P. Janet, Névroses et idées fixes, T. Paris
vague de souffrance morale et d’émotivité diffuse, quand, même, il en existe. On ne saurait considérer comme analogue à l’idée fixe hystérique toujours subconsciente, l’idée obsédante de défense que l’on trouve liée chez certains stupides à la contracture des mains ainsi que nous en avons fourni des exemples, idée faisant corps avec la conscience, quelque réduite qu’elle soit, et d’ailleurs consécutive au phénomène dont elle n’est qu’une sorte d'explication pathologique.
Toutefois les points de contact ne manquent pas; la catatonie, pas plus que l’hystérie, n’a de substratum anatomique connu ; chez l’une et chez l’autre existe sans variantes bien notables, une opportunité de contracture avec exagération des réflexes tendineux ; les complications secondaires de cet état, amyotrophie, rétractions fibreuses sont les mêmes dans les deux cas.
Il nous semble qu’il n’y a rien dans ce qui précède qui soit de nature à beaucoup surprendre ; l’hystérie et la catatonie ne sont-elles par deux maladies mentales, et, malgré la divergence de leur appareil symptomatique n'ont-elles pas ce point commun : l’altération plus ou moins considérable de la conscience personnelle qui fait que, dans l’hystérie, la personnalité est plus ou moins réduite, et dans la catatonie, plus ou moins obnubilée ? Plusieurs auteurs ont comparé l’hystérie à une sorte de sommeil de certains éléments nerveux de la couche corticale ; on peut à plus forte raison, peut-être, faire la même
comparaison pour la catatonie (1). Au reste, les symptômes de l’hystérie n’ont en soi rien de particulier, de pathognomonique ; il n’est donc pas contraire à la logique d'admettre que certains des ses symptômes puissent se manifester dans une aflection nerveuse appartenant à un groupe voisin. On sait qu'il existe en ce moment dans la science une tendance formelle à restreindre le domaine de l’hystérie devenant trop étendu et à le circonscrire dans des limites moins arbitraires. Dans l’ensemble des symptômes latents de l’hystérie, dit M. Claude dans son rapport au congrès de Genève (2), « on doit considérer ceux qui relèvent du nervosisme originel et ceux quisont l'expression de l’hystérie. La sensation de boule, l’hypéresthésie de certaines parties des téguments, l’hypoalgésie, le dermographisme, etc. rentreraient par exemple dans le premier groupe ; le second groupe est constitué par toute la série des manifestations variées que l’on peut faire apparaître, expérimentalement en quelque sorte, chez l’hystérique, par suggestion. »
Réduire l’hystérie à ces étroites limites est peuêtre exagéré ; en tous cas, la suggestibilité nous paraît tout à fait étrangère aux états que nous avons étudiés.
‘1. P. Sollier. L’hystérie et son traitement. E. Claparède. « Esquisse d’une théorie biologique du sommeil. » (Arch. de psycologie, 1905).