OISEAUX DE BASSE-COUR
Chaque fois que ce sera possible, on choisira parmi les tourteaux ceux qui dérivent des graines que les oiseaux recherchent.
Les résidus de grand Soleil se placent au premier rang, puis viennent ceux de cameline et de chanvre. C'est le meilleur moyen d'abréger la période d'accoutumance à cette nourriture. A leur défaut, ceux de noix sont à recommander.
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On en fait des pâtées en les associant à des farines troisièmes, à du son, à du maïs concassé ; parfois on les délaye dans du lait pour en confectionner des bâtons avec lesquels on gave les sujets à engraisser. On les mélange à la viande de cheval hachée et cuite dans l'engraissement du canard.
Une fois les volailles habituées au tourteau, on peut se contenter de le concasser et d'en jeter les fragments mêlés au maïs et aux menus grains qui font la base de la nourriture de la basse-cour.
Indépendamment des trois circonstances indiquées plus haut, les tourteaux trouvent d'autres applications. Aliments concentrés, leur mélange avec des corps pauvres en matières grasses et azotées, comme les pailles, les balles des céréales, les siliques des crucifères, les cosses des légumineuses, permet de constituer des rations suffisantes en même temps qu'économiques. Cette utilisation de matériaux qui, sans les résidus industriels, seraient employés comme litières si on ne les laissait pas pourrir dans quelque coin de la cour de ferme, apporte un surcroît d'aliments au cheptel et, avantage non négligeable, améliore la qualité des fumiers produits. L'analyse chimique d'accord avec les observations de la pratique a démontré que les déjections d'animaux dans la ration desquels entrent des tourteaux constituent un engrais riche.
Le meilleur mode d'association du tourteau avec la paille est de faire passer celle-ci au hache-paille. On brasse les fragments avec le tourteau en poudre ou concassé, on ajoute des racines, pulpées ou non, on place dans des récipients convenables, on arrose d'eau chaude, on tasse et on laisse la fermentation se déclarer. On agit de même avec les menues pailles qu'on n'a pas la peine de fragmenter au hache-paille puisqu'elles le sont naturellement.
Des tourteaux à titre thérapeutique. —
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L'emploi du tourteau a été préconisé à titre thérapeutique dans deux circonstances : i° dans les troubles gastro-intestinaux; 20 dans la pousse du cheval. Il est commun, pendant l'hiver, de voir les animaux nourris exclusivement avec des fourrages trop grossiers et trop pauvres (foin des prairies marécageuses, pailles et menues pailles), ou recevant, sans mélange, des quantités énormes de pulpes non pressées ou de drèches liquides, éprouver des troubles de l'appareil digestif qui se traduisent par des coliques sourdes, des bâillements, de la diarrhée, du tympanisme. Cette nourriture trop peu substantielle sous un gros volume a, en outre, l'inconvénient de déformer les jeunes animaux en faisant acquérir un développement exagéré à leur abdomen. Dans ces conditions, il est indiqué d'en relever la qualité, d'augmenter la proportion des matières azotées et grasses vis-àvis de la cellulose trop abondante; l'addition de tourteaux permet d'atteindre le but, de réduire le volume de la ration tout en la rendant plus nutritive. Le surcroît de fatigue de l'appareil digestif est évité, les troubles disparaissent et l'abdomen perd les proportions exagérées qu'il avait prises.
M. Decrombequedit avoir avantageusement combattu la pousse à ses débuts par l'emploi des tourteaux mélangés à d'autres aliments comme suit :
Tourteaux mélangés 2 kil.
Avoine 8 litres.
Foin haché 2 kil.
Paille hachée 10 kil.
On faisait bouillir le mélange de tourteaux concassés Jlin, colza, œillette) dans dix litres d'eau, on jetait la décoction sur la paille et le foin hachés et on remuait à
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la pelle. Après refroidissement, on ajoutait l'avoine et on laissait fermenter pendant vingt-quatre heures, puis on distribuait aux chevaux.
La paille et le foin étaient secoués soigneusement après le hachage, afin de les débarrasser de toutes les poussières qui s'y étaient attachées, puis on les arrosait d'un peu d'eau salée. Il n'est pas douteux que le soin pris à débarrasser le foin et la paille de leurs poussières était pour beaucoup dans l'efficacité du traitement.
Section IV. — Conservation, altérations, falsifications
§ I. — Conservation.
