‹ Des rétinites secondaires ou symptomatiquesChapitre 22 sur 49 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

Diabète 3 albuminurie; neuro-rétinile.

Lachambre (Marie), jardinière, âgée de 68 ans, entrée àl'Hôtel-Dieu le 19 janvier 1862, salle Sainte-Marie n" 3, service de M. Fauvel. Depuis dix-huit jours, soif, chaleur, langue dépouillée, sèche; pouls fréquent ; incontinence d'urine ; trois hernies : ombilic et aux deux aines ; gros râles au sommet droit ; respiration prolongée, rien à la base ; matité en avant à droite ; soif inextinguible, boit 7 à 8 pots de tisane.

Ces phénomènes nous font penser au diabète : nous examinons Furine avec un mélange de bismuth et de potasse ; le mélange jaunit et brunit très-vite ; réduction de la liqueur de Barreswil.

Potion avec teinture de raifort 2 grammes ; donner de la viande le plus possible.

La malade se plaignant d'avoir une vue très-faible et de souffrir dans les yeux, je l'examine à l'ophthalraoscope. Œil gauche : le nerf optique présente une altération très-marquée; la papille n'a plus ses contours nertement accusés, elle se fond d'une manière presque insensible avec le reste de la rétine. Elle est sillonnée du centre à la périphérie par une foule de petits vaisseaux qui lui donnent un aspect rouge uniforme avec la loupe de 2 1/2 de foyer. Artères et veines congestionnées. Du côté de la tache jaune en haut, et suivant le trajet d'un des vaisseaux, on trouve une plaque d'atrophie manifeste.

De l'autre côté de la papille, on remarque une distribution inégale du pigment choroïdien. A gauche, le cristallin paraît sain. A droite, il existe un commcement d'opacité centrale, qui empêche l'examen ophthalmoscopique.

Le 8 janvier, la malade tombe dans un état de torpeur et de somnolence. Les membres inférieurs et les bras s'infiltrent; on recherche l'albumine, et pour la première fois, on en trouve une assez grande quantité. L'œdème diminue les jours suivants et disparait.

Au commencement de février l'œdème se rencontre dans les membres inférieurs, dans les supérieurs, le ventre : quelques parties de la lace se prennent aussi; mais l'œdème est peu considérable. Les jours suivants, il augmente ou diminue d'une manière irrégulière, mort le 28 février. L'autopsie révèle des tubercules pulmonaires, le premier degré de la maladie de Bright. L'œil est mis dans le liquide deMiiller.

Examen microscopique de la pièce durcie dans le liquide de MûUer pendant trois mois :

Taches jaunes: cônes volumineux, globules de graisse abondants dans la couche des grains surtout, la couche intergranuleuse, et quelques-uns dans la couche des cellules nerveuses. La membrane limitante, épaissie, traversée par des fibres qui partent des cellules nerveuses et vont jusqu'à son bord. Les vaisseaux paraissent normaux. Un grand nombredes fibres amorphes, distinctes^des fibres de Mûller situées au milieu déciles, se remarquent entre les grains et les cellules de la couche granuleuse. Par places, on remarque des faisceaux de fibres lamineuses qui croisent en sautoir les couches précédentes. La coupe d'un vaisseau, prise dans une portion de la tache jaune tournée du côté de la papille, montre la membrane externe déformée et granuleuse, la couche élastique normale, et la membrane adventice considérablement hypertrophiée dans les 3/4 de son pourtour. On trouve aussi quelques noyaux.

Près de la papille, fibres nerveuses sclérosées, variqueuses, offrant des reufiements sur leur parcours, les unes avec un noyau, les autres sans noyau. Tachesde graisse disséminées dans la couche granuleuse près des bâtonnets. Autour delà papille, la rétine présentait une certaine adhérence avec la choroïde, et j'ai trouvé au microscope du pigment infiltré dans la couche granuleuse de la rétine.

Les parties les plus équatoriales delarétine n'ont point été épargnées: on y trouve des gouttelettes graisseuses et des corps granuleux en trèsgrand nombre et répandus dans toute l'épaisseur de Ta rétine.

