‹ Des résidus industriels dans l'alimentation du bétail 1892Chapitre 31 sur 72 · DISSÉMINÉS DANS LE TOURTEAU (GROSSISSEMENT I · texte numérisé non relu

DISSÉMINÉS DANS LE TOURTEAU (GROSSISSEMENT I

La composition moyenne de ce tourteau est la suivante :

Eau 12 .02 %

Huile 5.78 —

Azote dans les matières organiques.. 5. 01 —

Cendres 7-97 —

Acide phosphorique dans les cendres. 1.72

Cette composition le classe dans la catégorie des bons

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DES TOURTEAUX. 25i

tourteaux, et comme la graine de niger ne renferme aucune substance nuisible, il peut entrer dans l'alimentation du bétail. Les Anglais l'utilisent avantageusement à cet effet; il est moins connu et moins employé en France, ce qu'on attribue à ce que le niger n'arrivant que par intermittence dans notre pays, souvent quand les agriculteurs le demandent, il n'y en a pas dans le commerce. En régularisant les envois, on le ferait vraisemblablement entrer dans la consommation courante du bétail comme y sont entrés ceux de sésame et d'arachide.

Les essais auxquels nous nous sommes livré ont démontré que ce tourteau est accepté d'abord avec hésitation par les animaux, mais qu'ils s'y habituent promptement et le prennent bien dans la suite.

Des industriels peu scrupuleux se sont servi du niger pour frelater les tourteaux de lin.

Tourteau de maffouraire.

On reçoit en Europe, de Madagascar et de la côte du Mozambique, les graines d'un arbre de la famille des Méliacées, appelé vulgairement Maffouraire ou maffoura, et qui est le Trichilia emetica, Valh.

Le fruit est uniloculaire par avortement de deux loges, car primitivement l'ovaire est triloculaire. La graine est noire, à épisperme testacé et dur ; l'amande est brunâtre. Cette graine est entourée d'une membrane charnue qui est probablement une arille ; l'embryon est charnu, sans albumen, à cotylédons épais.

Dans les pays de production, les fruits de maffoura, mêlés à des aromates , concourent à produire une sorte

de cosmétique; mélangés à l'huile de sésame ils sont regardés comme un spécifique contre la gale.

L'extraction de l'huile de maffouraire ne peut se faire qu'à une température élevée, car cette huile ne se liquéfie qu'à 38°. A la température ordinaire, elle est concrétée en une masse de couleur café au lait striée de blanc. Cette particularité , qu elle doit surtout à sa richesse en stéarine, fait qu'elle est employée principalement pour la fabrication des bougies; ses résidus sont utilisés dans la savonnerie.

Le tourteau de maffouraire est brun rougeâtre, dur, de pâte mal liée et cassante. On voit dans la gangue des débris qui proviennent, les rouges, de l'endocarpe (?), les noirs de l'endosperme. Traité par le sulfure de carbone, il se décolore et donne une poudre jaunâtre.

Composition chimique du

Tourteau de maffouraire Tourteau de maffouraire ordinaire. repassé.

Eau 9.05 io.o3

Huile i3.2 6.75

Azote dans les mat.

organiques 2.65 3.o3

Cendres 11.88 i3.go

Acide phosphorique

dans les cendres.. 0.86 0.91

(Decugis.)

La teneur de ces tourteaux en matières azotées est faible, ce serait déjà un motif pour peu les estimer comme aliments. Seraient-ils inoffensifs? Rappelons qu'en Arabie, les fruits du maffouraire sont usités comme vomitifs , ainsi que l'indique d'ailleurs le nom significatif d^emetica que lui ont appliqué les botanistes; d'autre part, le Trichilia appartient à une famille dont

l'espèce typique, qui est le mélia azédarach, possède des fruits émétiques et vénéneux. Il y a donc lieu de se méfier et, tant que des expériences n'auront pas été faites, de ne pas les distribuer aux animaux.

Tourteau cTargan.

Un arbuste épineux du sud algérien et marocain, qui croît aussi à Madagascar, PArgan [Argania elœodendron, A. sideroxylon, Sideroxylon spinosum, L.), de la famille des Sapotacées, produit des fruits gros comme les olives. Ce sont des drupes monospermes dont la graine fournit une huile utilisable à des usages très divers. Au Maroc , cette huile s'obtient des noyaux d'Argan qu'on broie après qu'ils ont traversé le tube digestif des chèvres.

