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OBSERVATION XVII

Rétinite syphilitique.

Becker, 22 a"ns, fabricant de chaises, entré le i*"" mai 1868, salle Saint-Christophe, n» 33, hôpital Saint-Antoine, pour une affection chirurgicale toute ditîérente de celle qui fait le sujet de cette observation (communiquée par M. Bax, interne du service).

Tl y a un an, a eu un chancro. sur le prépuce, bientôt suivi d'une roséole nettement marquée ; quelquer^ plaques muqueuses au pourtour Je l'anus et sur les bourses; ulcérations de la gorge; chute des cheveux modérée; quelques rares croûtes sur le cuir chevelu.

Il y a environ cinq ou six jours, il remarque un affaiblissement de la vue; de jour en jour, cet affaiblissement fait des progrès marqués. Perception de mouches volantes, trôs-lumineusesj mobiles, à peu près incessantes.

Etat actuel. — Ce malade a encore des ulcérations sur l'amygdale droite et à la partie supérieure du pilier antérieur du voile du palais, à gauche.

Douleur modérée autour de l'orbite, des deux côtés. Rien d'apparent à l'extérieur sur le globe occulaire ; conjonctive et cornée normales; pupille d'un diamètre moyen et parfaitement sensible à l'action de la lumière.

Rien à l'éclairage oblique.

A l'ophthalmoscope, on remarque une rougeur uniforme du fond de l'œil, rougeur plus marquée qu'à l'état normal. La papille est reconnaissable ; mais elle est comme masquée par une coloration rosée uniforme qui ne permet pas d'en distinguer les détails, ni d'en délimiter le contour d'une manière très-exacte. Quant aux vaisseaux qui partent du centre, ils ont un calibre uniforme, mais un peu supérieur à celui de l'état normal. Tout autour, la rétine présente une infiltration diffuse, un peu plus marquée le long des gros vaisseaux.

L'examen ophthalmoscopique, fait successivement des deux côtés, nous donne le même résultat pour chaque rétine.

Nous nous proposions de faire le lendemain l'examen de la vision et de la réfringence des milieux de l'œil. Mais le malade nous ayant avec instance demandé la permission de sortir quelques heures dans la journée, n'est plus rentré, et il nous a été impossible de le revoir.

OBSERVATION XVIIL Rétinite syphilitique; guérison.

Le nommé Mercier, âgé de 57 ans, placier voyageur, d'un tempérament sanguin et d'une bonne constitution, entre, le G mai 18G7, à l'hôpital Saint-Louis, salle Saint-Augustin, lit n** 16.

Chancre induré il y a quinze mois, suivi de roséole et plaques muqueuses.

Bonne santé habituelle; un peu myope; sujet à de fréquentes migraines.

Il y a huit jours, une céphalalgie pariétale et sus-orbitaire, beaucoup plus violente que les autres jours, se déclare, accompagnée d'insomnie et de cauchemar. Le lendemain, la céphalalgie avait disparu, mais le malade, en descendant de la chambre, s'aperçoit qu'il voit les objets doubles; le soir, les becs de gaz lui apparaissent comme des lanternes vénitiennes; il voit les réverbères sur les toits. Tous les objets sont confus.

Il a depuis^des vertiges fréquents, surtout le soir. En descendant les marches de l'escalier, il les voit doubles et fait des faux pas. Par intervalles, il voit cependant à lire, mais il ne peut pas le faire sans des lunettes fortement concaves. Il ne lit que le n** 30 de Giraud-Teulon.

Examen ophthalmoscopique . — Du côté gauche, où la vue est la moins bonne, on trouve au centre de la papille un petit cercle d'une blancheur éclatante, parsemé de quelques petits points grisâtres.

Un fort grossissement avec l'ophthalmoscope de Folliu permet de voir la lame criblée dans cette partie centrale, qui n'est qu'une excavation physiologique.

Tout autour de cette tache blanche, on aperçoit une zone d'un rouge sombre allant jusqu'à la limite de la papille. De prime abord et avec des lunettes ordinaires, on la prendrait pour une hémorrhagie, mais un fort grossissement permet de constater qu'elle est formée de petits vaisseaux très-serrés. Les parties de la rétine qui avoisinent la papille sont envahies par un exsudât gris bleuâtre, qui masque en partie les vaisseaux rétiniens tortueux et dilatés, et se prolonge suivant leur direction.

Même lésion dans l'autre œil, mais congestion un peu moins vive, — Traitement antisyphilitique.

La céphalalgie s'étant montrée à plusieurs reprises le soir, à la même heure, on administre le sulfate de quinine.

Le 9. Sulfate de quinine, 1 gr. dans une potion de 120 gr., tous les jours; amélioration rapide le lendemain. L'œil gauche, qui était le plus faible, voit presque aussi bien que l'autre.

