‹ Des Rétractions Tendineuses et de l'Amyotrophie: Consécutives aux Attitudes Stéréotypées dans les PsychosesChapitre 21 sur 40 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

Communiquée par M. le D' Hamel)

Mélancolie aiguë suivie de dépression profonde et de contractures des fléchisseurs des doigts. Crainte des contacts, manie du doute ; aboulie ; état démentiel ; accès de fureur coprolalique, Amélioration au bout de quatre ans. Persistance des rétractions des fléchisseurs et de l’aponévrose

palmaire, principalement à la main droite.

D... femme D... quarante cinq ans, est admise à l'asile d’Auxerre le 13 janvier 1898. Aucun renseignement fourni par la

famille qui se renferme dans un silence complet. Toutefois,

— Or —

d'après ce qu'a pu nous dire ultérieurement la malade, elle paraît êtreune prédisposée sujette à des crises nerveuses dans sa jeunesse etprobablement à des obcessions.Certificat d’entrée : «Tendance à l’homicide et au suicide, refus d'aliments.»

Certificat de 24 heures. « Idées de damnation, idées de suicide, refus de manger. Cette malade est dans un état de faiblesse physique extrême : c'est avec une grande difficulté qu'elle peut prononcer quelques paroles : puis elle s’arrête pendant quelques instants, comme à bout de forces ; elle arrive cependant à nous dire qu'elle a toujours une sensation de vide dans l'estomac, qu'elle est morte depuis plusieurs mois, qu'elle a commis de grands crimes, et pour les expier, voudrait se donner la mort. » Certificat de quinzaine : « Mélancolie avec idées de damnation, idées de suicide, refus de manger ; l'étal mental de cette malade ne s’est pas modifié sensiblement pendant le cours de cette quinzaine, vit isolée ; parle pas, et onest obligé d’insister énergiquement pour lui faire prendre sa nourriture ».

Août 1898. — Au point de vue physique, pas de stigmates particuliers. La malade est en état de mélancolie avec des idées délirantes de damnation et de culpabilité : elle cause peu et s’alimente difficilement.

Juillet 1900.— Persistance de la dépression mélancolique ; peu modifiée, yeux clos, ratatinée sur elle même, présente un délire du toucher très actif.

Juillet 1901. — Folie du toucher : la malade ratatinée sur elle-même, serrantles cuisses, les mains fermées au point de provoquer des ulcérations dans la paume, sont roulées dans la partie antérieure de la jupe et cachées sous le tablier, dans

l'angle des cuisses, les yeux sont clos, les paupières présen-

tent constamment de la blépharite. Dès qu'on veut la toucher, elle pousse un cri perçant et bref, extrêmement aigu, toujours le même, qu’elle répète plusieurs fois de suite, ou bien elle appelle, comme un enfant en colère : « Maman, maman. » Quant on l'approche, elle hurle : « Chien fou ! chien fou ! arrière ! » et elle recule en se ratatinant encore davantage et en poussant son cri de défense aigu, assourdissant, entrecoupé de grossièretés coprolaliques : «Chien fou ! cochon ! merde ! vieux cul rouge ! » si on la touche elle se replie plus encore, se roule sur elle-même, rougit, hurle épouvantablement de colère et vomit. Après quoi elle ajoute: «En voilà une danse ! »

Elle gesticule les yeux fermés. Elle a de la blépharite et un eczéma du cuir chevelu.

Le matin, elle s'habille elle-même, mais il lui faut trois quarts d'heure. Elle regarde sa chemise de jour d’abord, les yeux à peu près hermétiquement clos, puis à la fin elle se décide à avancer deux doigts, le pouce et l'index, les autres continuant à être repliés dans la paume de la main et elle finit enfin par prendre la chemise et la mettre. Dans la journée, elle demeure immobile dans un fauteuil où se promène dans le jardin sur une longueur de dix mètres. Elle livre aux mouches une lutte acharnée. Dès qu'une mouche approche, elle pousse son cri de défense en dissimulant davantage en-’ core ses mains et ense ratatinant s’écrie : «Chien fou ! chien fou !» S'il y a plusieurs mouches autour d'elle, son angoisse devient extrême.

Par instants, elle pousse un cri prolongé et bas qui rappel le dégoût le plus accusé ou encore le grelottement de

l'individu qui va se jeter à l’eau et qui hésite.

Page 1