‹ Des rétinites secondaires ou symptomatiquesChapitre 8 sur 49 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Rétinite albuminurique disséminée; amélioration.

La nommée Marie Dumont, blanchisseuse^ âgée de 48 ans, entre salle Saint-Bernard , service de M. Gueneau de Mussy^ lit nMÛ , rHôtel-Dieu, le 23 novembre 1867.

Malade d'une bonne santé habituelle. Il y a dix ans, à la suite d'un accouchement^ paralysie de tout le côté gauche, déviation de la bouche, aphasie. Guérison au bout de deux mois. Elle a eu onze enfants, dont six vivants.

Le l*"" novembre 1867, elle s'aperçoit qu'elle est un peu grosse de la ceinture, sa figure est bouffie, elle est en même temps très-fatiguée et ne dort pas ; puis, les jambes se gonflent à leur tour. Elle entre à l'Hôtel-Dieu ; on reconnaît une maladie de Bright.

On lui donne du vin diurétique amer, 6 gouttes de teinture d'iodei par jour. Amélioration. Puis, acide gallique ; douches de vapeur. Il y a deux mois sa vue baisse, elle diminue tellement que la maladç ne peut plus reconnaître les personnes qui sont devant elle.

Premier examen ophthalmoscopique. Le 1" avril. Papille très-rouge, bords effacés, taches graisseuses, disséminées autour de la papille, alternant avec des héraorrhagies striées. Vaisseaux parfaitement nets sur la papille et à une petite distance de celle-ci ; puis, lorsqu'ils rencontrent des taches blanches , ils passent tantôt en avant, tantôt en arrière. Les veines sont volun^ineuses, variqueuses. L'œil droit est beaucoup plus malade, ne peut lire le n° 3Q0 de Giraud-Teulon. Œdème des membres inférieurs et ascite.

Le 4 mars. Nouvel examen. L'œil gauche, àoï\t la vision est un peu meilleure, olïre une papille pâle, moins rouge qu'à l'état normal, les vaisseaux en sortant de la papille semblent interrompus dans deux ou trois endroits par de petits caillots. On en trouve une demi-douzaine environ dans le champ rétinien. Les taches graisseuses sont au nombre de 4 ou 5, seulement il n'y en a pas plus dans la région de la tache jaune qu'ailleurs. Le fond général de la choroïde est un peu pâle. Vœil droit offre des lésions beaucoup plus considérables. En haut de la papille, une grande tache rouge qui, au centre, présente un commencement de résorption. Dans la région de la tache jaune, ort remarque 5 ou 6 taches rouges disposées en série.

Il n'y a pas de taches graisseuses dans cette région ; mais ou en observe un assez grand nombre disséminées tout autour de la papille.

Le 25 avril. Amélioration sensible. La malade n'a plus d'œdème, elle se lève toute la journée, tricote, fait le ménage, ne peut encore lire que les grosses lettres. Les rétines ne présentent presque plus de taches graisseuses, et celles-ci sont réduites à un très-petit volume. H n'y a plus d'hémorrhagies. Celles qui avaient été constatées aux examens précédents n'ont marqué leur place que par de petites plaques jaunâtres ayant un contour plus sombre.

OBSERVATION VL Rétinite albuminurique disséminée. Amélioration.

Havart, âgé de 43 ans, ancien bijoutier, vient à la consultation ophthalmolologique du Parvis pour une rétinite albuminurique déjà ancienne.

Cet homme est atteint depuis dix ans d'une maladie de Bright. Il raconte qu'à cette époque il fut soigné par M. Grisolle; il avait les jambes enflées, la figure bouffie, des douleurs lombaires, et les urines donnaient, par la chaleur et l'acide nitrique, un abondant précipité d'albumine. Le médicament sur lequel insista M. Grisolle fut la teinture de cantharides. Quatre mois de ce médicament, aidé de bains de vapeurs, vinrent à bout de l'œdème, et pendant huit ans le malade se considéra comme guéri.

Il y a quinze mois environ, à la suite d'un refroidissement brusque, les jambes s'entlent de nouveau, puis la sérosité envahit le péritoine et distend les bourses. Jusqu'à ce moment, il ne s'était jamais plaint de troubles dans sa vision; mais, depuis six mois, il a de la céphalalgie sus-orbitaire, la vue a diminué d'une manière insensible!; mais elle est arrivée, au bout de deux mois, à une cécité pour ainsi dire absolue. L'anasarque étant devenue générale, le malade entre à Saint- Louis, dans le service de M. Hardy. Ce médecin lui administre de l'essence de térébenthine et du tannin; sous l'influence de ce traitement, sa vue s'améliore, et, au bout de cinq semaines, il peut sortir et reprendre son travail.

Mais bientôt l'amblyopie augmente : alors le malade vient nous consulter. Il ne lit qu'avec peine le n" 20 de Giraud-Teulon à 15 centimètres de distance.

Examen ophthalmoscopique. — Nous constatons une rétinite albuminurique ancienne en voie manifeste de régression. L'infiltration diffuse a disparu. La papille a recouvré la netteté de ses contours; les vaisseaux minces et filiformes se dessinent nettement sur la blan-

cheur de sa surface; toutes les lésions semblent s'être localisées dans la région de la macula lutea. Ici on retrouve encore quelques vestiges d'anciennes hémorrhagies; mais ce sont surtout les taches blanches qui olfrent un aspect caractéristique. Elles forment une sorte de triangle irrégulier à base tournée en haut, à sommet dirigé vers le foramen centrale.

Dans ce triangle sont inscrits de petits points blanchâtres disposés en séries radières et assez régulièrement espacés. C'est cette disposition qui a déjà été décrite par les Allemands, et qu'ils ont comparée à une constellation d'étoiles.

En dehors de la papille, les vaisseaux rétiniens offrent une disposition remarquable ; dans une grande partie de leur trajet, ils offrent de chaque côté une petite raie blanchâtre très-accentuée. Cet aspect, signalé déjà par plusieurs auteurs, et figuré par Liebreich dans son Atlas, est dû à la sclérose de la membrane adventice.

Tout le reste du fond de l'œil est pâle, les vaisseaux choroïdiens et principalement les vortices sont très-apparents à la périphérie.

Les deux yeux offrent la même lésion.

Nous continuons à voir le malade tous les huit jours pendant six semaines. La vision s'améliore un peu, mais l'aspect étoilé de la tache jaune persiste sans aucun changement apparent.

Il peut se faire que les taches se multiplient en un point circonscrit et augmentent en même temps d'étendue ; elles viennent alors à se toucher et à se confondre par leurs bords : de sorte qu'au lieu d'avoir des taches disséminées, on aura une large plaque présentant à sa surface une série de mamelons inégaux. Nous appellerons cette forme : rétinite albuminurique en plaque. Elle a un siège constant, c'est le pourtour delà papille, aussi ne peut-on plus retrouver la limite du nerf optique ; celle-ci se confond complètement avec le produit morbide. Cette forme est rare ; elle a été représentée pour la première fois dans l'Atlas de Liebreich; nous avons été assez heureux pour en rencontrer trois cas.

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