Les récits des voyageurs apprennent qu'au Maroc le résidu est distribué aux animaux qui en tirent bon parti. En conséquence, si le commerce importait les fruits d'Argan en Europe, on pourrait agir de même. Jusqu'à présent l'importation ne paraît pas s'en être faite sur une échelle suffisante pour que du tourteau ait déjà été mis à la disposition de l'agriculture. Nous n'avons pu nous le procurer pour en faire l'étude et nous n'en connaissons point d'analyse.

Tourteau de croton.

La famille des Euphorbiacées, l'une des plus riches de la flore en espèces vénéneuses, renferme trois genres qui fournissent de l'huile et laissent un résidu. Ce sont les genres Croton, Ricin et Jatropha.

Le Croton tiglium est un arbuste des régions tropicales qui a été introduit dans nos serres où il fleurit quelquefois. Souvent il est appelé bois de Tilly, bois purgatif des Moluques. Ses graines, pour ce motif, sont dénommées fréquemment graines de Tilly ou de Tigli et encore petits pignons d'Inde. On en extrait une huile qui est l'un des purgatifs les plus violents dont dispose la thérapeutique en même temps qu'un vésicant énergique. Les propriétés vésicantes de cette huile sont dues à l'acide crotonique, isolé par Pelletier et Caventou, et l'action purgative est le fait d'une matière qui reste encore à isoler et qu'on soupçonne de nature résineuse.

La pression de la graine de croton laisse un tourteau dans lequel reste une proportion élevée d'huile (17% d'après les recherches de Girardin et Soubeyran), il est donc absolument impropre à l'alimentation du bétail et ne peut servir que comme engrais. Il n'y a guère à espérer qu'en le traitant au sulfure de carbone , on le rende absolument inoffensif, car l'épuisement en huile n'est jamais absolu et la petite proportion qui resterait serait capable d'amener des accidents sur les animaux. C'est à essayer, néanmoins.

Nous en parlons à cette place par ce que ces résidus ont été mêlés à quelques tourteaux comestibles, comme ceux de palme, de coton, de coprah, de chènevis, et qu'ils ont occasionné des pertes. Les animaux qui les ont reçus meurent après avoir présenté les signes de la superpurgation, et à l'autopsie on en trouve toutes les lésions dans l'appareil digestif. Il n'est pas nécessaire que la quantité ingérée soit considérable. D'après nos recherches, 4 à 5 grammes de tourteau suffisent pour rendre malade un mouton.

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Tourteau de ricin.

Le Ricin (Ricinus communis, L.) est une plante herbacée et annuelle dans les pays tempérés, arborescente et vivace dans leMidi(fig. 16). Il fournit une graine bien connue, ovale, aplatie sur une face, convexe sur l'autre, à surface luisante marbrée et présentant au sommet un ombilic surmonté d'une caroncule charnue.

On en extrait une huile purgative , usitée journellement en médecine.

Il reste comme résidu un tourteau

dont les propriétés FlG- l6- ~ R*ME*u et fruit de ricin.

cathartiques sont plus accentuées que celles de l'huile elle-même.

Ce tourteau se présente sous deux aspects : brut ou décortiqué. Le premier est blanc-sale, friable, à gangue grossière parsemée de fragments testacés ; le second est plus foncé, plus consistant et d'une pâte plus homogène, bien que montrant des pellicules grises, noires, brunes. Inodore, même à l'état frais, il donne au contact de l'eau une bouillie gris- blanchâtre, avec de nombreux fragments pelliculaires noirs.

Le principe toxique du ricin' réside exclusivement dans la graine, sans qu'on ait déterminé exactement si c'est dans le spermoderme, l'amande, l'embyron ou dans ces trois parties à la fois. Des auteurs ont même avancé que le principe actif de la graine de ricin n'y préexiste pas, mais qu'il se forme dans le tube digestif par une réaction qui ne serait pas sans analogie avec celle dont nous avons parlé à propos de la moutarde. Ce n'est qu'une hypothèse. Tous les corps qu'on a isolés du ricin : ricinine, ricinélaïdine , acides ricinique et ricinolique, ne possèdent pas les propriétés particulières et vénéneuses de la graine.

Étant donné que la connaissance des effets dangereux de la graine entière ainsi que de l'huile de ricin est dans le domaine public, il semble inutile de recommander de ne jamais distribuer les tourteaux de ricin aux animaux. Et cependant, soit ignorance, soit économie mal entendue, cette distribution a été faite et les accidents prévus sont arrivés. En Provence, 80 moutons sont morts d'un coup, qui avaient été alimentés de cette façon.

Les tourteaux de ricin n'ayant ni odeur ni saveur désagréables, des animaux en rencontrant de déposés dans la cour ou la grange pour servir ultérieurement d'engrais, en ont mangé et se sont empoisonnés.

