CHIMIE
La matière médicale ne possède guère de substances qui aient plus excité l’attention des chimistes que la rhubarbe. Les premiers auteurs qui ont étudié la composition chimique de cette drogue sont Scheele, Delunel, Murray, Bauraé, Morelot, Clarion, Brandes, Henry, Tromsdorff, Caventou, Peretti, Nani, Pfaff, Geiger, Buchner et Herberger. En examinant les résultats trouvés par ces auteurs, on reconnaît immédiatement qu’ils offrent entre eux peu de concordance, mais on peut facilement se rendre compte de ces différences en songeant que les échantillons de rhubarbe analysés ne provenaient pas toujours de la même espèce de rheum; d’autre part, les modes analytiques n’ayant pas été les mêmes, on conçoit sans peine qu'il a dû en résulter une différence notable dans la nature des produits jsolés.
Ces chimistes, dans les différents travaux qu’ils ont entrepris, se sont principalement attachés à obtenir un ou plusieurs principes propres à la rhubarbe, et renfermant la matière active dans un état de concentration plus ou moins grand.
Chacun d’eux ayant voulu désigner par un nom particulier la substance représentant le principe actif de la rhubarbe, il en est résulté une très grande confusion dans l’histoire chimique de cette drogue, car les mêmes principes ont reçu des noms tout-a-fait différents. Aussi n’entreprendrai-je pas d’examiner la composition des substances appelées rhabarbarine par Pfaff, caphopicrite par Desvaux, rhabarbarin par Caventou, amer de rhubarbe par Peretti, rhéumine par Herberger, acide rhabarbarique par Brandes, et rhéine par Geiger.
Les travaux remarquables entrepris en 1844 par IMM, Schlossberger et Dœpping (1) jetèrent un jour nouveau sur la composition chimique de la rhubarbe. Ces chimistes reprirent toutes les analyses de ceux qui les avaient précédés dans cette étude et reconnurent que les substances désignées sous des noms si»différents étaient très complexes et renfermaient toutes au nombre de leurs éléments, un acide complètement analogue à celui qui avait été découvert par MM. Bochleder et Heldt, dans le parmelia paratina, et désigné sous le nom d'acide chrysophanique.
En traitant l’extrait alcoolique de rhubarbe par de l’eau distillée, celle-ci occasionne un dépôt insoluble qui, soumis à l’action de différents réactifs, a fourni quatre principes qui ont été étudiés complètement, par MM. Schlossberger et Dœpping. Trois d’entre eux sont de nature résineuse, ce sont \a phéorétine^ Vaporétine et Vérythoréline, le quatrième est Vacide chrysophanique. En examinant la nature des principes solubles enlevés par l’eau à l’extrait alcolique de rhubarbe, ces éminents chimistes y ont constaté la présence des acides gallique et tannique, d'une nature extractive^ de sucre, d'une certaine quantité de résine entraînée à la faveur d’antres principes et d’une grande proportion d'amidon et de pec/ine. Pour compléter leurs recherches sur ce sujet, ils ont cherché à déterminer la nature des acides organiques contenus dans les racines de rhubarbe, ils n’ont pu y constater la présence de Vacide malique^ mais ils ont trouvé une quantité assez notable d'oxalate de chaux. Par l’incinération des racines, ils ont obtenu un résidu renfermant de la potasse, de la soude, de la silice, du sesquioxyde de fer, des phosphates de chaux et de magnésie, des acides sulfurique, chlorhydrique, phosphorique et carbonique.
MM. Schlossberger et Dœpping ont consigné dans un long et remarquable mémoire, tous les détails des opérations qu’ils ont entreprises pour isoler ces différents principes.
Malgré tous les nombreux travaux chimiques qui ont été faits sur la
(1) London. Pharm. Journal and Transact., 1844-45, t. iv. p. 136, 232, 318.
rhubarbe, la composition chimique de cetlrc drogue ne nous est pas encore parfaitement connue.
