difficile de lui trouver une solution nouvelle; il faut choisir entre celles qui existent^ qui ont été essayées successivement ou qui sont encore aujourd'hui soumises au contrôle de Fexpérience. Or^ celles-ci sont au nombre de quatre : ou TEtat est subordonné à la religion^ et, pour parler exactement^ absorbé par elle, de manière que ses lois sont des lois purement religieuses^ qui s'imposent à la foi en même temps qu'à la volonté, et que le chef de FEtat se trouve être avant tout le grand pontife^ un envoyé de Dieu, le ministre et l'interprète de sa parole; ou, tout au contraire, c'est la religion qui est subordonnée à l'Etat, de manière que le chef de l'Etat est en même temps, mais par une attribution secondaire, le chef de la religion, et que les lois religieuses, avant d'être acceptées par la foi et par la conscience, ont besoin d'avoir reçu une sanction civile, et d'être recueillies, si je puis ainsi parler, dans le Bulletin des lois; ou l'Etat et la religion sont non-seulement distincts, mais séparés, et vivent absolument indépendants l'un de l'autre, sauf les actes qui tombent sous la juridiction ciiminelle et portent directement atteinte à la sécurité, soit des individus, soit de la société tout entière; ou enfin, les deux puis-

Importance et difficultés de là question. 5 sances^ les deux sociétés sont distinctes sans être séparées^ sont libres chacune dans la sphère qui lui est propre^ sans être absolument indépendantes Tune de l'autre; de façon que la religion, sans compromettre ses dogmes et les règles essentielles de sa discipline^ est obligée de donner des gages à la sécurité de l'Etat et à Tempire de la loi civile, et que l'Etat^ de son côté, en évitant de s'immiscer dans des matières de foi où son autorité serait de la tyrannie^ peut donner à la religion et à la liberté même dont elle a besoin un appui tutélaire.

Il faut absolument choisir parmi ces quatre systèmes ; car il est de toute impossibilité d'en imaginer un cinquième ou de les mettre d'accord entre eux. Mais quel est celui qui mérite notre préférence ? Quel est celui que la logique des faits autant que celle des idées semble imposer^ dans un avenir prochain, à toutes les nations civilisées? Quel est celui ^ enfin^ que nous imposent à nous-mêmes les règles de la justice^ les principes de Uberté et de droit commun que nous avons reconnus jusqu'à présent?

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