‹ Des rétinites secondaires ou symptomatiquesChapitre 26 sur 49 · OBSERVATION XXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXI

Kyste du cervelet ; neuro-rétinite.

Madame Badurreau fAurélie), 31 ans, blanchisseuse, entre le 6 juillet à la salle Sainte-Marthe, n" 41.

Cette femme avait toujours joui d'une bonne santé, lorsqu'il y a vingt-deux mois, elle est prise, sans cause appréciable, des vomissements incoercibles qui se répètent jusqu'à 15 et 20 fois par jour. L'es-

tomac ne pouvait tolérer le moindre aliment. Elle accusait en même temps une constipation légère, mais ne présentait ni céphalalgie ni vertiges.

L'un des médecins de la Pitié, consulté par elle, crut à une gastralgie, et lui administra tous les médicaments possibles jusqu'à des douches froides quotidiennes au creux épigastrique, sans obtenir le moindre résultat.

Dix mois après le début des accidents, la malade s'aperçut d'une faiblesse marquée dans le côté gauche; la marche était pénible, et le bras gauche ne pouvait soulever les mêmes fardeaux que d'habitude. Deux ou trois mois plus tard, à la faiblesse du côté gauche sejoignirent des vertiges qui l'obligeaient à s'appuyer le long d'un meuble pour ne pas tomber. Peu intenses, et passagers au début, ces vertiges se répétèrent, et dans les derniers temps elle perdait connaissance. Tout d'un coup, et sans qu'aucun symptôme l'avertît, un voile s'étendait sur elle, elle tombait à terre inerte, sans convulsions et ne recouvrait l'usage des sens qu'un quart d'heure, une demi-heure, une heure même après le début. Cette attaque était suivie d'une torpeur générale avec tendance invincible au sommeil.

Les vertiges ne tardèrent pas à être suivis de tintements dans l'o reille gauche, avec paresse de l'ouïe.

Ces symptômes ont continué pendant plusieurs mois avec des intermittences : puis, le côté droit est devenu faible comme le gauche. Il n'y a jamais eu de paralysie proprement dite ; mais la malade ne peut tenir longtemps un objet dans sa main sans le laisser tomber; elle marche avec peine, traîne la jambe et chancelle comme si elle était ivre.

Il y a trois mois seulement, surviennent des douleurs dans les régions frontale et temporale; puis la vue diminue dans l'œil gauche, et la pupille se dilate; un mois après le droit se prend également. L'oreille droite est à son tour le siège de bourdonnements; il semble à la malade entendre des sons discordants, et le mugissement du vent dans les arbres. La céphalalgie qui occupe le milieu du front est parfois atroce, empêche tout sommeil, lui fait même, bien qu'elle soit courageuse, jeter les hauts cris.

L'iodure de potassium qu'elle prend depuis longtemps, les injection hypodermiques répétées de chlorhydrate de morphine ne peuvent la soulager. La douleur devenant plus marquée, tous les soirs de quatre à cinq heures, j'eus l'idée de lui administrer de sulfate de quinine : un gramme dans une portion de 125 grammes. Les effets furent merveilleux et enlevèrent presque instantanément la douleur. Cette

amélioration, malheureusement, ne dura qu'une dizaine de jours; le 18 septembre la céphalalgie revint plus intense, le 20, des accidents épileptiformes se déclarèrent ; la malade tomba dans le coma et mourut dans la nuit.

Un mois avant sa mort, j'ai examiné avec tout le soin possible les papilles optiques, l'ophthalmoscope m'a révélé les lésions suivantes: à travers la pupille habituellement dilatée, les papilles [optiques offrent un aspect pâlo, avec des stries radiaires plus colorées qui partent du centre en divergeant et s'accentuentdavantage sur les bords. Le contour de la papille, au lieu d'être nettement accusé, comme à l'état normal est, au contraire, effacé et se fond avec le reste de la rétine sans transition bien tranchée. Deux ou trois troncs veineux seulement apparaissent en haut et en bas : tortueux et dilatés, ils s'amincissent à mesure qu'ils entrent dans la zone papillaire, au centre de laquelle ils se terminent en pointe. On les voit s'enfoncer dans le tissu conjonctif qui remplace les fibres nerveuses, et semble faire saillie en avant. Les artères paraissent avoir complètement disparu.