Enfin ils ont servi aussi à falsifier d'autres tourteaux.

Tourteau de pur gères.

Une autre Euphorbiacée, abondante sur les côtes du Gabon et qu'on trouve aussi dans l'Amérique méridionale, le Jatropha Curcas, J. cathartica, Curcaspur-

DES TOURTEAUX. 2i>7

gans, appelée Purgueira par les Portugais, donne des graines (fig. 17) connues sous les divers noms de Noix américaines, grands haricots du Pérou, Pignons de Barbarie, gros Pignons d'Inde, Médiciniers, Pur gères, Pulghères, noix des Barbades, Ricins d'Amérique, Ricins sauvages.

On en extrait une huile dont les effets rappellent beaucoup ceux que produit l'huile de croton; elle est employée en médecine comme parasiticide et dans l'industrie pour l'éclairage. Le Portugal est vraisemblable-

Fig. 17. — Fruit et graines du Jatropha Curcas.

ment le pays de l'Europe où on manipule le plus de graines de jatropha curcas; elles lui arrivent de ses possessions africaines. Il paraît que dans l'Amérique du Sud, on s'adresse non au J. curcas, mais à deux espèces voisines, J. elœococca ou Elœococca verrucosa et J. mu Itifida, [dont les graines ne sont pas moins dangereuses que les purgères gabonaises.

On trouve dans les purgères de l'acide jatrophique et de la curcasine, principes très acres; il est nécessaire de s'assurer expérimentalement si ces principes sont toxiques et surtout si] ce sont les seuls que contiennent lesdites graines.

Celles-ci sont très vénéneuses; le tourteau qui reste après leur pression est lui-même dangereux et ne doit

jamais être donné aux animaux. On l'utilise à la fumure des terres; on s'en sert quelquefois pour falsifier les tourteaux alimentaires, particulièrement celui de chènevis auquel il ressemble , car il est brunâtre avec des débris d'enveloppe dans la pâte.

La falsification s'opère soit en mêlant les deux tourteaux à l'état pulvérulent, soit en glissant quelques pains de jatropha au milieu de ceux de chènevis. Le résultat d'une pareille fraude est la mort des animaux auxquels les tourteaux sont distribués, avec tous les symptômes de la superpurgation et les lésions qui en découlent.

Une quantité minime de tourteau de purgères suffit pour amener ce fâcheux résultat, car des expériences cTOrfila ont démontré que 4 à 1 2 grammes de farine de graines de jatropha, suivant la taille, suffisent pour tuer en dix heures les chiens à qui on les fait prendre. (Voyez page 341 les moyens de s'assurer de la présence de tourteau de jatropha dans celui de chanvre.;

Tourteau de coton.

Le Coton est fourni par des plantes de la famille des Malvacées et du genre Gossypium, qu'on rattache à deux espèces principales : G. herbaceum et G. arboreum. On exploite aussi l'espèce G. barbadense.

Les cotonniers se divisent en deux groupes : i° les annuels, 20 les vivaces ou en arbres. Tous sont des végétaux des climats chauds ; sous les zones très brûlantes, ils sont arborescents. Une température de 3o" à 45° leur est nécessaire ; au-dessous de 200, la maturation est incertaine.

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On en a essayé la culture dans le midi de la France et en Algérie, mais les frais de main-d'œuvre sont si considérables qu'on s'est arrêté. Elle se fait en Sicile, en Egypte, en Syrie, en Arabie, en Perse, aux Canaries, au Sénégal . aux I ndes et en Amérique. Dans la Basse- Egypte, il y a i5# et dans la Haute- Egypte 46 # de l'étendue du territoire ensemencé en cotonniers. Aux États-Unis, le Texas produit à lui seul 5 millions de gallons d'huile de coton et 1 3o 000 tonnes de tourteaux.

On distingue plusieurs variétés : le Géorgie longue soie, à graines noires, lisses, nues et à filaments très longs, tins et soyeux, le Jumel à fibres un peu moins longues et fines, le Louisiane à graines verdâtres et à filaments très fins mais courts, le Nan Kin

à graines rousse et à fila- Fig. 18. — Rameau fleuri ments courls et également DE cotonnier.

roux, VIvica ou Maltais à

graines brunes et à filaments un peu moins longs. En Egypte, on cultive trois variétés longue soie, le Brun Hachmouni, le Bahmia et le Blanc de Dakalich, ainsi que le Blanc Afybiat qui est à courte soie.