La conservation des résidus d'huilerie appelle quelques observations, car ces produits sont facilement détériorés. En règle générale, il est prudent de n'en pas accumuler de trop grandes provisions en magasin et de ne pas dépasser la quantité imposée par les compagnies de chemin de fer pour jouir du bénéfice du tarif minimum. En renouvelant les commandes, on a des tourteaux plus frais et mieux appétés.
Le magasin aux tourteaux devra être aussi sec que possible pour éviter les moisissures et à l'abri de la lumière afin d'écarter le rancissement. Pour les aménagements intérieurs, le mieux sera d'installer des rayonnages à claire- voie, analogues à ceux employés dans les grandes caves pour la dessiccation des fromages. On évitera autant que possible que les tourteaux touchent les murs et le sol du magasin.
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§ II. — Altérations.
Les tourteaux sont altérés par les attaques de parasites animaux et végétaux , par le rancissement et par la présence de graines adventices qui ont été broyées avec les oléagineuses.
Altérations par parasites. — Les parasites animaux qui envahissent les tourteaux, les criblent de trous et en diminuent la valeur alimentaire, ne sont point particuliers à ces résidus : ce sont ceux qui détériorent ou détruisent habituellement les échantillons de diverse nature conservés dans les collections. Ils appartiennent pour la plupart à Tordre des Acariens et à la famille des Tyroglyphes. Les animaux ne prennent qu'avec hésitation les tourteaux ainsi détériorés. Les parasites végétaux ne sont pas davantage spéciaux; ce sont les moisissures vulgaires des substances organiques. On y voit ei\ abondance le Pénicillium glaucum, producteur de moisissures d'un bleu-verdâtre et qui jusqu'à présent a été considéré comme inoffensif. Ce champignon diminue la valeur nutritive du tourteau puisqu'il se nourrit à ses dépens; c'est un inconvénient, mais rien n'autorise à le considérer comme toxique et capable d'amener des troubles de la santé chez les animaux qui l'ingèrent.
Il est fâcheux que les tourteaux les moins pressés soient ceux qui moisissent le plus facilement, puisque ce sont les plus- riches. Ceux de lin se couvrent d'efflorescences blanchâtres constituées par le mycélium de cryptogames; on dit qu'ils ont subi le blanchiment. Us ne sont pas dangereux ; quelques agriculteurs soutiennent qu'ils provoquent un état de somnolence
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chez les animaux qui les consomment. Le blanchiment s'accompagne du rancissement.
A côté des Pénicilliums, végètent d'autres espèces qui plaquent les tourteaux de taches orangées ou rouges. comme on en voit quelquefois sur le pain altéré. Les résidus ainsi avariés sont dangereux, ils occasionnent sur les animaux qui les reçoivent des accidents identiques à ceux dont nous parlerons à propos du pain et dont les symptômes dominants sont des troubles cérébraux, du vertige, de l'obnubilation. Nous ne sommes pas en mesure de dire, pour le moment, si ce sont les moisissures orangées et rouges qui sont directement toxiques ou si, par leur végétation, elles préparent seulement le terrain pour des champignons plus inférieurs, pour des microphytes qui seraient les facteurs des intoxications , en un mot, s'il y a association de végétaux parasites dont les uns sont inoffensifs et les autres dangereux. En tout cas, la composition chimique des tourteaux est modifiée par les moisissures qui évoluent à leur surface.
Altération par rancissement. — Une autre altération fréquente des tourteaux est le rancissement. Tout le monde sait que les matières grasses s'altèrent avec plus ou moins de rapidité et prennent une odeur et une saveur différentes de celles qui les caractérisent lorsqu' elles sont fraîches ; on dit qu'elles sont devenues rances. Les tourteaux de pression renfermant toujours de Phuile sont naturellement exposés à subir le rancissement , mais leur sensibilité à cette altération n'est pas la même, elle varie suivant la sorte d'huile qu'ils emprisonnent. Il est, en effet, des huiles qui rancissent avec plus de facilité et de rapidité que d'autres; les siccatives sont dans ce cas et parmi elles, celle de noix a le plus de fragilité. On ne s'étonnera donc pas
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i'apprendre que le tourteau de noix est le plus difficile à conserver, à défendre contre l'altération qui nous Dccupe ; on n'en devra jamais faire de grandes provisions à la fois.
