‹ Des RhubarbesChapitre 10 sur 17 · RHUBARBE ANGLAISE · texte numérisé non relu

RHUBARBE ANGLAISE

D’après MVl. Pereira et Rufus Usher, l’un des principaux cultivateurs de la rhubarbe en Angleterre, la rhubarbe anglaise est produite par le rheum rhaponticum, qui est cultivé dans les environs de Banbury, dans le comté d’Oxford. Mais en examinant les caractères anatomiques de cette rhubarbe, je ne puis qu'avec peine me rallier à cette opinion.

Cette drogue est employée depuis quelque temps en France, où on la désigne quelquefois sous le nom de rhubarbe de Hongrie. Dans certaines maisons de droguerie, elle est même décorée du nom de rhubarbe

du Japon , peut-être pour augmenter sa valeur aux yeux du pharmacien.

On en distingue deux sortes : la rhubarbe anglaise mondée et la rhubarbe anglaise en bâtons.

Rhubarbe anglaise mondée.

D’après M. Pereira, c’est cette sorte qu’on remarque fréquemment dans les potiches qui ornent l’étalage des droguistes anglais et, qui, dès l’origine, fut vendue dans deux rues de Londres comme rhubarbe de Turquie par des individus habillés en turcs.

Elle se présente en morceaux de forme et de volume presque invariables qui sont parfaitement mondés et souvent perforés pour leur donner quelque ressemblance avec la rhubarbe exotique. Tous les échantillons que j’ai vus en France et ceux qui m’ont été envoyés de Londres ne portent pas de trous. Tous les morceaux proviennent de racines qui ont été coupées dans le sens de leur longueur et présentent, par conséquent, une face plane et une face convexe. Je n’ai pas rencontré de morceaux ronds ou ovoïdes ; la face plane est devenue fortement concave par la dessiccation ; à l’extérieur, les morceaux sont couverts d’une poussière jaune qui leur donne la couleur et l’aspect des rhubarbes de Chine ; mais si on enlève celte poussière, on voit facilement apparaître la couleur jaune rougeâtre ou rose œillet, caractéristique de cette racine. Sur la partie centrale de la face plane, cette couleur est beaucoup moins foncée et presque blanche, (’ette rhubarbe est très hygrométrique, et, quand elle est conservée dans les endroits humides, elle prend une couleur rouge orange foncé qui est très caractéristique ; elle est plus légère que la rhubarbe chinoise, elle est spongieuse, surtout vers le milieu des morceaux larges; elle se laisse facilement entamer par l’ongle et se réduit en pâle sous le pilon; elle n’est que peu ou pas aromatique. Sa saveur est astringente, acide et mucilagineuse. Quand on la casse, cette rhubarbe présente une structure bien plus régulière que la rhubarbe exotique. Les marbrures ne sont pas aussi nombreuses et leur couleur rose œillet les distingue des autres sortes commerciales.

Sur une coupe transversale de la rhubarbe anglaise, on aperçoit très distinctement une zone centrale d’un rose œillet mélangé de blanc, qui est entouré a la périphérie par un cercle blanc coupé par des rayons médullaires jaunes. Ces rayons médullaires qui sont parallèles vers la circonférence sont entrecoupés à une demi-ligne du bord de la racine par un cercle ondulé brun noirâtre dont nous avons déjk signalé l'existence dans les rhubarbes chinoises. En se rapprochant vers le centre, ils viennent se fondre insensiblement avec la zone centrale où on ne peut plus guère suivre leur direction. Un peu au-dessous de ce point de fusion, on aperçoit très distinctement un cercle assez régulier de petites étoiles jaunâtres entourées par un cercle blanchâtre à contour bien défini. Quelquefois encore, ces systèmes étoilés sont disposés très régulièrement sur plusieurs rangs et forment ainsi des cercles concentriques.

Sur une coupe longitudinale, on n’aperçoit pas distinctement les deux bandes longitudinales brunes si visibles dans les rhubarbes chinoises, mais on voit un grand nombre de petits systèmes étoilés disposés assez régulièrement sur plusieurs rangées horizontales.