Le fruit du cotonnier est une capsule pluriloculaire, s ouvrant à la maturité en autant de valves qu'il y a de loges. Chacune de celles-ci contient des graines nombreuses, ovoïdes, de couleur variable comme on l'a vu tout à l'heure, mais toujours foncées , puis les filaments duveteux exploités industriellement sous le nom de

coton. La déhiscence du fruit se fait spontanément à la maturité, le coton s'échappe et forme une houppe au-dessus des valves.

Dans une capsule, le poids des graines est supérieur à celui du coton.

Il n'y a pas très longtemps, le cotonnier n'était exploité que pour sa matière textile, la graine n'avait pas de valeur. Aux Etats-Unis on la laissait s'accumuler et pourrir dans les plantations; en Egypte on la distribuait pourtant aux bœufs. Mais depuis la crise cotonnière et l'extension qu'ont prise les plantations dans les pays chauds, il en est résulté un avilissement considérable dans les prix de certaines qualités de coton et particulièrement dans les courte-soie; aussi trouve-t-on aujourd'hui des planteurs qui cultivent le cotonnier pour sa graine qui est oléagineuse.

La qualité du tourteau de coton variant beaucoup suivant la façon dont les graines ont été travaillées, il est nécessaire de dire quelques mots des manipulations qu'on leur fait subir.

On désigne sous le nom d'égrenage l'opération qui consiste à séparer les filaments de coton de la graine. Exécutée autrefois uniquement à la main, elle se fait mécaniquement aujourd'hui; les machines qu'on utilise à cet objet se divisent en deux sortes : les unes sont à rouleaux et dites roller-gins, les autres sont à scies et dites saw-gins.

Après cette opération, les graines sont traitées dans les pays de production ou importées en Europe pour y être travaillées. L'Egypte est le pays qui jusqu'à présent en fournit à la France la plus grande partie.

Il y a peu de temps qu'on extrait l'huile de la graine de cotonnier. Un industriel marseillais, Germiny, en

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avait bien, en 1785, envoyé à la Société d'encouragement de Londres un échantillon, mais la qualité de ce produit et la proportion qui en avait été fournie par les graines ne semblèrent pas justifier une exploitation industrielle. Il faut arriver en 1840 pour l'Angleterre, et en i856 pour les États-Unis, pour assister à de nouvelles tentatives, et encore n'est-ce qu'en 1860 que sorti de la période des essais , on installa dans ces deux pays des huileries de coton. En France, c'est vers 1872 qu'on agit de même, mais une fois l'élan donné, cette industrie se développa largement ainsi que le prouve l'accroissement des importations de graines de coton.

Celles-ci, nettoyées, broyées et pressées, fournissent une huile dont la qualité varie suivant les procédés employés. L'huile de pression à froid est utilisée comme comestible; aux États-Unis, les huiles de tables proviennent généralement du pressurage de grains de sésame et de cotonnier mêlés en parties égales. Dans ce pays, on fabrique aussi avec la margarine du cotonnier un beurre artificiel qui, mêlé au suif, est vendu comme saindoux. L'huile de pression à chaud sert pour l'éclairage et pour la savonnerie. L'huile de coton est employée aussi à falsifier d'autres huiles, celle d'olive spécialement.

Les tourteaux de coton se présentent extérieurement sous forme de galettes carrées ou rectangulaires, épaisses de 2 centimètres et dont le poids ne dépasse guère 2 kilogr. Ils sont très différents les uns des autres, suivant les procédés employés dans l'extraction de l'huile, ils n'ont point la même valeur alimentaire et ne doivent point être payés au même prix. Les sortes en sont au nombre de quatre : i° le tourteau de coton cotonneux, 20 le tourteau de coton brut ou d'Alexan-

drie, 3° le tourteau de coton épuré, 40 le tourteau de coton décortiqué.

Tourteau de coton cotonneux, — Il provient de graines qui ont été mal égrenées ou qui, étant insuffi-

Fig. 19. — Fragments de tourteau de coton examiné au microscope (grossissement : 170)

A. Fragment de tourteau de coton non cotonneux. B. Fragment de tourteau de coton cotonneux.

samment mûres ou avariées, n'ont pu être complètement dépouillées de leurs filaments de coton. Son aspect est particulier : de couleur brune quand il est vieux, il est verdâtre quand il est récent et moucheté de points blancs duveteux et de points noirs. Sa cassure est lamelleuse,

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laisse voir des fragments du spermoderme de la graine qu'on appelle improprement coque, une quantité variable de duvet et peu de pâte. Inodore, insipide, il se mélange mal à l'eau, s'en imbibe, mais ne forme pas bouillie.