Nerf optique. — Prolifération énorme de tissu conjonctif; peu de

libres nerveuses, parmi celles qui resteut les unes présentent des varicosités, myéline granuleuse, d'autres sont complètement transformées ; il ne reste plus que le contour externe ; tout le reste est granuleux. Le tissu conjonctif est parsemé de gouttelettes de graisse.

L'examen histologique en vous montrant les lésions qui accompagnent la maladie de Bright est ici d'un précieux enseignement ; et suivant nous, le titre que mériterait cette observation est : Itétinite albuminurique chez un diabétique.

Bibliographie. — Graefe. Diabète et»amblyopie (Deutsche Klinik, 1859, no 10).

Lécorché. Amblyopie diabétique (Gazette heb., 8 nov. 1861, p. 717). S. Lécorché. De l'Amblyopie diabétique (Ann. d'oc, t. XLVII, p. 131).' Testelin. Ainiiurose glucosurique consécutive à une lésion traumatique

(Ann. d'ocul., t. XLIX. p. -263).

Tavignot. Amblyopie dans le diabète (Gazelle des hôpil., 1853). Desmarres. Traité des maladies des yeux.

§ YL — DE l'oxalurie.

Voxaliirie a été trouvée deux fois par Mackenzie coïncidant avec une rétinite {The ophthabmc Reviens 1865). Dans un cas, il y avait des troubles du corps vitré, en même temps qu'une inflammation du disque optique et de la rétine voisine. L'administration de l'acide muriatique produisit une amélioration sensible. Mackenzie pense que, dans ce cas, la rétinite est due à un empoisonnement produit dans le cours de la digestion par un vice d'assimilation ; c'est ainsi que, dans l'albuminurie, l'urée va porter son influence pernicieuse sur l'appareil nerveux optique.

Quant à Vurémic^ nous n'en parlons ici que pour mémoire ; car elle produit une amblyopie qui ne s'accompagne d'aucune lésion ophthalmoscopique, s'établit subitement, et disparait de même. Elle n'a donc aucun rapport avec la rétinite albuminurique.

1858. — Bousseau.

§ Yll. — DE l'abus du tabac.

Vabus du tabac serait une cause très-fréquente d amblyopie d'après Machenzie, Siebel, Davy, Hutchinson, etc. Siebel est celui qui s'est le plus appesanti sur ce point ; pour cet auteur, la rétine serait le siège d'une congestion cbronique passive persistante et opiniâtre, et les éléments nerveux subiraient une anestbésie graduelle soit prinîitivement, soit consécutivement à l'byperémie (1).

Follin (2) cite deux cas d'amblyopie congestive cbez des fumeurs: le premier guérit rapidement par la suppression de la cause, l'autre persista dans sa funeste habitude, et plusieurs mois après il présentait en outre des troubles cérébraux.

Réau (thèse de Paris, 1868) a noté des congestions fréquentes. Nous ne nous étendrons pas davantage sur l'amaurose nicotianique qui est encore loin d'être prouvée, et qui, d'après ceux qui l'admettent, ne serait pas toujours le résultat d'une phlogose.

§ VIII. — DE l'alcoolisme.

V alcoolisme^ dont les ravages prennent depuis quelques années une proportion croissante, a été cité par quelques auteurs comme pouvant intéresser directement la rétine. Siebel, dans le mémoire précédemment ciiéÇAn. d'oc, 1865) signale des désordres analogues à ceux produits par le tabac, c'est-à-dire une congestion chronique persistante de la rétine.

Galezowski (3) a repris dernièrement l'étude de ce sujet inté* ressant. 11 a également noté de l'byperémie, et parfois des suffusions séreuses. Mais un symptôme constant, suivant lui, c'est une anesthésie plus ou moins prononcée au sujet de cer-

(1) Annales d'oculist., 1865.

(2) Dictionnaire encyclopéd., art. Amaurose.

(3) Diagnostic des maladies des yeux par la chromatoscopie rétin.

taine couleurs, et plus particulièrement des composées, comme le vert, le violet, etc.

La marche de cette amblyopie est chronique, avec des intermittences, une grande tendance aux récidives ; la terminaison est quelquefois l'atrophie blanche de la papille.

