‹ Des Résultats Éloignés de la Prothèse Immédiate dans les Résections du Maxillaire InférieurChapitre 20 sur 23 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Jeanne P... 19 ans, couturière, entre salle Saint-Paul le 2? mars 1878.

Jl y a quinze mois, la mère de la malade a présenté une

tumeur du maxillaire, très douloureuse, de deux mois d'évolution, et après résection de l'os, elle jouit actuellement d'une bonne santé.

Quant à la malade qui nous occupe, le début de son affection remonte à douze ans, deux ans après avoir reçu un coup, un peu au-dessous de l’angle de l’œil droit. La tumeur parait avoir débuté par le sinus.

Pendant cinq ans, elle fut limitée au nn de supérieur. Cette partie du visage était manifestement défigurée, mais non douloureuse. Il y a deux ans, la tumeur s’étendit et gagna le maxillaire inférieur. Enfin depuis trois mois les progrès sont plus actifs et la tumeur, bornée du côté droit, a gagné la partie gauche. Actuellement, tumeur à droite du menton, présentant au toucher des irrégularités. Au niveau du maxillaire supérieur, la peau est mobile, la tumeur dépend de l'os et des gencives. Lorsqu'on fait ouvrir la bouche, on est frappé de l'absence des dents antérieures, qu’elle s'est fait successivement arracher croyantque c'était la cause de son mal. On voit ure tumeur occupant les maxillaires inférieur et supérieur droits. À gauche, sur le maxillaire inférieur, elle ne s'étend guère au-delà de la première grosse molaire. A droite, ses limites vont plus loin et atteignent presque la branche montante. Au maxillaire supérieur, on la limite moins facilement, quoiqu’elle paraisse s'étendre jusqu'aux palatins.

Peu de gène dans la mastication, presque pas dans la parole, les muscles de la langue ne sont pas tout à fait normaux, santé généralement bonne.

Le 23 mars 1878, Létiévant commença à intervenir chez cette malade, en lui réséquant toute la portion du maxillaire inférieur qui s'étend de l'angle droit à la deuxième molaire gauche. La malade, dont l’état général paraissait bon, prit néanmoins trois syncopes pendant l'opération. Pour ne pas prolonger celle-ci Létiévant ne jugea pas à propos de nous laisser appliquer l'appareil que nous avions préparé.

Le 25 mars, l’état de cette malade s’étant amélioré, on procéda à la résection du maxillaire supérieur qui porta sur toute la portion étendue entre la petite incisive droite et la tubérosité du même côté. Pendant l'opération, plusieurs

syncopes se reproduisirent,ce quidétermina encore Létiévant à abandonner une prothèse immédiate.

Deux mois après la deuxième opération, la malade présenta une déformation de la face assez notable due à la réaction cicatricielle qui n'avait été combatiue par aucun appareil pour les raisons précitées. Le menton était en retrait. Le fragment latéral gauche avait été attiré en dedans et la seule dent qui restait venait ulcérer le palais. Il résultait de ce fait que la cavité buccale était fortement rétrécie (Jig. 24).

Pour combattre cet état, nous avons commencé par redresser le fragment inférieur, tentative qui a parfaitement réussi.

Nous avons eu de grandes difficultés à ramener ces fragments, n'ayant qu'une dent pour maintenir l’appareil de redressement, Nous n'avons obtenu ce résultat qu'au bout de trois mois, parce que l'appareil étant trop mobile, ne se maintenait pas en place et n'avait d'action que lorsque la malade y portait toute son attention ({g. 25).

A la suite de ce redressement, la seule dent qui lui restait put s’articuler avec la dent correspondante supérieure; la

Ste

malade put mastiquer et l'écoulement de la salive, si abondant au début, a bien diminué aujourd’hui.

Nous lui fimes alors un appareil composé d’une pièce inférieure et d'une supérieure.

La supérieure était construite de façon à combler la cavité laissée par la résection.

Un ressort posé du côté droit maintenait, en le refoulant, le fragment gauche à sa place. A la suite de la pose de ces appareils, la salive a encore continué pendant un an à sécouler de la cavité buccale, lorsque la malade ne prenait pas un soin tout particulier pour la retenir, mais après ce temps, elle a vécu de la vie ordinaire. La mastication était bonne et la déglutition normale, la parole parfaitement compréhensible. Elle resta dans cet état jusqu'en 1886.