Au microscope, on aperçoit la structure particulière des fibres de coton (fig. 19, B). De grosseur assez régulière, transparentes, elles montrent au centre une cavité médullaire ; elles sont constituées par de la cellulose, aussi présentent-elles une réaction caractéristique avec le napthol ou le thymol, en présence de l'acide sulfurique; il se forme par agitation une coloration violette avec le naphtol, rouge avec le thymol et les fibres se dissolvent.

Suivant leur origine, leur aspect et la quantité de filaments cotonneux qu'ils renferment, on distingue les résidus qui nous occupent en deux catégories :

a Ceux qui contiennent le moins de duvet proviennent habituellement de Sicile; on les appelle tourteaux cotonneux de Catane.

b Les plus cotonneux, généralement de provenance levantine, sont dits simplement tourteaux cotonneux, ou encore cotonneux de Volo, de Smyrne.

M. Renouard a donné les analyses suivantes des deux sortes de tourteaux cotonneux :

Tourteau cotonneux Tourteau cotonneux de Catane. du Levant.

Eau

Huile

Matières organiques

Sels ou Cendres

Azote

Acide phosphorique.

264 l^S RESrDUS INDUSTRIELS.

Encore que la teneur en azote de ces tourteaux ne soit pas élevée, cela ne suffirait pas pour les faire rejeter de l'alimentation du bétail, il importe surtout de voir quelle est la proportion de fibres cotonneuses vis à vis des autres matières constituantes et de savoir si ces fibres introduites dans l'organisme y peuvent occasionner de fâcheux effets.

Cette proportion varie nécessairement suivant la sorte de tourteau; lorsqu'on examine Tune ou l'autre et qu'on casse des fragments, on est frappé du volume que représentent les houppes cotonneuses; elles noient les fragments de coque dans leur masse; mais si Ton pèse respectivement coques et coton, on est toujours surpris de voir combien la proportion pondérale de celui-ci est faible vis-à-vis de celles-là. M. Barthelet l'évalue seulement à i,5 ou 2 %. Dans le tourteau de Catane, elle est moindre encore.

Est-elle suffisante pour commander l'élimination absolue du tourteau cotonneux de Palimentation ? S'il est exact, comme l'avance M. Renouard, qu'on ait trouvé « des boules de coton » obstruant l'intestin chez des animaux morts pendant qu'on les nourrissait de tourteaux cotonneux (1); l'élimination est recommandée. Mais nous avouons conserver quelques doutes sur ces obstructions, d'abord parce que les fibres de coton imprégnées de liquide ne se gonflent pas ou se gonflent à peine et qu'en distribuant par exemple 2 kilogr. de tourteau cotonneux à un animal, on n'introduit en réalité que 40 gr. de fibres cotonneuses dans son organisme, ce qui est peu de chose. Ensuite parce qu'à plusieurs reprises, ce résidu a été distribué, sous nos yeux,

(1) A. Renouard, Etudes sur les tourteaux de coton, dans les Annales agronomiques, 188 1, page 5 20.

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au bétail de la ferme de l'École, sans qu'aucun trouble de la santé soit survenu. Enfin parce que nous savons qu'en Orient, et particulièrement dans la Thessalie et la Levadie, la plus grande partie des graines de coton chargées encore de leurs filaments (à cause de la variété cultivée) est donnée aux bestiaux sans que nousayions entendu parler d'accidents. La principale raison pour laquelle nous ne le recommandons pas, c'est qu'il est de conservation difficile; il se couvre rapidement de moisissures.

Tourteau de coton brut ou tourteau de coton d'Alexandrie. — De couleur verdâtre quand il est récent et brune quand il a vieilli, ce tourteau montre des assises dans sa cassure; la pâte vert- jaunâtre qui le constitue est mouchetée de noir par les fragments de coque qui s'y trouvent mêlés; on n'y voit pas de filaments de coton ou seulement des bouts. (Voy. fig. 19, A.) Le nom de tourteau d'Alexandrie qu'on lui donne à Marseille, où on le fabrique en grande quantité, vient de ce que les graines d'Egypte sont les mieux décotonnées.

Mêlé à l'eau, il forme une bouillie jaune foncé parsemée de points noirs.

Voici sa composition (Renouard) :

Eau 10.98

Huile 6.09

Matières organiques 77. o3

Sels ou Cendres 6.00

Azote 4-o3

Acide phosphorique 2.07

Ces tourteaux sont donnés au bétail. 11 paraît que dans les fabriques étrangères, notamment aux États- Unis, on débarrasse les graines de coton courte-soie par l'acide sulfurique. Des tourteaux provenant de graines imprégnées de cet acide ne pourraient être distribués sans

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danger aux animaux chez qui des symptômes d'irritation intestinale ne tarderaient point à se montrer. Peutêtre faut-il attribuer à ce traitement un certain nombre d'intoxications par l'alimentation au tourteau de coton dont nous parlerons dans un instant?