En 1849, Garot (I), lut à la Société de pharmacie de Paris, un long mémoire sur la matière colorante rouge des rhubarbes exotiques et indigènes, et sur son application comme principe colorant aux arts et à l’industrie. D’après l’auteur, quand on traite l part, de rhubarbe par 4 part, d’acide azotique, on obtient pour résidu non attaqué par l’acide, une matière colorante d’un poids de 8 à 1 0 % pour les rhubarbes indigènes et de 15 à 20 ®/o pour les rhubarbes exotiques. Cette matière que M. Garot appelle Erylhrose possède une couleur jaune quand elle provient de rhubarbes indigènes et une couleur orangée quand elle est retirée des rhubarbes exotiques,- elle est presque entièrement soluble dans l’alcool et l’éther, et donne en se combinant avec la potasse, la soude et l’ammoniaque des érythrosates alcalins, susceptibles d’être appliqués aux arts à cause de la belle coloration pourpre qui les caractérise. D’après M. Garot, l’érythrosate de potasse posséderait une puissance colorante au moins trois fois plus forte que la cochenille et la teinture obtenue est plus franche, plus vive et aussi stable que celle du carmin. Les différentes rhubarbes ne fournissent pas non plus la même quantité d’érythrose, celle qui en donne le plus est la rhubarbe de Moscovie, puis celle de Chine, et enfin la rhubarbe indigène.
Quoiqu’on dise M. Garot, l’érythrose n’existe pas toute formée dans la rhubarbe. C’est un produit d’oxydation qui résulte de l’action de l'acide nitrique sur un ou plusieurs principes contenus dans cette racine.
En 1849, M. John Cobb (2), en Angleterre, essaya d’appliquer l’érylhrose de M. Garot comme matière colorante, mais ses essais furent infructueux. Dans le cours de ses expériences, il fut amené à chercher si le dépôt qui se fait dans la teinture de rhubarbe après quelque temps de préparation, ne pourrait pas être attribué a l’action de l’oxygène de l'air et si ce résultat ne serait pas le même que celui produit par l’oxydation
(1) Journal de Pharm. et Chim., 1849-50, 2' partie, p. 5.
(2) London. Pharmaceutical Journal, 1849-50, p. 529.
plus rapide de la rhubarbe au moyen de l’acide azotique. Ses prévisions furent confirmées. En examinant la nature de ce dépôt, il remarqua que les alcalis lui communiquaient un pouvoir colorant supérieur à celui du carmin et de la cochenille.
En 185*7, deux chimistes allemandi, MM. Hugo Muller et Warren de la Rue (1), examinèrent la nature du dépôt qui se forme dans la teinture de rhubarbe, et arrivèrent ainsi à isoler un corps, Vémodine^ dont l’existence n’avait pas été entrevue par MM. Schlossberger et Dœpping
Une quantité considérable de ce dépôt fut pulvérisée finement et traitée à plusieurs reprises par de l’alcool à 86® bouillant, qui entraîna en dissolution une petite proportion de substances solubles. La solution jaune foncé fut filtrée encore chaude et soumise à la distillation. Par refroidissement elle laissa déposer une matière floconneuse de couleur jaune. Ce dépôt après avoir été plusieurs fois dissoutdans l’alcool, donne par évaporation des cristaux d’une matière qui fut désignée sous le nom de chrysophane. La liqueur mère de la chrysophane fut traitée par le procédé de MM. Schlossberger et Dœpping. Elle fut mêlée avec un volume égal d’éther qui détermina la formation d’un précipité brun assez abondant. La liqueur filtrée fut concentrée par distillation et soumise à 1 évaporation spontanée a l’air libre. Le résidu sec fut de nouveau dissout dans l’alcool et la solution laissa déposer une certaine quantité d’érythrorétine. Le dépôt brun séparé par l’éther de la solution d’Erythrorétine, après solutions répétées dans l’alcool et précipitation par l’éther ressemblait en tous points a la phéorétine. Ainsi en traitant le dépôt de la teinture de rhubarbe par l’alcool bouillant, celui-ci entraîne en dissolution la chrysophane, la phéorétine et l’érythrorétine, et laisse indissoute la plus grande partie du dépôt. Le résidu insoluble offre toutes les propriétés et les réactions de l’aporétine.
C’est en examinant la nature du dépôt laissé par la teinture de rhubarbe que MM. Hugo Muller et Warren de la Rue ont pu étudier les propriétés de la Chrysophane et donner une méthode qui permet d’ob-
(1) London. Pharmaceutical Journal, 1857-58, t. xvii, p. 572.
