RHUBARBE DE PERSE
La rhubarbe décrite sous ce nom par M. Guibourt, était connue en Angleterre sous le nom de rhubarbe mondée hollandaise ou rhubarbe batave. Les Anglais la tiraient directement de Canton. Elle arrivait en France du Thibet par la Perse et la Syrie, de là ses différents noms de Perse, de Turquie et d’Alexandrette. Aujourd’hui elle n’existe plus dans le commerce, du moins sous ce nom. J’ai examiné les échantillons de cette rhubarbe conservés à l’Ecole de pharmacie, et je leur ai reconnu les caractères suivants :
Les morceaux sont quelquefois ronds, mais plus souvent plan convexes. Par leur couleur et leur aspect extérieur, Us semblent se rapprocher de la rhubarbe de Moscovie. Ils ont été mondés assez profondément, et laissent voir nettement sur leur face convexe le réseau rhombiqueet quelquefois même les petites étoiles qui caractérisent les rhubarbes chinoises. Cette sorte ayant été mondée par tranches et au couteau, a conservé quelques angles saillants qui ne font que lui donner plus de ressemblance avec la rhubarbe de Moscovie. Quelques morceaux sont arrondis et ne laissent pas voir d’angles saillants, ce qui indique qu’ils ont été mondés au moyen de la râpe ou de la lime. La rhubarbe de Perse ne porte qu’un seul trou destiné à la suspendre pendant la dessiccation; elle ne laisse voir aucun trou foréau couteau comme on en observe dans la sorte moscovite; elle est toujours très saine et a une texture très serrée. En opérant une coupe transversale à
l’aide de la scie, on s’aperçoit de suite que la rhubarbe de Perse n’est qu’une rhubarbe de Chine de belle qualité, et je ne crois pas qu’on puisse en faire une sorte distincte.
Quoique M. Guibourt la regarde comme la rhubarbe par excellence, et supérieure même à la rhubarbe de Moscovie, elle ne jouissait pas d’une si haute réputation chez nos voisins d’Outre-Manche.
Rhubarbe de Canton en bâtons, ou Canton Stick Rhubarbe de M. Pereira
Cette sorte a été décrite par M. Pereira (1), sous le nom de Canton Stick Rhubarb, et par M. Wiggers (2), sous le nom de Stangers Chi~ nesische Rhabarber,
En 1844, cinq caisses de cette rhubarbe furent importées directement de Canton en Angleterre et vendues sur le marché de Londres. Tous les morceaux qui furent examinés par M. Pereira, sauf un, étaient cylindriques et mesuraient environ 2 pouces de long et 1/2 ou 3/4 de pouce de diamètre. Leur poids moyen était de 5 grammes. Ils étaient généralement décortiqués et ressemblaient pour la couleur à la rhu* barbe anglaise en bâtons. Leur saveur était amère et astringente, beaucoup moins cependant que celle de la bonne rhubarbe de Canton, demimondée. Ils craquaient très peu sous la dent.
M. J. Collins m’a envoyé deux échantillons de cette espèce assez rare. Ces spécimens étaient imparfaitement décortiqués et présentaient bien les caractères indiqués par M. Pereira. A première vue ils m’ont offert l’aspect et les caractères spécifiques du rhapontic, et j’ai été confirmé dans mon opinion, en examinant une coupe transversale et une coupe longitudinale de ces échantillons. Je ne puis donc admettre l’opinion émise par M. Pereira, que cette sorte commerciale était fournie par les ramifications de la racine qui constitue la rhubarbe de Canton ordinaire.
J’ai rencontré dans une maison de drogueries de Paris une caisse de rhubarbe en bâtons. La plupart des morceaux contenus dans cette
(1) Londoa Pharm. Journal and Transact., 1844-1845, p. 445.
caisse étaient à peu près régulièrement cylindriques; quelques-uns étaient complètement recouverts d’une écorce brune noirâtre et avaient une forme plus ou moins régulière, quelquefois pyriforme. En grattant soigneusement l’écorce qui recouvrait la plupart des morceaux, j’ai pu apercevoir très nettement sur la face extérieure le réseau rhombique qui caractérise les rhubarbes chinoises et qui établissait une différence bien nette entre cette rhubarbe en bâtons et celle décrite par M. Pereira sous le nom de Canton Stick Rhubarb. Le droguiste qui possédait cette caisse m’a affirmé que cette rhubarbe ne constituait pas une sorte commerciale; elle provenait de morceaux trop petits triés dans les caisses de rhubarbe de Chine et ne servait qu’à préparer la poudre de rhubarbe.