La choroïde est également modifiée: la couche épithéliale interne a disparu, et les vortices sont très-marqués à la périphérie; de même le pigment du stroma est inégalement réparti; accumulé dans certains endroits, il a presque entièrement disparu dons d'autres, où une teinte beaucoup plus claire annonce une atrophie plus marquée de la choroïde.

En présence d'une telle série de phénomènes : vomissements, constipation, faiblesse plus marquée du côté gauche envahissant ensuite le côté droit, demi-surdité, perte absolue de la vue, dilatations de la pupille, vertiges avec perle de connaissance, conservation de l'intelligence dans l'intervalle,, on conclut à une tumeur cérébelleuse intéressant les origines des nerfs optiques. *

La névrite optique double survenue graduellement avait surtout une haute signification. M. Galezowski, dans sa thèse, a établi la coïncidence fréquente de la névrite avec les tumeurs du cervelet. Avant lui, Hérard,|Duchenne, Pénaid, Moutard-Martin, Vigla avaient publié isomentdes faits de ce genre. D'après ces auteurs, l'inflammation se propagerait aux centres optiques par les pédoncules cérébelleux.

L'autopsie a donné raison à cette manière de voir. Une quantité énorme de liquide remplissait les espaces sous-arachnoidiens et les ventricules cérébraux; il semblait qu'il y en eût au moins deux verres. Le cerveau reposant sur une table par sa base, on aperçoit, après avoir soulevé les lobes postérieurs, une saillie manifeste au niveau

lie la valvule c''o Vieiisscns. Cette valvule est extrêmement amincie, les pédoncules cérébelleux supérieurs qu'elle relie l'un à l'autre sont également tiraillés, très-diminués de volume et rejetés sur les parties latérales de la tumeur. Une incision faite sur la partie médiane de la valvule de Yieussens et se prolongeant jusqu'à la partie postérieure du vermis supejnoî' met à découvert deux tumeurs; Tune plus antérieure, de la grosseur d'un petit œuf de poule, occupe toutle quatrième ventricule; l'autre plus postérieure ayant à peu près le même volume, est située au centre de l'hémisphère droit du cervelet. Les parois extrêmement minces et transparentes contiennent un liquide séreux d'un jaune citrin. La tumeur postérieure offre une paroi plus épaisse; le liquide est d'un jaune moin^ éclatant; tout porte à croire que cette tumeur a préexisté à la précédente.

Quelle est la véritable nature de ces kystes? J'ai examiné avec deux collègues la petite quantité de liquide qui restait, ainsi^que les parois. Celles-ci étaient formées de tissu conjonctif et doublées à leur partie interne d'une mince couche d'épithélium; à leur surface externe rampaient des vaisseaux assez volumineux provenant des plexus choroïdiens, du quatrième ventricule. Nulle part trace d'échinocoques.

Tout porte donc à croire que ces kystes sont simplement séreux.

Les yeux enlevés vingt heures après la mort et durcis dans le liquide deMùller, ont présenté les lésions suivantes:

Une coupe étant faite verticalement et d'avant en arrière, passant par le milieu du nerf optique et la papille, il est aisé de voir que celle-ci n'a pas sa conformation normale. Elle est élevée, proéminente dans le corps vitré, et de chaque côté d'une petite dépression qui accuse le centre de la papille optique, la rétine présente une épaisseur quatre fois plus grandequ'à l'état normal; elle est striée, et le microscope y montre une prolifération énorme de tissu [conjonctif. Les fibres nerveuses ont en grande partie disparu ; celles qui restent sont granuleuses. Un grand nombre de vaisseaux sont oblitérés et pleins de granulations graisseuses se montrant également dans la couche granuleuse et la couche des fibres.

La choroïde a subi des modifications très-avancées : sclérose de la chorio-capillaire autour de la papille, résorption du pigment, et accumulation irrégulière dans l'intervalle des vasa vorticosa. Quelques vaisseaux ont leurs parois très- augmentées de volume.

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