II
peuple chrétien. Notre humilité n*a point fait mépris du commandement de votre sublimité, mais celui qui commande Timpossible, s'expose à Tinexécution de l'ordre donné, Qui jubet impossîbile facit se coniemptibilem. Du reste, si vous aviez rintention de restaurer la sainte Église et de travailler au salut du peuple chrétien, il était juste et raisonnable de l'entreprendre en suivant nos conseils, ou plutôt les conseils divins. Car ce que nous vous avons écrit, exprimé de vive voix ou transmis, ce n'est pas ce qui vient de nous, mais ce qui vient de Dieu, ce que nous avons trouvé dans les saintes Lettres, ou ce que nous avons reconnu être dans la situation. Que celui qui veut rester prudent, vienne à résipiscence et comprenne combien Dieu est offensé grandement si, dans des choses manifestement claires et de grande importance, on pèche sans / avoir Texcuse de l'ignorance. Dieu permet les fautes des rois, mais il ne les laissera pas sans vengeance. Nous avons reçu l'Esprit d'en haut, et c'est à nous qu'il a été dit : Ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père est celui qui parle en vous. Ne vous laissez pas séduire par l'apparence des choses présentes, qui passent vite... Charles, père du roi Pépin, est le premier entre ceux qui ont eu l'autorité sur les Francs, par qui l'Église ait été dépouillée de ses biens, distribués injustement : c'est pour cela seul qu'il s'est perdu éternellement. Eucher, évêque d'Orléans, étant en oraison, a reçu de Dieu le privilège de plonger ses regards jusqu'au fond des enfers, et il l'a vu tourmenté dans ce lieu. Un ange apprit à l'évêque qu'il était ainsi traité pour avoir enlevé et distribué les richesses des lieux saints... C'est pourquoi l'empereur Charles, lorsqu'il n'était encore que roi, fît un édit pour écarter de l'esprit de ses fils et successeurs la pensée d'un pareil attentat. Nous avons l'édit parmi les capitulaires, et' nous tenons le récit de l'empereur Louis, votre père... Mais, puisque vous avez résolu de vous occuper de l'état du peuple chrétien et de son salut, commencez par vous corriger vous-même, ainsi qu'il est écrit : Médecin, guéris d'abord tes plaies. Vous êtes roi, et vous vous faites appeler : Seigneur. Élevez donc votre esprit vers celui qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, celui de qui vous empruntez les noms.
Le moyen âge, avec l'âpreté de ses luttes, commence dès les temps Carlovingiens.
§ 4. — Ih'oit chrétien de f Espagne: Troisième concile de Tolède et recrutement du sacerdoce . — Synthèse de la légalité.
aS6. La légalité de TOccident, à Tépoque qui nous occupe, et relativement au sujet que nous traitons, malgré quelques divergences dans le détail, se développe avec une uniformité qui est presque Tunité de législation. De Tunité romaine, on arrive à Vunité Garlovingienne sans beaucoup d*étonnement. Les Gaules, Tltalie, la Germanie, poursuivent leurs destinées unies, en modifiant peu les théories de droit antérieures, en les appliquant et les accommodant aux temps nouveaux. Une seule théorie vraiment neuve, vraiment féconde, de laquelle dérivera tout un ensemble de lois, qui crée un droit ecclésiastique certain, inébranlable, inéluctable, c'est celle delà science faisant partie intégrante de Tessence du sacerdoce. Tous les conciles venus ensuite, tous les papes, tout le droit canon n'ont cessé de protester contre les trop fréquentes violations de ce droit. A rheure présente, il n'est pas un élève des écoles épiscopales de théologie qui ignore que le concours, c'est-à-dire la théorie de droit basée sur la science., est le droit commun du sacerdoce, alors môme que des coutumes contraires sont légitimement en vigueur. Le concours, l'élection, l'inamovibilité, sont des principes de rÉglise d'Occident qui ont constitué une forte légalité du sacerdoce. L'Église grecque n'a pas connu le concours ; elle a gardé l'élection; elle a souvent toléré l'amovibilité et le renversement de ses pontifes eux-mêmes.
Nous exposons ici, il ne faut pas s'y tromper, beaucoup moins encore une légalité pleine de grandeur, que nous ne cherchons à en montrer la valeur juridique , en assignant sa place, en la montrant corroborée par les plus imposantes autorités, à travers les âges.
De nos jours, quelques-uns de ceux qui ont entrevu la grandeur de cette légalité, séduits par l'idéal, en ont réclamé l'application, comme ils eussent fait pour une Grande Charte quelconque, méconnue par les détenteurs du pouvoir. Mais les grandes questions contemporaines ne se présentent pas, d'habitude, avec cette simplicité dans les moyens de solution. Il y faut les méditations des sages ou l'intuition du génie.