Tourteau de coton épuré. — Ce tourteau diffère du précédent en ce qu'après le concassage, les graines ont été débarrassées d'une partie des coques et des matières étrangères et inertes qui s'y trouvaient mêlées. Il est plus jaune que le précédent.

M. Renouard lui attribue la composition qui suit :

Eau 11.26

Huile 4.80

Matières organiques 78.76

Sels ou Cendres 5 . 28

Azote 4«43

Acide phosphorique 1 .96

Tourteau de coton décortiqué. — C'est presque exclusivement en Angleterre qu'on décortique les graines de cotonnier avant de les soumettre à la pression ; dans les autres pays et surtout en France, cette pratique est rare, ce qui est regrettable, car le tourteau qui en résulte est très recommandable. Une fois les graines travaillées par les décortiqueurs, les débris sont soumis à l'action d'une soufflerie qui sépare les coques des amandes. Les premières sont ramassées et vendues pour la fabrication du papier, les secondes sont portées au moulin à broyer; elles passent ensuite entre des laminoirs qui les pulvérisent, vont aux chauffoirs si le pressurage doit se faire à chaud ou sont dirigées immédiatement sous les presses, s'il doit être exécuté à froid, ce qui est le cas le plus rare, parce que si l'huile est de meilleure qualité, le rendement est moins fort. Ces tour-

leaux décortiqués sont de couleur jaune, sans les pellicules noirâtres qu'on remarque sur les trois sortes précédentes; ils sont plus denses, de structure plus homogène.

Le D* Wœlcker, qui a fait comparativement l'analyse des tourteaux décortiqués pressés à chaud et à froid , a obtenu :

Tourteaux pressés Tourteaux, pressés à froid. à chaud.

Eau 9.08 9.28

Huile 19.34 16. o5

Matières organiques. 64.20 66.62

Sels ou Cendres 7.38 8.o3

Azote 6.93 6.58

La richesse de ce tourteau décortiqué est, on le voit, supérieure à celle des autres sortes et il est des praticiens qui le mettent sur le même pied que celui de lin.

Utilisation. — Les agriculteurs anglais ont devancé tous les autres dans l'emploi des tourteaux de coton pour l'alimentation du bétail ; les graines importées et triturées dans les Iles- Britanniques ne leur fournissent même pas la quantité de résidus qu'ils réclament. En 1870, à une époque où l'agriculture française n'utilisait pas encore les tourteaux de coton, l'Angleterre importait 19,708,255 kilogr. de ces tourteaux, en sus des 120,304 tonnes de graines de coton qu'elle recevait. Sur cette quantité, la France lui en fournissait 4,5oi,525 kilog. Depuis 1877, l'exportation française des tourteaux de coton à destination d'Angleterre et d'autres pays a été diminuant; on a compris quel parti on pouvait tirer de ces résidus pour la nourriture de notre bétail, et leur emploi s'est étendu. Ce n'est que justice de déclarer que M. L. Grandeau, par ses analyses et ses écrits, a été Fa-

gronome français qui a le plus contribué à cette extension (i).

Elle est rationnelle, en effet ; le tourteau de coton est accepté par les divers animaux de la ferme sans difficultés ; point n'est besoin de cette sorte d'apprentissage nécessaire pour d'autres résidus oléagineux, comme ceux de chènevis ou d'arachides. Les ruminants et Je porc ne sont pas les seuls mammifères domestiques qui l'acceptent; le cheval plus difficile qu'eux sur son alimentation, le reçoit et le mange sans trop hésiter.

Pour F usage, le tourteau de coton est passé au concasseur ou pulvérisé de toute autre façon; il est accepté seul par les moutons et les bœufs, mais généralement on le mélange avec des farines de maïs ou d'orge ou avec des grains concassés, avec du son, du fourrage haché, des racines ou des tubercules cuits. On peut aussi en faire des buvées, en ayant la précaution de les préparer à froid et peu de temps avant la distribution, l'expérience ayant appris que la cuisson rend le tourteau de coton moins recherché du bétail. Sans odeur et sans saveur particulière, il n'y a pas à craindre qu'il communique à Ja viande ou au lait quelque mauvais goût; d'après nos essais, avec les tourteaux de coprah, c'est celui qu'on peut donner à plus forte dose journalière : nous avons pu aller à »6 kilogr. chez une vache sans provoquer de dérangements intestinaux. Habituellement on en distribue de 2 à 3 kilogr. par bête bovine, 400 gr. par mouton, 200 gr. par cheval et 700 à 800 gr. par porc.