A ce moment, elle vint nous voir pour une petite gêne que lui causait l’appareil usé. La figure est beaucoup moins régulière qu’au début, ce qui est dù à la rétraction des tissus, Car n’ayant pu suivre cette malade assidûment nous n'avons pu modifier ses appareils quand cela eût été nécessaire. Il y à eu un affaissement du côté de la mâchoire

Re

inférieure et de la lèvre correspondante. On remarque, malgré cela, que le menton a toujours été maintenu sur la ligne médiane.

On lui répare son appareil,

Fig. 26.

Mais plus tard,la malade revint nous voir et nous raconta que la seule dent qui lui restait, s'étant cassée trois mois aprés sa dernière visite, son appareil n'avait plus de solidité” Consécutivement les dents de la mâchoire supérieure se sont déviées fortement, ce qui donne à la physionomie un aspect assez bizarre, comme le montre la reproduction photographique (fig. 26).

En présence des déviations et altérations que présentaient les dents, nous avons jugé à propos de les sacrifier.

Ensuite nous avons construit un appareil destiné à combattre les déformations de la face, tout en remplissant le rôle de dentier ordinaire.

Fig. 27

Onze ans après la résection du maxillaire supérieur droit et du maxillaire inférieur du même côté.

La photographie 27 montre l'excellent résultat que nous avons obtenu.

La figure 28 représente le moule de la mâchoire supérieure. La perte de substance est limitée à droite par la

bride cicatricielle qui part du voile du palais pour aller se terminer à la partie antérieure du maxillaire resté sain,

Elle offre à l’appareil un point d’appui qui aurait pu suffire à sa fixation, si nous n'avions pas été obligé de lui adjoindre des ressorts pour maintenir la pièce de la mâchoire inférieure.

La cavité que l'on voit sur ce moule est comblée par l'appareil suivant (fig. 29).

Celui-ci comme les appareils définitifs pour le maxillaire

Na —

supérieur est constitué par deux parties, l'une destinée à combler la perte de substance, en caoutchouc mou, et creux, venant se fixer sur la seconde qui se compose d'une plaque en aluminium s'étendant jusqu’au voile du palais et munie de dents. Toutefois du côté réséqué, la partie alvéolaire est

volumineuse afin de donner à la joue son relief habituel:

La figure 30 représente le moule de la mâchoire inférieure formé du côté gauche parle fragment osseux et du côté droit par une bride cicatricielle qui a conservé la disposition donnée par les appareils précédents. L’état actuel permet l'adaptation d'un appareil qui a toute l’étendue d'une mâchoire, et qui donne à la physionomie un aspect assez régulier.

REVU EN JUILLET 1893. — On remarque une assez forte dépression à droite, due à l’attraction de la branche montante, en dedans. (Depression pré-auriculaire). Il existe une cicatrice très marquée à droite sous le menton qui est un peu enretrait.

L'arcade artificielle inférieure est un peu en arrière sur la supérieuie.

NU

La saillie du menton est un peu effacée.

Avec l'appareil la parole est très bien articulée.

On constate de gros ganglions sous le menton et un peu d'hyperostose au niveau du poiut ou appareil supérieur est appliqué sur ce qui reste du maxillaire correspondant. La malade casse facilement la croute de pain et même des noix avec son appareil. L'ouverture de la boucheet la traction de la langue se font bien.

Quand l'appareil est enlevé le menton disparaît.

On trouve une petite bride muqueuse reliant les deux fragments osseux.

Quand la malade n’a pas son appareil, il est impossible de la comprendre parler, Il existe une légère asymétrie dans la physionomie. La moitié gauche de la face est un peu plus volumineuse que la partie droite. D’ailleurs sa physionomie n'a pas changé depuis 1889 où l'on a pris sa photographie.

Réflexions. — En suivant bien tous les détails de cette observation, on voit qu’il ne faut jamais désespérer d’amélicrer les difformités de la face, résultant de pertes de substances même considérables.

En présence d'appareils spéciaux, les tissus sur lesquels ils se reposent, ne s’enflamment pas et résistent très bien aux pressions même exagérées.

En effet cette malade qui n’a que deux petits fragments de son maxillaire inférieur, casse des noix avec sa pièce. Dans ce cas, il est bien certain que ce ne sont pas les parties osseuses qui supportent la prothèse, inais exclusivement les parties molles.

Au point de vue de l'esthétique, nous avons droit d’être satisfait. Nous n’avons pas fait de cette femme une Vénus, mais néanmoins Comme on a pu le constater par sa

HS

photographie elle est encore présentable. Ce résultat excellent montre aussi une absence de récidive après 15 ans.

Page 1