La rancidité consiste en une décomposition de la graisse en glycérine et en acides gras. Pour s'accomplir, elle a besoin de deux facteurs, la lumière et l'air; on s'est assuré expérimentalement que l'air sans la lumière ou que la lumière sans Tair sont incapables de la provoquer, mais leur association l'amène. Au fond, la rancidité est une oxydation qui ne se produit que sous l'influence de la lumière. On saisit maintenant le bien fondé de la recommandation faite tout à l'heure : placer les tourteaux dans un local obscur.
Les matières grasses non rances sont un milieu défavorable au développement des espèces microbiennes. Celles-ci ne sont pas les agents du rancissement; lorsqu'il s'est montré, elles apparaissent pour disparaître en grande partie quand la rancidité est devenue très forte, ainsi qu'il résulte des recherches de M. Ritsert. La rancidité fait perdre au tourteau beaucoup de sa valeur; son goût et sa saveur étant modifiées, il est mangé moins facilement; mais l'inconvénient le plus grave est le mauvais goût communiqué à la chair des animaux qui consomment un tel résidu et qui peut devenir si prononcé qu'elle n'est plus mangeable. Des exemples en ont été donnés à propos de l'emploi du tourteau de noix rance dans l'engraissement du porc.
Altérations par graines adventices. — Les tourteaux viennent d'être étudiés dans l'hypothèse qu'ils étaient constitués uniquement par des graines oléagineuses et que chaque sorte était formée exclusivement par une seule espèce de semence. Dans la pratique, il n'en est pas toujours ainsi. Des plantes diverses
lèvent, croissent et fructifient à côté des oléagineuses ; il arrive que par incurie, on ne procède point au sarclage avant la récolte et qu'on ne trie pas les graines après, on soumet à la pression un mélange en proportions variées de graines oléagineuses et de semences adventices.
Deux tourteaux présentent particulièrement des impuretés : ceux de lin et de colza exotiques. Les graines qui les fournissent arrivent en France, en Belgique et en Angleterre de pays où l'agriculture est encore rudimentaire, comme certains districts de la Russie, de l'Asie Mineure et des Indes. La proportion de semences étrangères qu'elles renferment est souvent considérable et peut aller de 12 à 70 %. Le botaniste Nobbe en a trouvé 41 sortes dans un échantillon de semences de lin provenant du district de Pernau. Achetant ces graines à bon marché et ne voulant point faire de frais pour le criblage, des industriels les soumettent, ainsi mélangées, à la presse. Qui s'étonnerait alors qu'un tourteau renfermant 5o % de graines étrangères soit loin d'avoir les propriétés du tourteau de lin ou de celui du colza, l'un et l'autre purs?
Parmi les graines adventices, les unes sont inoffensives, leurs qualités alimentaires sont différentes et souvent moindres que celles du lin, mais elles ne nuisent pas au bétail qui les ingère; les autres sont dangereuses.
Dans les premières, nous signalerons celles de la spergule des champs (Spergula arvensis), du bleuet (Centaurea cyanus), de la renouée liseron (Polygonum convolvulus) , de la renouée à larges feuilles {Polygonum lapathifolium), des ansérines. (Chenopodiumpolyspermum, glaucum, album) et du céraiste commun (Cerastium triviale).
Parmi les secondes, se placent celles de la nielle des champs {Agrostemma githago), de l'ivraie linicole (Lo-
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ium linicolà) et des Moutardes (Sinapis nigra,S. arvenis).
L'examen microscopique seul permet de constater la >résence de ces graines. On y procédera comme il l été indiqué à la page 193, à propos de l'étude du permoderme des oléagineuses. On y recourra surtout :n cas d'accidents et quand on soupçonne une des graiîes vénéneuses désignées ci-dessus d'en être la cause.
Avant d'indiquer les caractères qui les particularisent, in mot sur ceux de la spergule qui est l'une des planes les plus fréquentes dans les champs ensemencés en in. D'après Van den Berghe, la spergule possède un péricarpe dont la structure anatomique a une certaine malogie avec celui de la nielle; on pourrait même les :onfondre, mais ses cellules dentelées sont plus petites 2t sans bourrelet à leur intérieur.
La nielle incorporée dans un tourteau y montre les fragments de son spermoderme et sa farine (fig. 24). Les premiers se présentent sous forme de pellicules noirâtres qui, traitées par une solution bouillante de chlorure de calcium , montées dans la glycérine et examinées à un grossissement faible, ont un aspect caractéristique. Elles sont formées de cellules brun-foncé, à contours irréguliers et dentelés, maculées de petits points noirs. Elles mesurent en moyenne oram 20 de long sur ommio de large. Dans la partie médiane, chaque cellule présente une zone épaisse, foncée sur les bords et transparente au centre.
