OBSERVATION XXVI
Albuminurie ; affections du cœur; hémorrhagies rétiniennes.
Le nommé Conut (Nicolas), âgé de 53 ans, menuisier, entre le 31 juillet 1868 à THotel-Dieu, salle Sainte-Jeanne, lit n" 73.
Cet homme était d'une bonne santé habituelle. Dans sa jeunesse, il a eu deux abcès ganglionnaires du cou, dont on voit encore les cicatrices. Pas d'ophthalmie. A 34 ans, il perd graduellement Fœil droit à la suite d'une violente contusion de la partie droite de la tête. Cet œil présente aujourd'hui une cataracte complète, avec staphylôme antérieur et insensibilité de la rétine.
A 37 ans, ce malade devient albuminurique. Il est atteint en même temps d'une hypertrophie de cœur. Sa vue se conserve jusqu'à ■42 ans. A cette époque, il fait une chute sur la tête ; la vision est abolie immédiatement. Ecchymose des paupières et de la conjonctive. Le malade entre chez M. Laugier, et est soumis à un traitement dérivatif, et sort trois semaines après avec une amélioration sensible. Cependant, il conserve de la myoscopie, il voit en particulier deux fils verticaux coupant en deux le champ de la vision.
Il y a cinq mois, nouvelle chute sur la tête, dans une cave; nouvelle ophthalmie. M. Potain lui prescrit quelques collyres. La vue s'améliore. Mais, depuis, elle baisse constamment; il ne lit plus que le n° 7 1/2 de Giraud-Teulon, par un trou de carte, à la distance de 15 centimètres.
Examen ophthalmoscopique. Papille légèrement déformée, bords peu marqués. Résidus multiples d'anciennes hémorrhagies situées en dehors de la papille, dans tout le champ de la rétine. Ces foyers sont d'un brun noirâtre, les parties environnantes sont décolorées ou d'un blanc terne. Elles sont loin d'être resplandissantes et nacrées comme dans les altérations brightiques.
La choroïde offre des traces non douteuses d'atrophie, parties plus pâles que d'autres et entourées de pigment. Vortices apparents.
Cette affection doit-elle être rattachée à l'albuminurie? On ne peut l'affimer, car la rétine ne paraît pas avoir subi la dégénérescence graisseuse. Il est bien plus probable que les hémorrhagies sont la conséquence des chutes qu'a faites ce malade, aidées d'une dyscrasie sanguine, par suite d'albuminurie et d'affection du cœur.
Ce sont ces motifs qui nous ont porté à placer ici cette observation.
Les parties blanchâtres qui environnent les dépôts sanguins sont probablement produits par la résorption du sang épanché et des parties constituantes de la choroïde correspondant à ce niveau. Au reste, les plaques d'atrophie choroïdienne, qu'on remarque ailleurs, témoignent de la tendance de cette membrane vers une résorption graduelle de ses éléments.