OBSERVATION
Kyste du maxillaire inférieur. — Récidive .— Résection. Prothèse immédiate.
G. V..., 44ans, ménagère, née à Baurières, demeurant à Crest
Entrée le 1° mai 1891, salle Saint-Pierre, service de M. Ollier, lits n° 4 et 15 (Hôtel-Dieu).
Opérée le 27 mai,
Aucun -antécédent héréditaire pathologique, pas de tumeurs connues chez ses parents ou ses collatéraux. Bonne santé antérieure. — Mariée, mère de quatre enfants bien portants. Jamais de fausses couches. Règles moins régulières depuis un an. Dentition normale.
A l'âge de vingt ans, lors de sa première couche, la malade fut prise de névralgies faciales très intenses, et plus spécialement localisées au maxillaire inférieur. À partir de ce moment, les dents ont commencé à se carier et depuis cette époque, elles sont tombées par parcelles, sans souffrance, car la névralgie disparut au bout de deux mois. Il y a six ans, la malade reçut un coup sur la mâchoire inférieure, traumatisme assez violent. Quelques Jours après cet accident elle ressentit des douleurs vives sur le trajet de son nerf dentaire inférieur droit et en même temps s'aperçut d’une petite tumeur de la grosseur d’une noisette, qui s’accrut insensiblement sans occasionner de bien grandes douleurs.
Avait fait un séjour à Saint-Paul chez M. Mollière, où on incisa la muqueuse, et où l'on donna issue au liquide du kyste — on fit un grattage de la cavité.
Depuis cette époque, la tumeur se reproduisit avec assez de rapidité. La malade, chaque année, faisait pouclionner sa tumeur. Celle ci donnait pendant quelque temps par deux fistules, l’une inférieure, un liquide clair comme de l’eau, l’autre supérieure, donnant parfois quelques gouttes de pus.
Tous les traitements n'arrivaient à aucun résultat. Actuellement, la malade présente une tumeur sur la partie droite du maxillaire inférieur, de la grosseur d’un œuf de pigeon et faisant un relief sensible sous les téguments.
Le maxillaire inférieur est épaissi sur toute sa portion horizontale, mais surtout sur la portion droite et en avant. La peau amincie est lisse et tendue, mais saine. Les dents du maxillaire supérieur sont presque toutes tombées ; persistent quelques molaires.
Au maxillaire inférieur, les premières molaires droites sont tombées, celles qui persistent sont mal implantées et bougent facilement, gênent beaucoup la mastication.
On a nettement une sensation parcheminée en plusieurs
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points de la mâchoire inférieure, de la fluctuation à droite vers la partie la plus tuméfiée. Bon état général. La malade n’a pas maigri, a bon appétit. Rien aux poumons, rien au cœur. Urines : pas d’albumine.
Le 27 mai. — On pratique la résection de toute la partie malade. La résection a porté à droite au niveau de la deuxième grosse molaire et à gauche en avant de la première.
Application d'un appareil prothétique par M. Martin. — Fixation par les moyens habituels.
Peu de temps après son opération, comme la cicatrisation commençait à se faire, on vit la lèvre inférieure, jusque-là bien étalée en avant de l’appareil, descendre progressivement, jusqu'à passer complètement au-dessous de lui; il en résultait qué l’appareil était complètement dehors, comme on le voit sur la figure (N° 1) page
L'état général de la malade n’est pas très bon. M. Martin pour combattre ce glissement de la lèvre, fit appliquer une bande de caoutchouc, large de deux doigts qui était dirigée obliquement de bas en haut et d'avant en arrière pour se fixer derrière la tête. La traction ainsi exercée était continue, mais peu intense. Au bout de quelques temps, l'état général s’améliora, la lèvre reprit de la tonicité et la malade quitta alors l'hôpital, considérablement améliorée.
Elle revint dans les Hôpitaux un peu plus tard et M. Marlin lui placa alors un appareil définitif qui était maintenu en partie par les dents restantes et en partie DRE: des ressorts fixés à une SHRaue palatine.
Juillet 1893. — À ce moment, la malade écrit à M.Martin que sa physionomie est devenue plus régulière, qu’elle parle plus correctement qu'à son départ et enfin qu'elle ne perd plus sa salive.
Les aliments quand ils sont peu durs sont facilement mastiqués.
Il nous reste avant de terminer ce chapitre relatif aux résultats esthétiques que nous avons obtenus par notre méthode, à signaler la présence d’assez nombreux ganglions dans la région sus-hyoïdienne chez la plupart des opérés.
Chez quelques malades même cela contribue à modifier la partie inférieure de leur face dans un sens défavorable. Ils sont dus, sans doute, à de petites inflammations, qui vont se localiser dans les ganglions du voisinage et qui ont pour point de départ quelques éraillures insignifiantes de la cavité buccale. Il serait intéressant de voir si ces adénites existent chez des gens qui portent des dentiers.
Notre attention n’a pas encore été appelée sur ce point.
Nous avons tenu à insister beaucoup dans ce chapitre sur certains petits desidérata présentés au point de vue de l’esthétique. Nous n’avons rien caché de ce que nous avons observé, au contraire avons-nous peut-être exagéré les inconvénients, car certainement chez nombre de nos opérés, on ne se doute pas à première vue des mutilations graves dont ils ont été l’objet.