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tenir ce corps dans un très grand état de pureté. Cette méthode est basée sur la solubilité de la chrysophane dans la benzine.
Pour obtenir la chrysophane des racines mêmes de rhubarbe, on commence par faire macérer dans l’eau froide les racines préalablement divisées. L’eau enlève environ 50 de matières solubles, qui augmenferaient inutilement le volume de la matière sur laquelle on doit opérer. Ap rès macération dans l’eau, la racine est desséchée, puis traitée par la benzine dans l’appareil de Mohr. On peut de cette façon, avec une quantité très faible de benzine, obtenir une solution très concentrée de chrysophane. Ce corps n’étant que très peu soluble dans l’alcool doit se retrouver en quantité considérable dans le marc provenant de la préparation de la teinture de rhubarbe. Aussi ce résidu qui renferme 2, 6 »/o de chrysophane doit-il être préféré à la racine elle-même quand on voudra obtenir à peu de frais une quantité notable de chrysophane.
La solution de la chrysophane dans la benzine obtenue par l’un ou l’autre des procédés que je viens d’indiquer est concentrée dans un appareil distillatoire. Par l’évaporation et le refroidissement, elle laisse déposer de la chrysophane. La liqueur mère contient de l’erythorétine et un corps gras neutre. On presse le résidu entre des feuilles de papiei brouillard pour le débarrasser de l’eau mère qui le souille, puis on le dissout à chaud dans la benzine. Une certaine quantité d’un corps jaune rougeâtre reste indissoute et par le refroidissement de la liqueur, il se précipite une nouvelle quantité de ce corps sous forme de flocons très légers. La solution débarrassée par la filtration du résidu floconneux et concentrée par une légère évaporation laisse déposer de la chrysophane sous forme de cristaux. Pour avoir la chrysophane tout a fait pure on répète l’opération plusieurs fois. Dans la purification finale de ce corps, l’alcool amylique et l’acide acétique concentré présentent des avantages sérieux qui doivent en faire adopter l'emploi.
En traitant la chrysophane brute par la benzine, il reste indissout un résidu rouge jaunâtre soluble en partie à chaud dans la benzine, mais qui se précipite par le refroidissement. D’après MM. Hugo Muller et de la Rue ce dépôt serait constitué par l’émodine — pour le séparer com-
plétement de la chrysophane, ces chimistes conseillent d’opérer ainsi : Le mélange des deux corps est traité à chaud par la benzine ; on laisse ensuite refroidir lentement la solution benzinée. Le dépôt qui se forme pendant le refroidissement est séparé par la filtration, puis dissout à l’aide de la chaleur dans l’acide acétique cristallisable. La solution laisse déposer en se refroidissant de magnifiques cristaux d’émodine pure. Le traitement par l’acide acétique offre l’avantage de séparer différents corps dont la présence retarderait la cristallisation de l’émodine. Après cette purification, le nouveau corps est dissout dans l’alcool bouillant dont il se dépose par le refroidissement en magnifiques cristaux pouvant atteindre 2 pouces de long.
MM. Hugo Muller et Warren de la Rue n’ont pas borné là leurs travaux. Ils ont encore étudié l’action de l’acide nitrique sur l’aporétine et ont obtenu comme produit de cette réaction un composé nitreux jaune qui leur a paru être identique avec l’acide chrysammique, fait assez intéressant, car jusqu’alors l'acide chrysammique n’avait été retiré que de l’aloës.
Dans ces dernières années, MM. Kubly et Dragendorff ont fait une étude approfondie de la constitution chimique de la rhubarbe. Le résultat de leurs longues et savantes recherches est consigné dans Viahresbericht de Wiggers et Huseman (1). Il est regrettable que ce travail important n’ait pas encore été entièrement publié, car il aurait pu éclairer complètement la nature chimique de la rhubarbe.
Le procédé employé par MM. Kubly et Dragendorff leur permit d’isoler jusqu’alors de la racine de rhubarbe, de la chrysophane, de l'acide chrysophanique, du sucre, de la graisse, de la phéorétine, de l’acide rhabarbarique et de l’acide rheique, et une substance cristalline encore indéterminée.