Le 45. Le mieux a continué. L'examen ophthalmoscopique a démontré une diminution manifeste de l'exsudat. Vue plus distincte, plus de diplopie.

Le 20. De mieux en mieux.

Le 25. L'exsudat a disparu presque en totalité. Le malade lit le Moniteur du soir. Exeat.

J'ai revu ce malade à Saint-Louis dans le courant de décembre; la guérison s'était maintenue du côté de Toeil. Mais la syphilis recommençait ses manifestations sous forme d'onyxis.

§ III. — RÉTINITE LEUCÉMIQUE.

La leucémie peut-elle agir sur la rétine ^comme la syphilis et l'albuminurie et y produire des altérations spéciales? Les observations sont encore trop peu nombreuses pour que l'on puisse répondre par l' affirmation ; toutefois M. Liebreich, ayant trouvé chez six leucémiques des exsudations analogues de la rétine, en a fait l'objet d'intéressantes publications (1).

Voici la description qu'il en donne :

Les veines variqueuses et tlexueuses sont d'un rose pâle ; les artères ténues ont une couleur orangé clair, et les vaisseaux de la choroïde, apparents dans quelques points, sont d'un jaune tendre. Une exsudation de même couleur voile les contours de la papille et cache en quelques endroits les vaisseaux. On peut trouver aussi de petites plaques blanchâtres et arrondies disséminées vers la périphérie de la rétine, et bien différentes en cela des plaques blanches de l'albuminurie qui siègent dans le voisinage de la papille et de la macula, et ont une coloration beaucoup plus éclatante.

Liebreich^ dans son atlas d'ophthalmoscopie, a figuré un cas remarquable de rétinite leucémique. La papille est pâle, la rétine voisine trouble et striée, et de petites taches irrégulières sont disséminées vers la macula et l'ora serrata. On y voit aussi quelques extravasats sanguins. Les veines choroïdiennes sont fortement remplies et jaune clair.

En somme, ce qui frappe dans cette rétinite exsudative, c'est la coloration d'un rouge jaunâtre de tout le fond de l'œil, qui dépend de la pâleur du sang leucémique.

Une seule autopsie a été faite sur l'un des malades examinés

(i) Annales d'oculist., t. XL VII, p. 119, et Deutsche klin., 1861, n» 60.

pendant la vie par Liebreich, M. Recklingshausen a trouvé une sclérose des fibres nerveuses complètement identique à celle que Millier a décrite dans la maladie de Bright.

§ IV. — RÉTTNITE TUBERCULEUSE.

Dans un récent mémoire sur les altérations de la rétine et de la choroïde dans la diathèse tuberculeuse (1). M. Galezowski admet trois formes d'altérations : 1" des troubles nutritifs de la rétine ; 2° névrites et périnévrites; 3° choroïdites tuberculeuses.

Les premières consistent dans un engorgement des vaisseaux, et parfois de légères traînées bleuâtres qui se montrent dans leur direction.

Galezowski ajoute que les maladies du poumon lui paraissent avoir une influence manifeste sur la rétine ; c'est possible, mais pour qu'elle fût prouvée, il faudrait des faits concluants.

La deuxième espèce de troubles rétiniens sera l'objet d'un article spécial : des tubercules placés dans les méninges et à la base du cerveau peuvent produire des névrites optiques ; mais là encore nous ne voyons rien qui mérite le nom de rétinite tuberculeuse.

Les tubercules de la base agissent sur la papille par l'intermédiaire de la circulation ; or, vingt maladies diverses peuvent en faire autant.

La lésion nécessaire serait la présence de glanulations dans l'épaisseur de la rétine. Elles ont été signalées le long des vaisseaux et à la surface de la papille. Galezowski dit en avoir rencontré dans la région de la macula. Mais toutes ces recherches manquent du complément, qui peut seul les faire admettre^ la nécropsie.

Ainsi donc, tout en nous gardant bien de rejeter la rétinite tuberculeuse, nous attendrons^ pour lui donner un rang dans la pathologie, qu'elle ait été constatée anatomiquement. Il parai-

(1) Archives gén. de méd.,' septembreiiSOT.

trait que M. Bouchut possède sur ce sujet des pièces affirmatives ; dès lors, cette question sera bientôt jugée. La rétinite tuberculeuse, si elle existe, doit être extrêmement rare; car, pendant tout notre internat, nous n'avons pu la constater une seule Ibis chez les phthisiques qui nous sont passés sous les yeux, et Dieu sait s'ils sont nombreux dans les hôpitaux de Paris !

Quant à la choroidite tuberculeuse, c'est autre chose. Elle a été contatée maintes fois dans ces dernières [années. Dernièrement un nouveau cas s'est présenté dans le service de M. Parrot, aux Enfants-Assistés : la rétine était absolument intacte.

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