IX. Viîitoxication 5«^wrnme produit fréquemment des troubles visuels, mais ils sont loin d'être toujours les mêmes. Lorsqu'il y a albulminurie concomitante, on peut observer des rétinites ; mais en dehors de cette complication, nous avons cru remarquer bien plus souvent des lésions de la choroïde chez une foule de saturnins que nous avons examinés dans les hôpitaux. D'autres fois, c'étaient seulement des troubles de Taccommodation.

X. Vamaurose par le sulfure de carbone a été signalée pour la première fois par Delpech; mais la lésion ophthalmoscopique n'a pas été encore déterminée. Nous avons pu être témoin de deux faits de ce genre : l'un à Saint-Louis dans le service de M. Hillairet; l'autre à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Laugier : dans les deux cas, les troubles rétiniens étaient les mêmes : suffusion grisâtre autour de la papille, s'étendant assez loin dans la direction des vaisseaux ; quelques plaques d'atrophie choroïdienne. Les malades avaient la sensation de brouillards et de mouches volantes, et ne pouvaient pas lire : tous les gros objets leur paraissaient comme revêtus d'un nuage. Ces altérations persistèrent longtemps, et laissèrent à leur suite un certain degré d'atrophie papillaire.

Bibliographie. — //^/peréwies rétiniennes et rétinites toxiques ([)lomb, mercure, arsenic, alcool, nicotine, atropine, morphine, etc.). Schauenburg ophtlialmiatrik, Lahr., 1858, S. 134. Scott Orr. Glazg. raed. Journ., octobre 1860. Garrod. Lancet, 1857, v. II, p. 577.

Holthouze. Ibid., 4859, v. XVII, p. 641. Chambers. Dublin med. Press, 1864, jan. 20, p. 68. Lee. American Journ. of raed., 1864.

Norris. American Journ. of med., 1864.

Sealon. Med. Times and Gaz., 1859.

Siebel. Union médic. : Influence du tabac sur la vue, 1860-63 (Annales

d'ocul., 1865).

J. Davy. Edimb. philosophical Journ., 1863 jul. Hutchinson. The Lancet, 1863 nov.

Wordsworth. Id., july (Annales d'ocul., 1864).

Jackson. Med. Times and Gazette, 30 avr. 1864.

Delpech. Mémoire sur le sulfure de carbone, 1856.

Galezowski. Diagnostic des maladies des yeux par la chromatoscopie

rétinienne, 1868.

Réau. Thèse de Paris, 1868 : Amauroses et amblyopies toxiques.

Presque toutes les maladies générales ou organiques amenant consécutivement une altération du sang peuvent occasionner dans leur décours des troubles inflammatoires de la rétine.

Voici un cas que nous avons observé à la suite d'une vario- Loïde.

BSERVATION XX.

Varioloïde ; rétinite séreuse.

Alfred B..., âgé de 25 ans, était entré à la salle Saint-Lazare, n° 4, pour une varioloïde à la fin d'octobre 1868. La maladie avait suivi son cours habituel-, lorsque leonzièmejour, en pleine desquamation, il accusa des brouillards dans Toeil droit, puis le lendemain dans le gauche. Il voit tous les objets confus, la lumière d'une bougie lui parait rougeâtre, et agrandie; diplopie très-marquée, tension du globe, céphalalgie légère.

L'examen ophthalmoscopique révèle une exsudation grisâtre assez abondante, voilant les bords de la papille et s'étendant tout autour de celle-ci à une certaine distance, plus marquée le long des veines qui sont distendues et variqueuses. En dehors de l'exsudation, la choroïde apparaît d'un rouge intense.

Traitement par les révulsifs et les dérivatifs intestinaux, amélioration rapide, cinq jours après; nouvel examen ophthalmoscopique, l'œdème rétinien a sensiblement diminué. Le malade lit le n" 40 Giraud-Teulon.i

Au bout de dix jours, il part pour Vincennrs : la vision n'est pas encore très-nette de l'œil droit.

Cusco (thèse de Loubet 39) a trouvé, à la suite d'une diplithérite, de l'injection et de l'œdème de la papille, ainsi qu'une plaque d'atrophie choroïdienne.

Bouchut [Diagnostic du système nerveux) cite un cas d'exsudation papillaire à la suite d'une fièvre typhoïde. On trouverait, du reste, une foule de ces analogues disséminés dans la science.

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