Ainsi donc, quoi qu’elle soit produite, selon des auteurs très recommandables, par \e rheumrhaponticum, la rhubarbe anglaise présente .«ur une coupe horizontale une disposition bien différente de celle que nous avons observée sur une coupe horizontale de notre racine de Rhapontic. Nous n’y voyons pas en effet le cercle brun noirâtre si régulier dans notre rhubarbe, ou l’aspect rayonné caractéristique des rhubarbes indigènes. Cette drogue semble plutôt se rapprocher de la rhubarbe chinoise par sa zône centrale, par la présence de petits systèmes étoilés et par sa zône périphérique formée de rayons médullaires sensiblement parallèles et entrecoupés par une ligne ondulée brune. La face plane, des rhubarbes anglaises plates semble également offrir les caractères que nous avons observés sur la même partie dans les rhubarbes chinoises. Si les deux bandes longitudinales sont rarement aussi nettement accusées que dans la rhubarbe de Chine, les systèmes étoilés sont presque aussi visibles que dans cette dernière espèce. Cette ressemblance disparaît complètement si on examine la face

convexe de la rhubarbe anglaise, car il est impossible d’y retrouver les caractères observés sur la face convexe des rhubarbes exotiques et des autres rhubarbes européennes ; nous ne retrouvons plus aucune ressemblance avec l’aspect réticulé des unes, ni avec l'aspect ponctué des autres Au lieu d’être disposés si irrégulièrement et sous la forme de points au milieu du tissu blanchâtre comme dans notre rhapontic, les rayons médullaires sont généralement assez gros et disposés avec ordre ; ils ne sont plus ponctués, mais, au contraire, ils forment sur la partie convexe des rhubarbes anglaises de grandes lignes jaunes sensiblement parallèles, et dont on peut suivre la direction sur une longueur de plusieurs centimètres. Les lignes jaunes disposées si régulièrement au milieu du tissu blanchâtre ne s’écartent guère de leur direction rectiligne que pour encadrer les petites éminences étoilées qui apparaissent quelquefois sur la face convexe des rhubarbes et qui ne sont que la trace des radicules. Cette disposition n’a, comme nous le voyons, aucun rapport avec l’aspect réticulé de la surface latérale des rhubarbes de Chine.

Ces différences ressortent bien plus clairement encore quand on • examine la rhubarbe anglaise au microscope.

La partie centrale est presque entièrement composée d’un tissu cellulaire lâche et spongieux, peu riche en matière colorante, en amidon et en oxalate de chaux. A mesure qu’on s’éloigne du centre, la quantité de ces différents principes paraît augmenter notablement. Ici encore, comme dans 1a rhubarbe chinoise , les rayons médullaires jaunes sillonnent irrégulièrement le tissu cellulaire qui constitue la zône centrale.

Si on examine la coupe transversale des petites étoiles qui sont répandues régulièrement dans la zône centrale des rhubarbes anglaises, on observe que ces étoiles sont généralement composées de rayons médullaires à une seule rangée de cellules presque carrées; quelquefois ces rayons médullaires sont disposés sur deux rangées. Il est même rare de trouver une étoile où un rayon ne compte pas au moins deux rangées de cellules. Très rarement, les rayons médullaires sont disposés sur quatre ou cinq rangs. J’ai constaté sur un grand nombre d’échan-

tillons que quand le nombre des rangées de cellules qui constituent les rayons médullaires dépassait trois ou quatre, il atteignait subitement le chiffre de quinze ou seize ; dans ce cas, les rayons médullaires composés généralement d’une seule rangée de cellules vers le centre de l’étoile, augmentent progressivement de largeur à mesure qu’ils s’éloignent du centre; de sorte que vers la périphérie de l’étoile, ils comptent jusqu’à quinze et seize rangées de cellules et sur une prépation fraîche, ils ressemblent à une surface triangulaire jaune se détachant parfaitement au milieu du tissu cellulaire environnant. Ce tissu cellulaire compris entre les rayons des étoiles est formé vers le centre de cellules remplies de corpuscules amylacés réunis en assez grand nombre et en amas arrondis. Ces grains d’amidon sont plus petits que ceux qui sont répandus en dehors des systèmes étoilés. A mesure qu’on s’éloigne du centre, les cellules paraissent se condenser ; les grains d’amidon paraissent également se réunir en plus grand nombre et en petits cordons, et limiter assez bien le contour de l’étoile. Quelquefois la ligne jaune qui limite le contour du système étoilé se présente avec une teinte bien plus foncée, qui paraît être de nature ligueuse et ressemble ainsi à la zone cambiale des racines de plantes dicotylédones. Tantôt les rayons médullaires des étoiles se détachent très nettement au milieu du cercle blanc qui limite celles-ci, et alors on voit parfaitement les cellules jaunes s’arrêter brusquement au milieu du tissu cellulaire environnant; tantôt ils traversent le cercle blanchâtre et vont se perdre dans la zône centrale. Dans ce cas, leur trajet est assez long, et on peut les voir rejoindre les rayons médullaires éparpillés sans ordre dans la zône centrale pour aller se confondre enfin avec les rayons des étoiles voisines.