RHUBARBE DE TASCHKENT
Cette rhubarbe n’est autre que la rhubarbe de qualité inférieure qui n’était pas assez bonne pour passer à Kiachta. Elle n’était donc que le rebut de la sorte moscovite. Son nom lui vient de ce qu’elle prenait pour arriver en Russie la voie de Taschkent. A cause de son prix peu élevé et de sa qualité inférieure, elle n’était employée que dans la médecine vétérinaire, ’il. Pereira ne l’a jamais rencontrée dans le commerce anglais.
RHUBARBE DE BUCHARIE
Sous ce nom les ouvrages de pharmacognosie décrivent des racines qui diffèrent très matériellement les unes des autres. Murray donnait le nom de rhubarbe de Bucharie à la belle rhubarbe de Kiachta, d’autres pharmacologistes considèrent la rhubarbe buchare et la rhubarbe de la couronne comme une seule et même espèce.
En 1840, (1) M. Faber reçut d’une bonne maison de droguerie de Saint-Pétersbourg un envoi de rhubarbe désignée sous le nom de rhubarbe de Bucharie. Les renseignements qu’il obtint sur l’origine de cette drogue auprès de quelques-uns de ses amis de Vienne et des
(1) Canslalts Jahresb. über die Pharm. im Jabre 1845, p. 38.
marchands de Saint-Pétersbourg lui permirent de croire que cette rhubarbe avait une origine différente de la rhubarbe Cron. M. Pereira se rallia aussi à cette opinion.
D’après MM. Pereira et Guibourt (1) la rhubarbe de Bucharie est intermédiaire entre les rhubarbes de Chine et de Moscovie. Les morceaux sont plus ou moins arrondis, quelquefois aplatis et pèsent de 30 à 60 grammes. Quelques-uns semblent avoir été privés de leur écorce au moyen d’une râpe. Chez d’autres cette opération paraît avoir été faite au moyen d’un couteau. Ils sont souvent percés d’un trou dans lequel on n’aperçoit aucune trace de la corde qui a servi à les suspendre. Ce trou paraît avoir été élargi au couteau pour donner ’a cette marchandise quelque ressemblance avec la rhubarbe de Moscovie car on n’y aperçoit aucune partie gâtée. Quelques-uns des morceaux sont denses, mais la plupart d’entre eux sont plus légers que la bonne rhubarbe de Russie. A l’intérieur ils sont souvent altérés et d’une couleur sombre. La texture est semblable à celle de la rhubarbe de Chine : l’odeur est plus faible, la saveur plus amère et astringente. Quand on la mâche, celte rhubarbe croque sous la dent.
J’ai pu voir au Musée Guibourt de l’École de pharmacie de Paris, deux échantillons de cette rhubarbe donnés par M. Pereira. La forme de l’un d’eux est arrondie et un peu aplatie, celle de l’autre morceau est plus irrégulière et semble indiquer que cet échantillon provient des parties noueuses de la racine .Leur couleur est d’un brun assez foncé et ne permet pas d’apercevoir leur structure extérieure; ce n’est qu’en grattant légèrement la surface qu’on peut voir sur la face externe le réseau à mailles losangiques qui indique que cette racine est fournie par une des espèces de rheum qui produisent la rhubarbe chinoise.
En 1867, M. Fero de Moscou (2) a aussi décrit sous le nom de rhubarbe de Bucharie, une espèce qui, selon lui, est introduite actuellement dans le commerce russe par des colporteurs juifs; mais des renseignements fournis par un des plus illustres représentants de la
(2) Journ. de Pharm. et Ghim., t. viii, p. 342. — 1855-56. Canstatt’s Jahresb. über die Pharm. im Jahre 1866.
pharmacie russe établissent que la rhubarbe décrite par M. Fero sous le nom de rhubarbe de Bucharie n’a jamais existé en Bussie.