RHUBARBE DE SIBÉRIE
D’après M. Pereira, cette sorte n’est très probablement que la racine décrite par Grassmann sous le nom de Rhubarbe Rhapontique de Sibérie.
En 1845, (1) trois caisses de cette rhubarbe furent importées de Saint-Péterbourg en Angleterre et vendues sur le marché de Londres. La plupart des morceaux étaient plus ou moins cylindriques, mesuraient quatre pouces de long et un pouce de diamètre, étaient imparfaitement décortiqués et ressemblaient par leur texture à la rhubarbe anglaise désignée sous le nom de rhubarbe stick ou rhubarbe anglaise en bâtons. Leur odeur qui n’était pas désagréable se rapprochait beaucoup de celle qu’on respire dans les endroits où on fait sécher la rhubarbe anglaise. Cette sorte ne craquait pas sous la dent, elle avait une saveur mucilagineuse, un peu amère, nullement astringente. La cassure des morceaux les plus petits était analogue à celle de la rhubarbe anglaise Stick.
Au mois de décembre 1853, treize nouvelles caisses de rhubarbe de Sibérie furent importées de Saint-Pétersbourg à Londres. Cette drogue provenait de la récolte de 1 793 et avait été fournie en Sibérie par les graines que l’impératrice Catherine II avait fait recueillir dans les provinces chinoises qui fournissent la rhubarbe. Elle était généralement en petits morceaux, les plus larges étaient plats, a demi cylindriques et mesuraient 2 pouces 1/3 à 3 pouces de long et 1 pouce ou un 1/2 pouce de large. Les morceaux les plus gros étaient perforés. Leur couleur était brune et leur fracture rappelait exactement la teinte et la couleur de la meilleure rhubarbe. L’odeur n’avait rien de particulier. Leur saveur était nauséuse et amère, parfois mucilagineuse; quelques morceaux craquaient sous la dent.
(2) Ganstatt’s Jahresb. ûber .üe Pharm. im Jahre 1845, p. 29.
D’après M. Guibourt, les racines décrites par M. Pereira sons le nom de rhubarbe de Sibérie, constiluenl deux sortes distinctes dont la première aurait été fournie par le rheum rhaponticiim, tandis que la seconde aurait été produite par un des rheum qui donnent la rhubarbe de Chine. M. ^Pereira est d’accord avec M. Guibourt en ce qui louche la première sorte, et il n’est pas aussi affirmatif en ce qui regarde la seconde. Je n’ai pu voir d’échantillon de la rhubarbe de Sibérie qui fut importée à Londres en 1843, mais je me suis procuré un spécimen de celle qui fut vendue sur le marché de Londres en 1853. Cet échantillon rappelle par sa couleur la belle rhubarbe de Chine; il est complètement dépourvu de son écorce, il est cylindrique et mesure 2 pouces de long et un 1/2 pouce de large, il est très léger et absorbe l’eau avec une grande facilité. En examinant à première vue ce morceau, on aperçoit quelques lignes d’un jaune plus pâle qui semblent couper longitudinalement et parallèlement la racine. Je pensais d’abord que ces lignes blanches n’étaient que la trace peu apparente du réseau blanc caractéristique de la rhubarbe chinoise; mais l’examen microscopique des coupes longitudinale et horizontale de celte rhubarbe m’a prouvé réellement que la rhubarbe de Sibérie vendue en 1833, offre tous les caractères intérieurs et extérieurs du rhapontic.
Les lignes blanches qui sillonnaient l'échantillon n’étaient que la trace des vaisseaux rayés, ce qui indique que 'celle rhubarbe avait été mondée assez profondément.
Cette sorte renferme des quantités considérables d’amidon et peu d’oxalale de chaux. L’amidon au lieu d’être disposé en agrégats volumineux et irréguliers entourant presque complètement les rayons médullaires conime dans le rhapontic français, est disposé en cordons longitudinaux laissant entre eux des espaces vides où on aperçoit quelques cristaux d'oxalale de chaux.