Comme on le voit au premier coup d’œil, cette analyse diffère notablement de celle qui fut faite en 1844 par MM. Schlossberger et Dœpping'.nous n’y rencontrons ni l’aporétine ni l’erythrorétine, mentionnées et décrites par ces derniers chimistes et nous y trouvons plusieurs corps
(1) Canstatts Jahresbericht fûr die Pharmacie, 1867.
nouveaux, !a chrysophane, l’acide rbabarbarique et l’acide rhéique et une substance cristalline encore indéterminée.
Pour isoler ces différents corps, M. Kubly donne le procédé suivant ;
On pulvérise grossièrement la rhubarbe et on la fait macérer dans 6 part, d’eau distillée pendant 24 heures dans un flacon bien bouché, en ayant soin d’agiter fréquemment, on décante et on traite de nouveau le résidu par 5 part d’eau en élevant cette fois la température à 50“ ou 60®, on laisse digérer pendant 12 heures, on passe et on exprime le résidu. On mélange les deux liqueurs ainsi obtenues et on laisse déposer, on décante et on jette le dépôt sur un filtre. La liqueur ainsi clarifiée est évaporée dans le vide jusqu’en consistance d’extrait demi fluide. On traite cet extrait par l’alcool absolu. Pour cela, on mélange l’extrait avec son volume d’alcool absolu, on sépare le résidu par filtration et on ajoute de l’alcool absolu à la liqueur filtrée jusqu’à ce qu’il se forme plus de précipité ; on sépare de nouveau par filtration ce second précipité. Ces deux précipites réunis renferment la chrysophane, l’acide chrysophanique, le sucre et la graisse. Les principes solubles dans l’alcool sont la phéorétine, l’acide rhabarbarique et l’acide rhéique.
La quantité de liqueur alcoolique obtenue est d’environ 5à 6 livres par livre de rhubarbe. On enlève l’alcool par la distillation que l’on continue jusqu’à ce que la liqueur ne pèse plus que 6 à 7 onces par livre de racine, on sépare par filtration une petite quantité d’acide chrysophanique qui peut s'être séparée pendant la distillation, puis on ajoute à la liqueur d’abord un égal volume d’alcool, puis 5 à 6 onces d’éther. Par l’agitation il se forme un précipité composé d’un reste du principe actif qui ne s’était pas séparé précédemment et d’une certaine quantité de sucre. On sépare ce précipité par la filtration. La liqueur filtrée est soumise à la distillation pour enlever l’alcool et l’elher. Le liquide qui reste est d’une couleur brun foncé et d’une saveur amère : on l’étend d’eau et on le laisse en repos, il se trouble d’abord en prenant une couleur rouge orange, puis il laisse déposer un précipité brun composé de phéorétine et d’acide rhabarbarique, on le sépare par filtration. Dans la liqueur filtrée, on ajoute alors de l’acétate de plomb en excès et on obtient alors un précipité jaune abondant tandis que la liqueur con-
serve une couleur orange. On filtre et on traite séparément la liqueur et le précipité de la manière suivante.
(a) Le précipité est porté à l'ébullition avec deux fois son poids d’eau et puis avec de l’alcool concentré ; on le lave complètement avec do l’eau bouillante. On ajoute à la liqueur orangée l’eau et l’alcool de lavage qu’on a fait évaporer presque à siccité et qu’on a ensuite repris par l’eau : après ces traitements le précipité est d’un blanc grisâtre, il est constitué par un mélange d’acide rhabarbarique, de phéorétino et d’oxyde de plomb, on délaie ce précipité dans l’eau et on fait passer dans la liqueur de l’hydrogène sulfuré jusqu’à ce que sa décomposition soit complète; on filtre, on lave le résidu et on ajoute les eaux de lavage à la liqueur, on évapore jusqu’à consistance sirupeuse et on fait dessécher complètement cette liqueur sur une assiette, dans le vide, au dessus de l’acide sulfurique. Le résidu de l’opération est de l’acide rhabarbarique : le dépôt qui reste sur le filtre est constitué par un mélange de phéorétine et de sulfure de plomb On le dessèche et on l’épuise par l’alcool bouillant à 80®. On filtre la liqueur bouillante et on laisse refroidir. Pendant le refroidissement il se dépose un peu de soufre qu’on enlève. On évapore la liqueur et pendant l’évaporation il se dépose une nouvelle quantité de soufre qu’on enlève encore, enfin on évapore la liqueur presque à siccité. La phéorétine reste comme résidu, on la malaxe sous l’eau jusqu’à ce qu’elle ait perdu toute saveur et on la fait sécher complètement au-dessus de l’acide sulfurique.