On s'occupera surtout des caractères des fragments de spermoderme, car ils sont plus commodes à percevoir que ceux de la farine. Pour examiner celle-ci, on tamise un peu du tourteau soupçonné et on porte sous l'objectif du microscope. L'amidon de nielle est en grains punctiformes, fort petits car les plus gros ne dépassent pas 6 ja. Traité par l'acide sulfurique
concentré pur, il se colore en brun-verdâtre et devient partiellement bleu violet ou rouge si on l'abandonne au contact de l'air : il résiste à Faction dissolvante delà potasse plus longtemps que les autres amidons. Soumis à l'action de l'iode, il est plus long à produire la réac-
Fig. 24. — Spermoderme et amidon de nielle {Agrostemma githago). Spermoderme (grossissement : 60). — Amidon (grossissement : 180).
tion bleue caractéristique et il faut se servir de quantités relativement élevées de ce métalloïde pour y arriver, ce qui tient à ce que le principe toxique de la nielle absorbe l'iode et gêne ainsi la réaction.
La nielle dans un tourteau le rend nuisible, car elle contient un glycoside, la saponine, dont les propriétés
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toxiques ont été dévoilées. Tous les animaux de la ferme qui ingéreraient un tel tourteau s'empoisonneraient. Cet empoisonnement, désigné en pathologie sous le nom de githagisme , se manifeste sous le type aigu ou sous le type chronique, suivant la quantité de nielle absorbée.A la suite d'une pareille alimentation, les probabilités sont plutôt pour le githagisme chronique, parce que les animaux reçoivent une petite dose de poison renouvelée chaque jour; mais nous ne nions point qu'on puisse parfois se trouver çn présence de l'empoisonnement sous forme aiguë.
Dans un autre ouvrage, nous avons décrit avec tous les détails utiles les symptômes et les lésions qu'entraîne l'intoxication par la nielle; ce serait se répéter que de les rééditer à cette place (i).
Dans les champs de lin croît une plante parasite, l'Ivraie linicole (Lolium linicola) qui, bien que son grain soit plus petit que celui de l'ivraie enivrante (L. temuientum), en est regardée comme une variété en même temps que L. arvense, Woth ou Z. Leptochoeton> Braun, L. Macrochoeton, Braun, et L. Oliganthum, Godron.
Lorsque le triage des graines de lin a été fait incomplètement, les semences de l'ivraie linicole sont mêlées aux premières. Enveloppées de leurs glumelles, elles sont creusées d'un sillon assez large à la face ventrale et munies à la base d'un fragment de Taxe emporté au moment où elles se sont détachées. Le caryopse est difficile à séparer de ses enveloppes; il est lisse et fusiforme; le spermoderme ne constitue qu'une pellicule mince. La farine renferme des granules d'amidon de 5 à 8 [/. de
(i) Ch. Corne vin, Les plantes vénéneuses et les empoisonnements qu'elles déterminent, article Nielle, pages 254 et suivantes.
diamètre, simples pour le plus grand nombre, agrégés pour quelques-uns; parfois il en est de composés de 3 à 5 granules polyédriques avec un nucleus ou une cavité nucléale fusiforme. Cet amidon blanc, inodore, insipide, se colore bien par l'iode.
La farine de l'ivraie renferme deux principes toxiques qui n'ont point encore été isolés à l'état chimiquement pur, mais que les recherches de MM. Baillet et Filhol ont néanmoins fait connaître suffisamment, pour que dans les cas où cela est nécessaire, on arrive à les extraire. On procédera comme suit : pulvériser une quantité suffisante du tourteau suspect et traiter la poudre par l'éther, on obtiendra, indépendamment de l'huile de lin, une matière grasse de couleur olive, se rapprochant de l'axonge par sa consistance. Cette matière grasse traitée à froid par l'alcool à 85°, se dédouble en deux substances, Tune de couleur jaune-orangée est soluble dans l'alcool, l'autre de couleur verte est insoluble. Par l'évaporation de l'alcool, la matière jaune orangé acquiert la consistance d'une cire un peu molle.