Les étoiles de la rhubarbe anglaise quoique représentant par l’ensemble de leur structure la disposition intime des étoiles de la rhubarbe chinoise se distinguent de celle-ci par la distribution régulière des corpuscules amylacés, par l’absence des cristaux d’oxalate de chaux et par leurs rayons médullaires formés généralement d’une seule rangée de cellules carrées

Sur une coupe transversale de ces étoiles les vaisseaux viennent

s’ouvrir sur un cercle qui semble limiter le contour du système étoilé.

Si nous examinons maintenant l’anneau périphérique caractérisé par la direction sensiblement parallèle des rayons médullaires nous observons encore des caractères bien tranchés qui nous permettent aisément de reconnaître la rhubarbe anglaise. En effet les rayons médullaires au lieu d’être disposés assez régulièrement sur 2, 3 ou 4 rangées comme dans les rhubarbes chinoises sont formés tantôt de 1,2,3, 4 et 5 rangées de cellules un peu allongées. Nous ne trouvons donc pas ici la régularité qui caractérise les rhubarbes chinoise et française, de plus les rayons médullaires qui sillonnent cette partie de la rhubarbe anglaise sont entourés d’une bien plus grande quantité d’amidon que dans les rhubarbes de la Chine. Les cristaux d’oxalate de chaux y sont au contraire en très petite proportion.

La surface latérale des rhubarbes anglaises n’est pas moins intéressante à examiner au microscope. Elle se montre composée d’un certain nombre d’amas de cellules encadrées par des proportions considérables d'amidon. Ces amas de cellules (coupe tangentielle des rayons médullaires) n’offrent aucune régularité dans leur disposition et dans le nombre des éléments qui les composent; tantôt comme dans le rhapontic, les rayons médullaires apparaissent sur la surface latérale des rhubarbes anglaises composés de T ou 8 cellules superposées; tantôt, comme dans les rhubarbes de Chine ils se montrent composés de T ou 8 rangées de cellules dans le sens de la hauteur et de 2, 3 ou 4 rangées dans le sens de la largeur et très -souvent nous voyons ces rayons médullaires formées de 80 à 1 00 rangées dans le sens de la longueur et de 4 ou 5 rangées dans le sens de la largeur. Ces amas de cellules apparaissent très nettement au milieu des corpuscules amylacés qui les entourent.

Sur la surface latérale des rhubarbes anglaises, on n’aperçoit que de rares cristaux d’oxalato de chaux.

Ainsi donc, comme nous venons de le voir par cet exposé, la rhubarbe anglaise possède des caractères bien tranchés qui apparaissent plus nettement encore quand on examine cette racine au microscope. Si elle offre sur une coupe transversale et sur sa face plane quelques

caractères des rhubarbes chinoises, elle diffère complètement de celle-ci par son aspect extérieur, sa richesse en amidon et la rareté des cristaux d’oxalate de chaux; mais elle diffère encore bien plus de la rhubarbe française et ce point est très important à signaler, car, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, des auteurs très recommandables assurent que la drogue de l’Oxfordshire est produite par le rheum rhaponticum. J’avoue pour ma part que ce fait me paraît douteux : car quelques grandes que soient les modifications apportées dans la nature des racines par le climat, la culture et les différences de terrain, il est assez difficile d’admettre que ces modifications puissent être assez profondes pour que deux racines d’une même plante cultivée dans deux pays différents ne présentent plus aucun caractère commun. L’assertion de MM. Bihg, Pereira (l) et RufusUsher (2) me paraît d’autant plus douteuse que la rhubarbe hongroise obtenue en Autriche avec le rheum rhaponticum offre exactement les mêmes caractères anatomiques que la rhubarbe de France et il est probable que ces deux pays n’offrent pas les mêmes conditions climatologiques et que le mode de culture est quelque peu variable. D’autre part, la culture ne me paraît pas exercer une grande influence sur la disposition anatomique des racines de rhubarbe, car les rhubarbes qui croissent sans culture dans les environs de Paris et dans les jardins offrent des racines d’une texture complètement analogue à celle des rhubarbes qui sont l’objet de tant de soins dans les jardins botaniques.

Si j’ai tant insisté sur les caractères intérieurs et extérieurs de la rhubarbe anglaise, c’est parce que cette drogue a joué un rôle assez important chez nos voisins d’outre-Manche qui l’exportent en quantité considérable dans tous les pays étrangers et surtout en Amérique. Bien que la Commission chargée d’examiner la nature des drogues en Angleterre ait déclaré que cette rhubarbe produit des effets très satisfaisants et ne peut être considérée comme un produit propre à falsifier la rhu-

(1) Eléments ot' mater, med. by Jonathan Pereira, t. II, part i*', p. 481. London, Pharmaceutical Journal, 1846-47, p. 76.