{b). La liqueur filtrée de couleur orange est traitée par un courant d’hydrogène sulfuré jusqu’à ce que tout le plomb soit précipité et que la liqueur soit complètement décolorée. Si, malgré ce traitement, le liquide conserve sa coloration, on ajoute de l’acétate de plomb et on précipite par une nouvelle quantité d’hydrogène sulfuré jusqu’à ce que la liqueur soit limpide et incolore. Avec le sulfuré de plomb sont précipités la chrysophane, l’acide chrysophanique, la graisse et les cristaux colorés, il y a également un peu de sucre dont la plus grande partie est passée dans le premier liquide ; on lave avec de l’eau et on filtre pour enlever cet excès de sucre. Dans celte opération, une certaine quantité de chrysophane est enlevée. On traite ensuite par de l’alcool concentré
chaud à plusieurs reprises jusqu’à ce que l’alcool ne soit plus coloré. Les dissolutions alcooliques sont recueillies et mélangées, on les laisse refroidir, on sépare le sulfure de plomb par la filtration et on distille la solution alcoolique; on concentre, on laisse refroidir et on ajoute un peu d’eau; il se produit alors des flocons jaunes qui sont de l’acide chrysophanique et de la graisse mélangés. On laisse concentrer le liquide jusqu’à 10® ou 80", il se dépose alors une masse cristalline composée de cristaux microscopiques de couleur orangée qui sont de la chrysophane, ainsi que d’autres cristaux presque incolores, également microscopiques. Ces derniers sont les corpuscules cristallins dont nous avons parlé plus haut.
Pour avoir de la chrysophane pure, on verse de l’eau sur la masse cristalline de manière à la recouvrir et on ajoute quelques gouttes d’alcool jusqu'à ce que la chrysophane se soit dissoute. Les cristaux incolores restent comme résidu, on les sépare par filtration. Quand la liqueur filtrée a une couleur brun rougeâtre et qu’elle ne laisse plus déposer aucuns cristaux par l’évaporation, quand la chrysophane qui reste comme résidu après l’évaporation se dissout dans un peu d’eau alcoolisée, cette substance peut être considérée comme très-pure. Quant aux cristaux isolés qui sont presque incolores, on peut les obtenir dans leur état de pureté, en les faisant digérer avec de l’eau contenant de l’ammoniaque, les faisant dissoudre, filtrant la solution et soumettant ensuite à la cristallisation. Je vais maintenant passer en revue les propriétés et les réactions principales de ces différents principes.
Aporétine. — L’aporétine isolée pour la première fois en 1844 par MM. Schlossberger et Dœpping est soluble dans 80 parties d’alcool. Sa composition déterminée par ces chimistes peut être représentée ainsi :
Cette résine est brune peu soluble dans l’eau et dans l’éther, soluble dans la potasse et l’ammoniaque.
Phéorétine. — La phéorétine est une matière d’un brun foncé brillant qui par trituration donne une poudre d’un brun, inodore, facilement so-
lubie dans l’alcool chaud et dans l'acide acétique, insoluble dans l’eau l’éther et le chloroforme. Les alcalis la dissolvent facilement et donnent une solution d’un rouge brun, qui, par l’addition d’un acide laisse précipiter des flocons jaunes sous l’influence de la chaleu r , elle fond et dégage des vapeurs jaunes possédant l’odeur de la rhubarbe. La solution alcoolique de phéorétine est précipitée en brun fauve par l’acétate de plomb et n’est pas changée par le sulfate de cuivre, l’azotate d'argent et le bichlorure de mercure. L’acide sulfurique concentré la dissout en prenant une coloration rouge brun foncé; l’eau précipite la dissolution en flocons peu colorés. La phéorétine peut être représentée par
Erylhrorétine. — Desséchée, l’érythrorétine ne se dissout que difficilement dans l’éther, elle est insoluble dans les acides chlorydrique et sulfurique étendus. Elle se dissout en présence des alcalis en communiquant à la dissolution une coloration pourpre magnifique. L’érythrorétine se dissout à froid dans l’acide sulfurique concentré avec coloration en brun rougeâtre et se précipite en flocons jaunes par l’addition de l’eau. Elle ne se dissout qu’en très petite quantité dans l’eau comme la phéorétine. Chauffée sur une lame de platine, elle laisse dégager des vapeurs jaunes peut-être dues a des parcelles d’acide chrysophanique et forme un charbon difficilement combustible qui ne laisse que très peu de cendres. Elleest presque insipide. La solutionammoniacale d’érythrorétine forme avec l’acétate de plomb un précipité insoluble dans l’eau d’un rouge violet.