Ces substances obtenues, rien de plus facile que de s'assurer de leur toxicité; on les injecte sous la peau ou dans les veines de sujets d'expérience, d'un chien par exemple, et dix minutes après apparaissent les symptômes de l'empoisonnement. Pour les motifs indiqués à propos de la nielle, on ne les exposera point à nouveau, renvoyant à l'ouvrage précité où le tableau en a été tracé (i).
L'activité de l'ivraie est moins considérable que celle de la nielle; 3 kilog. t/2 de grains sont nécessaires pour amener la mort d'un cheval de 5oo kilogr., il en faut le
(i) Op. citât., page 78-etsuiv.
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double pour tuer un bœuf de même poids. En supposant que l'ivraie entre pour 20 % dans le tourteau, les animaux pris en exemple devraient recevoir respectivement 17 kilogr. 5 00 et 35 kilogr. de ce tourteau pour succomber. Ces quantités ne sont jamais données en un seul jour, mais elles peuvent être absorbées en une quinzaine, et si la distribution a été faite sans interruption, il y aura accumulation des effets et empoisonnement sous forme lente. Du reste , c'est ainsi que les choses se sont passées pour l'espèce humaine dans les cas où de la farine d'ivraie se trouvant mêlée à celle des céréales, il est résulté un pain dont la consommation journalière finit par amener la mort.
La graine de moutarde détériore les tourteaux de colza; nous avons indiqué déjà à propos des colzas de Tlnde que plusieurs espèces de moutarde en rendaient la consommation dangereuse. Il arrive quelquefois aussi que les colzas d'Europe sont envahis par la mou tarde sauvage ou moutarde des champs et, comme à tout prendre, il s'agit aussi d'une plante quelque peu oléagineuse, on la laisse passer à la presse avec le colza; on obtient ainsi un tourteau suspect.
La recherche de la moutarde des champs dans un tourteau de colza se fait de deux manières qui se contrôlent réciproquement, l'examen microscopique et l'épreuve physique.
Traitées convenablement et placées sous le microscope, les pellicules de colza sont à surface rugueuse, formées de cellules (fig. 25, A) à bord très épais et creusées d'une cavité elliptique, ovale ou polygonale, dont le grand axe mesure en moyenne omm, oo5 ; celles du testa de la moutarde des champs (fig. 2 5, B) sont plus petites, possèdent une cavité centrale presque triangulaire dont le grand axe ne dépasse pas omm,oo3.
L'épreuve physique est facile : faire tremper le tourteau suspect dans Veau froide; après 5 ou 6 heures de trempe, s'il y a de la moutarde d'incorporée, on perçoit l'odeur irritante et le goût spécial de l'essence de mou-
Fig. 25. — A. Fragments de spermoderme du colza.
B. Fragments de spermoderme de la moutarde des champs.
(Grossissement : 170).
tarde d'une façon plus intense que s'il s'agit de tourteau de colza pur. Celui-ci renfermant normalement un peu de sulfocyanate d'allyle, on resterait incertain si l'on n'avait recours qu'à cette épreuve; il est indispensable de la contrôler par l'examen micrographique dont les résultats sont plus sûrs.
§ III. — Falsifications.
Les tourteaux n'ont point échappé aux manœuvres des fraudeurs; ils sont l'objet de falsifications qui, dans la majorité des cas, en amoindrissent seulement la valeur alibile, et dans d'autres, les rendent dangereux pour les animaux.
Ces fraudes se pratiquent de deux façons; i° en glissant dans un chargement de tourteaux alimentaires de premier ordre, des tourteaux d'autres sortes, de moindre valeur et parfois non comestibles; 2° en incorporant, au moment de la fabrication, des corps étrangers organiques ou inorganiques aux débris de la graine oléagineuse qui donne son nom au tourteau. De quelque façon qu'elle se pratique, elle a toujours pour but de substituer un produit moins cher à un plus cher et de le vendre au même prix que celui-ci ; aussi sont-ce les tourteaux les plus coûteux qui sont habituellement falsifiés. Ceux de lin qui, parmi les indigènes, sont cotés le plus haut, sont particulièrement visés par les fraudeurs; les autres n'y échappent pas entièrement. Les résidus des huileries livrés sous forme pulvérulente, en farine comme on dit,' sont plus faciles à sophistiquer que les pains ou galettes.
La fraude est si ingénieuse qu'elle ne s'arrêtera pas aux sophistications dont nous allons parler; les voyant dévoilées, elle en imaginera d'autres. Pour le moment, le tableau suivant résume celles qui ont été signalées :