(2) London. Pharmaceutical Journal, August 1867, p. 81.

— 9ÎÎ —

barbe exotique, cependant l’analyse chimique a révélé une grande différence entre la rhubarbe de rOxfordshire etla rhubarbe de Chine : de plus les pharmaciens anglais n’estiment guère plus leur rhubarbe que nous n’estimons la nôtre. Comme cette drogue encore peu connue en France a fait apparition sur nos marchés, depuis quelques temps, j’engage les pharmaciens a étudier les caractères les plus saillants de cette rhubarbe, afin qu’ils ne s’exposent pas à être frustrés, comme je l’aurais été certainement moi-même si je n’avais connu depuis longtemps cette drogue anglaise. Dans une maison de droguerie qui jouit d’une certaine importance à Paris, on voulut me vendre sous le nom de rhubarbe du Japon, une rhubarbe qui, disait-on, avait apparu depuis quelque temps sur notre marché, et était plus belle et aussi estimée que la rhubarbe de Chine. Au premier coup d’œil, je reconnus que cette drogue du Japon, estiméeà raison de 14 francs le kilog. n’était autre que la rhubarbe anglaise et n’avait jamais franchi d'autre mer que la Manche^ Le droguiste, très étonné d’entendre ma réponse, consentit sans difficulté à me vendre sa rhubarbe du Japon moyennant 4 francs le kilog.

Rhubarbe anglaise en bâtons.

La rhubarbe anglaise en bâtons communément appelée à Banbury, les émondes de rhubarbe, se trouve en morceaux angulaires ou ronds, d’environ 5 à 6 pouces de long et de 1 pouce d’épaisseur. Quand on la brise, elle présente la même structure que la sorte précédente. Elle a une saveur très- astringente et mucilagineuse. Elle ne croque pas sous la dent et se brise très facilement. Elle est très souvent employée pour faire de la poudre quisertà sophistiquer la poudre de rhubarbe asiatique.

La structure anatomique est la même que celle de la rhubarbe anglaise mondée.

ALTÉRATIONS. — FALSIFICATIONS. — MOYENS DE LES DÉCOUVRIR.— ESSAI DES RHUBARBES.

La rhubarbe devient très souvent la proie des vers. Cette altération se propage assez rapidement dans toutes les parties de la racine, sur-

tout quand celle-ci est abandonnée au contact de l’air. Les rhubarbes chinoises sont les seules qui soient envahies par les insectes. L’insecte qui pique la rhubarbe est la larve de Vanohium paniceum qui appartient à l’ordre des coléoptères, à la section des pentamères et au genre anobium de Fabricius. Cette racine est quelquefois envahie encore par les blattes qui dévorent profondément les morceaux.

Pour racommoder la rhubarbe piquée, les droguistes bouchent les trous au moyen d’une pâle faite avec de la poudre de rhubarbe, delà gomme et de l’eau où bien encore avec de l’ocre jaune ou du terra mérita : ils roulent ensuite les morceaux dans la poudre de belle rhubarbe. Cette fraude se découvre en frottant sur un morceau de drap les racines qui laissent apercevoir nettement les piqûres. En cassant les morceaux on pourra encore s’assurer s’ils ont été ainsi racommodés.

On rencontre souvent dans les drogueries de la rhubarbe qui a été mal desséchée et qui est noire dans l’intérieur, les marchands cachent cette altération en roulant les morceaux ainsi gâtés dans la poudre de bonne rhubarbe. Cette fraude se découvre en cassant les morceaux, et à ce propos j’engage les pharmaciens à choisir de préférence la rhubarbe plate qui présente rarement cette altération.

La rhubarbe étant d’un prix assez élevé, a toujours excité la cupidité des falsificateurs qui introduisent souvent dans les caisses de rhubarbe de Chine des morceaux de rhapontic et de rhubarbe anglaise. La disposition des rayons médullaires sur la surface latérale des rhubarbes fournit un excellent moyen de reconnaître cette fraude.

En 4 855, M. Thompson a signalé devant la commission chargée de constater la falsification des drogues, une fraude qui est très commune dans le commerce de la rhubarbe et qui consiste à mélanger la poudre de cette racine avec la poudre de curcuma. Aussi conseille-t-il d’examiner toujours la poudre de rhubarbe au moyen de l’acide borique qui brunit le curcuma et n’affecte nullement la matière colorante de la rhubarbe.