La formule de l’érythrorétine peut être représentée par H® OL
Chrysophane. — La chrysophane fut trouvée en 1814 dans la racine de rhubarbe par MM. Schlossberger et Dœpping qui l’appelèrent acide chrysophanique. Le nom qu’elle porte maintenant lui a été donné en 185*7 par MM. Hugo Muller etde la Rue qui ontétudié ses propriétés. La chrysophane pure qui a cristallisé au sein de la benzine est en tables hexagonales qui ont une grande ressemblance avec l’iodure de plomb. Sa couleur varie du jaune pâle à l’orangé foncé suivant le volume des cristaux. Cristallisée au sein de l’alcool amylique ou de l’acide acétique cristallisable elle est en agrégats mamelonnés de cristaux foliés. Elle se
dissout dans '224 p. d’alcool à 86“ bouillant et dans 1125 p. d’alcool à 30“. Elle fond à 162* sans décomposition. Bien que la chrysophane se dissolve dans les alcalis en formant des composés définis, ses propriétés acides sont très faibles ; elle ne déplace pas l’acide carbonique de ses combinaisons.
En présence d’une solution de potasse caustique de concentration moyenne, la chrysophane forme un composé pourpre magnifique dont la plus grande partie reste dissoute, tandis qu’une très faible quantité se précipite sous forme de flocons.
MM. Hugo Muller et de la Rue ont encore observé que sionajoutedu sucre de raisin"à une solution de chrysophane, dans un excès d’alcali, et si on laisse le mélange pendant quelques heures dans un flacon bien bouché, la couleur pourpre disparaît graduellement et la solution devient jaune brunâtre. En même temps le précipité floconneux disparaît, mais si on expose la solution à l’air pendant quelque temps dans un vase peu profond, la solution retrouve sa couleur pourpre primitive et les flocons reparaissent.
L’hydrate de potasse en fusion n’altère pas la chrysophane d’abord, mais si on élève la température ou si on continue l’action pendant quelque temps, la chrysophane devient bleue et ensuite elle se décompose et dégage une odeur analogue à celle de l’alcool caprylique.
Le chlore, le brôme, l’acide nitrique ne détruisent pas la couleur jaune de la chrysophane, mais activent certainement sa décomposition.
L’eau régale forme avec la chrysophane une solution incristallisable qui conserve la propriété de donner avec les alcalis, la coloration pourpre caractéristique. MM. Hugo Muller et de la Rue ont analysé la chrysophane et ont obtenu par la combustion de 0 gr. 1 426 de ce corps ;
0,3595 d’acide carbonique = 68,76 p. ®/o de carbone;
0,0545 d’eau = 4,25 p. ®/o d’hydrogène.
En comparant ces nombres avec ceux obtenus par MM. Rochleder et Heldt, qui ont analysé la chrysophane (acide chrysophanique) retirée du Pürmelia Parictina, et ceux obtenus par MM. Schlossberger et Dœp-
ping qui ont analysé la chrysophane extraite de la rhubarbe, on trouve qu’il y a parfait accord dans les résultats, comme le prouve le tableau
suivant :
Carbone ....
Hydrogène .
Oxygène. . . .
Rochleder et Heldt.
Schlossberger et Dœppiog.
Hugo Huiler et de la RueJ
Veld a aussi analysé la
chrysophane et ^a obtenu les nombres sui-
vants :