IV. — La cryothérapie
Cette méthode apparut en Amérique; en 1899, White, de New-York, eut l’idée d'utiliser les propriétés destructives de la congélation en application locale, Après les essais de Tremble, de Whitehouse, avec l'air liquide, Mac Fusey (de Chicago) utilisa la neige carbonique, dont il donne les avantages. Prônée, en France, par Sahouraud; améliorée par Bordas, A. et H. Béclère, qui remplacèrent les crayons de neige par les cryocautères, la méthode fut perfectionnée et vulgarisée par Lortat-Jacob dans une série de publications où, depuis 1922, il insiste sur ses avantages.
Le mélange réfrigérant (80° environ) est obtenu en additionnant de l’acétone à de la neige carbonique dans le cryocautère. La pression et la durée de l'application permettent de graduer les effets que l’on peut augmenter encore en
Op
opérant « en pointe noyée », en ajoutant un excès d'acétone qui s'écoule en dehors et sur les parois jusqu’à la pointe où elle favorise la congélation des tissus.
Lortat-Jacob conseille d'agir au-dessous de 15 secondes, s'il n’y a pas d’ulcération, ni de bordure indurée; de 20 à 60 secondes si une ulcération antérieure existe et s'il y à des bords indurés et perlés. Après l'application du cryocauère, on recouvre la plaque congelée d’un tampon d'ouate imbibé de néol pur; la décongélation se fait ainsi sous tampon néolé arrêtant la petite hémorragie qui l'accompagne. Huit jours après, on enlève la croûte de l'application précédente et on pratique une nouvelle application : ainsi, de semaine en semaine, la guérison nécessite plusieurs applications (de 2 à 10).
En 1924, Lortat-Jacob publie une série de résultats : sur 37 Cas présentés, 37 guérisons obtenues entre 4 et 10 séances.
En 1926, Mouton-Chopat présente 29 cas soignés par la cryothérapie : 25 cas sont revus, parmi lesquels 21 cicatrisations complètes et 4 récidives (d’où 88 p. 100 de guérison pour les malades revus). Ces deux auteurs n’ont utilisé la cryothérapie qu'uniquement dans les épithéliomas basocellulaires, ulcérés ou non, mais très peu étendus. À condition de rester dans ce cadre, la cryothérapie est une méthode simple, non douloureuse, ne s’accompagnant pas d’hémorragie importante (comme dans la thermocautérisation), amenant la guérison en un petit nombre de séances et donnant une belle cicatrice.