Selon Geiger, (1) l’acide iodhydrique ioduré donne avec les rhu-

(1) Journal de Chimie médicale, 1830. p. 535.

barbes, des colorations différentes qui permettent de reconnaître facilement ces racines. Ainsi :

La rhubarbe de Moscovie prend une teinte verte.

— Chine — — brunâtre.

— ' anglaise — — rouge foncé.

— France — — bleue.

D’après Thompson la solution de colle de poisson donne dans l’infusion de rhubarbe de Chine, un précipité plus abondant que dans l’infusion de rhubarbe de ^îoscovie. La décoction de quinquina donne lieu à un précipité verdâtre plus abondant dans la rhubarbe de Russie que dans celle de Chine où il est d’un jaune brillant.

En 1853, M, John Cobb (1) essaya successivement l’action de ces différents réactifs sur trois espèces de rhubarbe employées en Angleterre, savoir : la rhubarbe de Moscovie, la rhubarbe de l’Inde et la rhubarbe anglaise, et constata que les résulats obtenus étaient le plus souvent vagues et incertains et inférieurs à ceux fournis par l’acétate de plomb ammoniacal.

Ayant observé que le dépôt qui se forme dans la teinture de rhubarbe, varie en quantité selon la nature et l’espèce de rhubarbe employée et que ce phénomène est dû a l’action oxigénante de l’air, M. Cobb pensa qu’en soumettant cette teinture a un agent d’oxydation prompt et sûr, il parviendrait aisément à distinguer les différentes espèces commerciales. Il proposa en conséquence, un mode d’essai basé sur l’action oxydante de l’acide azotique. Après avoir préparé trois teintures avec la rhubarbe de Moscovie, la rhubarbe de Chine et la rhubarbe anglaise et après avoir introduit 8 gr. de chacune d’elles dans un tube à essai, il y verse graduellement 4 gr. d’un mélange à volume égal d’acide nitrique et d'eau distillée, en ayant soin d’agiter le tube pendant tout le temps qu’il y verse l’acide. Avec la rhubarbe de Chine, en moins de cinq minutes la teinture devient nébuleuse et est complètement trouble au bout d’un quart d’heure; avec la rhubarbe anglaise, le trouble se produit au bout d’une demi-heure, et avec la

(2) Journal de Pharmacie et Chimie, 1863, p. 368.

rhubarbe de Moscovie, la teinture ne perd rien de sa transparence ; ce n’est qu'après trois ou quatre jours qu’elle commence à se troubler.

IVl. Rillol a donné en 1860 (1) un procédé qui permet de constater facilement le mélange de la poudre de rhaponiic dont la valeur commerciale est presque nulle. Le procédé ,qu’il a indiqué est basé sur la coloration obtenue au moyen des huiles essentielles mélangées avec les différentes rhubarbes, M. Garot avait déjà observé que sous l’influence de l’acide azotique, les diverses rhubarbes laissent se produire l’érythrose, matière colorante jaune avec les rhubarbes indigènes et orangée avec les rhubarbes exotiques.

D'après M, Rillot, les huiles essentielles produisent un phénomène inverse, c’est-à-dire que les racines de rhapontic donnent une coloration qui varie de l’orangé à la couleur chair, tandis que les rhubarbes de Chine ne changent pas de couleur. En mélangeant parties égales de racines de rhubarbe et de magnésie, on obtient une poudre jaune qui ne change pas par l’addition d’essence d’anis, de bergamotte, de fenouil, de citron, tandis qu’en remplaçant la poudre de rhubarbe par la poudre de rhapontic^ on obtient après cinq minutes de trituration une couleur rouge orange saumonnée. Cette méthode a été rappelée plusieurs fois sur des mélanges de poudre de rhubarbe de Chine et de rhapontic^ et M. Rillot, après de nombreux essais a observé qu’en diminuant toujours la quantité de poudre de rhapontic, on obtient constamment une coloration rosée plus ou moins prononcée, et selon lui, ce procédé permet de distinguer facilement les moindres traces de rhapontic.

M. Thompson a étudié l’action des acides, des alcalis, et des dissolutions des sels métalliques sur l’infusion aqueuse des rhubarbes de Moscovie et de Chine, et il a cru trouver des caractères qui permettent de reconnaître ces deux racines. Le résultat de ses observations est consigné dans le Médical Botany de WoodwïUe. Tome IV, p. 662.

(1) Journal de Chimie médicale, 1860, p. 354.

Page 1