RHUBARBE DE E^IHAUATÀ
Les rhubarbes de l’Himalaya sont des racines exotiques qui se distinguent très nettement des rhubarbes chinoises autant par leurs
caractères extérieurs que par leur texture interne. Cette drogue qui arrivait dans l’Inde, à travers les provinces de Khalsee, Almora et Boutan, n'est à en juger par sa couleur communément foncée et sa texture spongieuse que le produit du rhéum emodi ou du rheum webbianum, car les racines des rh. spiciforme et moorcroftianum se distinguent par leur couleur plus claire et leur texture plus compacte.
M. Pereira (I) a rencontré dans le commerce anglais, deux sortes de rhubarbes de l’Himalaya, connues sous les noms de grosse et do petite rhubarbe de l’Himalaya. Ces deux espèces ont été aussi décrites par M. Guibourt.
Grosse Rhubarbe de l'Himalaya (Radix Rhei emodi?)
Vf. Pereira dût à l’obligeance de M. le docteur Wallich, ravaningedo se procurer quelques échantillons de cette drogue que les habitants de l’Himalaya font dessécher en les suspendant aux cornes de leurs mulets. Cette sorte a à peine quelque ressemblance avec la rhubarbe officinale. Les morceaux sont cylindriques et coupés obliquement à leurs extrémités; ils sont encore pourvus de leur écorce. Leur couleur est d’un brun foncé avec une légère teinte jaune; leur odeur est nulle et leur texture grossière.
Cette sorte de rhubarbe ne fut connue dans le commerce anglais qu’en 1810, au moment où la rhubarbe de Chine était très rare et d’un prix élevé. En novembre 1840, dix-neuf caisses de cette drogue furent importées à Londres; ces caisses avaient la forme ordinaire des caisses de Calcutta, et pesaient chacune 88 kilog. La rhubarbe qu’elles contenaient fut jugée de qualité si inférieure, que huit caisses furent vendues à raison de 8 deniers 1a livre (40 centimes), et que le reste fut vendu et embarqué pour New-Yorck, moyennant 1 denier la livre. M. Pereira qui l’examina très attentivement la regarda comme une très mauvaise sorte commerciale; les morceaux n’offraient pas la texture marbrée caractéristique de la rhubarbe ordinaire et ne
(1) London. Pharm. Journal and Transact., 1845-46, p. 352.
craquaient pas sous la dent, sa texture légère la rendait très apte à être détériorée par les vers.
Petite Rhubarbe de THimalaya (Radix Rhei webbiani?)
Cette racine qui ne paraît pas constituer une espèce commerciale, fut introduite en Europe par M. Royle, qui en remit quelques échantillons à M. Pereira.
La petite rhubarbe de l’Himalaya se présente en petits morceaux cylindriques de la grosseur du pouce, qui proviennent des ramifications de la souche, elle est couverte d’un épiderme noirâtre, profondément sillonné par la dessiccation. Chaque morceau est percé dans le sens de son axe, d’un trou qui a dû servir à suspendre la racine pendant la dessiccation. Son odeur est nulle ou presque nulle, sa saveur est astringente et amère; elle craque légèrement sous la dent.
Comme la précédente, on ne la trouve plus que dans les collections.
J’ai pu me procurer un échantillon de la rhubarbe de l’Himalaya. Ce spécimen offre tous les caractères extérieurs indiqués par M. Pereira : il est complètement recouvert par son écorce qui est d’un brun grisâtre.
Sur une coupe transversale cet échantillon présente un aspect radié caractéristique, formé de lignes alternativement jaune et jaune-brun qui se dirigent du centre à la circonférence. Les lignes jaunes qui semblent pâlir peu à peu à mesure qu’elles se rapprochent du centre sont plus larges que les lignes brunâtres. Un peu avant d’atteindre la circonférence, ces rayons sont coupés par une zone circulaire d’un brun noirâtre. Examinée au microscope, la coupe transversale de la rhubarbe de l’Himalaya offre un aspect différent de celui qu’on observe dans les rhubarbes chinoises. Elle est composée d’un assez grand nombre de rayons médullaires, formée généralement de un, deux et très rarement de trois rangées de cellules allongées remplies d’une matière colorante jaune-brun. Ces rayons médullaires coupent à peu près parallèlement le tissu cellulaire environnant qui est formé de cellules très irrégulières, et généralement très allongées. Sur cette coupe, on aperçoit distinctement les vaisseaux réunis en assez grand
nombre. Cette rhubarbe laisse à peine apercevoir quelques corpuscules amylacés et montre çà et là de rares cristaux d’oxalate de chaux.