Convenable pour les animaux à l'engrais, il est surtout recommandable pour les bêtes laitières. Des expériences ont été suivies dans plusieurs grands domaines

(1) L. Grandeau , Les tourteaux de coton , dans le Journal d'agriculture pratique, 1877, pages 42 et 52 1.

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qui ont montré qu'à ce point de vue, il se place au premier rang. Plusieurs raisons concourent sans doute à ce résultat; parmi elles, il faut placer Paction constipante de ce résidu. Toute laitière épuisée par la diarrhée diminue en lait; or, l'association du tourteau de coton avec un résidu très aqueux, comme des pulpes, combat cette tendance et laisse le rendement en lait à un taux élevé.

Ce remarquable résultat pourrait être utilisé non seulement sur les femelles habituellement exploitées pour la production laitière; on s'en inspirerait avec profit quand on se trouve en présence de juments, d'ânesses et de truies qui, venant de mettre bas, n'ont pas suffisamment de lait pour allaiter leurs petits. Cette manière d'agir ne serait d'ailleurs que l'imitation d'une pratique populaire dans quelques pays méridionaux où les graines de coton sont recommandées, par des traditions anciennes, aux nourrices dont lelait est insuffisant ou dont la sécrétion tend à se tarir.

Il faut parler de quelques accidents attribués à l'usage des tourteaux de coton. Les premières observations ont été recueillies en Angleterre où Coleman puis Vœlcker ont dénoncé la toxicité des graines non décortiquées; ultérieurement Stein, Worner, Emmerling, Bongartz, Rossignol en ont apporté de nouvelles. Une récente nous a été communiquée par un agriculteur du Midi.

Les accidents se montrent de préférence sur les jeunes animaux et les agneaux de trois à quatre mois qui, d'après M. Rossignol, sont décimés quand on leur en distribue. Mais exceptionnellement, les adultes peuvent être victimes de cette alimentation.

Les symptômes se manifestent par de l'entérite, de l'hématurie, de la péritonite. La maladie a parfois une forme

aiguë , l'urine devient rouge sombre ou même sanguinolente, la gastro-entérite se compliqued'épanchement dans les séreuses, de dysenterie et de tuméfaction du foie. Quand elle est à l'état chronique, avec l'ascite la lésion dominante est une néphrite parenchymateuse.

Le traitement doit être préventif: supprimer le tourteau et faire de la médecine de symptômes.

Il est difficile de se prononcer sur l'agent qui amène de pareils désordres parce qu'agriculteurs et vétérinaires dans les relations d'intoxications qu'ils ont livrées à la publicité, ont rarement spécifié à quelle sorte de tourteau on avait eu à faire, ce qui est un point fort important.

Nous savons que, dans quelques cas, il s'agissait de tourteaux de graines non décortiquées ou tourteaux d'Alexandrie, mais nous ignorons si des accidents se sont produits avec d' autres tourteaux et notamment avec les décortiqués ; nous ne savons pas si le tourteau nuisible ne provenait point de graines traitées à l'acide sulfurique.

Si un jour, il est acquis que les tourteaux non décortiqués et provenant de graines n'ayant pas subi l'action de l'acide sulfurique ont seuls causé des accidents, on devra conclure à la présence d'un principe toxique existant dans les coques, principe ou peu actif ou en très petite quantité, puisqu'il agit sur les jeunes et reste habituellement sans effet sur les adultes. Ce principe sera à isoler et à étudier au triple point de vue de la chimie, de la physiologie et de la toxicologie. Il y aura lieu d'examiner à quoi tient la sensibilité particulière des bêtes ovines et surtout des agneaux, car nous savons par une communication de M. Gennadius, directeur de l'École d'agriculture d'Athènes que si, dans tout l'Orient, on emploie les graines de coton dans l'alimentation des porcs et des bêtes bovines, on ne les

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distribue pas aux moutons, l'expérience ayant sans doute appris que ce ne serait pas sans inconvénient.

