CHAPITRE III
Certains réflexes tendineux sont des phénomènes normaux, d’autres, au contraire, sont des phénomènes pathologiques. M. O. Berger (2) a eu l’idée de rechercher 1 existence et par conséquent l'absence des réflexes tendineux
(1) Brissaud. De la coutracture permanente chez les hémiplégiques. Thèse de Paris, 1880.
(2) Centralbl, f. Nervenheilk, 1879, n° 4.
chez les individus sains; ses expériences ont porté sur 1409 personnes saines en apparence, dont 900 soldats. Il a constaté que l’intensité du réflexe rotulien varie dans des limites très grandes, que son existence normale est souvent faiblement accentuée et difficile à démontrer. Sur 22 hommes bien portants, soit 1,56 pour 100, il a noté l’absence du réflexe tendineux du genou. Le réflexe du tendon d’Achille existe en règle générale, mais il manque dans la proportion de 20 pour 100 ; le phénomène du pied ne se rencontre chez l’homme sain que d’une façon exceptionnelle. Les autres réflexes tendineux ne se rencontrent qu’à l’état pathologique. La strychnine augmente, la morphine diminue la vivacité des réflexes tendineux.
Eulenburg (1) les a recherchés sur 214 enfants. Voici ses conclusions. Le phénomène du genou pouvait être provoqué d’une façon manifeste chez six enfants sur sept qui furent examinés le premier jour après la naissance. Par contre, le phénomène du pied ne put être constaté qu’une seule fois.
Chez les enfants de une à quatre semaines, le phénomène du genou ne fit jamais défaut, si ce n’est chez un petit garçon âgé de treize jours et affecté d’atrophie. Habituellement le phénomène était plus accusé d’un côté que de l’autre. Sur 113 enfants âgés de plus d’un mois, il y en eut sept (six filles et un garçon), chez lesquels la percussion du tendon rotulien fut impuissante à provoquer le soulèvement de la jambe; chez tous les sept, la santé était languissante et la nutrition plus ou moins compromise.
D’après les recherches de Soltman chez les enfants du premier âge, les réflexes tendineux sont empreints d’exa-
«(1) D. Zeitschrift f, pract. Medicin, 1878, n° 31.
gération, tandis que l’excitabilité des nerfs périphériques est amoindrie durant les six premières semaines après la naissance. Cette exagération, rapprochée du développement incomplet des faisceaux pyramidaux chez le nouveau-né, semble déjà signaler ces phénomènes comme des réflexes spinaux. Nous verrons du reste en pathologie que la dégénérescence du faisceau pyramidal de l’un ou de l’autre côté produit une exagération des réflexes tendineux du même côté, suivie bientôt de contracture, car on sait maintenant que l’exagération des réflexes tendineux et la contracture sont des phénomènes connexes.
Nous allons étudier séparément la physiologie du phénomène du genou et du phénomène du pied, et ces deux signes étant connus, l’explication de tous les autres réflexes tendineux le sera également.