Sur la surface extérieure on n’aperçoit pas non plus le tissu réticulé qui caractérise les rhubarbes chinoises.
Ainsi donc, cette rhubarbe de l’Himalaya, quoique provenant du plateau central de l’Asie, diffère très nettement de la rhubarbe chinoise autant par sa structure intime que par ses caractères extérieurs; elle se rapprocherait plutôt de la rhubarbe française à première vue ; mais l’examen microscopique révèle entre ces deux sortes de grandes différences qui permettront toujours de les reconnaître et de les distinguer facilement.
RHUBARBES EUROPÉENNES
On désigne sous le nom de rhubarbes européennes ou rhubarbes indigènes les racines des différents rheum qui ont été cultivés successivement en France, en Autriche et en Angleterre, et qui fournissent les produits connus dans le commerce sous les noms de rhubarbe de France^ rhubarbe Autriche et rhubarbe anglaise.
Quelques auteurs ont voulu attribuer à ces racines des caractères généraux qui permissent de les distinguer au premier coup d’œil des rhubarbes chinoises ou exotiques, mais, c’est se méprendre selon moi que d’assigner des caractères communs aux rhubarbes indigènes; car, comme je le ferai voir plus loin, si les rhubarbes française et autrichienne ont entre elles la plus grande analogie sinon une identité parfaite, il n'en est plus de même si on les compare avec la rhubarbe anglaise et on ne rencontre dans cette dernière aucun des caractères des rhubarbes française et autrichienne. Je décrirai donc à part ces trois espèces commerciales en insistant particulièrement sur les caractères qui les rapprochent l’une de l’autre et sur ceux qui les différencient nettement des rhubarbes chinoises.
RHUBAJIBE DE FRANCE
La rhubarbe de France est très souvent désignée dans le commerce sous le nom de rhaponlic, maïs cette dénomination est vicieuse, car, comme je l’ai fait voir précédemment, notre rhubarbe ne provient pas seulement du rheum rhaponticum^ celle qui nous vient du Morbihan est fournie encore par les rheum undulatum et compactum, celle qui provient du département du Doubs est fournie par le rheum rhaponticum et celle qui nous arrive de la Provence est la racine du rheum undulatum.
Les rhubarbes de France présentent entre elles des caractères communs qui sont bien plus constants que ceux qui existent dans les rhubarbes chinoises. Elles offrent entre elles une telle analogie de structure qu’il est impossible de dire précisément par quelle espèce de rheum elles ont été fournies. Cette analogie se rencontre encore dans les autres rfteum cultivés sur notre sol dans les jardins botaniques, comme les rheum rugosum^ hybridum et australe
La rhubarbe française affecte plusieurs formes diverses. Les morceaux sont quelquefois arrondis, ovoïdes, plan convexes, mais le plus généralement ils sont presque cylindriques, d’un poids et d’un volume variables, quelques-uns ont jusqu’à 12 centimètres de long sur 2 centimètres de large. Ils sont mondés assez profondément, et chez quelques morceaux on ne trouve plus aucune trace de l’écorce. La couleur a l’extérieur varie du jaune ocracé au rouge brun : ils sont recouverts d’une poussière jaune qui provient de ce que les morceaux ont été roulés dans la poudre de rhapontic ou quelquefois même dans la poudre de bonne rhubarbe quand on veut masquer leur texture externe et faciliter ainsi leur mélange avec la rhubarbe chinoise.
Les morceaux sont rarement percés transversalement d’un trou destiné à faciliter leur dessication comme cela s’observe dans les rhubarbes chinoises : mais le plus souvent surtout dans les morceaux cylindriques, on observe un trou longitudinal qui s’étend dans toute la longueur de la racine et qui est dû à la putréfaction de la partie cen-
trate qui est très facilement altérable. Quand ce trou n’existe pas, le centre du morceau est généi alement déprimé, comme pulpeux et formé par un tissu lâche, spongieux, rempli de lacunes.