Dernièrement , nous avons eu à examiner des lésions provenant de bêtes bovines qui recevaient des buvéesde tourteau de coton non décortiqué mais non cotonneux. Ces lésions étaient similaires sinon identiques à celles de la pneumo-entérite des fourrages. Étaient-elles dues à des altérations se produisant dans des auges mal nettoyées où Ton préparait à l'avance les buvées? Des microbes avaient-ils souillé accidentellement les graines au moment de la récolte ou pendant les manipulations? Les recherches micrographiques et les cultures auxquelles nous nous sommes livré avec le tourteau soupçonné le facteur des accidents, nous ont montré dans ce résidu des microccoques, des moisissures et des ferments parmi lesquels s'en distinguait un doué de propriétés chromogènes curieuses et qui colorait en rouge vineux les liquides de culture. Mais l'inoculation de ces divers microorganismes au lapin et au cobaye n'a provoqué aucun symptôme morbide. C'est une étude à poursuivre.

Tourteau de coprah.

Le tourteau de Coprah provient du fruit d'un Cocotier, et Cocos nucifera, L. Ce cocotier, un des plus beaux arbres de la flore des pays chauds , dont le fût atteint de 20 à 25 mètres, est surtout répandu dans les régions intertropicales, au voisinage des mers, dans les terrains bas et marécageux. C'est le végétal des îles de l'océan Indien et du Pacifique : les Seychelles , Ceylan, les Philippines , les Iles sous le vent et Touamatou sont renommées pour l'abondance et la beauté de leurs cocotiers; on en trouve aussi sur la côte est-africaine.

Une proportion importante des fruits du cocotier est importée en France des îles sous le vent, de Tahiti et des Touamatou; les Philippines expédient à Madrid.

Le fruit du cocotier, appelé noix de coco^ de la grosseur delà tête d'un enfant, est constitué de dehors en dedans par une enveloppe très fibreuse qu'on utilise pour la fabrication de cordes, d'une portion très dure et comme ossifiée et enfin par une amande (fig. 20). Celle-ci ne se forme qu'à la maturité, par la solidification d'un liquide légèrement acide et très rafraîchissant désigné sous le nom de lait de coco.

Dans les pays de production, l'amande extraite de ses enveloppes, est séchée au soleil, sur le sable ou au feu ; elle est expédiée en Europe sous le nom de coprah, ou travaillée par les indigènes.

On en extrait l'huile de coco ou de coprah , dont la couleur varie du blanc au jaune rougeâtre, suivant les procédés de travail et la fraîcheur. Si dans les pays de production, cette huile est liquide, en Europe il serait plus exact de parler de beurre de coco, car elle est concrète et elle ne se liquéfie qu'à 190 et 200. Elle a l'apparence du suif .purifié. Cette particularité indique que son extraction ne peut se faire qu'à chaud ; après avoir bluté les amandes pour les débarrasser des matières étrangères qui s'y trouveraient mêlées, on les concasse, on les fait passer entre les cylindres de laminoirs pour les réduire en pâte, après quoi on les presse.

Fraîche, l'huile de coprah a une odeur qui rappelle celle de l'amande réduite en pâte, mais en vieillissant elle devient désagréable au goût. On l'emploie dans la fabrication des savons blancs qu'elle rend très mousseux.

Le tourteau de coprah est de texture homogène, il mérite mieux que beaucoup d'autres tourteaux l'appellation de « galette ou de pain », car on le dirait fait de

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farine; cela tient à l'absence des pellicules qu'on rencontre dans presque tous les autres tourteaux. 11 se casse et s'émiette facilement; frais, son odeur rappelk celle de la noix de coco; il devient inodore en vieillissant; sa saveur est agréable et rappelle quelque pej celle de la faine. En le délayant dans l'eau, on voit qui: est constitué par un mélange de particules blanches et de brunes.

On trouve dans le commerce plusieurs sortes de tour teaux de coprah distingués d'après leur couleur; il y a les blancs y les demi-blancs et les ordinaires qui se subdivisent eux-mêmes en ordinaires ier et 2e choix. Le nom des deux premiers indique leur nuance, les ordinaires sont blanc-jaunàtres. Ces distinctions de couleur se retrouvent dans les buvées qui en proviennent; cesbuvees sont inodores.

On assigne comme composition chimique au tourteau de coprah :

Eau 9.39#

Huile i5.65 -

Matières azotées 20.24 —

— extractives non azotées 35.27 —

Cellulose 14.21 —

Cendres 5.24 —

Azote 3.25 —

Acide phosphorique 1.12 —

L'extraction de l'huile de coprah ne se fait pas toujours à la presse; on se sert aussi de dissolvants chimiques et particulièrement de sulfure de carbone qu1 entraîne la matière grasse. Le résidu de l'opération f aéré, desséché, il constitue une poudre grisâtre qu°n désigne commercialement sous le nom de farine de cocotier.

On la fait entrer dans l'alimentation animale, coin^

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