DIAGNOSTIC
Trois éléments principaux doivent entrer dans le diagnostic de la rétinite albuminurique : l'infiltration diffuse^ les plaques graisseuses et les apoplexies. Chacun de ces éléments appartient k un grand nombre de maladies, et même, dans des cas exceptionnels, ils pourraient être tous réunis ensemble, sans pour cela appartenir à la rétinite albuminurique (Graefe). Et cependant ils présentent tous une physionomie tellement particulière, que l'apparition de Tun de ces signes seulement doit donner des soupçons, et que la réunion de deux ou trois ne permet plus le doute.
Examinons-les en particulier.
1" U infiltration diffuse se rencontre dans la rétinite sijphili^ tique eX\^ neuro-rétinite. Dans la première, elle est plus étendue et moins uniforme ; loin d'être également répartie tout autour de la papille, elle est plus accentuée le long des vaisseaux, et se prolonge dans leur direction sous forme de traînées grisâtres, voilant de temps à autre les troncs vasculaires, mais le plus souvent situées en arrière.
Dans la neuro-rétinite, rinfdtration est aussi très-limitée, mais elle n'est pas uniforme. La papille est saillante, parcourue
de stries radiaires rouges et blanches qui lui donnent l'aspect d'une houppe fibro-vasculaire rappelant assez bien la configuration d'un œillet panaché.
2" Les plaques graisseuses, arrondies, disséminées en grand nombre autour de la papille et de la macula, souvent groupées en séries, développées rapidement dans les couches infiltrées de la rétine, sont l'un des signes les plus certains de la rétinite albuminurique. Elles ne se rencontrent nulle part avec cette disposition ; nous allons cependant mettre en regard les taches blanches produites par la résorption des apoplexies, et par la choroïdite exsudative et atrophique.
Les premières ne sont jamais aussi blanches, et autour de Tespace plus clair on voit des granules pigmentaires et souvent une tache d'un rouge plus foncé, dernier vestige du caillot primitif; mais jamais on n'a de plaques blanches nuancées de jaune et de bleu, et faisant saillie en avant des parties voisines,
Les plaques exsudatives ou atrophiques de la choroïde offrent des caractères tellement différents que nous ne les rappelons ici que pour mémoire. L'intégrité de la papille et des vaisseaux rétiniens dans ce dernier cas ne permettra pas la confusion. Enfin l'aspect étoilé de la macula, quand il se rencontre, egt pathognomonique (Graefe). Nous y reviendrons en parlant de la rétinite leucémique.
La rétinite albuminurique en plaque ne pourrait se confondre qu'avec un staphylôme postérieur. Bans ce cas, en effet, le malade présente également un cercle ou un demi-cercle blanchâtre autour de la papille ; mais on le reconnaîtra à sa blancheur resplendissante, à la présence de taches pigmentaires, goit au niveau de la plaque, soit sur ses bords, et à l'intégrité des vaisseaux rétiniens. Dans la rétinite albuminurique, on trouve des points hémorrhagiques ; les vaisseaux sont altérés, diminués de nombre, souvent masqués en un point de leur parcours par le produit nouveau ; sur les bords, on trouve des taches graisseuses disséminées.
3° Les taches hémorrhagiques ont pour caractère spécial de n'occuper que les régions envahies également par les plaques graisseuses, c'est-à-dire le pourtour de la papille et de la macula. Elles sont petites, anguleuses ou arrondies, et ne peuvent mieux être comparées qu'aux petits dépôts que l'on trouve disséminés dans le tissu cérébral en voie de ramollissement ; d'ciilleurs elles sont produites, dans les deux cas, par le même phénomène essentiel : la dégénérescence des parois vasculaires.
Comme nous venons de le voir, ces trois signes, lorsqu'ils se rencontreront isolés, établiront des présomptions en faveur de l'albuminurie, et devront porter le médecin à examiner les urines et à surveiller le malade. Bientôt des plaques blanches ou rouges viendront s'ajouter à l'infiltration primitive, et alors le diagnostic sera pour ainsi dire absolu.
Dans la plupart des cas, l'amblyopie est précédée des phénomènes extérieurs propres à la maladie de Bright : œdème des extrémités, bouffissure de la face, ascite, etc. Le médecin prévenu de la possibilité d'une complication oculaire n'est pas alors exposé à se tromper. Mais souvent il n'en est pas ainsi : l'albuminurie est restée latente, et c'est à l'ophthalmoscope que revient tout l'honneur du diagnostic. 11 en a été ainsi pour les observations II, IV, Yll.