D’après M. Cauvet, les morceaux plats sont comme la rhubarbe de Chine, plats d’un côté et convexes de l’autre; mais, dans les rhubarbes de Chine, le côté plan concave ne présente guère que deux dépressions latérales entre lesquelles le centre se dessine comme un renflement longitudinal, tandis quedans la rhubarbe deFrance lecentre est creusé, concave et ne laisse pas voir les deux dépressions latérales et parallèles de la rhubarbe de Chine.
Si on pratique une section transversale des rhubarbes françaises on aperçoit une difierence très notable avec les rhubarbes chinoises.
La coupe transversale des rhubarbes françaises présente un aspect rayonné caractéristique formé de lignes alternativement blanches et jaunes rougeâtres, presque droites et qui vont du centre à la circonférence. Les lignes blanches sont plus larges que les lignes jaunes. Cellesci paraissent quelquefois interrompues dans leur direction, elles semblent se multiplier et se confondre à quelque distance du centre pour former autour de celui-ci un ou deux cercles mal définis. Un peu avant d’arriver à la circonférence les lignes rayonnantes sont coupées par une zône d’un brun noirâtre rarement ondulée et formant le plus généralement un cercle parfaitement défini : le cercle n’est autre que la zône cambiale ou génératrice des racines de rhubarbe.
Les lignes jaunes représentent les rayons médullaires qui dans le rhapontic et la plupart des rhubarbes françaises ne sont généralement composés que d’une seule rangée de cellules allongées.
Les ligues blanches sont formées de cellules polyédriques renfermant une très-grande quantité d’amidon et de pectine et une très faible proportion d’oxalate de chaux; aussi les rhu'barbes françaises croquentelles très peu sous la dent. La quantilé d’amidon paraît augmenter vers la périphérie.
En examinant une coupe transversale 'de rhubarbe française très jeune on aperçoit une -très grande quantité de vaisseaux rassemblés vers la partie centrale. Quelquefois même cette partie est uniquement vas-
culaire. Les vaisseaux semblent devenir plus rares à mesure qu’on s’éloigne du centre; mais en se rapprochant de la zone cambiale ils deviennent plus nombreux et sont disposés sur un cercle concentrique à cette zone.
La ligne brune noirâtre si apparente dans les racines de rhubarbe est formée de i ou 5 couches de cellules fibreuses, emboîtées les unes dans les autres. Sur une jeune racine fraîche elle apparaît très nettement. Le tissu fibreux qui forme cette couche ne paraît être que la réunion des couches ligneuses de la racine proprement dite et du liber : on le reconnaît aisément à la disposition régulière et parallèle des éléments qui le composent. Les vaisseaux paraissent condensés à la partie intérieure de cette zone ; la partie extérieure est composée de cellules polyédriques remplies d’amidon et entrecoupées par des rayons médullaires jaunes qui vont se perdre dans la partie épidermique.
La couche épidermique est composée de 4 ou 5 assises de cellules allongées. Cette partie ne se rencontre pas dans les racines de rhubarbe du commerce.
Ainsi donc l’absence des systèmes étoilés et la disposition très régulièrement radiée des rayons médullaires sur la coupe transversale des rhubarbes françaises établissent une grande diflerence entre cette • coupe et celle des rhubarbes exotiques.
Les rhubarbes françaises ne diffèrent pas seulement des rhubarbes chinoises parleur coupe transversale; elles présentent encore sur leur surface latérale des caractères qui permettent de les distinguer au premier coup d’œil.
En effet, si on examine à l’œil nu la surface extérieure des rhubarbes françaises bien décortiquées, on observe que la matière blanche prédomine généralement sur les parties jaunes. Les rayons médullaires ne sont pas réunis régulièrement et avec ordre sous forme de losanges jaunes encadrés par le tissu blanc qui forme ainsi un réseau très élégant et caractéristique des rhubarbes chinoises, mais ils sont au contraire disposés tout à fait irrégulièrement et ils apparaissent sur la face latérale des morceaux comme des point jaunes disséminés au hasard sur un fond blanc.
