II. — NÉVRO-RÉTINITE
La névro-rétinite ou périnévrite , névrite péripapillaire ne débute point comme la précédente par des troubles circulatoires. C'est une inflammation interstitielle de l'extrémité terminale du nerf optique, caractérisée anatomiquement par l'hyperplasie du tissu cellulaire qui entoure les fibres nerveuses au moment où elles sortent de la lame criblée et s'épanouissent dans la rétine. La lésion, par conséquent, n'est pas limitée à la papille, elle s'étend plus ou moins loin de sa circonférence. En outre, l'hyperplasie conjonctive est ici primitive : c'est le phénomène initial qui domine tous les autres, et qui tient spécialement sous sa dépendance les troubles circulatoires. Par son énorme développement, en effet, elle comprime les tubes nerveux et les vaisseaux, au niveau de la lame criblée et de l'épanouissement du nerf optique; et de cet étranglement résultent l'hyperémie, puis l'atrophie des vaisseaux et des tubes nerveux.
Les signes ophthalmoscopiques se déduisent facilement de ces lésions. Au début, les vaisseaux cérébraux de la papille n'étant pas atteints , celle-ci conserve à sa partie médiane sa coloration rosée habituelle^ tandis que la compression de l'artère et des veines centrales produit une stase sanguine et occasionne
une exsudation sur les l}ords de la papille et dans la rétine avoisinante. 11 est bon de faire l'examen à l'image droite et à l'image renversée ; le premier procédé permet de mieux apprécier les détails ; le second, au contraire, donne une vue d'ensemble plus nette.
L'affection étant bien constituée, voici ce qu'on observe : le centre de la papille n'est pas ordinairement très-rouge ; à peine présente-t-il une toute petite dépression pour l'entrée des vaisseaux ; quelquefois même il est uniformément saillant. Puis de tous côtés on observe de fines rayures bleuâtres ou gris-jaunâtres, produites par le tissu conjonctif, et les fibres nerveuses scléosées. Dans leur intervalle apparaissent, sous forme de stries ou de points rouges, les capillaires cérébraux qui s'atropbient, et quelques autres de formation nouvelle. Les divisions de l'artère centrale sont minces, filiformes ; les veines sont au contraire énormément distendues, variqueuses ; à leur point d'immergence il se fait souvent des oblitérations par un caillot. A mesure qu'on se rapproche de la périphérie de la papille, tous ces objets, rayures fibreuses, capillaires, troncs artériels et veineux, perdent leur netteté et semblent noyés dans la transsudation séreuse, qui commence dans ce point et atteint son maximum sur le pourtour de la papille. Ici l'image ophthalmoscopique est trouble, mal définie ; les vaisseaux n'apparaissent plus que comme des lignes sombres, encore faut-il de l'attention pour les voir. Plus loin, dans le champ de la rétine, ils sont accompagnés jusqu'à une certaine distance par l'exsudation, et quelquefois même, on voit sur leur trajet de légères ecchymoses.
Tout le reste du fond de l'œil est d'un rouge sombre.
Ces symptômes persistent plus ou moins longtemps, puis le stade atrophique commence. Les artères, comprimées de plus en plus, s'amincissent et disparaissent ; quelques veines seules persistent, elles sont tortueuses et dilatées. L'œdème se résorbe graduellement, et alors la papille apparaît comme une surface saillante, offrant de fines rayures colorées qui se perdent dans
la rétine ambiante d'une manière irrégulière. Comme la maladie a été de longue durée et s'est fait sentir sur des portions assez considérables de la rétine, il est rare que la choroïde n'ait pas subi le contre-coup de l'inflammation. Le pigment de la couche épithéliale s'est résorbé par places et s'est accumulé dans d'autres, le long des vaisseaux choroïdiens ; ceux-ci sont plus apparents qu'à l'état normal, il est facile de distinguer les vortices en se rapprochant de Fora serrata. La fig. 7 de la planche m rend parfaitement cette disposition.
Les signes fonctionnels sont les mêmes que ceux de la névrite ; ils sont en général plus lents à s'établir, mais ils persistent plus longtemps et sont plus intenses, particulièrement la céphalalgie et les visions colorées. La cécité presque absolue est la terminaison ordinaire de cette funeste maladie.