CHAPITRE V
Diagnostic. — Pronostic. — Traitement
$ 1. — Diagnostic
En présence des phénomènes singuliers que nous étudions et qui sont si évidemment en rapport avec un trouble mental, qui rappellent de si près les accidents analogues observés dans l’hystérie, il était naturel de chercher à les rattacher à cette névrose. Les auteurs, sans être absolument affirmatifs,n’y ont pas manqué.
Schuele rattache en partie la catatonie à l’hystérie, et décrit une forme de délire systématisé catatonique d’origine hystérique, et un état chronique de stupidité de même origine (1).
Wernicke a aussi signalé la fréquence de l’hystérie chez les catatoniques (2).
A propos de certaines crises nerveuses observées dans la stupeur catatonique, Kraepelin s'exprime de
1. Schüele. raité clinique des maladies mentales. 2. Claus. Congrès de Bruxelles.
la façon suivante : « Ces attaques ont une grande ressemblance avec ce que nous avons constaté dans l'hystérie. S’il est d’ailleurs possible qu'elles soient bien de nature hystérique, il ne faut pas oublier qu’elles ont débuté dans les suites de couches, et les suites de couches, nous le savons, représentent un facteur important dans l'étiologie de la catatonie. J’ajouterai qu’au cours de la catatonie, j'ai souvent noté des crises identiques, avec ou sans pertes de connaissance et rappelant quelquefois l’épilepsie. Je connais des faits nombreux où des accès d’allure hystérique ont marqué la phase première d’une catatonie dont la démence fut des plus accentuées. Pour l'instant, nous ne sommes pas encore en état d'en fournir l’explication (1). »
MM. Séglas et Chaslin (2) indiquent deux terrains favorables au développement de la catatonie, c’est la dégénérescence en général et l’hystérie.
«N'est-ce pas dans l’hystérie, disent-ils, que l’on observe surtout les attaques convulsives à caractère hystéro-épileptique plus ou moins tranché, les attaques de catalepsie, de léthargie, de contracture, d’extase, les mouvements choréiformes, sans compter la simple hypérexcitabilité neuro et cutano-musculaire et la plasticité musculaire à l’état de veille ? Or jamais, dans les observations de catatonie que nous
1. E.Kracpelin. Introduction à La Psychiâtrie clinique, Paris, 1907. (Trad. Devaux et Merklen).
2, La Catatonie, Arch. de Neurologie, 1888.
avons lues, l’hystérie n’a été sérieusement recherchée ; c'est à peine si.on mentionne vaguement la recherche de l’anesthésie sensitive. Le caractère des attaques est toujours mal déterminé et très vague, ce
sont des attaques épileptiformes, hystériformes, etc. ou bien on se contente de noter : qu'un malade a l'aspect hystérique ; cependant nous inclinerions volontiers à penser qu'une recherche plus attentive eût pu déceler chez les malades la présence de quelques stigmates hystériques. Et cela d’autant mieux que l’on rencontre, à la lecture des observations,des phénomènes assez constants dans l’hystérie pour mériter qu’on s’y arrête, mais dont l'importance ne paraît pas avoir été saisie, ou qui ont été rattachés à la catatonie alors que parfois ils ont pu la précéder de plusieurs années. » :
« La recherche de l’hystérie chez cette espèce de malades peut être intéressante pour expliquer, au moins dans certains cas la production de quelquesuns des troubles moteurs, on sait combien fréquentes sont chez les hystériques les altérations du sens musculaire, et il n'est pas irrationnel de supposer qu'ils pourraient se trouver en relation avec ces attitudes particulières spontanées ou provoquées que présentent les catatoniques. »
«a Considérant qu’au point de vue somatique le phénomène prédominant, c’est la présence du système nerveux moteur; au point de vue psychique, l’état de mélancolie plus ou moins profonde, le reste (symptômes et marche) n'ayant rien de spécial, nous
pensons jusqu’à nouvel ordre que la catatonie doit être rattachée à la stupeur simple ou symptomatique, dont elle ne serait qu’une variété en rapport plus étroit avec un terrain dégénératif et plus particulièrement hystérique. »
Si nous consultons nos observations au point de vue de l’hystérie, nous ne trouvons pas la confirmation de l'hypothèse qu’elles pourraient rentrer dans le cadre de cette névrose. Nous voyons même que, là où ils ont pu être recherchés, et ce n’est pas toujours le cas, étant donné l’état mental des malades, les stigmates habituels de la névrose n’ont pas . été trouvés (obs. VII obs. IX, obs. XI).
Les antécédents de nos sujets, tant personnels qu’héréditaires relèvent plutôt de la vésanie que de l’hystérie. Les contractures, chez les hystériques, se produisent le plus souvent à la suite d’une attaque et sesuperposent à une anesthésie du membreatteint: chez nos malades elle surviennent spontanément sans qu'il soit possible de les rattacher à un orage quelconque nerveux ou psychique.
Dans l’hystérie, les contractures, quel qu’en soit le siège, sont sous la dépendance d’une idée fixe subconsciente, d’un état émotif absolument spécialisé ; ce point a été mis en lumière par Charcot et remar. quablement élucidé par Pierre Janet dans une remarquable étude (1). Dans la catatonie, nous ne trouvons à la base des phénomènes de contracture qu’un état