Cette différence dans la structure anatomique apparaît bien plus clairement encore quand on examine une coupe longitudinale de cette partie. D’abord, on n’aperçoit pas la trace du réseau losangique qui apparaît quelquefois si nettement sur la coupe de certaines rhubarbes chinoises et de plus on peut étudier facilement la disposition des rayons médullaires. Ces rayons médullaires au lieu d’être formés de 2 ou 3 et même de 5 rangées de cellules dans le sens horizontal ne comptent qu’une seule rangée de ces cellules. Dans le sens de la hauteur, les rayons médullaires du rhapontic sont formés à peu près du même nombre de rangées de cellules que les rhubarbes chinoises, c’est ce qui apparaît nettement sur la coupe que nous examinons; — nous y apercevons en effet, T ou 8 cellules superposées se détachant clairement au milieu des amas d’amidon qui les entourent.
Les cristaux d’oxalate de chaux sont très rares sur la face externe des rhubarbes françaises.
Telle est la disposition que présentent généralement ces racines sur leur surface latérale. J’ai pu cependant observer quelques échantillons de rhubarbe de France dont la surface extérieure était réticulée à la manière des rhubarbes chinoises : mais ce réseau quand il existe n’offre pas autant de régularité que dans ces dernières racines. M. le professeur Fluckiger, de Berne, à qui j’avais communiqué ces observations m’a répondu qu’il avait quelquefois constaté le même fait dans les rhubarbes françaises, mais que cette disposition était purement accidentelle.
D’après M. Ernest Hallier(t) la présence du réseau à mailles losangiques sur la surface latérale des rhubarbes chinoises ne constitue pas un caractère distinctif de cette espèce commerciale. Il pense que ce caractère n’a rien de spécifique et que différentes racines de rheum et peut être toutes le présentent sous des conditions favorables. M. Hallier est beaucoup trop affirmatif sur ce point et ne paraît pas avoir pénétré profondément dans la texture intime des rhubarbes. Il avoue lui-même n’avoir observé que trois fois le réseau losangique sur des rhubarbes
(1) Archiv der Pharmacie, Bd cxvii, p.
indigènes, sur une racine de rhapontic, sur une rhubarbe autrichienne du docteur Bley et sur une autre rhubarbe autrichienne du pharmacien Johanny qu’il a rencontrées dans la collection de l’Institut pharmaceutique d’Iéna. Pour moi je pense que dans l’examen des rhubarbes, il faut attacher une grande importance à ce caractère qui se rencontre constamment dans les rhubarbes chinoises et qui ne s’observe que tout à fait exceptionnellement dans les rhubarbes indigènes et surtout dans la rhubarbe de France.
Sur la surface latérale des rhubarbes françaises on aperçoit quelquefois de petites proéminences à contour bien défini, et qui ont quelque ressemblance avec les étoiles qu’on observe sur les rhubarbes de Chine : ces éminences ne sont autres que la trace des radicules : mais tandis que ces éminences en se prolongeant dans l’intérieur des rhubarbes chinoises vont former sur une coupe transversale de ces racines un cercle composé de petites étoiles, elles ne pénétrent qu’à une très faible profondeur dans les rhubarbes françaises et n’apparaissent nullement sur la coupe transversale des racines récoltées dans nos climats.
Sur la surface plane des morceaux plan convexes on n’observe de même aucun système étoilé.
La coupe longitudinale des rhubarbes de France n’ofifre rien de particulier. Les rayons médullaires apparaissent sous la forme d’un parenchyme muriforme entouré par des quantités considérables d’amidon. Sur cette coupe on aperçoit très distinctement la direction des vaisseaux qui bordent la zone cambiale, ou couche fibreuse.
La rhubarbe de France sert quelquefois à falsifier la rhubarbe de Chine, mais en secouant la poussière jaune qui recouvre les morceaux ou en opérant une coupe transversale de ceux-ci il sera facile de constater immédiatement la fraude. Du reste notre rhubarbe a une odeur caractéristique qui ne ressemble en rien à celle de la rhubarbe chinoise ; elle croque très peu sous la dent : sa saveur astringente, mucilagineuse, non sablonneuse est encore un caractère qui, ajouté à ceux beaucoup plus importants que je viens de signaler, permettra de constater facilement ce mélange frauduleux.